Rome, 19 février 2002 - Dix
conteneurs sont en train de répandre leur contenu de pesticides
toxiques dans le port de Djibouti posant de graves problèmes
pour la santé humaine et l'environnement, a mis en garde
aujourd'hui l'Organisation des Nations Unies pour
l'alimentation et l'agriculture (FAO).
L'emplacement actuel des conteneurs est déjà fortement
pollué. Le site le plus touché se trouve à une distance de 400
mètres d'un dépôt d'aide alimentaire.
La FAO lance un appel
pour une intervention immédiate pour éviter une ultérieure
contamination du port et des personnes qui y travaillent.
"On ne peut abandonner à elles-mêmes les autorités de
Djibouti", souligne l'expert de la FAO, Kevin
Helps, qui a été invité par le Ministère de l'agriculture à
visiter le site et à formuler des recommandations de sauvegarde.
Le pesticide (de l'arséniate de cuivre
chromaté) est surtout utilisé pour la conservation du bois et
des poteaux télégraphiques, explique Helps. C'est un
produit cancérigène et dangereux pour l'environnement.
Plus de 200 tonnes ont été expédiées par
bateau récemment du Royaume-Uni en Ethiopie, pour être livrées à
l'Ethiopian Power Corporation. Elles étaient emballées dans
des conteneurs en plastique. "Pour toutes les
expéditions précédentes, des barils en acier avaient été
utilisés, sans qu'il ne se produise aucune fuite. Il semble
que les conteneurs en
plastique étaient défectueux et
que le produit se soit répandu", dit Helps.
"Les conteneurs ont sûrement commencé à fuir quand ils
étaient sur le navire".
"Tout le port ne court pas un danger pour
l'instant, mais nous sommes inquiets pour le point de
stockage. Le liquide continue à s'écouler des conteneurs.
Une tentative d'en ouvrir un pour inspecter la cargaison a
été abandonnée lorsque le liquide a commencé à se
répandre", indique Helps.
Jusqu'à récemment, les autorités portuaires
n'avaient reçu aucune information sur la toxicité de la
cargaison et sur les mesures de sécurité à prendre. "Il
ne fait aucun doute que la manipulation incorrecte de la
substance chimique a exposé de nombreux travailleurs à des
niveaux inacceptables de toxicité", fait remarquer
l'expert de la FAO.
Des premières
mesures ont été prises pour protéger les zones contaminées, et
les possibilités de propagation de la contamination par la
poussière ou le vent ont été réduites.
En
guise d'intervention d'urgence, la FAO a suggéré
d'ordonner la mise en quarantaine du site de stockage et de
placer des gardiens pour en empêcher l'accès. Toute
nouvelle fuite doit être contenue pour prévenir une plus grave
contamination du sol. "En aucun cas les conteneurs ne
doivent être ouverts jusqu'à l'arrivée d'un
spécialiste de déchets toxiques équipé de tout le matériel de
sécurité nécessaire", dit Helps. "Les
pesticides ne peuvent être acheminés en Ethiopie sans un nouveau
conditionnement".
"Cette
tâche doit être accomplie avant que les pluies ne propagent le
produit qui est hautement soluble et qui est aisément entraîné
par lixiviation dans le sol. Si le produit devait se déverser
dans la mer, l'impact sur le cheptel piscicole serait très
grave".
Le matériel fortement
contaminé doit être renvoyé au Royaume-Uni, selon la FAO.
"Il n'existe actuellement en Afrique aucune
installation capable d'éliminer sans risques cette
substance dangereuse. Le reconditionnement final et la
décontamination coûteront, au bas mot, 800 000 dollars. Quant à
l'intervention d'urgence, elle s'élèvera à 35 000
dollars", déclare Helps.
La FAO a
recommandé à l'Etat de Djibouti d'adopter une approche
de type "pollueur-payeur". "La
responsabilité finale de la cargaison doit être tirée au clair
sans délais. La partie responsable de la fuite et de la
contamination doit être identifiée."