Communiqués de presse


 Archives 1998


Communiqué de presse 98/18 FAO/PNUE

CONVENTION SUR LE COMMERCE DES PRODUITS CHIMIQUES DANGEREUX ET DES PESTICIDES: DERNIERE ETAPE DES DISCUSSIONS


Bruxelles, 9 mars -- Plus d'une centaine de pays devraient achever cette semaine les négociations portant sur une Convention juridiquement contraignante relative au commerce international des produits chimiques dangereux et des pesticides. Cette réunion intergouvernementale s'est ouverte aujourd'hui à Bruxelles, et se terminera le 14 mars, ont annoncé aujourd'hui le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) et l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).

Ce nouveau traité juridiquement contraignant doit réglementer le commerce des produits chimiques dangereux et des pesticides (biphényles polychlorés (PCB), lindane, aldrine, dieldrine, notamment), ainsi que celui des formulations des pesticides nocifs pour la santé, qui contiennent des substances telles que les monocrotophos et le parathion.

Le commerce des produits chimiques et des pesticides extrêmement dangereux est actuellement régi par la procédure volontaire d'information et de consentement préalables (ICP) à laquelle participent 154 pays. Elle est administrée conjointement par la FAO et le PNUE.

Aux termes de la procédure d'ICP, 22 pesticides dangereux et cinq produits chimiques industriels (*) qui ont été soit interdits, soit soumis à une sévère réglementation dans un certain nombre de pays ne devraient pas être exportés sans l'assentiment du pays importateur. Cette Convention doit se substituer à l'actuel système volontariste.

Les pays ont convenu, lors des précédentes négociations, d'inclure les substances soumises à la procédure volontaire d'ICP dans la Convention. Cette dernière va instituer une obligation légale pour les exportateurs qui devront notifier au pays importateur les substances dangereuses, soumises à une interdiction ou à une sévère réglementation nationale, qui font l'objet de l'exportation. On s'attend à ce que d'autres produits chimiques industriels et d'autres pesticides dangereux viennent s'ajouter à la liste des substances auxquelles s'applique la procédure d'ICP. Dans l'Union européenne, la procédure d'ICP a déjà pris un caractère obligatoire et les contrevenants sont passibles d'amendes.

Nombreux sont les produits chimiques et les pesticides qui sont nocifs pour les hommes, les animaux domestiques et les écosystèmes. Ils peuvent être cause de cancers ou de malformations foetales, ou bien entrer dans la chaîne alimentaire et s'accumuler dans les tissus humains ou animaux. Des produits chimiques comme l'amiante, qui fait encore l'objet d'exportations dans le monde entier, sont connus pour leur caractère cancérigène.

Selon le PNUE, l'utilisation et le commerce de ces produits par le passé a laissé en héritage des problèmes durables. De nombreuses substances, soumises à la procédure d'ICP, dont l'utilisation a été interdite ou sévèrement réglementée dans les pays industrialisés sont encore largement utilisées dans les pays en développement et les pays à l'économie en transition. Le DDT continue à être répandu dans l'environnement où il constitue un poison pour la nature. Les biphényles polychlorés (PCB) sont extrêmement toxiques pour l'homme, et l'on en trouve dans le sang et les tissus de personnes situées à des milliers de kilomètres de l'endroit où ces produits ont été répandus. Chaque jour, les scientifiques découvrent les dangers, jusqu'alors inconnus, que font courir certains produits chimiques. Un traité régissant une procédure d'ICP est donc essentiel, si l'on veut réduire les risques encourus par la santé publique et l'environnement.

La FAO a donné l'alerte sur le fait que de nombreux pesticides, comme le DDT, le chlordane et l'heptachlore, dont l'usage a été soit interdit, soit sévèrement réglementé en Europe et en Amérique du Nord, sont encore commercialisés et utilisés dans les pays en développement. De plus, de nombreuses formulations des pesticides organophosphorés, périmés, souvent extrêmement toxiques, continuent à y être utilisées car leur coût est peu élevé.

