Communiqué de presse 01/61
Situation des forêts du monde 2001:
LE DÉBOISEMENT SE POURSUIT À UN RYTHME ÉLÉVE
DANS LES RÉGIONS TROPICALES LA FAO INVITE LES PAYS À CONTRER
LE CRIME ET LA CORRUPTION DANS LE SECTEUR FORESTIER
Genève/Rome, 3 octobre 2001.- Les forêts continuent de
disparaître à un rythme alarmant dans les pays tropicaux, selon
le dernier rapport « Situation des forêts du monde 2001 »
de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture
(FAO) publié aujourd'hui.
"Durant les années 90, la perte des forêts naturelles était
de 16,1 millions d'hectares par an, dont 15,2 millions d'ha dans les tropiques",
selon le rapport de la FAO. Cela correspond à des pertes annuelles
de 0,4 pour cent à l'échelle mondiale et à 0,8 pour
cent dans les tropiques. La déforestation a été la plus
forte en Afrique et en Amérique du Sud.
« Les pays ayant subi les pertes les plus élevées de
superficies forestières de 1990 à 2000 sont les suivants:
Argentine, Brésil, République démocratique du Congo,
Indonésie, Myanmar, Mexique, Nigéria, Soudan, Zambie et Zimbabwe.
Ceux qui ont enregistré le plus fort gain de superficies
forestières, essentiellement dû à la création
de plantations forestières au cours de la même période
sont la Chine, le Bélarus, le Kazakhstan, la Fédération
de Russie et les Etats-Unis », selon le rapport de la FAO.
Ces conclusions se fondent sur l'Evaluation des ressources forestières
dans le monde 2000, l'évaluation la plus récente et la plus
complète de l'état et des tendances des ressources
forestières dans le monde entier. Pour la première fois, la
FAO a publié une carte de la répartition et de l'emplacement
des forêts dans le monde .
Sur les 15,2 millions d'ha de forêts naturelles qui disparaissent chaque
année sous les tropiques, 14,2 millions d'ha ont été
convertis à d'autres usages et 1 million d'ha a été
transformé en plantations forestières. Hors des pays tropicaux,
sur les 900 000 ha de forêts naturelles qui ont disparu chaque année,
un demi million d'ha a été converti en plantations
forestières et 0,4 million transformé à d'autres usages.
L'essor des forêts naturelles a été estimé à
3,6 millions d'ha par an au cours de la dernière décennie,
dont 2,6 millions d'ha dans les pays non tropicaux et 1 million dans les
tropiques. "Le développement forestier a lieu depuis plusieurs dizaines
d'années dans de nombreux pays industrialisés, en particulier
là où l'agriculture n'est plus économiquement viable,"
indique la FAO.
Les plantations ont également contribué à l'essor des
superficies boisées, avec 1,9 million d'ha de nouvelles plantations
par an dans les pays tropicaux et 1,2 million d'ha dans les zones non tropicales.
L'augmentation prévue de la demande de bois devrait être
essentiellement couverte par les plantations forestières.
Selon la FAO, les principales causes de perte et de dégradation des
forêts sont la conversion à d'autres usages (essentiellement
l'agriculture), les ravageurs et les maladies, les incendies, la surexploitation
des produits forestiers (bois industriel, combustible ligneux), de mauvaises
pratiques de coupe, le surpâturage, la pollution atmosphérique
et les tempêtes.
En ce qui concerne les interdictions et les restrictions d'exploitation
commerciale, le rapport signale que dans certains pays, elles ont contribué
à la conservation des forêts naturelles. « Dans d'autres,
toutefois, elles ont eu un effet négatif sur le secteur forestier
et les communautés locales ou ont simplement transféré
le problème de la surexploitation à d'autres pays. La
décision de recourir aux interdictions devrait être fondée
sur une analyse approfondie de leurs effets potentiels et des autres moyens
d'atteindre les mêmes résultats.
Le concept d'aménagement durable des forêts continue à
gagner du terrain dans le monde entier, fait remarquer la FAO. "En 2000,
149 pays ont participé à des initiatives internationales pour
élaborer et mettre en uvre des critères et indicateurs
d'aménagement durable des forêts, bien que le degré
d'exécution ait considérablement varié. En outre, la
certification forestière suscite un intérêt grandissant;
la superficie totale de forêts certifiées dans le monde a atteint
80 millions d'hectares à la fin de 2000."
Toutefois, cela ne représente qu'environ 2 pour cent du total des
superficies boisées de la planète. "Notamment, la plupart des
forêts certifiées sont situées dans un nombre réduit
de pays tempérés, et non dans les pays tropicaux où
les pratiques de coupe non durables du bois d'uvre contribuent à
la dégradation des forêts".
