PR 96/44 - PRECARITE ALIMENTAIRE AUGMENTE
PR 96/44
VINGT POUR CENT DE LA POPULATION DES PAYS
EN DEVELOPPEMENT SOUFFRENT DE LA FAIM;
SELON LA FAO, LA PRECARITE ALIMENTAIRE
AUGMENTE DANS LES PAYS INDUSTRIELS
ET DANS L'ANCIENNE UNION SOVIETIQUE
Rome, 24 octobre 1996.- Alors que dans les pays en développement,
environ 20 pour cent de la population souffrent de la faim, la précarité
alimentaire augmente dans les pays industriels et s'étend dans certaines
parties de l'ancienne Union soviétique, selon l'Organisation des Nations
unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).
La FAO a publié cette évaluation dans "Sécurité alimentaire et
nutrition", l'un des documents techniques préparés pour le Sommet mondial
de l'alimentation qui se tiendra du 13 au 17 novembre 1996 au Siège de
cette agence des Nations unies, à Rome.
Les dirigeants de près de 200 pays, qui se réuniront au Siège de la
FAO, doivent renouveler leur engagement à assurer la sécurité alimentaire
pour tous et convenir d'un Plan d'action à mettre en oeuvre en partenariat
avec les organisations internationales, les organisations non
gouvernementales, le secteur privé et la société civile dans son ensemble.
"On estime que 841 millions de personnes souffrent de la faim
(carence en énergie alimentaire), soit 20 pour cent de la population des
pays en développement", peut-on lire dans ce rapport. "Ce chiffre ne
comprend pas les personnes souffrant de la faim dans les pays
industrialisés ou dans les économies en transition."
L'Asie du Sud - Inde et Bangladesh en particulier - et l'Afrique
subsaharienne sont les régions où l'on trouve la plus grande proportion de
personnes sous-alimentées.
L'Afrique subsaharienne est la seule grande région où la proportion
de personnes sous-alimentées a augmenté depuis un quart de siècle - de 38%
en 1969-1971 à 43% en 1990-92, et la famine reste une menace, selon le
rapport.
"Aujourd'hui, contrairement aux années 60 et au début des années 70,
voire des années 80, les symptômes évidents de famine sont limités à
quelques pays africains, dans des zones de conflit armé", indique le
rapport. "Cependant, le risque de famine continue d'exister, en raison
des perturbations d'origines politique, économique et environnementale,
mais aussi de l'inadéquate préparation face à ces perturbations, surtout
au niveau national."
Les problèmes économiques qui sont apparus, à partir des années 80,
dans les pays industrialisés et la Fédération de Russie ainsi qu'en Asie
centrale, plus récemment, avec le démantèlement de l'Union soviétique sont
également responsables de l'augmentation de l'insécurité alimentaire,
selon la FAO.
"Au cours des décennies 80 et 90, à mesure que s'aggravaient les
distorsions dans la distribution des revenus des pays industrialisés
d'Amérique du Nord et d'Europe et que l'on réduisait les prestations
sociales parallèlement à la montée du chômage, on a vu s'accentuer les
besoins d'une assistance alimentaire pour les groupes à faible revenu",
indique le rapport. "Les personnes sans domicile fixe sont
particulièrement vulnérables à l'insécurité alimentaire."
Dans l'ancienne Union soviétique, le rapport estime que "le mauvais
fonctionnement des marchés, l'absence de sécurité sociale et le
sous-emploi" ont entraîné "une augmentation substantielle des groupes de
population souffrant de précarité alimentaire dans certaines des économies
en transition".
La malnutrition pose également un problème parmi les groupes à revenu
élevé tant dans les pays développés que dans les pays en développement;
elle contribue à des maladies responsables de près des deux tiers des
décès dans les pays développés, selon la FAO.
"Dans les pays industrialisés en particulier, on a constaté de plus
en plus, au cours des 40 dernières années, que certaines maladies
chroniques et non contagieuses étaient étroitement liées à l'alimentation
et à certains aspects du mode de vie, tels que le stress, l'insuffisance
d'activité physique et le tabagisme", souligne le rapport.
"On a observé que ces facteurs étaient particulièrement décisifs pour
ce qui est de l'obésité, des maladies cardio-vasculaires, de
l'hypertension, de l'embolie cérébrale, du diabète mellitus (indépendant
de l'insuline), de diverses formes de cancer et des maladies hépatiques et
gastro-intestinales. Ces maladies sont la cause de plus de 70 pour cent
des décès survenant dans les pays développés."
Le rapport propose toute une gamme de mesures spécifiques, qui
varient d'un pays à un autre, pour lutter contre la sous-alimentation et
la malnutrition. Il s'agit notamment de réduire la pauvreté en créant des
emplois et en améliorant les infrastructures, de prévoir des subventions
aux denrées alimentaires, des bons d'alimentation, des programmes ciblés,
et une assistance en matière de soins de santé pour prendre en compte les
problèmes immédiats des populations pauvres, et promouvoir une meilleure
nutrition quelle que soit la catégorie de revenus.
Selon le rapport, les responsables politiques doivent reconnaître que
la pauvreté est la cause principale de l'insécurité alimentaire et des
problèmes de santé, que l'agriculture doit produire des denrées
alimentaires tout en contribuant à fournir des emplois et des revenus aux
pauvres et que la malnutrition entraîne des pertes de productivité et une
mauvaise répartition des maigres ressources.
Les conditions préalables à la prise en charge des problèmes
nutritionnels d'un pays portent notamment sur des politiques
macroéconomiques et des stratégies de développement appropriées,
auxquelles doivent être associées, le cas échéant, des mesures touchant le
commerce, l'entreposage et l'aide alimentaire ainsi que des politiques et
des programmes visant à renforcer la production agricole et à améliorer la
productivité dans les pays à faible revenu, souligne le rapport.
Selon la FAO, la priorité doit être accordée à des objectifs clairs
visant à réduire la malnutrition, à la mise en valeur des ressources
humaines au service de la nutrition, à la promotion d'une croissance
fortement génératrice d'emplois, à la prévention des famines notamment
celles liées aux conflits armés, et au renforcement de l'autonomie des
communautés et des ménages, grâce à l'éducation et à la
responsabilisation, les femmes recevant une attention particulière.
"Il est impératif que les organisations gouvernementales, en
particulier les ministères, ainsi que tous les intérêts non
gouvernementaux qui participent aux activités d'amélioration de la
nutrition, soient bien coordonnées au niveau national", souligne le
rapport qui propose d'élaborer des stratégies nationales mobilisant
l'ensemble des intéressés dans le secteur de l'alimentation et de
l'agriculture, "de manière à veiller à ce que les mesures visant à assurer
la sécurité alimentaire et à améliorer la nutrition convergent dans leurs
effets, et de façon durable".
Selon le rapport, la création, à l'échelle internationale, d'un
système permettant de mesurer les progrès accomplis à l'échelon national
en matière de bien-être nutritionnel ne manquera pas de susciter une
volonté politique pour l'adoption des mesures nécessaires.