PR 96/9 - FAO RAPPORT SUR LES RESSOURCES PHYTOGENETIQUES
PR 96/9
PREMIER RAPPORT EXHAUSTIF DE LA FAO SUR L'ETAT DES
RESSOURCES PHYTOGENETIQUES DANS LE MONDE:
L'EROSION DE LA BIODIVERSITE ET
LA PERTE DES GENES SE POURSUIVENT;
PLUSIEURS BANQUES DE GENES SONT MENACEES
Rome 26 avril - Dans son premier rapport exhaustif sur l'état des
ressources phytogénétiques dans le monde, l'Organisation des Nations Unies
pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) met en garde contre une perte
massive des ressources phytogénétiques et souligne les vives
préoccupations que suscitent l'érosion de la biodiversité et la perte
irréversible de gènes vitaux pour l'agriculture et la sécurité
alimentaire.
L'expansion d'une agriculture commerciale moderne et l'introduction
de nouvelles variétés de cultures sont la cause principale de la perte de
la diversité génétique, indique le rapport qui évoque, par ailleurs, les
difficultés rencontrées par plusieurs banques de gènes dans le monde.
Cette étude de la FAO, qui se fonde sur plus de 150 rapports de pays,
a été préparée pour la Conférence technique internationale sur les
ressources phytogénétiques qui se tiendra à Leipzig (Allemagne) du 17 au
23 juin 1996. L'Institut international des ressources phytogénétiques
(IPGRI) a participé à sa préparation.
"La diversité des formes de vie sur terre est essentielle à la survie
de l'humanité. La conservation et l'utilisation des ressources
phytogénétiques sont la clé de l'amélioration de la productivité et de la
durabilité de l'agriculture. Elles contribuent à la sécurité alimentaire
et à la lutte contre la pauvreté", a déclaré M. Jacques Diouf, Directeur
général de la FAO, à l'occasion de la publication de l'étude.
"De nos jours, la sécurité alimentaire bat de l'aile: 800 millions de
personnes, dont 200 millions d'enfants, souffrent de malnutrition
chronique dans le seul monde en développement. La production alimentaire
mondiale devra augmenter de plus de 75 pour cent dans les 30 prochaines
années pour garantir les disponibilités alimentaires nécessaires à 8,3
milliards de personnes d'ici l'an 2025, contre 5,7 milliards actuellement.
Pour relever ce défi, il faudra tabler sur le matériel génétique des
plantes et des animaux", a ajouté M. Diouf.
Le rapport sur l'état des ressources phytogénétiques dans le monde
cite quelques exemples pour illustrer la perte de la biodiversité:
En Chine, sur une dizaine de milliers de variétés de blé, exploitées
en 1949, un millier seulement existait encore dans les années 70. La
Chine a également perdu des variétés sauvages d'arachide et de riz.
Aux Etats-Unis, 95 pour cent des variétés de chou, 91 pour cent des
variétés de maïs, 94 pour cent des variétés de pois et 81 pour cent
des variétés de tomate cultivées au siècle dernier ont été perdues.
En Malaisie, aux Philippines et en Thaïlande, les variétés locales de
riz, de maïs et de fruits sont substituées par d'autres.
En Ethiopie, les espèces indigènes d'orge souffrent d'érosion
génétique grave et le blé dur est en voie de disparition.
Les pays andins enregistrent une érosion massive des variétés locales
de cultures indigènes et de plantes sauvages apparentées à des
plantes cultivées.
En Uruguay, beaucoup de variétés autochtones de légumes et de blé ont
été remplacées.
Au Chili, on signale des pertes de variétés locales de pomme de
terre, ainsi que de seigle, d'orge, de lentilles, de pastèque, de
tomate et de blé.
En Europe, l'érosion génétique a également été forte et beaucoup de
variétés traditionnelles sont perdues.
