PR 96/12 - APPEL POUR ACTION CONCERTEE MONDIALE CONTRE LA FAIM
PR 96/12
A la Conférence régionale de la FAO pour l'Europe
JACQUES DIOUF LANCE UN APPEL POUR UNE ACTION
CONCERTEE MONDIALE CONTRE LA FAIM
Tel-Aviv, 29 avril 1996 - Une action concertée contre la faim et la
malnutrition s'impose au niveau mondial pour garantir à tous le droit
fondamental à la nourriture: tel est, en substance, l'appel lancé
aujourd'hui à l'adresse de l'Europe par M. Jacques Diouf, Directeur
général de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et
l'agriculture (FAO).
Ouvrant les travaux de la vingtième Conférence régionale de la FAO
pour l'Europe, qui se tient à Tel-Aviv jusqu'au 3 mai, M. Diouf a souligné
que le problème de l'accès à la nourriture et à l'eau figurait en tête des
grands défis à l'aube du troisième millénaire; un problème dont les
dimensions éthiques, politiques et stratégiques n'échappent à personne et
qui "risque de conduire à des conflits d'une violence et d'une gravité
extrêmes si l'on ne fait rien pour redresser la situation".
Tout en invitant l'Europe à prendre ses responsabilités en matière de
commerce international, d'investissements et de sécurité alimentaire dans
les pays en développement, le Directeur général de la FAO a souligné que
la répartition de la nourriture demeurait terriblement inégale même si,
globalement, les disponibilités alimentaires étaient suffisantes pour
nourrir tous les habitants de la planète.
Et M. Diouf de rappeler que "près de 800 millions de personnes
souffrent de sous-alimentation chronique dans le seul monde en
développement, tandis que quelque 200 millions d'enfants de moins de cinq
ans sont atteints de carences protéino-énergétiques aiguës ou chroniques".
Selon le Directeur général de la FAO, les stocks céréaliers mondiaux
sont tombés au-dessous du niveau considéré comme nécessaire à la sécurité
alimentaire mondiale, "les prix flambent sur le marché mondial et la
facture des importations des pays en développement à faible revenu et à
déficit vivrier va augmenter de 3 milliards de dollars cette année".
Après avoir noté que l'Europe exporte de grosses quantités de
céréales vers les pays déficitaires et qu'elle figure au premier rang des
pourvoyeurs d'assistance alimentaire, M. Diouf a fait observer que la
misère et l'exclusion, encouragées par la récession et le chômage, gagnent
du terrain dans certaines parties de la région. "Dans le même temps, la
faim, la malnutrition et l'insécurité alimentaire frappent des
millions d'hommes, de femmes et d'enfants dans certaines zones de la
région fragilisées par les conditions naturelles ou politico-économiques".
Selon M. Diouf, l'Europe a des responsabilités spéciales à l'égard
des problèmes de sécurité alimentaire dans le monde en développement. "Je
ne saurais trop souligner le rôle de premier plan que l'Europe est appelée
à jouer en matière d'investissements et de commerce international: le
monde attend d'elle des initiatives empreintes d'imagination et d'un
puissant esprit de solidarité, dans le prolongement des actions généreuses
déjà entreprises pour venir en aide aux pays en développement". Et M.
Diouf d'ajouter que le poids financier de l'Europe et son rôle dans les
échanges Nord-Sud lui conféraient "une haute responsabilité" en ce qui
concerne l'amélioration des flux commerciaux et l'accroissement des
investissements à tous les stades de la production agricole.
Le Directeur général de la FAO a, d'autre part, rappelé que la
population mondiale a considérablement augmenté alors que la superficie
arable disponible par habitant n'a cessé de se rétrécir. Il a fait
observer que l'agriculture et l'élevage intensifs font courir de graves
périls à l'environnement et déploré la disparition rapide du couvert
forestier dans certains pays, l'accélération de l'érosion par la mise en
culture de terres marginales ainsi que la surexploitation des ressources
halieutiques.
Pour relever le défi, un Sommet mondial de l'alimentation, organisé
par la FAO, se tiendra du 13 au 17 novembre 1996 au siège de
l'Organisation, à Rome. Cette réunion des chefs d'Etat et de gouvernement
de la planète doit déboucher sur un engagement solennel, au plus haut
niveau, en vue de supprimer la faim et la malnutrition. A cet égard, les
participants doivent adopter une Déclaration politique et un Plan
d'action.
"Des dispositions devront être prises pour assurer un accès plus
équitable de tous aux aliments, une distribution plus efficace et une
forte réduction des pertes de denrées alimentaires", a indiqué M. Diouf.
Il faudra également s'attaquer à d'autres problèmes, notamment la
conservation de la base des ressources, les investissements et les
infrastructures, les politiques économiques et sociales et le commerce
international.
La Conférence régionale de la FAO pour l'Europe réunit, tous les deux
ans, les ministres de l'Agriculture de 40 Etats Membres de l'Organisation
appartenant à l'Europe et une dizaine d'observateurs représentant
notamment les Etats-Unis, le Canada, la Russie et l'Ukraine.