PR 96/14 - INVESTISSEMENTS DANS L'AGRICULTURE
PR 96/14
INVESTISSEMENTS DANS L'AGRICULTURE: MISE
AU POINT DE LA FAO
Rome, 3 mai 1996 - Dans un communiqué de presse daté du 1er mai, une
ONG basée à Washington D.C., le Worldwatch Institute, affirmait que
l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture
(FAO) et la Banque Mondiale "induisent en erreur les leaders politiques en
surestimant la production alimentaire" et ajoutait que "cela risquait
d'entraîner de coûteux sous-investissements dans l'agriculture..."
Il s'agit là d'une dénaturation flagrante de la position de la FAO.
En effet, dans son étude "Agriculture Mondiale: Horizon 2010", la FAO
prévoit une amélioration constante des disponibilités alimentaires
mondiales par habitant jusqu'à l'an 2010. Mais elle ajoute que ces gains
ne suffiront pas à garantir une sécurité alimentaire pour tous, car les
progrès seront lents et inégaux. A moins que des mesures extraordinaires
ne soient prises tout de suite, il ne sera pas possible d'obtenir une
réduction sensible du nombre des victimes de la sous-alimentation
chronique dans les pays en développement, soit plus de 800 millions de
personnes. L'étude souligne, d'autre part, la nécessité de doper la
production alimentaire locale dans les pays qui ont de faibles ressources
et dont le secteur agricole est le principal fournisseur d'emplois et de
revenus. C'est à l'aune de ce facteur que l'on devra évaluer tout progrès
ou échec en matière de sécurité alimentaire.
La FAO a toujours soutenu et continuera à soutenir qu'il y a un
déséquilibre inacceptable au niveau de la production alimentaire entre les
différentes régions du monde. Elle n'a cessé également de souligner le
problème de l'accès à la nourriture des populations des pays en
développement et des pauvres de tous les pays.
Selon la FAO, cette situation découle principalement de deux
facteurs:
- le premier est la tendance à la régression des investissements dans
le secteur agricole entre 1988 et 1993 aussi bien en valeur absolue (de 16
milliards à 10 milliards de dollars) qu'en pourcentage des financements
publics au développement (de 19% à 10%). Cette diminution a inhibé le
développement des infrastructures (notamment pour la maîtrise et
l'utilisation durable de l'eau), la recherche et le transfert de
technologies ainsi que l'utilisation des intrants dans les pays en
développement;
- le deuxième facteur est le faible taux de croissance économique
dans plusieurs pays en développement allié au fardeau de la dette qui
handicape la capacité de ces pays à investir et à peser sur le marché
mondial.
Cette situation et les perspectives mondiales ont incité le Directeur
général de la FAO, M. Jacques Diouf, à proposer, dès sa prise de fonctions
en janvier 1994, la tenue d'un Sommet mondial de l'alimentation au niveau
des Chefs d'Etat et de Gouvernement. Ce Sommet, qui est une première
mondiale, permettra de discuter au plus haut niveau de la situation
mondiale et des perspectives de l'alimentation et de l'agriculture en vue
d'inverser les tendances inacceptables sus-mentionnées grâce à l'adoption
d'une stratégie et d'un plan d'action visant à résoudre les problèmes aux
niveaux national, régional et international.
Après deux années de lutte contre ceux qui s'opposent à
l'organisation de nouveaux sommets mondiaux et ceux qui estiment que la
situation des stocks alimentaires des vingt dernières années ne justifie
pas une réunion à ce niveau, l'initiative du Directeur général de la FAO a
été approuvée à l'unanimité par la Conférence générale de la FAO en
octobre 1995 et par l'Assemblée générale de l'ONU en décembre de la même
année. Le Sommet se tiendra du 13 au 17 novembre 1996 au Siège de la FAO,
à Rome.
Au cours de la commémoration du cinquantenaire de la FAO à Québec, en
octobre 1995, l'Organisation a présenté aux ministres de l'Agriculture de
ses Etats Membres un rapport sur les investissements agricoles qui
soulignait que l'agriculture nécessitera des investissements bruts
supplémentaires de l'ordre de 31 milliards de dollars par an pour assurer
le développement agricole dans les seuls pays en développement. Ce
rapport avait été élaboré en consultation avec la Banque mondiale et
d'autres institutions de financement pour le développement.
Au cours de ses visites aux Etats Membres de la FAO et dans plusieurs
interviews à la presse, M. Diouf a mis en garde les leaders de la planète
et l'opinion publique contre les dangers d'une persistance de la situation
actuelle dont les prémices sont d'ailleurs perceptibles: flambée des prix
sur le marché mondial des céréales et baisse des stocks céréaliers
mondiaux.
Lors des récentes conférences régionales de la FAO pour le Proche-
Orient (Rabat, mars 1996), pour l'Afrique (Ouagadougou, avril 1996) et
pour l'Europe (Tel-Aviv, avril-mai 1996), auxquelles ont participé les
gouvernements et les organisations non gouvernementales, le Directeur
général de la FAO a, de nouveau, souligné que le pire était à craindre et
qu'il convenait de prévenir les crises au lieu d'attendre qu'elles
éclatent au grand jour.