Un tiers des races animales d'élevage risque l'extinction


Chaque semaine, le monde perd deux races de sa précieuse diversité des animaux d'élevage, selon les estimations de la 3ème édition de la Liste de la Veille mondiale pour la diversité des animaux domestiques qui vient de paraître. L'ouvrage publié par la FAO et le Programme des Nations Unies pour l'environnement, est le résultat de dix ans de collecte de données dans 170 pays; il couvre 6 500 races de mammifères et oiseaux domestiques: boeufs, chèvres, moutons, buffles, yaks, cochons, chevaux, lapins, poulets, dindes, canards, oies, pigeons et autruches.

Cliquer sur le graphique pour l'agrandir

A Madagascar, les bovins Renitelo ont pratiquement disparu. Ils sont particulièrement adaptés aux différentes zones climatiques de Madagascar et fournissent de la viande et une traction animale.

Aux Philippines, la poule Banaba se protège des prédateurs en volant dans les arbres. Elle est résistante aux maladies respiratoires et à la variole aviaire. Ce sont des poules couveuses et des mères parfaites qui s'occupent bien de leurs poussins. Aujourd'hui, il reste moins d'un millier de volailles de cette race.

En Allemagne, les moutons Rauhwolliges Pommersches Landschaf sont connus pour leur résistance au piétin et aux helminthes (parasites intestinaux), problèmes importants des élevages d'ovins dans de nombreuses régions du monde. Cette race est aussi hautement prolifique et bien adaptée aux terres marginales. Il reste quelque 1 600 animaux.

En Croatie, il ne reste que 50 cochons de race Turopolje, frisés, aux oreilles pendantes. C'est une race bien adaptée aux rudes climats, en particulier à un vaste éventail de températures et aux terres humides et marécageuses. Il résiste aux hivers rigoureux, peut être élevé au grand air avec une alimentation minimale. En outre, il nage très bien.

p

"En un siècle, nous avons déjà perdu un millier de races," déclare Keith Hammond, Fonctionnaire principal du Groupe des ressources zoogénétiques de la FAO. "Nos nouveaux résultats montrent que les races animales domestiques continuent à être menacées: un tiers d'entre elles est actuellement en voie de disparition."

Forte contribution économique

Les animaux de ferme sont cruciaux pour l'alimentation et l'agriculture, assurant 30 à 40 pour cent de la valeur économique mondiale du secteur agricole. Environ 2 milliards de personnes - un tiers de la population mondiale - dépendent au moins en partie des animaux de ferme pour vivre. La production de viande, de lait et d'oeufs devra plus que doubler au cours des 20 prochaines années pour nourrir la population de la planète en constante expansion.

La Banque de données mondiale de la FAO pour les ressources génétiques des animaux de ferme répertorie des informations sur 6 379 races appartenant à 30 espèces de mammifères et d'oiseaux. On dispose de données sur la taille des populations pour 4 183 races. 740 races sont déjà enregistrées comme disparues, et 1 335 - soit 32 pour cent - sont classées à haut risque d'extinction et en voie de disparition.

"Il s'agit de chiffres objectifs, explique M. Hammond. Depuis 1995, le nombre de races de mammifères menacées de disparition est passé de 23 à 35 pour cent". La situation des races avicoles est encore plus grave. Le pourcentage total de races en voie d'extinction a augmenté de 51 pour cent en 1995 à 63 percent en 1999.

Faute de mesures adéquates, plus de 2 000 races domestiques pourraient être perdues dans les vingt prochaines années. La diversité des animaux d'élevage est inestimable et irremplaçable. "Certes, les biotechnologies modernes peuvent tenter d'améliorer les races, mais ne peuvent rien pour remplacer la diversité perdue, déclare M. Hammond. Une fois qu'une race est éteinte, c'est pour toujours. La biotechnologie ne sera pas en mesure de régénérer des races disparues".

