PR 96/20 - PESTICIDES: MISE EN GARDE DE LA FAO
PR 96/20
PESTICIDES: MISE EN GARDE DE LA FAO
DES STOCKS IMPORTANTS MENACENT L'ENVIRONNEMENT ET
LA SANTE PUBLIQUE DANS LES PAYS EN DEVELOPPEMENT
Rome, 5 juin. - De grandes quantités de pesticides périmés menacent
gravement l'environnement et la santé publique dans les pays en
développement, met en garde l'Organisation des Nations Unies pour
l'alimentation et l'agriculture (FAO) dans un rapport diffusé aujourd'hui.
Selon ce rapport, plus de 100 000 tonnes de pesticides se trouvent
dans les pays en développement, dont 20 000 tonnes en Afrique. Les stocks
nationaux de plusieurs pays d'Asie et d'Europe orientale dépassent
5 000 tonnes. Le dichloro-diphényl-trichloréthane (DDT), la dieldrine et
l'hexachlorocyclohexane (HCH) figurent parmi les substances
particulièrement toxiques et à effet rémanent. Ces stocks périmés sont
des restes de quantités de pesticides livrées dans le cadre de programmes
d'assistance extérieure et qui se sont accumulés faute de moyens
d'élimination respectueux de l'environnement. Aussi, la FAO exhorte-t-
elle la communauté internationale à déployer un effort concerté pour
éliminer ces produits toxiques et éviter qu'ils ne continuent à
s'accumuler.
"Les stocks de pesticides périmés sont de véritables bombes à
retardement", a déclaré Niek van der Graaff, Chef du Service FAO de la
protection des plantes. "Les fuites, les infiltrations et divers
accidents liés aux pesticides sont extrêmement fréquents et répandus. Les
conditions d'entreposage sont rarement conformes aux normes
internationales. De nombreux conteneurs de pesticides se détériorent,
laissant échapper leur contenu qui va contaminer les nappes phréatiques et
l'environnement. La plupart des entrepôts sont situés dans des
agglomérations urbaines".
En Afrique et au Proche-Orient, les pesticides périmés suscitent de
vives préoccupations pour l'environnement. Certains stocks ont plus de 30
ans et sont conservés au mépris des mesures de sécurité. Aucun pays n'est
à l'abri du danger. Selon la FAO, des interventions s'imposent d'urgence
pour éviter des catastrophes.
Au fil des ans, des pesticides de toutes sortes ont été importés par
les pays en développement, sous forme de dons des organismes d'aide ou des
gouvernements. "En Afrique, sur les importations totales connues de
pesticides d'une valeur de 672 millions de dollars en 1993-94, 40 pour
cent au moins, soit l'équivalent de 269 millions de dollars, n'ont
probablement pas été utilisés," selon le rapport. Les données dont on
dispose pour les autres régions montrent que le problème ne se limite pas
à l'Afrique, mais qu'il se pose aussi en Europe orientale, en Asie et en
Amérique latine.
D'après la FAO, l'accumulation des pesticides tient notamment aux
raisons suivantes:
- l'interdiction de pesticides encore en stock;
- l'entreposage prolongé de produits à durée de conservation limitée;
- la difficulté de prévoir les infestations de ravageurs, tels que
les acridiens;
- les dons excessifs (inappropriés, intempestifs et non coordonnés);
- l'arrivée tardive des dons (après la campagne);
- les insuffisances des moyens d'entreposage;
- le manque de formation du personnel à la gestion des stocks.
Selon la FAO, les pays donateurs, les organismes d'aide, les
fabricants et les gouvernements bénéficiaires sont tous responsables de
l'accumulation régulière de pesticides périmés dans les pays en
développement. "C'est donc à la communauté internationale d'aider les
pays bénéficiaires à résoudre ce problème et ce, dans le cadre d'un effort
concerté", indique le rapport. Il convient notamment de solliciter l'aide
financière de l'industrie agrochimique. Selon les estimations, les coûts
de l'élimination des stocks de pesticides périmés en Afrique dépassent
100 millions de dollars.
La meilleure méthode d'élimination est l'incinération à haute
température, indique la FAO. Les déchets dangereux doivent être acheminés
vers un incinérateur spécialement aménagé à cet effet dans un pays
industriel, car aucun pays en développement - sauf exception - ne dispose
des moyens nécessaires pour assurer l'élimination des pesticides en toute
sécurité et sans danger pour l'environnement.
La FAO a récemment éliminé quelque 260 tonnes de pesticides périmés
au Yémen. Les sites d'entreposage ont été décontaminés et les pesticides
ont été transportés au Royaume-Uni pour y être incinérés. En Zambie, près
de 350 tonnes de déchets toxiques seront bientôt éliminées en
collaboration avec l'Office allemand de la coopération technique. En
outre, un plan d'action pour le confinement et l'élimination des stocks de
pesticides en Afrique et au Proche-Orient est actuellement élaboré avec
l'aide des Pays-Bas.
La solution à long terme au problème de l'élimination des pesticides
passe par la prévention; il faut réduire les stocks et empêcher
l'accumulation des pesticides périmés, souligne la FAO.