Le marché mondial des pesticides continue à se développer, et il est évalué à $30 milliards pour 1996. Ce sont des entreprises de l'Europe de l'Ouest qui sont actuellement les plus grosses productrices de produits chimiques au monde. Les marchés dont la croissance est la plus rapide se trouvent dans les pays en développement, particulièrement en Amérique Latine et en Asie. L'Afrique utilise de plus en plus de pesticides sur les cultures destinées à l'exportation.

De nombreux pays en développement ont fait état d'intoxication aiguë car les pesticides n'y sont pas manipulés de manière sûre, selon la FAO. Une tenue protectrice est souvent trop onéreuse et, dans de nombreux cas, ne peut être portée sous les climats qui règnent dans ces pays. En vue de réduire les risques que représentent les pesticides, la FAO apporte aux pays en développement son assistance pour réduire leur utilisation, grâce à la lutte intégrée contre les ravageurs.

Des études sur l'épandage d'organophosphates ont démontré, par exemple, que pendant une opération normale, les agriculteurs étaient exposés à une intoxication par voie cutanée, des résidus s'étant déposés sur leurs vêtements. En Chine uniquement, en 1995, 27 provinces ont fait état d'un total de 48 377 cas d'intoxication, dont 3 204 mortels. Plus de 7 500 d'entre eux étaient essentiellement attribués à l'usage habituel de parathion et de methamidophos dans l'agriculture. Il existe des cas d'intoxication au parathion même dans les pays industrialisés, malgré une protection renforcée.

"La nouvelle Convention promet de créer une première ligne défensive contre les risques chimiques en donnant aux gouvernements les informations et les procédures qui leur permettent de surveiller et de contrôler le commerce transfrontière", déclare Klaus Töpfer, nouveau Directeur exécutif du PNUE. "Mais, puisque que le commerce n'est qu'une des voies par lesquelles sont répandues des substances extrêmement dangereuses, nous devons conforter ce succès en concluant d'autres accords afin d'empêcher des produits chimiques dangereux comme les polluants organiques persistants (POP) d'être répandus dans l'environnement où ils constituent une menace pour les personnes et pour la nature."

"Une procédure d'ICP juridiquement contraignante contribuera à protéger les agriculteurs des pays en développement contre une exposition à des pesticides extrêmement toxiques. Cependant à l'échelon national, de plus amples mesures sont nécessaires pour que les pesticides soient utilisés de manière sûre et rationnelle. Le défi pour l'agriculture mondiale consiste à produire plus de nourriture, avec moins de pesticides, tout en étant respectueuse de l'avenir," déclare Abdoulaye Sawadogo, Assistant Directeur général de la FAO.

Une conférence diplomatique se tiendra à Rotterdam, aux Pays-Bas, dans le courant de l'année, les Ministres et les représentants des gouvernements qui y participeront adopteront et signeront la nouvelle Convention. La réunion de Bruxelles se tiendra dans les locaux du Parlement européen; elle est financée par la Commission européenne.

(*) La liste des produits soumis à la procédure d'ICP comprend les 22 pesticides dangereux ci-dessous: 2,4,5-T, Aldrine, Captafol, Chlordane, Chlordimeform, Chlorobenzilate, DDT, Dieldrine, Dinoseb, Dibromo-1,2 éthane (EDB), Fluoroacétamide, HCH, Heptachlore, Hexachlorobenzène, Lindane, Composés du mercure, certaines formulations de Monocrotophos, Methamidophos, Phosphamidon, Méthyle-parathion, Parathion. Y figurent également les produits chimiques industriels suivants: Crocidolite, Biphényles polybromés (PBB), Biphényles polychlorés (PCB), Terphényles polychlorés (PCT), Phosphate de tri (2,3 dibromopropyle).

 

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