L’agriculture conservatrice de ressources est un terme qui a évolué pour aujourd’hui représenter un ensemble inter-actif et complémentaire de pratiques et de concepts agricoles. Malgré des différences régionales et l’importance de divers composants qui caractérisent les pratiques de l’agriculture de conservation (dépendant de zones agro climatiques, de la disponibilité d’énergies agricoles, de types de systèmes agricoles, d’intrants, de compétences, etc.), trois principes de base sont omniprésents:
- nuire le moins possible aux sols (non labour ou labour réduit)
- couvrir en permanence les sols avec des cultures de couverture et des cultures associées
- effectuer des rotations/associations avec des cultures adéquates et diversifiées.
Si chacune de ces trois techniques est bien connue, leur combinaison et la gestion de cette combinaison dépassent la seule somme des pratiques individuelles pour générer des effets synergétiques nouveaux, sources d’une agriculture conservatrice de ressources.
Comment l’agriculture conservatrice de ressources peut-elle contribuer à l’ADRD?
Non seulement l’agriculture conservatrice de ressources favorise un environnement durable en préservant les sols et l’eau, mais en outre elle contribue aux fondations sociale et économique de l’ADRD en:
- réduisant la charge de travail et le temps dédié à la production agricole, favorisant ainsi la diversification des moyens d’existence et le développement commercial, tout en libérant du temps pour d’autres activités comme l’éducation, la vie de famille, le développement communautaire et la responsabilisation politique ;
- stabilisant les productions agricoles, notamment en les rendant moins sensibles à la sécheresse et à la fluctuation des prix des intrants et engrais achetés ;
- augmentant la production et les revenus agricoles ;
- renforçant la biodiversité des cultures et en diversifiant la consommation alimentaire ;
- favorisant le développement de moyens d’existence sûrs chez d’autres acteurs ruraux, comme les artisans et les petits entrepreneurs en zone rurale.
Le projet « Agriculture conservatrice de ressources pour l’ADRD » (GCP/RAF/390/GER-KEN/URT)
Le projet d’« Agriculture conservatrice de ressources pour une agriculture et un développement rural durables » vise à faciliter et accélérer l’adoption des pratiques rentables de l’agriculture conservatrice de ressources par les petits agriculteurs dans au moins trois districts de la Tanzanie et du Kenya. Le projet est financé par le Ministère allemand de l’agriculture et de la protection des consommateurs. Ce projet entend s’appuyer sur les activités pilotes d’agriculture conservatrice de ressources qui sont actuellement menées dans les deux pays. Le résultat à long terme est de contribuer à améliorer la sécurité alimentaire et les moyens d’existence ruraux, tout en créant les fondements qui permettront d’étendre l’agriculture conservatrice de ressources en faveur de l’ADRD.
Deux concepts majeurs font partie intégrante du document de projet et de l’approche recherchée.
A. Le concept technique d’agriculture conservatrice de ressources combine les caractéristiques suivantes:
1. Nuire le moins possible aux sols (non labour, labour réduit ou plantation directe)
2. Couvrir en permanence les sols avec les cultures elles-mêmes ou l’utilisation de cultures de couverture, de résidus ou de paillis
3. Effectuer des rotations/associations des cultures avec des séries de cultures, des cultures croisées, de relais et/ou mélangées.
B. Le concept méthodologique consiste à utiliser des approches de vulgarisation participative pour introduire avec succès le concept d’agriculture conservatrice de ressources. Les écoles paysannes de terrain de la FAO constituent des expériences positives dans les deux pays. Ces écoles de terrain insistent sur les méthodologies choisies et conduites par les paysans eux-mêmes. L’un des principaux défis du projet est de combiner la méthodologie participative à un concept agricole technique. Le projet devrait être mis en place au total dans 84 écoles paysannes de terrain, situées dans sept districts des deux pays. Environ 2 000 agriculteurs participent actuellement aux activités du projet.
Mais, il est nécessaire d’impliquer non pas seulement les agriculteurs, le personnel de vulgarisation et les chercheurs, mais aussi le secteur privé: ceci constitue le troisième défi du projet d’agriculture de conservation pour l’ADRD. A long terme, c’est le secteur privé, et non plus le projet lui-même, qui devra s’assurer que les agriculteurs désireux de pratiquer une agriculture conservatrice de ressources disposent bien des services et intrants agricoles, des outils spécifiques à cette agriculture (planteuses à main, semoirs directs et rouleaux pour couper) et de l’énergie agricole nécessaires.