En Afrique, la dégradation et la destruction des forêts et de la
brousse sont considérées comme la principale cause d'érosion génétique. Le
surpâturage et la surexploitation sont responsables de l'érosion de la
biodiversité dans certains pays: Cameroun, Burkina Faso, Guinée, Kenya,
Maroc, Nigéria et Sénégal. Idem pour l'Arabie saoudite et le Yémen pour
ce qui est du Proche Orient. En Afrique et en Asie, les guerres et les
troubles civils ont contribué à l'érosion génétique. En Amérique latine,
la plupart des pays connaissent une érosion génétique grave d'espèces
forestières économiquement importantes.
La FAO estime que l'uniformisation croissante du matériel
phytogénétique peut accroître les risques et les incertitudes. Souvent,
il faut retourner à la source de la diversité génétique pour trouver des
gènes qui résistent aux ravageurs ou aux maladies. A l'heure actuelle,
plusieurs cultures comme les hybrides de riz et de tournesol présentent
une uniformité génétique considérable. En Californie, l'uniformité des
souches génétiques de vigne et, par conséquent, leur sensibilité uniforme
à certaines maladies, amène les viticulteurs à remplacer leurs plants de
vigne, opération qui se traduit par un coût de plusieurs centaines de
millions de dollars.
Le rapport de la FAO signale que beaucoup de cultures vivrières qui
fournissent des denrées de base à des millions de pauvres dans le monde,
sorgho, mil, pommes de terre et manioc, ne reçoivent pas suffisamment
d'attention ni d'investissements sous forme de recherche développement
conservation. Ainsi, les espèces autochtones de riz à Madagascar, au
Mozambique et en Asie du Sud ne sont pas suffisamment représentées dans
les collections, tout comme les espèces sauvages de riz d'Afrique
orientale, centrale et australe et d'Amérique latine.
La FAO se déclare également préoccupée par l'état des banques de
gènes dans le monde; nombre d'entre elles ne satisfont pas aux normes
internationales minimales de stockage à long terme. Quelque 6 millions
d'entrées sont stockées dans 1 308 banques de gènes à travers le monde.
Cependant, la plupart des pays ne disposent pas d'installations de
stockage à long terme et de conservation des ressources phytogénétiques.
Quelque 77 pays signalent disposer d'installations de stockage des
semences, mais sans doute moins de la moitié d'entre eux sont en mesure
d'assurer de bonnes conditions de conservation à long terme.
Selon la FAO, les banques de gènes de plusieurs pays se détériorent
rapidement et connaissent des difficultés, notamment au niveau du matériel
(en particulier dans les unités de refroidissement), en ce qui concerne
les pannes de courant électrique et pour ce qui est du séchage des
semences, surtout dans les régions humides.
Pour maintenir les semences en bonne condition, il faut les régénérer
périodiquement. La FAO estime qu'un million d'entrées au moins ont besoin
d'être régénérées, ce qui signifie que beaucoup de banques de gènes dans
le monde ont du mal à préserver la qualité des semences, et par conséquent
une grande partie de la diversité recueillie dans le passé est menacée.
La FAO insiste sur la complémentarité entre la conservation des
semences dans des banques de gènes (ex situ) et dans des écosystèmes et
des habitats naturels (in situ). La plupart des ressources phytogénétiques
pour l'alimentation et l'agriculture sont situées dans les exploitations,
les terres de parcours et les forêts, et sont très souvent utilisées comme
des biens communs. Plus d'un milliard de personnes vivent dans des
exploitations agricoles de type familial où la gestion et l'amélioration
des ressources phytogénétiques font partie du quotidien. Toutefois,
beaucoup de ces agriculteurs ont des ressources financières limitées et
exploitent des terres marginales.
La Conférence technique internationale sur les ressources
phytogénétiques de Leipzig examinera le Plan d'action mondial pour la
conservation et l'utilisation durable des ressources phytogénétiques pour
l'alimentation et l'agriculture. Ce Plan a pour principaux objectifs:
d'assurer la conservation des ressources phytogénétiques comme base de la
sécurité alimentaire; de promouvoir une meilleure utilisation des
ressources phytogénétiques; d'assurer un meilleur partage des avantages
tirés des ressources phytogénétiques entre les pays, les communautés et
les agriculteurs. Quelque 160 gouvernements et une centaine d'ONG
participeront à la Conférence de Leipzig.