A l'école de la vie au Cambodge


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Plus de 20 ans durant, le Cambodge a été isolé par la guerre. Les zones rurales du pays sont désormais en train de s'ouvrir rapidement au monde extérieur, avec toutes les conséquences - positives et négatives - que ceci comporte. Une plus grande liberté de mouvement a accru les sources de revenus, les ruraux se déplaçant vers les villes en quête de travail. Mais l'ouverture au monde de ces communautés reculées a également exposé leurs habitants au virus VIH/SIDA.

La Route 5 est une des principales artères de cette région en plein essor. Elle relie la Thaïlande, le Cambodge et le Vietnam et sert à la circulation des biens et des services pour les communautés agricoles pauvres. Mais elle constitue aussi un vecteur de propagation du virus VIH. Le premier cas de VIH/SIDA au Cambodge a été diagnostiqué en 1991. En 1999, on comptait 250 000 cas et un taux d'accroissement estimé à près de 4 pour cent parmi les 15-49 ans.

Lorsque la frontière avec la Thaïlande a rouvert en 1998, tous les facteurs existaient déjà au Cambodge pour une propagation rapide de l'épidémie: les écarts grandissants entre catégories socio-économiques, la pauvreté, les faibles niveaux d'instruction et de santé. "Le fait qu'il n'existait aucune tribune indépendante pour ouvrir un dialogue avec les communautés agricoles ne faisait qu'aggraver la situation", déclare Robert Nugent, un responsable de la FAO au Cambodge.

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Ecole de terrain pour agriculteurs en action

Rester en vie sur la Route 5

Reconnaissant la nécessité de trouver de nouveaux moyens de diffuser les connaissances sur le VIH et sa transmission, la FAO et le PNUD ont entamé une collaboration en 1999 sur un projet novateur visant à renforcer la résistance des communautés agricoles au VIH/SIDA: Les Ecoles de la vie pour agriculteurs.

La méthodologie s'inspire des Ecoles de terrain pour agriculteurs, un outil très performant pour enseigner aux agriculteurs la lutte intégrée contre les ravageurs, qui vise à limiter au minimum l'utilisation de pesticides. Les agriculteurs se réunissent une fois par semaine sur le terrain pour observer les cycles biologiques des plantes et constater de visu ce que signifie l'équilibre écologique. L'accent est mis sur la production durable grâce à la conservation et à la promotion de la biodiversité naturelle des champs. Les réunions sont dirigées par un des agriculteurs qui a reçu une formation d'animateur. L'idée centrale de cette méthode est d'utiliser les compétences et les connaissances des agriculteurs.

Créer des réseaux efficaces d'agriculteurs

Le projet des Ecoles de la vie pour agriculteurs a démarré début 2000 avec la création d'un réseau de quelque 400 agriculteurs-formateurs, et la participation d'environ 30 000 élèves agriculteurs. Dans ces Ecoles de la vie, la perception des agriculteurs de la vie culturale est appliquée à la communauté humaine. "La première chose à découvrir était de s'assurer que les gens étaient intéressés à passer de l'analyse écologique à l'analyse de la société civile," explique M. Nugent, qui est le responsable de la lutte intégrée contre les ravageurs au Cambodge. "Ils l'étaient, et le projet a pu démarrer".

Oak Sophan, un formateur -agriculteur de la province de Kampong Chhnang

Les agriculteurs examinent les problèmes qui menacent leurs moyens d'existence, évaluent les options disponibles et prennent des décisions pratiques. Les questions abordées par les Ecoles de la vie sont très variées; elles vont de la pauvreté, la perte de terres, les problèmes de santé liés à l'utilisation de pesticides, au planning familial, à l'alcoolisme, à la violence domestique, à l'assiduité scolaire des enfants, jusqu'à des problèmes spécifiques de santé comme la fièvre dengue, la malaria et le VIH/SIDA.

"L'approche habituelle consiste à divulguer des messages de la part des experts de santé des gouvernements, dit M. Nugent. L'approche des Ecoles de la vie pour agriculteurs prévoit que des groupes de gens se prennent en charge et affrontent les problèmes de manière positive, sans attendre que l'aide leur vienne de l'extérieur. C'est une réaction à certaines des limites des systèmes traditionnels pour toucher tous les membres des communautés agricoles pauvres et leur faire prendre une part active. Ici, les agriculteurs ne sont pas des bénéficiaires passifs de l'aide sociale, mais ils se débrouillent tout seuls".

Les participants sont également enthousiastes de la méthode. "Je suis content d'être formateur et d'instruire les gens," déclare Oak Sophan, un agriculteur de la province de Kampong Chhnang. "J'aime également le fait que c'est une activité organisée à 100 pour cent par les agriculteurs et qui n'a rien à voir avec la politique ou les gens de l'extérieur". Les agriculteurs ont constitué un réseau le long de la Route 5 pour s'entraider dans la gestion des Ecoles.

De l'écologie des rizières à l'écologie humaine

Les Ecoles de la vie pour agriculteurs inscrivent l'écologie, l'organisation de groupes et l'apprentissage axé sur l'apprenant dans le cadre de ce qu'on appelle "l'analyse de l'écosystème humain" (HESA). Elles font intervenir des groupes d'agriculteurs qui abordent diverses menaces à leurs vies, de la même façon qu'ils prennent en considération les ennemis des cultures dans leurs champs. Maintenant, les agriculteurs le long de la Route 5 appliquent leurs connaissances de lutte intégrée et d'écologie agricole à leurs propres foyers et communautés afin d'affronter le sida et autres problèmes sociaux cruciaux.

Le Cambodge a été retenu comme site pilote pour le projet en raison de son vaste réseau d'Ecoles pour agriculteurs en matière de lutte intégrée. En outre, l'épidémie de SIDA commençait à frapper durement les zones rurales du pays, en particulier celles ayant des flux de travailleurs urbains.

Le PNUD et la FAO ont allié leurs forces pour financer et faciliter le projet en pensant à mettre au point une approche qui puisse être reproduite dans d'autres régions d'Asie et d'Afrique. "Nous faisons venir au Cambodge des formateurs d'Indonésie, de Thaïlande et de la République démocratique populaire lao pour qu'ils se fassent une idée du fonctionnement du projet ici, ajoute M. Nugent, et qu'ils voient comment l'adapter à leurs contextes spécifiques".

20 juin 2001

 

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