Principales parties prenantes
Le Donateur
le Ministère allemand de l’agriculture et de la protection des consommateurs a apporté les fonds nécessaires à la mise en place d’un programme de terrain qui devrait contribuer à l’Initiative ADRD. Le projet est également appuyé par le Comité allemand pour le développement durable.
L’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)
Au sein de la FAO, le Service des technologies d'ingénierie agricole et alimentaire (AGST) de la Division des systèmes de soutien à l’agriculture (AGS), Département de l’Agriculture, est la principale unité technique responsable du projet « Agriculture conservatrice de ressources pour l’ADRD ». Le Bureau régional pour l’Afrique de la FAO a été choisi pour suivre le budget du projet. Ceci est conforme aux règles de la FAO sur la mise en place de projets régionaux financés par des fonds fiduciaires en Afrique. Ce sont toujours les bureaux de la FAO dans les pays, dans ce cas situés à Nairobi et Dar Es Salaam, qui ont la responsabilité des activités nationales du projet.
Le Réseau africain des pratiques agricoles de conservation (ACT)
Le réseau africain des pratiques agricoles de conservation joue un rôle de coordinateur technique et régional dans le projet « Agriculture conservatrice de ressources pour l’ADRD ». Ce réseau est chargé d’organiser des formations régionales sur l’agriculture conservatrice de ressources, de mettre en œuvre les méthodologies, de documenter les connaissances, de favoriser les échanges et la mise en réseau avec les autres partenaires mentionnés ci-dessous. Ce réseau est une association de volontaires qui oeuvrent en faveur d’une productivité agricole durable ‘conçue’ pour renforcer les capacités et compétences des parties prenantes en matière d’adaptation-adoption des pratiques d’agriculture de conservation parmi les petits agriculteurs africains.
Le Ministère kenyan de l’agriculture (MOA)
Au Kenya, un Comité directeur national, présidé par Tom Boyo, Sous directeur du Ministère de l’agriculture supervise le travail du Coordonnateur national (Pascal Kaumbutho) ainsi que les équipes du projet sur le terrain. Le Ministère kenyan de l’agriculture suit de très près le travail de terrain du projet « Agriculture conservatrice de ressources pour l’ADRD » et lui apporte un appui technique, en s’appuyant sur son personnel de terrain, sur les Centres de développement de technologies rurales, avec le soutien de l’Institut kenyan de recherche agricole. Pour le Ministère kenyan de l’agriculture, le projet « Agriculture conservatrice de ressources pour l’ADRD » a un rôle à jouer pour améliorer l’utilisation d’énergie agricole et du travail. A long terme, le Ministère kenyan de l’agriculture espère améliorer la sécurité alimentaire dans les zones du projet, et compter sur un nombre important d’agriculteurs et de vulgarisateurs bien formés, d’écoles paysannes de terrain d’agriculture conservatrice de ressources actives et dynamiques dans tous les sites du projet.
Le Ministère tanzanien de l’agriculture et de la sécurité alimentaire (MAFS)
Le Ministère de l’agriculture et de la sécurité alimentaire de la République Unie de Tanzanie prévoit un secteur agricole qui soit d’ici 2025 modernisé, commercial, hautement productif et rentable, tout en utilisant les ressources naturelles de facon globalement durable et en favorisant des liens entre les différents secteurs. Le Ministère tanzanien de l’agriculture et de la sécurité alimentaire est préoccupé par la dégradation des terres, la faible fertilité des sols, la faible production et le manque d’énergie agricole. M. Richard Shetto ainsi que son équipe du projet « Agriculture conservatrice de ressources pour l’ADRD » et du projet pilote d’agriculture conservatrice de ressources du Programme de Coopération Technique de la FAO jouent un rôle crucial pour tenter de résoudre la situation décrite précédemment et parvenir à la vision que le pays s’est fixé du secteur agricole.
Les chercheurs devraient participer à des épreuves agricoles pour évaluer les technologies introduites par le projet « Agriculture conservatrice de ressources pour l’ADRD ». Les vulgarisateurs devraient contribuer à établir des sites de démonstration et des formations agricoles en s’appuyant sur les écoles paysannes de terrain d’agriculture de conservation. Les personnes responsables de la planification au niveau du district sont invitées à préparer des Plans de développement agricole du district qui comprennent des activités d’agriculture de conservation.