Le plus grand péril: les exportations des pays riches

Le plus grand péril pour la diversité des animaux domestiques est l'exportation d'animaux des pays développés vers les pays en développement, qui se traduit souvent par des croisements, voire le remplacement des races locales. Dans les pays en développement, les races du monde industrialisé sont considérées comme plus productives. Le problème, toutefois, est que ces animaux ne sont adaptés qu'aux conditions des pays d'où ils proviennent; ils ont du mal à survivre dans les environnements souvent rigoureux des pays en développement.

"Les estimations indiquent que 4 000 races restantes au monde sont encore appréciées des agriculteurs, mais seulement 400 environ font l'objet de programmes de reproduction - la quasi-totalité dans les pays développés", déclare M. Hammond.

D'autre part, dans de nombreux pays, les agriculteurs ne sont pas incités à utiliser les races locales. En dépit de leurs avantages, ces races véhiculent une image négative car elles ne sont pas considérées aussi productives que celles des pays développés. En conséquence, elles sont sous-estimées du point de vue économique. "Nombre de pays en développement ont des climats chauds et stressants, secs ou humides, qui requièrent des races particulières, affirme M. Hammond. Il nous faut conserver ces races locales. Ceci permet aux agriculteurs de sélectionner le cheptel ou de développer de nouvelles races en réponse aux changements environnementaux, aux maladies et à l'évolution de la demande des consommateurs. La diversité génétique est une assurance contre les problèmes futurs et les menaces comme la famine, la sécheresse et les épidémies".

L'utilisation du plus grand nombre possible de races différentes est probablement la méthode la plus rentable de conservation et de développement du pool génique animal pour l'avenir. Le développement durable et la conservation sont des éléments déterminants de la Stratégie mondiale de la FAO pour la gestion des ressources génétiques des animaux d'élevage. La FAO se lance désormais dans un grand projet quinquennal qui aidera les pays à évaluer l'état des ressources génétiques de leurs animaux de ferme.

Les races suivantes sont menacées d'extinction:

  • A Madagascar, les bovins Renitelo ont quasiment disparu. Ils sont particulièrement bien adaptés aux différentes zones climatiques de l'île et fournissent de la viande et une traction animale.
  • Au Mexique, les moutons Chiapas ont été élevés pendant près de 500 ans sur les hauts plateaux de l'Etat du même nom. Les femmes produisent de la laine pour leurs vêtements et pour la vente. Les ovins étant sacrés, les gens ne mangent ni d'agneau ni de mouton.
  • Au Vietnam, l'importance du bétail H'Mong n'a été découverte qu'en 1997. Pendant de nombreuses années, ces animaux ont été isolés. C'est une race très bien adaptée aux régions montagneuses jusqu'à 3 000 m. La population actuelle est estimée à 14 000 têtes.
  • En Allemagne, les bovins Hinterwälder Rind, que l'on trouve essentiellement dans la Forêt Noire, sont en voie de disparition. Ils sont très robustes et très fertiles.
  • En Fédération de Russie, le bétail Yakut est adapté au froid glacial de la Sibérie. On estime qu'il en reste moins d'un millier.

 

5 décembre 2000

Entretien avec Beate Scherf, Spécialiste de la FAO en production animale, sur le nouveau rapport mondial de l'Organisation sur les races d'animaux d'élevage (en anglais, 2'40"): en Mp3 (1237 kb), en RealAudio (327 kb)

Communiqué de presse vidéo de la FAO sur les animaux d'élevage en voie d'extinction (1,5 mb)

Pour plus ample information, veuillez contacter Beate Scherf (beate.scherf@fao.org),  Spécialiste en production animale

 

Pour plus ample information  

 


Pour écouter nos enregistrements, vous avez besoin de
pour RealPlayer
pour QuickTime et mp3



Page d'accueil de la FAO

Cherchez  

Suggestions?: Webmaster@fao.org

©FAO, 2000