Communiqués de presse

 Archives 2001

Communiqué de presse 01/42

MISE EN GARDE DU DIRECTEUR GENERAL DE LA FAO: LA PROPAGATION DU SIDA DANS LES ZONES RURALES ACCENTUE LE PROBLEME DE LA FAIM


New York, 25 juin .- L'épidémie du sida se propage à grande vitesse dans les zones rurales des pays en développement, contribuant ainsi à augmenter le nombre de personnes qui vont se coucher le ventre vide, a déclaré le Directeur général de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, M. Jacques Diouf, dans son allocution à la Session extraordinaire de l'Assemblée générale de l'ONU sur le VIH/SIDA.

"Le VIH/SIDA est un problème de développement de grande envergure qui met en danger le droit fondamental de l'homme à la nourriture pour des millions d'habitants du monde en développement," a affirmé M. Diouf. "Le VIH/SIDA est une grave menace à la sécurité alimentaire de millions de gens atteints par le virus et de leurs familles, et qui compromet leur capacité aussi bien de produire que d'acheter la nourriture dont ils ont besoin".

Le VIH/SIDA amoindrit la capacité des personnes de produire de la nourriture car il frappe surtout les adultes productifs, a déclaré M. Diouf. La FAO estime que le VIH/SIDA a déjà emporté quelque 7 millions de travailleurs agricoles depuis 1985 dans les 25 pays les plus gravement touchés d'Afrique et que 16 autres millions pourraient périr d'ici à 2020, ce qui veut dire que certains pays pourraient ainsi perdre jusqu'à un quart de leur main d'œuvre agricole.

Le VIH/SIDA influe également sur la sécurité alimentaire en appauvrissant les familles touchées et en réduisant leur capacité d'acheter de la nourriture, selon M. Diouf. Une étude réalisée dans un pays africain a montré que le coût des soins aux patients et des funérailles qui s'ensuivent, était supérieur aux revenus agricoles annuels moyens. En conséquence, les ménages ruraux pauvres doivent vendre leurs biens de production, y compris leur bétail, pour prendre soin de leurs malades ou pouvoir payer les frais d'enterrement.

"Les filets de sécurité traditionnels, qui contribuent à la sécurité alimentaire en période de besoin, s'écroulent dans les communautés les plus touchées, où les familles et leurs voisins sont trop accablés pour s'entraider avec de la nourriture, des prêts, une aide dans les champs ou pour les soins des orphelins", a déclaré M. Diouf.

"En outre, le VIH/SIDA touche la sécurité alimentaire au niveau national, en réduisant la capacité des pays d'importer de la nourriture lorsque le besoin s'en fait sentir. Selon les estimations, il réduit actuellement la croissance annuelle du PIB par habitant en Afrique de 0,8%. Nombre des pays les plus atteints sont aussi des pays à faible revenu et à déficit vivrier (PFRDV) et beaucoup font également partie des pays pauvres fortement endettés. Ils ont donc encore plus de difficultés à importer des produits alimentaires", a ajouté le Directeur général de la FAO.

Ce sont les communautés rurales qui supportent les coûts les plus élevés de la pandémie, car de nombreux habitants des villes et travailleurs migrants rentrent dans leur village natal lorsqu'ils tombent malades. "Tandis que les envois d'argent de ces anciens membres migrants du ménage diminuent, les dépenses médicales et les frais d'obsèques augmentent. A mesure que le nombre de membres productifs de la famille décroît, le nombre de personnes à charge grandit".

"La pauvreté, généralisée en milieu rural, se traduit par une nutrition médiocre et une mauvaise santé, qui rendent les gens encore plus vulnérables à l'infection," a souligné M. Diouf. "Une nutrition déséquilibrée peut raccourcir la période d'incubation du virus, accélérant l'apparition des symptômes. Cette situation est particulièrement grave chez les ruraux pauvres, qui ont un accès très limité aux soins médicaux."

Les conflits armés, qui se combattent souvent dans les zones rurales, renforcent la vulnérabilité au VIH/SIDA, pour cause de violence sexuelle, de déplacements de populations et d'extrême pauvreté.

L'inégalité entre les sexes est une des causes principales de la propagation du VIH, a expliqué M. Diouf. "L'accès aux ressources - terre, crédit, savoir, formation et technologie- est fortement lié à des questions de genre, les hommes ayant fréquemment un meilleur accès que les femmes à l'ensemble de ces ressources. A la mort de son époux, une veuve peut se retrouver privée d'un accès à la terre, et ses moyens d'existence, et ceux de ses enfants, sont immédiatement menacés. Les disparités entre sexes s'aggravent tout au long du processus".

"En 1999, on comptait 13,2 millions d'orphelins du sida, dont 95 pour cent vivaient en Afrique subsaharienne. L'accroissement formidable des ménages dirigés par des enfants contribue également à l'insécurité alimentaire," ajoute M. Diouf. "De nombreux enfants perdent leurs parents avant même d'apprendre les techniques agricoles de base ou des notions de santé." Une étude au Kenya a montré que seulement 7 pour cent des ménages agricoles dont le chef est un orphelin avaient des connaissances de base des tâches agricoles. Il n'est donc pas surprenant de constater déjà une forte insécurité alimentaire parmi les orphelins des zones les plus touchées.

"Si les gouvernements nationaux, les organes internationaux et les organisations de la société civile ne redoublent pas d'efforts, le cercle vicieux de la pauvreté, de la faim et du VIH/SIDA ne pourra être rompu, et ne fera, au contraire, que s'accentuer," a souligné M. Diouf.

M. Jacques Diouf espère que le "Sommet mondial de l'alimentation: cinq ans après", qui se tiendra à Rome du 5 au 9 novembre 2001, contribuera à rompre cet engrenage. Le but du Sommet est de renforcer la détermination politique tout en dégageant des ressources supplémentaires pour lutter contre la faim.

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Pour toute information, veuillez contacter : Erwin Northoff, tél. : (+39 06) 570 5 3105, courrier: erwin.northoff@fao.org, ou Michael Hage,portable: +1 703.8626075; courrier: michael.hage@fao.org

Pour des informations complémentaires consulter le site de la FAO à : FAO dossiers de fond: SIDA - Menace pour l'Afrique rurale et aussi Vingt ans après la découverte du SIDA, faisons le point


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