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Communiqué de presse 97/63
Dans sa déclaration à la Conférence
LE DIRECTEUR GENERAL DE LA FAO MET EN GARDE CONTRE L’ELARGISSEMENT DU FOSSE
ENTRE RICHES ET PAUVRES
Rome, 8 novembre 1997.- M. Jacques Diouf, Directeur général de l’Organisation
des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), a mis en garde contre
l’élargissement du fossé entre riches et pauvres du fait du recul de l’aide
officielle au développement.
M. Diouf, qui s’adressait, aujourd’hui, aux délégués des 175 Etats
membres de la FAO dans le cadre de la 29ème session de la Conférence de
l’Organisation (7-18 novembre), a déclaré notamment: “L’aide au développement
continue de s’amenuiser en termes réels puisqu’elle est restée, ces dernières
années, autour d’une valeur nominale de 60 milliards de dollars. Celle destinée
au secteur agricole a, par contre, connu une forte réduction passant de 16 milliards
de dollars en 1988 à environ 10 milliards de dollars en 1995, bien qu’heureusement
un changement de tendance semble s’amorcer.
“Dans ces conditions, les écarts entre riches et pauvres ne peuvent que s’accentuer,
aussi bien entre pays qu’au sein des Nations. En outre, conflits armés et urgences
alimentaires persistent et se renforcent mutuellement dans beaucoup de cas. Si la
paix est l’une des conditions premières pour la sécurité alimentaire,
il ne peut y avoir de vie paisible pour des peuples affamés”, a ajouté
M. Diouf.
Evoquant la situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture, le Directeur
général de la FAO a indiqué qu’elle présentait des aspects contrastés.
“Les fortes tensions sur les marchés vivriers de 1995-96 sont maintenant
largement résorbées grâce aux bonnes récoltes de 1996. Cependant,
les difficultés persistent dans de nombreux pays et les premières estimations
pour 1997 indiquent une augmentation de la production agricole mondiale de 1,1 pour
cent seulement.
“Pour beaucoup de pays à faible revenu et à déficit vivrier, les
coûts élevés des importations alimentaires ont constitué un grave
problème financier et entravé leur progrès vers la sécurité
alimentaire. Plusieurs pays en développement, écrasés par leur dette
extérieure qui a atteint un total de 2,177 milliards de dollars en 1996, risquent
de plus en plus d’être marginalisés”, a affirmé M. Diouf.
En ce qui concerne le suivi du Sommet mondial de l’alimentation, qui s’était
tenu en novembre 1996 à Rome et au cours duquel les représentants de 186
pays avaient proclamé leur engagement commun de parvenir à la sécurité
alimentaire pour tous et, dans l’immédiat, de réduire de moitié d’ici
à 2015 le nombre des personnes sous-alimentées, le Directeur général
de la FAO a souligné que pour atteindre cet objectif, il fallait aller au-delà
des discours, des séminaires, des études et des rapports de consultants.
“C’est pourquoi des actions concrètes sur le terrain ont été menées.
Le Programme spécial pour la sécurité alimentaire, fer de lance de
l’action concrète au niveau des communautés rurales des pays pauvres, est
déjà opérationnel dans 24 pays et le processus de formulation est
en cours dans 42 autres”, a-t-il indiqué.
M. Diouf a rappelé que le Sommet mondial de l’alimentation avait souligné
la nécessité d’associer la société civile à la lutte contre
la faim et la malnutrition et qu’en conséquence, la FAO avait encouragé
le lancement de campagnes sur le thème: “De la nourriture pour tous”.
Il a d’ailleurs déclaré à ce propos: “Je voudrais réitérer
mon appel à tous les gouvernements pour qu’ils lancent leur campagne nationale,
notamment par l’organisation de forums nationaux regroupant tous les acteurs et partenaires
au développement (parlementaires, ONG, secteur privé, associations de femmes
et de jeunes, médias, universités, etc.). C’est dans le cadre de cette
ouverture à l’opinion publique mondiale que l’opération TELEFOOD, organisée
à l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation, a permis de sensibiliser
aux problèmes de la faim et de la malnutrition environ 500 millions de téléspectateurs,
grâce à la participation d’une centaine de chaînes de télévision
dans plus de 70 pays.”
Evoquant la restructuration de la FAO, notamment la décentralisation et la
réduction des effectifs, M. Diouf a indiqué que 503 postes, soit 12 pour
cent des effectifs, avaient été supprimés depuis 1994. En parallèle
avec la réduction des effectifs, des économies annuelles de 25 millions
de dollars ont été réalisées sur les coûts des voyages,
des traductions, des publications et des réunions.
