PR 96/51 - RESOUDRE LE PROBLEME INTOLERABLE DE LA FAIM
PR 96/51
LES DIRIGEANTS DE LA PLANETE SE REUNISSENT POUR
RESOUDRE LE PROBLEME "INTOLERABLE" DE LA FAIM
Rome, 8 novembre 1996. - Les dirigeants de la planète doivent approuver,
au cours d'une réunion qui se tiendra à Rome du 13 au 17 novembre, une
Déclaration politique réaffirmant "le droit de chaque être humain d'avoir
accès à une nourriture salubre et nutritive, conformément au droit à une
nourriture adéquate et au droit fondamental de chacun d'être à l'abri de la
faim".
Quelque 100 Chefs d'Etat et de gouvernement ont confirmé jusqu'ici leur
participation au Sommet mondial de l'alimentation, convoqué par
l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).
Ce Sommet sera un événement historique. Pour la première fois, en effet, le
problème de la "sécurité alimentaire" sera discuté au plus haut niveau.
La Déclaration de Rome, qui sera soumise aux dirigeants pour
approbation, souligne notamment: "- Nous proclamons notre volonté politique
et notre engagement commun et national de parvenir à la sécurité alimentaire
pour tous et de déployer un effort constant afin d'éradiquer la faim dans
tous les pays et, dans l'immédiat, de réduire de moitié le nombre actuel de
personnes sous-alimentées dans le monde au plus tard en 2015."
Le Plan d'action, qui accompagne la Déclaration, souligne, d'autre part,
que "la sécurité alimentaire existe lorsque tous les êtres humains ont, à
tout moment, un accès physique et économique à une nourriture suffisante,
salubre et nutritive leur permettant de satisfaire leurs besoins énergétiques
et leurs préférences alimentaires pour mener une vie saine et active".
Le Sommet doit susciter une prise de conscience et un engagement au plus
haut niveau pour lancer une campagne à l'échelle mondiale en vue d'assurer
"la nourriture pour tous"; il s'agit de nourrir ceux qui souffrent
aujourd'hui de la faim tout en mettant à exécution un vaste Plan d'action
visant à garantir la sécurité alimentaire aux générations futures.
Alors que les agriculteurs, les experts et les agents du développement
sont conscients de la situation, il convient à présent de convaincre et de
mobiliser les responsables politiques, a déclaré en substance M. Jacques
Diouf, Directeur général de la FAO.
Selon M. Diouf, il faut inciter les dirigeants de la planète à changer,
si nécessaire, les politiques en allouant les ressources là où elles sont
nécessaires et, surtout, en redonnant confiance aux agriculteurs.
Le Plan d'action, négocié et approuvé à l'unanimité par le Comité de la
sécurité alimentaire mondiale de la FAO, sera soumis aux participants au
Sommet pour approbation. Il comporte des engagements et des actions dans
sept domaines:
- les conditions générales d'un développement économique et social
propice à la réalisation de la sécurité alimentaire;
- l'éradication de la pauvreté et l'accès à une nourriture adéquate et
suffisante;
- l'accroissement durable de la production agricole;
- la contribution du commerce mondial au renforcement de la sécurité
alimentaire;
- la préparation, la prévention et la réponse aux situations d'urgence;
- l'utilisation optimale de l'investissement pour appuyer les ressources
humaines, la production durable et le développement rural;
- le contrôle et le suivi du Plan d'action en coopération avec la
communauté internationale.
Après le Sommet, la mise en application du Plan d'action relèvera du
droit souverain et de la responsabilité de chaque pays qui devra atteindre
l'objectif de la sécurité alimentaire dans le cadre de la solidarité et de
la coopération internationales.
Parallèlement au Sommet mondial de l'alimentation et en rapport avec cet
événement historique, plusieurs manifestations se dérouleront à Rome dans le
même temps, notamment le forum des organisations non gouvernementales, le
forum international de la jeunesse, une réunion de parlementaires au siège
du Sénat italien et un séminaire sur la salubrité et la transformation des
aliments, organisé conjointement par la FAO et le secteur agro-alimentaire
privé. Il convient de signaler, ici, que les documents du Sommet soulignent
le rôle important des ONG et des autres acteurs de la société civile en
matière de développement.
