PR 96/5 - INITIATIVE N.U. POUR L'AFRIQUE
PR 96/5
DANS LE CADRE D'UNE INITIATIVE SPECIALE
DU SYSTEME DES NATIONS UNIES, PLUSIEURS
ORGANISATIONS INTERNATIONALES UNISSENT
LEURS EFFORTS POUR RENFORCER
LA SECURITE ALIMENTAIRE EN AFRIQUE
Rome, 15 mars 1996. - Dans le cadre d'une mobilisation sans
précédent du système des Nations Unies en faveur de l'Afrique, six
organisations internationales vont unir leurs efforts pour améliorer la
production vivrière durable et promouvoir la sécurité alimentaire sur le
continent africain.
Participent à cet effort: l'Organisation des Nations Unies pour
l'alimentation et l'agriculture (FAO), le Programme alimentaire mondial
(PAM), le Fonds international de développement agricole (Fida), l'Agence
internationale de l'énergie atomique (AIEA), le Fonds des Nations Unies
pour l'enfance (Unicef) et l'Organisation météorologique mondiale (OMM).
Cette annonce fait écho au lancement, aujourd'hui, à New York, par le
Secrétaire général des Nations Unies, M. Boutros Boutros-Ghali, de concert
avec le Président de la Banque mondiale, M. James Wolfensohn, de
l'Initiative spéciale du système des Nations Unies pour l'Afrique. Il ne
s'agit pas de créer de nouvelles institutions, mais d'une série, sans
précédent, de mesures concrètes et coordonnées qui visent à maximiser
l'appui aux efforts de développement de l'Afrique.
Cette initiative est véritablement historique parce que, pour la
première fois, le système des Nations Unies s'est engagé à travailler de
manière synergique afin de soutenir le développement d'une région du
monde.
Le renforcement de la sécurité alimentaire en Afrique est l'une des
priorités de cette Initiative spéciale dont le volet agricole, élaboré
sous la direction de la FAO, se rapporte notamment à la lutte contre la
dégradation des terres et la désertification, à l'amélioration de la
qualité des sols, aux ressources en eau, à la contribution importante des
femmes à la sécurité alimentaire et à la nécessité de favoriser les moyens
de subsistance durable dans les zones écologiquement vulnérables.
Exploitant l'expérience acquise dans le cadre des activités de
secours d'urgence, l'Initiative spéciale mettra l'accent sur les aspects à
plus long terme du développement et des besoins alimentaires du continent.
"L'Afrique, jadis continent exportateur net de denrées alimentaires,
est devenu importateur net au début des années 60. La production vivrière
par habitant a diminué parce que la population a augmenté plus rapidement:
3% contre 2% par an en moyenne", indique un rapport préparé pour le
lancement de l'Initiative spéciale.
Selon ce rapport, "la lenteur de l'accroissement de la production
vivrière est imputable notamment à l'instabilité politique et aux guerres
civiles, à la faible priorité accordée à l'agriculture en général et à la
production alimentaire en particulier - à laquelle n'est allouée que 10%
environ des dépenses publiques -, au peu de cas qui est fait des femmes,
qui sont à l'origine de la majeure partie de la production, à la
dégradation des sols, à la sécheresse et à la désertification. De plus,
le problème de la dette extérieure a limité la capacité d'importer des
denrées alimentaires afin de combler le déficit vivrier total".
Le rapport ajoute: "Depuis le début des années 70, le bilan de
l'activité économique en Afrique est médiocre. Le chômage a augmenté dans
des proportions spectaculaires et, de ce fait, une frange importante de la
population vit dans la pauvreté absolue. Les effets conjugués des
pénuries de vivres et de la misère ont suscité une grave insécurité
alimentaire (...). Quarante pour cent des populations sont mal nourries.
La faim et la sous-alimentation sont endémiques, particulièrement chez les
femmes et les enfants. Le nombre de personnes souffrant de malnutrition a
presque doublé depuis la fin des années 60, passant de 100 millions à près
de 200 millions de personnes. L'insécurité alimentaire sévit plus
gravement dans les régions rurales, où vivent 90% des pauvres de
l'Afrique."
La situation alimentaire des femmes et des enfants est également
fragilisée par l'accès inégal à l'eau. L'Iniatitive spéciale propose que
l'ONU joue un rôle de premier plan en appuyant les efforts déployés pour
assurer une utilisation plus équitable et plus rationnelle des ressources
hydrauliques. La priorité devra être d'assurer à tous les citoyens de
l'Afrique un approvisionnement suffisant en eau salubre, et de promouvoir
ainsi l'équité.
Le problème alimentaire en Afrique figurera d'ailleurs en tête de
l'ordre du jour du Sommet mondial de l'alimentation qui se tiendra au
niveau des chefs d'Etat et de gouvernement en novembre prochain au siège
de la FAO, à Rome.
