PR 96/3 - SOMMET MONDIAL DE L'ALIMENTATION


PR 96/3

SOMMET MONDIAL DE L'ALIMENTATION A ROME DU 13 AU 17 NOVEMBRE 1996

ANNONCE LE DIRECTEUR GENERAL DE LA FAO, M. JACQUES DIOUF

Rome, 1er février 1996 . - M. Jacques Diouf, Directeur général de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), a annoncé aujourd'hui qu'un Sommet mondial de l'alimentation se tiendra du 13 au 17 novembre prochain au Siège de l'Organisation, à Rome.

Ce Sommet, qui réunira les chefs d'Etat ou de gouvernement de la planète, doit déboucher sur une déclaration de principe et un plan d'action visant à éradiquer la faim.

L'annonce de la tenue du Sommet intervient dans une conjoncture internationale préoccupante marquée par la baisse de la production céréalière, la diminution des stocks mondiaux, la réduction de l'aide alimentaire et la hausse des prix des céréales.

Le Sommet mondial de l'alimentation sera le plus grand rassemblement de chefs d'Etat et de gouvernement jamais organisé en Italie. Les autorités italiennes et de nombreux chefs d'Etat ou de Gouvernement ont déjà exprimé leur plein appui à cette initiative.

"La production alimentaire mondiale devra augmenter de plus de 75 pour cent au cours des 30 prochaines années pour satisfaire les besoins d'une population croissante. Nous devons, d'ores et déjà, prendre les mesures nécessaires pour nourrir la population mondiale qui passera de 5,8 milliards à 9 milliards de personnes d'ici l'an 2030", a souligné le Directeur général de la FAO qui a donné, aujourd'hui, une conférence de presse axée sur les préparatifs du Sommet.

Cette rencontre doit dégager un consensus général et un engagement au plus haut niveau pour mettre à exécution les politiques, programmes et stratégies visant à l'éradication de la faim sur la planète.

"Nourrir le monde" est d'ailleurs le thème qui a été retenu pour cet événement.

Tout en soulignant que la survie de l'humanité dépend de la sécurité alimentaire mondiale, M. Diouf a déploré que la faim et la malnutrition continuent à entraver le développement humain de près de 20 pour cent de la population mondiale alors que l'homme est capable d'explorer les étoiles.

Selon la FAO, quelque 800 millions de personnes, dont 200 millions d'enfants, souffrent de sous-alimentation chronique dans le seul monde en développement, alors que des millions d'autres individus sont victimes de maladies débilitantes provoquées par des carences en micronutriments, des aliments contaminés ou de l'eau non potable. Une personne sur cinq a une ration alimentaire quotidienne insuffisante dans les pays en développement. En Afrique subsaharienne, deux personnes sur cinq endurent la même situation.

Bien que l'aide alimentaire contribue, notamment dans les situations d'urgence, à alléger les souffrances des affamés, elle ne saurait résoudre le problème, a souligné le Directeur général de la FAO, qui a lancé, dès son entrée en fonctions, en janvier 1994, un programme d'accroissement de la production alimentaire à l'appui de la sécurité alimentaire des pays à faible revenu et à déficit vivrier. Du reste, le volume de céréales disponible pour l'aide alimentaire - en baisse pour la troisième année consécutive - représente aujourd'hui le plus bas niveau depuis le milieu des années 70.

A moins que la communauté internationale et les gouvernements ne s'attaquent aux racines profondes de la faim et de la malnutrition, le monde comptera toujours, d'ici à l'an 2010, quelque 750 millions de personnes souffrant de sous-alimentation chronique dont 300 millions en Afrique subsaharienne, a indiqué M. Diouf. Une situation qu'il a qualifiée d'"inadmissible" et d'"inacceptable".

Le Directeur général de la FAO a précisé qu'il avait proposé la tenue d'un Sommet mondial sur l'alimentation car il était convaincu que des actions concrètes et des solutions pratiques étaient nécessaires et réalisables aux niveaux local, national et international en vue d'inverser la tendance et d'assurer à tous le droit le plus fondamental de tout être humain: celui de se nourrir.

"Cela est possible", s'est exclamé M. Diouf. "Plusieurs pays, dont certains figurent parmi les plus pauvres, ont réussi à renforcer leur sécurité alimentaire grâce à l'augmentation des disponibilités vivrières, à la stabilisation des approvisionnements et à l'amélioration de l'accès à la nourriture. Ces nations partagent des dénominateurs communs dont certains peuvent être étendus à d'autres pays, notamment pour ce qui est de la maîtrise de l'eau, de l'appui soutenu au secteur agricole, de l'accès aux marchés et de la réforme progressive des institutions, des services sociaux et des politiques économiques."

