PR 96/45 - PRODUCTION ALIMENTAIRE MONDIALE EN DIMINUTION
PR 96/45
LE TAUX DE CROISSANCE DE LA PRODUCTION AGRICOLE
MONDIALE VA DIMINUER D'ICI A 2010
MALGRE LE NOMBRE ELEVE DES SOUS-ALIMENTES
DANS LES PAYS EN DEVELOPPEMENT, SELON LA FAO
Rome, 28 octobre 1996.- Le taux de croissance de la production
agricole mondiale est en diminution car l'offre couvre largement les
besoins des consommateurs qui ont les moyens d'acheter des denrées
alimentaires tandis que les personnes, qui pourraient consommer davantage
dans les pays en développement, ne disposent pas de revenus suffisants
pour acheter les quantités de nourriture nécessaires, souligne
l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture
(FAO).
La production agricole mondiale a progressé au rythme de 3% par an
pendant les années 60, de 2,3% par an durant les années 70 et de 2% par an
au cours de la période 1980-1992. Ce taux, qui est actuellement de 1,8%,
va continuer à diminuer d'ici à 2010, selon la FAO.
Ces chiffres figurent dans le rapport "Alimentation, agriculture et
sécurité alimentaire: évolution depuis la Conférence mondiale de
l'alimentation et perspectives", l'un des 14 documents techniques préparés
pour le Sommet mondial de l'alimentation qui se tiendra du 13 au 17
novembre 1996 au Siège de la FAO, à Rome.
Au cours du Sommet, les dirigeants de près de 200 pays doivent
renouveler leur engagement à assurer la sécurité alimentaire pour tous et
convenir d'un Plan d'action contre la faim et la malnutrition dans le
monde, qu'il faudra mettre en oeuvre en partenariat avec les organisations
internationales, le secteur privé, les organisations non gouvernementales
et la société civile dans son ensemble.
Le rapport retrace brièvement l'évolution de l'alimentation, de
l'agriculture et de la sécurité alimentaire dans le monde, du début des
années 60 jusqu'à nos jours, en se référant tout particulièrement aux
faits survenus après la Conférence mondiale de l'alimentation de 1974. Il
décrit aussi leur évolution possible jusqu'en 2010.
Selon le rapport, le ralentissement de la croissance de la production
agricole est imputable à un fléchissement de la croissance de la demande
alimentaire mondiale, qui s'explique par des développements à la fois
positifs et négatifs survenus dans les secteurs mondiaux de l'alimentation
et de l'agriculture.
"Le ralentissement n'est pas en soi un facteur négatif dans la mesure
où il traduit certaines évolutions positives de la démographie et du
développement dans le monde: le taux de la croissance démographique
mondiale est en baisse, et de plus en plus de pays ont porté leur
consommation alimentaire par habitant à des niveaux au-delà desquels
d'ultérieures augmentations ne sont pas vraiment nécessaires".
Selon le rapport, "la plupart des pays développés (qui représentent
quelque 50% de la consommation mondiale de produits agricoles) font partie
de cette catégorie, auxquels viennent progressivement se joindre certains
pays en développement".
"En d'autres termes, poursuit le rapport, les gens qui ont de
l'argent pour acheter davantage de nourriture n'ont pas besoin de le
faire, même si leurs dépenses alimentaires continueront probablement
d'augmenter en raison de l'accroissement des marges de commercialisation,
de transformation, de conditionnement et des services du même ordre."
Toujours selon le rapport, "l'aspect négatif de ce ralentissement est
lié au fait qu'il se produit alors que de nombreux pays et une grande
partie de la population mondiale ont encore des niveaux de consommation et
des conditions d'accès aux aliments totalement insuffisants, d'où la
persistance d'une forte sous-alimentation".
"En bref, le ralentissement de la croissance agricole mondiale tient
également au fait que les personnes qui consommeraient davantage ne
disposent pas de revenus suffisants pour demander un supplément de
produits alimentaires et en susciter la production".
Selon le rapport, nombre des problèmes de sécurité alimentaire
persisteront et certains empireront si l'on ne prend pas, dès aujourd'hui,
des mesures pour promouvoir le développement agricole et une croissance
propre à combattre la pauvreté ainsi que pour lancer l'agriculture dans
une voie plus durable.
En ce qui concerne les projections, le rapport indique que
l'expansion de la production agricole dépendra de l'accroissement de la
demande effective, mais il note que le ralentissement du taux de
croissance a l'avantage de réduire la pression sur les ressources
naturelles et l'environnement.
La superficie des terres consacrées à la production agricole dans les
pays en développement (Chine non comprise) pourrait passer de 760 millions
d'hectares en 1988-1990 à 850 millions d'hectares en 2010, soit une
augmentation de 90 millions d'hectares ou 5% environ de la "réserve"
mondiale de 1,8 milliard d'hectares de terres non cultivées à potentiel de
culture pluviale.
Cet accroissement intéressera essentiellement l'Afrique subsaharienne
et la région Amérique latine-Caraïbes. Il y aura aussi un certain
accroissement en Asie de l'Est, mais presque pas en Asie du Sud, au
Proche-Orient et en Afrique du Nord.
Même si l'accroissement des terres arables ne dépasse pas 90 millions
d'hectares, celui des superficies récoltées pourrait atteindre 124
millions d'hectares en raison de l'augmentation des intensités de culture
et de la réduction des jachères. Parallèlement, le taux de croissance de
la population mondiale est en baisse, note le rapport.
"Toutes ces hypothèses indiquent que la nécessité d'accroître la
production agricole ira en diminuant et que, par conséquent, les pressions
que celle-ci exerce sur les ressources et l'environnement se feront moins
intenses.
"Parallèlement, si le développement prend pied dans les pays à faible
revenu, la conservation de l'environnement montera dans la priorité des
gens, cependant que les moyens à investir dans cette conservation seront
aussi moins difficiles à trouver".
Toutefois, conclut le rapport, rien ne dit qu'il en sera ainsi si les
échecs du développement continuent d'affliger de nombreux pays.