Communiqué de presse 01/92
LE DIRECTEUR GÉNÉRAL DE LA FAO INVITE LES PARLEMENTAIRES À
PROMOUVOIR UN COMMERCE MONDIAL PLUS JUSTE ET PRÉCONISE DES OBJECTIFS
NATIONAUX EN VUE DE RÉDUIRE LA FAIM
Berlin, 16 novembre 2001 . - Les parlements nationaux ont un rôle important
à jouer en vue de réduire les graves distorsions sur les
marchés agricoles mondiaux et établir un système de
commerce international plus équitable, a déclaré aujourd'hui
M. Jacques Diouf, Directeur général de l'Organisation des Nations
Unies pour l'alimentation et l'agriculture, devant les parlementaires
européens.
M. Diouf, qui s'adressait aux présidents des comités parlementaires
des Etats membres de l'Union européenne et des pays devant accéder
à l'UE ainsi qu'à la Douma russe réunis à Berlin,
a souligné les "responsabilités des parlements pour nourrir
le monde".
Selon le Directeur général de la FAO, "la lutte contre la faim
n'est ni simple, ni facile". Outre les 815 millions de personnes souffrant
de faim chronique, plus de 30 situations d'urgence alimentaire affectent
plus de 50 millions de personnes dans le monde, a-t-il indiqué.
"Malheureusement, il convient de relever que la majorité de ces situations
d'urgence ont été provoquées par l'homme et qu'elles
auraient donc pu être évitées", a déploré
M. Diouf tout en soulignant la nécessité de s'atteler à
la tâche avec ténacité.
M. Diouf a fait observer que les récents événements
sur la scène mondiale avaient montré à quel point il
était urgent de régler le problème de la faim. Il a
qualifié d'"injuste" le fait que plus de 800 millions de personnes
aillent au lit le ventre creux tous les soirs alors que dans certaines parties
du monde la nourriture abonde et qu'elle soit, parfois, gaspillée.
Cette situation alimente la frustration et le ressentiment de ceux qui croient
que l'injustice ne peut être éliminée par des voies
pacifiques.
Il convient de lutter contre la faim pour des raisons d'ordre à la
fois moral et pratique, a affirmé M. Diouf soulignant qu' "en nourrissant
les gens, nous défendons dans le même temps un droit humain
fondamental: le droit à la nourriture".
La lutte contre la faim va au-delà de l'impératif moral, car
en aidant les affamés à se nourrir, la FAO joue un rôle
catalytique de promotion de l'effort de développement général.
Seules les personnes bien nourries peuvent être productives et contribuer
de ce fait à la croissance et au développement. Seuls des enfants
bien nourris peuvent être attentifs en classe et réussir aux
examens. Seuls des gens bien nourris peuvent être endurants et
résister aux maladies, a fait remarquer le Directeur général
de la FAO.
M. Diouf a, d'autre part, déploré la lenteur des progrès
réalisés jusqu'ici pour réduire de moitié le
nombre de malnourris d'ici à 2015, cette réduction étant
l'objectif fixé par le Sommet mondial de l'alimentation de 1996. "Si
la tendance actuelle devait se poursuivre, il nous faudra 60 ans pour atteindre
cet objectif", a-t-il souligné.
Les deux principaux freins en matière de lutte contre la faim sont
l'absence de volonté politique sur le double plan national et
international ainsi qu'une mobilisation insuffisante des ressources
financières. Alors qu'il faudrait investir quelque 180 milliards de
dollars dans l'agriculture, les niveaux actuels sont inférieurs de
12 pour cent dans les pays en développement et inférieurs de
38 pour cent en Afrique sud-saharienne, a indiqué M. Diouf tout en
déplorant le déclin de l'aide publique au développement
(APD) et la régression des financements multilatéraux.
En matière de commerce international, M. Diouf a préconisé
plus d'équité en faveur des pays souffrant d'insécurité
alimentaire et notamment une réduction des subventions à
l'agriculture dans les pays riches. En 1999, les pays de l'OCDE ont
dépensé 356 milliards de dollars en soutien à l'agriculture,
soit plus que le PIB de tous les pays de l'Afrique sud-saharienne, a-t-il
souligné.
Pour placer les choses dans leur contexte, chaque agriculteur a reçu
11 000 dollars de subventions dans les pays de l'OCDE alors qu'un agriculteur
des pays en développement n'a reçu que 4 dollars et 30 cents
versés au titre de l'APD en 1999, a précisé M. Diouf.
Ainsi, les subventions au nord torpillent les incitations à investir
au sud.
M. Diouf a invité les parlementaires à oeuvrer en vue d'offrir
aux pays pauvres un meilleur accès à leurs marchés et
d'encourager l'élaboration de lois et règlements en matière
de commerce international qui accordent aux pays en développement
la flexibilité nécessaire pour atteindre leurs objectifs sur
le plan de la sécurité alimentaire.
Les gouvernements et les parlements partagent des responsabilités
communes en matière de sécurité alimentaire au niveau
mondial. Parmi les initiatives qu'ils pourraient prendre, M. Diouf a cité
l'adoption d'objectifs nationaux visant à atteindre l'objectif du
Sommet mondial de l'alimentation de 1996 tout en renversant la tendance en
matière d'aide publique au développement de l'agriculture.
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