Les préparatifs du Sommet de Rome ont été marqués par des consultations
intensives avec les gouvernements, les organisations intergouvernementales,
les ONG, le secteur privé et des experts internationaux de renom. Le Sommet
avait d'ailleurs été précédé de plusieurs conférences et symposiums.
Par ailleurs, rien n'a été négligé afin de réduire les coûts au minimum.
Ainsi qu'approuvé par la Conférence de la FAO, 1 271 000 dollars proviennent
du budget régulier de l'Organisation pour couvrir les dépenses directes de
cette grande réunion, alors que les coûts du personnel affecté au Secrétariat
du Sommet n'atteignent que 842 000 dollars. Les réunions préparatoires n'ont
pas nécessité de frais supplémentaires: elles se sont tenues, en effet, dans
le cadre des sessions ordinaires des organes de la FAO, des conférences
régionales de l'Organisation et des autres réunions déjà programmées au Siège
ou à l'extérieur. Toujours par souci d'économie, les réunions durant le
Sommet se tiendront dans les salles de conférence de la FAO, à Rome, alors
que diverses dépenses seront couvertes grâce aux dons versés par des
gouvernements, des fondations et diverses organisations ainsi que par le
secteur privé. A cet égard, l'Italie, en qualité de pays hôte, n'a pas
ménagé son soutien sur le double plan matériel et diplomatique.
Les participants au Sommet ont, d'autre part, été invités à accorder les
fonds qu'ils auraient dépensés en cocktails ou dîners officiels au Programme
spécial de la FAO pour la sécurité alimentaire dont l'objectif est d'aider
les pays à faible revenu et à déficit vivrier à accroître et stabiliser
durablement et aussi rapidement que possible leur production et leur
productivité.
Le problème que le Sommet est appelé à résoudre est complexe. Ainsi que
l'a fait observer le Directeur général de la FAO, l'humanité est confrontée
à un paradoxe défiant toute logique: la planète produit suffisamment de
nourriture pour tous et pourtant plus de 800 millions de personnes continuent
de souffrir de sous-alimentation chronique.
Autre paradoxe, a également noté M. Diouf: certains pays ont des surplus
dont ils ne savent que faire alors que dans d'autres pays un grand nombre de
personnes souffrent de carences nutritionnelles, dont 200 millions d'enfants
de moins de cinq ans. Ailleurs, l'obésité réduit l'espérance de vie.
Sauf en Afrique subsaharienne, la production agricole s'est accrue plus
rapidement que la population au cours des vingt dernières années. Toutefois,
les stocks céréaliers mondiaux sont à leur plus bas niveau depuis le début
des années 70 et l'aide alimentaire a diminué de près de moitié au cours des
trois dernières années.
La population mondiale devrait, selon les estimations, passer de 5,7
milliards à 8,7 milliards de personnes en 2030. Pour les producteurs et ceux
qui les soutiennent au sein des gouvernements et des Centres de recherche,
il faudrait que la production agricole s'accroisse de 75% au cours des trente
prochaines années. Pour atteindre cet objectif, M. Diouf a préconisé
notamment une forte augmentation des investissements agricoles.
La Déclaration de Rome souligne également que "la faim et l'insécurité
alimentaire sont des problèmes aux dimensions planétaires qui risquent de
persister, voire de s'aggraver de façon dramatique dans certaines régions,
si des mesures énergiques et concertées ne sont pas prises de toute urgence,
compte tenu de l'accroissement prévu de la population mondiale et de la
pression exercée sur les ressources naturelles".
Selon M. Diouf, nous possédons les moyens de relever le défi, il faut
à présent une volonté politique pour les utiliser avec sagesse et équité afin
de libérer l'humanité de la faim.