Les participants au Sommet doivent prendre une série d'engagements visant à l'éradication de la faim et à la promotion de la sécurité alimentaire universelle. Il faudra agir simultanément sur plusieurs fronts:

* créer les conditions politiques, macro-économiques et commerciales appropriées pour promouvoir la sécurité alimentaire; * veiller à ce que les politiques et les institutions contribuent à améliorer l'accès de tous à la nourriture; * répondre aux besoins alimentaires d'urgence transitoires de manière à favoriser la reprise, le développement et la capacité de satisfaire les besoins à venir; * promouvoir le développement agricole et rural durable afin d'assurer des disponibilités alimentaires adéquates et stables aux niveaux des ménages, des pays et de la planète; * assurer la participation efficace et équitable de tous aux décisions et actions qui influent sur la sécurité alimentaire, en veillant tout particulièrement à assurer la participation des femmes sur un pied d'égalité; * promouvoir les investissements dans la recherche,la vulgarisation, l'infrastructure et les institutions dans les secteurs de l'agriculture, de la foresterie et des pêches durables; * garantir la coopération et l'assistance internationales en matière d'agriculture et d'alimentation.

Le Sommet ne sera pas une conférence d'annonce de contributions. Il n'aura pas non plus pour objectif de mettre en place de nouveaux rouages administratifs, de nouvelles institutions ou de nouveaux dispositifs financiers, a indiqué M. Diouf.

La rencontre au sommet de novembre prochain fournira, après la Conférence mondiale de l'alimentation de 1974 (organisée par les Nations Unies à Rome), l'occasion de recentrer l'attention des gouvernements sur la sécurité alimentaire.

Il y a lieu de rappeler que les gouvernements, lors de la conférence de 1974, avaient proclamé solennellement que "chaque homme, femme et enfant a le droit inaliénable d'être libéré de la faim et de la malnutrition afin de développer pleinement ses facultés physiques et mentales". Or, plus de vingt ans plus tard, cet objectif est loin d'être atteint.

M. Diouf a proposé, dès 1994, la tenue d'un Sommet mondial sur l'alimentation, à la suite de consultations régionales avec les Etats Membres de la FAO. Pour réduire les coûts, les préparatifs du Sommet sont menés dans le cadre des sessions ordinaires des organes de la FAO, des conférences régionales et des autres réunions de l'Organisation, notamment la prochaine conférence technique sur les ressources phytogénétiques qui se tiendra à Leipzig en été.

Jusqu'ici, le Sommet a été précédé de deux réunions ministérielles à Rome respectivement sur les forêts et les pêches, d'un rassemblement d'ONG et d'une réunion de ministres de l'agriculture à Québec, en octobre dernier, au cours des cérémonies du cinquantième anniversaire de la FAO.

Toujours en vue de réduire les coûts, il a été décidé d'organiser le Sommet au Siège de la FAO en utilisant les salles de conférence et les services habituels de l'Organisation. Les participants seront incités à accorder les fonds qu'ils auraient dépensés en cocktails ou dîners officiels au Programme spécial de la FAO visant à accroître la production alimentaire dans les pays à faible revenu et à déficit vivrier.

La Conférence des Etats Membres de la FAO avait décidé à l'unanimité, lors de sa 28e session, en octobre dernier, l'organisation à Rome de ce Sommet et approuvé les préparatifs menés par le Directeur général. Cette décision avait été entérinée par la 50e session de l'Assemblée générale des Nations Unies.

Outre la version préliminaire du document "Déclaration de principe et Plan d'action" à soumettre directement à l'examen des chefs d'Etat et de gouvernement, les principales questions, qui seront examinées du 13 au 17 novembre prochain, seront présentées dans une série de documents analytiques de base décrivant l'évolution passée, la situation actuelle et les tendances futures. Ces documents ont été préparés en collaboration avec plusieurs partenaires de la FAO, notamment la Banque mondiale, le Programme alimentaire mondial (PAM), le Fonds international de développement agricole (FIDA), des institutions régionales de financement et d'autres agences spécialisées des Nations Unies.

Les documents techniques se rapportent, entre autres, à la production alimentaire face à l'accroissement démographique, aux expériences positives en matière de sécurité alimentaire, à l'investissement dans le secteur agricole, au rôle déterminant de l'eau dans la production vivrière, à l'impact de la production sur l'environnement, à la nutrition, au commerce international, à la recherche agronomique, aux problèmes de sécurité alimentaire et d'éthique, aux leçons de la "révolution verte" et à la marche vers une "nouvelle révolution verte".

Les préparatifs du Sommet se déroulent également en consultation avec le secteur privé et les ONG. Celles-ci participent aux activités liées à ce grand rassemblement.

L'annonce, aujourd'hui, par M. Diouf de l'organisation du Sommet mondial de l'alimentation coïncide avec la tenue à la FAO, du 29 janvier au 2 février, de la 21e session du Comité de la sécurité alimentaire mondiale, qui examine les documents préparés pour le Sommet et évalue la situation alimentaire dans le monde à la lumière des derniers développements. Selon la FAO, la production vivrière mondiale de 1995 (principales céréales, racines et tubercules) devrait être inférieure d'environ 3% à celle de l'année précédente.

Le Comité de la sécurité alimentaire mondiale a été informé que la production céréalière mondiale de 1995 atteindrait 1 891 millions de tonnes, soit 3% ou 58 millions de tonnes de moins qu'en 1994; un volume en baisse pour la troisième année consécutive. Les prix à l'exportation des céréales sont en hausse (entre +30% et +50%), ce qui entraînera, pour les pays à faible revenu et à déficit vivrier, un surcoût de 3 milliards de dollars pour 1995/96.