Le Ministère tanzanien de l’agriculture et de la sécurité alimentaire espère obtenir les résultats suivants grâce au projet « Agriculture conservatrice de ressources pour l’ADRD »:
- technologies testées pour étendre l’expérience à d’autres districts
- lignes directrices des écoles paysannes de terrain permettant au Ministère tanzanien de l’agriculture et de la sécurité alimentaire de diffuser une agriculture conservatrice de ressources dans d’autres districts
- districts pilotes - ayant largement adopté une agriculture conservatrice de ressources - sélectionnés, pour encourager d’autres districts à acheter des équipements d’agriculture conservatrice de ressources - organisation de groupes d’agriculteurs forts pour constituer des groupes de crédit, afin d’accéder aux prêts qui permettront d’acheter les équipements d’agriculture conservatrice de ressources
- lignes directrices pour préparer des propositions d’agriculture conservatrice de ressources au niveau du district
- suggestions pour incorporer des questions d’agriculture conservatrice de ressources dans la politique agricole.
L’Institut Selian de recherche agricole en Tanzanie (SARI)
L’Institut Selian de recherche agricole est l’un des instituts de recherche du gouvernement dans la zone nord de la Tanzanie. Basé à Arusha, cet institut héberge le bureau de coordination du projet en Tanzanie. L’institut possède plus de cinq ans d’expérience en recherche de terrain quant à l’impact du labour de conservation et des cultures de couverture sur la fertilité des sols et la production des récoltes dans la zone nord de la Tanzanie – travail permis grâce au soutien de l’agence allemande de coopération, GTZ.
L’Institut kenyan de recherche agricole (KARI)
De même au Kenya, l’Institut kenyan de recherche agricole héberge le bureau de coordination du projet « Agriculture conservatrice de ressources pour l’ADRD », au sein des Laboratoires nationaux de recherche agricole à Nairobi.
Le Centre mondial d’agroforesterie (ICRAF)
Au sein du Centre mondial d’agroforesterie, l’Unité de gestion des terres régionales, financée par l’agence de coopération suédoise, SIDA, offre un soutien dans la région et sur le continent au projet « Agriculture conservatrice de ressources pour l’ADRD ». L’Unité de gestion des terres régionales collabore étroitement avec le Réseau africain des pratiques agricoles de conservation et constitue l’un des principaux supporters du IIIème Congrès mondial sur l’agriculture de conservation à Nairobi.
L’Initiative ADRD
L’Initiative ADRD a été lancée lors du Sommet mondial sur le développement durable comme un cadre multipartite conçu pour favoriser la transition vers une agriculture et un développement rural durables et centrés sur la personne, tout en renforçant la participation dans le développement des programmes et politiques. La FAO est maître d’oeuvre pour le Chapitre 14 (dédié à l’ADRD) de l’Action 21. L’Initiative ADRD vise notamment à servir de plateforme d’échanges de bonnes pratiques et de documentation. Sa collaboration avec le projet « Agriculture conservatrice de ressources pour l’ADRD » vise à tirer des leçons sur la faisabilité de l’agriculture conservatrice de ressources pour les petits agriculteurs et les agriculteurs ayant peu de moyens.
SustaiNet – Réseau d’information d’agriculture durable
Le projet SustaiNet est initié par le Conseil pour le développement durable du gouvernement allemand. Il s’agit du même groupe qui a approuvé le financement du projet « Agriculture conservatrice de ressources pour l’ADRD ». L’objectif général de SustaiNet est d’évaluer systématiquement, de communiquer et de diffuser les approches couronnées de succès et les concepts agricoles pour les étendre. Le Kenya et la Tanzanie sont choisis comme pays pilotes pour l’Afrique sub-saharienne. Tout comme le projet « Agriculture conservatrice de ressources pour l’ADRD », SustaiNet est coordonné au niveau régional par le Réseau africain des pratiques agricoles de conservation. Les bonnes pratiques agricoles ou celles qui ont remporté des succès, et les pratiques d’agriculture de conservation identifiées sont analysées ensemble. On peut alors synthétiser les leçons tirées des deux projets et les rendre disponibles au public. Les deux projets ont accru leur collaboration de terrain grâce à une coordination d’ensemble du Réseau africain des pratiques agricoles de conservation.
Le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD)
Le CIRAD coopère avec le projet « Agriculture conservatrice de ressources pour l’ADRD », l’ICRAF, le Réseau africain des pratiques agricoles de conservation et la FAO, en menant des études de cas pour vérifier l’impact des pratiques de l’agriculture conservatrice de ressources sur les moyens d’existence et sur la gestion des ressources naturelles. Ceci contribue fortement au processus de suivi-évaluation du projet « Agriculture conservatrice de ressources pour l’ADRD ».


