On estime à 12 pour cent les forêts dans le monde
bénéficiant d'un statut de zone protégée.
Les efforts visant à améliorer la gestion forestière
ne produiront des effets que si l'on abaisse le crime et la corruption dans
le secteur forestier, souligne le rapport. "Les activités illicites
et les tractations malhonnêtes menacent les forêts de nombreux
pays, notamment- mais pas uniquement- les pays en développement riches
en forêts". Dans certains cas, et du fait de la libéralisation
des échanges et de la mondialisation, la coupe et le commerce
illégaux semblent progresser, indique le rapport.
Les pratiques forestières illicites comprennent: les contrats
illégaux passés avec des entreprises privées par des
agents de la fonction publique; la coupe d'arbres protégés
par des groupes commerciaux; la contrebande de produits forestiers; la
transformation de matières premières forestières sans
permis. La valeur élevée du bois d'uvre, les faibles
niveaux de salaires des fonctionnaires gouvernementaux, les vastes pouvoirs
discrétionnaires des agents forestiers locaux, le manque d'information
objective, une nuée de règlements mal conçus et
l'improbabilité de punitions sévères constituent autant
de conditions propices au crime et à la corruption dans le secteur
forestier, selon le rapport de la FAO.
"Cependant, au cours des dernières années, on a pu observer
une évolution encourageante. Les organisations non gouvernementales
et les institutions du secteur privé ont lancé des campagnes
contre les activités illégales et la corruption et ont
déclenché des mesures de lutte. Et certains gouvernements ont
la ferme volonté politique de faire de même. Ces pays ont fait
de gros progrès pour vaincre la résistance d'intérêts
en cause bien établis". Les clés de la lutte contre les
activités illégales sont le perfectionnement des systèmes
de surveillance, la simplification des lois, et, surtout, leur mise en
application stricte.
Les années 90 ont été marquées par des périodes
de grave sécheresse, préparant le terrain à des incendies
de forêt dévastateurs aux quatre coins du monde, souligne la
FAO. Des centaines de millions d'hectares prennent feu chaque année
en Afrique de l'Ouest, de vastes zones de l'Afrique au sud de l'Equateur,
en Asie centrale, dans la partie méridionale de l'Amérique
du Sud et en Australie. Par exemple, durant la saison des incendies de 2000,
on estime que 200 millions d'hectares au sud de l'équateur en Afrique
ont été incendiés. Les responsables politiques commencent
à se rendre compte que l'intervention d'urgence à elle seule
n'empêchera aucunement les feux à l'avenir.
Les programmes de planification préalable et d'intervention en cas
d'urgence doivent être associés à de meilleures politiques
et pratiques d'utilisation des terres. Pour mieux conserver les ressources
naturelles tout en réduisant l'impact des feux de forêt, il
faut s'orienter vers des pratiques forestières comportant la participation
communautaire.
Pour ce qui est de la faune et de la flore des forêts dans les pays
en développement, le rapport de la FAO note que "la chasse non viable,
en particulier la chasse commerciale, est la principale cause de ce que l'on
appelle 'le syndrome de la forêt vide' - l'élimination de la
plupart des animaux par la chasse". Le gibier est, depuis longtemps, une
denrée de base pour les ruraux de nombreuses parties du monde, mais,
avec l'urbanisation, ce sont les chasseurs commerciaux et les négociants
qui répondent de plus en plus à la demande de viande.
L'Afrique équatoriale connaît une crise de la viande de chasse,
selon le rapport de la FAO. Les forêts de l'Afrique tropicale sont
riches en espèces de primates qui sont particulièrement
vulnérables car elles se reproduisent lentement et ont souvent de
faibles populations. "Environ 15 espèces de primates seraient
menacées par le commerce de la viande d'animaux sauvages. Le nombre
de chimpanzés en Afrique aurait reculé de 85 pour cent au cours
du XXèmesiècle. Les autres espèces menacées sont
l'éléphant de brousse, le chevrotain aquatique, six espèces
de céphalophes, le léopard et le chat doré",
révèle la FAO.
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Le rapport est disponible sur le site Internet de la
FAO:
http://www.fao.org/forestry/FO/SOFO/sofo-f.stm
Pour tous renseignements complémentaires, veuillez contacter à
Rome, le service des relations avec les médias de la FAO (tél.
: 0039.06.57052232) et à Genève, le chargé d'information
de la FAO, Pierre Antonios (tél. portable 0039.3482523807) |