Rome, 18 march 2002. - Les
questions d'éthique liées à la mondialisation et à
l'intensification agricole seront au centre de la réunion
du Groupe d'experts éminents en matière d'éthique
alimentaire et agricole (*) qui se tient du 18 au 20 mars 2002
au siège de l'Organisation des Nations Unies pour
l'alimentation et l'agriculture (FAO).
Ce Groupe a été créé il y
a deux ans par le Directeur général de la FAO, Monsieur Jacques
Diouf, pour fournir à la FAO des conseils sur les questions
d'éthique liées à l'alimentation et à
l'agriculture et pour sensibiliser davantage l'opinion
sur ces questions. Lors de sa première réunion en septembre
2000, le Groupe d'experts éminents en matière
d'éthique avait discuté des biotechnologies et des
organismes génétiquement modifiés (OGM).
Cette fois-ci, le Groupe discutera de deux papiers en
préparation par la FAO, intitulés: "L'éthique et
la mondialisation de l'agriculture" et
"L'éthique de l'intensification durable de
l'agriculture. Les recommendations du Groupe sur ces deux
analyses conceptuelles seront importantes non seulement pour la
FAO mais aussi pour la communauté scientifique, qui accorde une
priorité croissante aux aspects éthiques du développement
économique et agricole.
Les défis posés sur
le plan de l'éthique alimentaire et agricole par le
processus de mondialisation incluent notamment la perte
d'identité culturelle et l'accélération à la fois de
la perte de la biodiversité et de la dégradation des ressources
naturelles. Dans certaines circonstances, la mondialisation peut
conduire à la persistence de l'insécurité alimentaire et de
la pauvreté au sein des communautés rurales. Elle peut même
accentuer le conflit d'intérêts entre pays riches et pays
pauvres, selon la FAO.
Les délibérations
du Groupe d'experts éminents en matière d'éthique
alimentaire et agricole porteront notamment sur plusieurs
questions sans réponses, notamment: les besoins des générations
actuelles peuvent-ils être conciliés avec ceux des générations
futures si la mondialisation accélère le processus de perte de
la biodiversité? La concentration du pouvoir économique entre
les mains des sociétés multinationales joue-t-elle un rôle
majeur en ce qui a trait à la persistance de l'insécurité
alimentaire et de la pauvreté? La puissance économique des pays
riches met-elle les pays pauvres en position de faiblesse pour
développer leur secteur agricole? Existe-t-il une volonté
politique pour lancer de nouvelles initiatives internationales
en matière agricole?
En ce qui concerne
l'intensification durable de l'agriculture, le papier
de la FAO suggère qu'il convient de tenir compte des
aspects éthiques dès lors qu'il est question de réconcilier
les systèmes de production intensive et la nécessité de protéger
l'environnement. "Une intensification durable
signifie des modalités de développement pour une productivité
accrue indépendante des ressources non renouvelables et
respectant l'intégrité de la biosphère."
Le papier poursuit: "La durabilité
implique que tout un chacun a accès à la nourriture et aux
possibilités de développement. Au moment de choisir les
modalités de développement agricole futures, il faut faire la
place à l'impératif éthique du processus de consultations
systématiques par le biais de forums publics, de la
représentation des citoyens au sein des conseils
d'administration, et aussi grâce à une meilleure éducation
civique. Qui a et qui devrait avoir la responsabilité de choisir
parmi les voies alternatives de l'intensification
agricole?"
Au terme de sa deuxième
réunion, le Groupe d'experts éminents en matière
d'éthique alimentaire et agricole présentera les résultats
de ses recherches au cours d'une conférence de presse,
mercredi 20 mars 2002, à 14 h 30, en la salle de l'Iran, au
siège de la FAO, à Rome.
(*) Le Groupe
d'experts éminents en matière d'éthique alimentaire et
agricole est formé du Professeur Francisco J. Ayala (Université
de Californie, Irvine), du Professeur Chen Chunming (Académie
chinoise de médecine préventive), du Professeur Asbjorn Eide
(Institut norvégien des droits de l'homme), de Madame
Noëlle Lenoir (ancien membre du Conseil constitutionnel
français), de M. Mohammed Rami (Conseiller du premier ministre
et ancien directeur des pêches et de l'aquaculture, Rabat,
Maroc), de M. Mohammed Nor Salleh (Tropbio Research, Kuala
Lumpur, Malaisie), de Madame Lydia Tablada Romero (CENSA, La
Havane, Cuba) et du Dr. Melaku Worede (généticien, Addis Abeba,
Ethiopie).