L'Initiative spéciale du système des Nations Unies pour l'Afrique
confortera les résultats attendus de ce Sommet qui permettra aux
dirigeants de la planète de prendre des engagements et des mesures
concrètes pour supprimer la faim et la malnutrition et assurer la sécurité
alimentaire pour tous grâce à un plan d'action spécifique à l'échelle
nationale, régionale et internationale.
En Afrique, la FAO s'efforce d'aider ses Etats membres à accroître la
production agricole, à améliorer la situation nutritionnelle, à renforcer
la sécurité alimentaire et à intégrer l'alimentation et à l'agriculture
dans le développement économique et social durable. A cet effet, elle a
lancé le "Programme spécial: production alimentaire à l'appui de la
sécurité alimentaire des pays à faible revenu et à déficit vivrier"
(PSPA). Ces pays sont au nombre de 44 en Afrique. La FAO a également
lancé le "Système de prévention et de réponse rapide contre les ravageurs
et les maladies transfrontalières des animaux et des plantes", un
programme axé, dans sa phase actuelle, sur la lutte contre le criquet
pèlerin et la peste bovine.
En 1995, plus de la moitié des ressources alimentaires totales du PAM
ont été consacrées aux opérations de secours d'urgence et aux activités de
développement en Afrique subsaharienne.
L'action concertée des six organisations internationales en faveur de
la production agricole de l'Afrique portera plus particulièrement sur la
lutte contre la dégradation des sols, la promotion de techniques efficaces
et à faible coût pour la collecte des eaux et la conservation des terres
et des ressources hydriques. L'accent sera mis sur la mise au point de
versions améliorées des systèmes traditionnels. Il faudra également aider
les institutions africaines à appliquer les résultats de la Conférence de
Rio (1992) et la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la
désertification. Sur ce dernier point, le Fida et le secrétariat
intérimaire de la Convention organiseront en juin prochain, en
collaboration avec la FAO, un forum international sur les programmes de
développement des zones locales.
Selon le rapport, un effort spécial sera déployé pour améliorer les
sols grâce à des systèmes intégrés de nutrition des plantes et à
l'utilisation accrue d'engrais. Il faudra surveiller les systèmes sol-
plante afin de préserver l'environnement et d'assurer la fertilité des
sols à long terme. A cet effet, des efforts concertés sont déployés pour
encourager l'application de technologies modernes dans le cadre du
Programme spécial de la FAO: production alimentaire à l'appui de la
sécurité alimentaire dans les pays à faible revenu et à déficit vivrier.
Des investissements pilotes intersectoriels seront effectués dans certains
pays, afin de favoriser la mise en vente et la livraison d'engrais à des
prix raisonnables.
Du fait des pénuries d'eau de plus en plus fréquentes dans un nombre
croissant de pays d'Afrique, l'Initiative spéciale cherchera également à
améliorer la gestion des ressources en eau utilisées pour la production
vivrière.
Les politiques et les stratégies nationales de mise en valeur des
ressources hydriques et d'irrigation seront réexaminées et, au besoin,
modifiées. Seront mis en place des systèmes nationaux d'information et de
suivi pour le développement des ressources naturelles et les agriculteurs
seront encouragés à adopter des techniques et des pratiques de gestion
appropriées, tandis que des incitations économiques et des mesures
institutionnelles permettront une utilisation plus efficace de l'eau. A
cette fin, précise le rapport, des publications et des manuels de
formation seront largement diffusés, parallèlement au lancement de projets
pilotes "sur le terrain", à la mise en oeuvre de politiques de prix
applicables aux ressources hydriques et à la délégation aux agriculteurs
des responsabilités en matière de gestion de l'eau.
En outre, l'Initiative spéciale "épaulera les efforts déployés par
les gouvernements pour réformer les lois qui ont favorisé la sujétion des
femmes". Selon le rapport,les activités seront axées sur un examen des
lois et des coutumes en vigueur et sur le soutien aux efforts visant à
l'introduction de nouvelles législations conférant aux femmes des droits
en matière de propriété foncière, d'accès au crédit, aux technologies
modernes, aux services de vulgarisation, etc. "Autant d'initiatives qui
permettront d'améliorer la productivité et les revenus des femmes, afin de
les sortir de cet état de pauvreté qui est à la fois la cause et la
conséquence de l'insécurité alimentaire et de la dégradation de
l'environnement."
L'Initiative spéciale vise également à "un partage des connaissances
à l'échelle locale, nationale et internationale pour la formulation de
politiques et la mise en oeuvre d'une action communautaire, qui se
traduiront par des moyens durables de subsistance dans les zones
écologiquement marginales".
Les gouvernements auront un rôle décisif à jouer dans l'évaluation et
l'exécution de la plupart des programmes et activités, tandis qu'il
incombera aux Nations Unies de créer et de renforcer leurs capacités et de
leur apporter un soutien financier. L'objectif fondamental du volet
agricole de l'Initiative spéciale est de faire en sorte qu'au XXIème
siècle, l'Afrique soit en mesure d'assurer sa propre sécurité alimentaire.