D’autre part, M. Diouf a fait observer que le développement des actions en
faveur des femmes avait reçu un traitement prioritaire. Il a précisé
qu’au sein du Secrétariat de la FAO, le “Comité femmes et développement”
encourageait avec succès tous les départements techniques de l’Organisation
à tenir compte de la parité homme/femme dans l’élaboration de leurs
programmes et projets.
En ce qui a trait au Programme de travail et budget de la FAO pour 1998-99 qui a
été présenté à la Conférence, M. Diouf a indiqué
qu’à la demande du Conseil de l’Organisation, ce document incluait deux scénarios:
les propositions associées au scénario à croissance réelle zéro
présentées de manière détaillée pour un montant de 675,3
millions de dollars, et les changements qui seraient nécessaires pour parvenir
à un budget à croissance nominale zéro de 650 millions de dollars.
Le premier scénario, a-t-il précisé, permettrait de préserver
la capacité de la FAO dans les domaines prioritaires. “Il s’agit d’abord
du secteur normatif où figurent la Convention internationale pour la protection
des végétaux, le Code de conduite pour les pesticides, le Codex Alimentarius,
la conservation et la gestion des ressources génétiques, la pêche
responsable et l’évaluation des ressources forestières. Il s’agit ensuite
des domaines d’assistance technique aux Etats membres, fournie à leur demande,
comme pour la mise en application des accords de Marrakech, le développement
de l’aquaculture non polluante, la conservation et la gestion des forêts, la
lutte contre les maladies et les ravageurs des plantes, l’alerte rapide en cas de
pénuries alimentaires et le rôle des femmes dans le développement
rural. Enfin, le scénario à croissance réelle zéro permettrait
de préserver l’appui direct de la FAO aux pays sous forme de conseils en matière
de politique, d’aide dans la mise en oeuvre du Plan d’action du Sommet mondial de
l’alimentation, de soutien à l’investissement et d’opérations de terrain,
notamment le Programme spécial pour la sécurité alimentaire.”
Et M. Diouf d’enchaîner que dans l’hypothèse de croissance nominale zéro,
par contre, et malgré un effort particulier, la préservation de ces domaines
prioritaires ne serait possible que pour certains: foresterie, Codex Alimentarius,
Programme de coopération technique (PCT), Programme spécial pour la sécurité
alimentaire. “Au-dessous de la croissance nominale zéro, il faut le souligner,
l’impact négatif sur les programmes hautement prioritaires pour les Etats membres
va évidemment s’aggraver”, a-t-il souligné.
Le vote du budget de la FAO pour les deux prochaines années doit avoir lieu
vendredi 14 novembre.
En prévision de ce vote, M. Diouf a fait remarquer que “le budget de la
FAO équivaut à un peu plus de deux jours de consommation de tabac en Amérique
du Nord et à moins de deux mois de consommation de champagne dans un seul pays
d’Europe”.
“De quel poids pèse donc la lutte contre la faim de 800 millions d’êtres
humains dans les priorités des nantis?”, s’est exclamé le Directeur
général de la FAO.
LE MESSAGE DU PAPE A LA CONFERENCE:
“RETROUVER LE SENS DE LA PERSONNE HUMAINE”
Rome, 8 novembre 1997.- Le Cardinal Angelo Sodano, Secrétaire d’Etat du
Vatican, a donné lecture aujourd’hui du message du Pape à la 29ème
session de la Conférence de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation
et l’agriculture (FAO).
Jean-Paul II souligne notamment: “Pour une lutte efficace contre la faim, il
ne suffit pas de rechercher une organisation correcte des mécanismes du marché
ou d’atteindre des niveaux de production toujours plus élevés et efficaces.
Il faut, bien sûr, donner une place convenable au travail agricole en valorisant
toujours plus les ressources humaines qui jouent un rôle primordial dans cette
activité; mais il est nécessaire de retrouver le vrai sens de la personne
humaine, sa place centrale en tant que fondement et objectif prioritaire de toute
action.”
Le Saint-Père ajoute: “Si nous voulons que le monde soit libéré
de la faim et de la malnutrition, nous devons nous interroger sur nos convictions
les plus profondes, sur ce qui inspire notre action, et nous demander dans quelle
mesure notre talent est mis au profit de la famille humaine, pour le présent
et l’avenir.”
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