Le risque en pastoralisme :
quelques considérations pour orienter les actions de développement

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Bernard Toutain
CIRAD-EMVT Programme Ecosystèmes Naturels et Pastoraux Campus International de Baillarguet, TA 30/F, 34398 - Montpellier Cedex 05, France

Source: Elevage et gestion de parcours au Sahel, implications pour le développement
E. Tielkes, E. Schlecht et P. Hiernaux (Editeurs)
© 2001 Verlag Ulrich E. Grauer, Beuren, Stuttgart / Allemagne

 

Le risque lié à l'eau pastorale

Troupeau  autour d'un puits dans la region du Kanem (Tchad). Photo  Ickowicz.A.En année de grande sécheresse, le bétail meurt de faim plus que de soif, mais le retour au puits ou à la mare est une contrainte régulière, quasi quotidienne, qui demande du temps et un minimum d'organisation. Les points d'eau pastoraux rythment les déplacements des animaux et structurent l'espace pastoral. Dans les régions sèches, l'accès à l'eau est difficile, voire pénible. Le berger sahélien consacre parfois de longues heures à puiser pour ses bêtes. Les points d'eau sont l'objet d'enjeux d'appropriation ou de droit, plus que le pâturage, car finalement l'accès aux fourrages environnants en dépend.

Pour sécuriser l'accès à l'eau, l'éleveur défend surtout ses droits traditionnels à creuser des puits, à exploiter des ouvrages existants (puits ou forages) ou à séjourner dans des zones voisines de réserves naturelles d'eau de surface (lac, mare, rivière, retenue). Il conserve aussi des capacités à confectionner et entretenir ses propres ouvrages. L'organisation de la transhumance tient compte des lieux pour abreuver le bétail.

La collectivité a un rôle considérable à jouer pour faciliter la sécurité de l'accès à des points d'eau pastoraux. Sur le plan technique et des investissements, les programmes d'hydraulique pastorale ont la possibilité de mettre en œuvre des moyens considérables sans commune mesure avec les capacités des communautés d'éleveurs. Dans le cadre de l'aménagement de l'espace, les pouvoirs publics doivent aussi penser à l'organisation et la sécurisation d'accès aux mares et aux fleuves réservés aux éleveurs. Sur le plan institutionnel, les utilisateurs des points d'eau pastoraux doivent pouvoir se regrouper en organisations (ou en comités) pour prendre en main leur gestion. Sur le plan réglementaire, il convient de fixer les dispositions relatives à la tarification de l'eau et de les faire respecter.

Les risques sanitaires du bétail

L'attention des éleveurs à la santé des animaux est grande. La stratégie qu'ils développent relève parfaitement de la gestion du risque. D'un côté, ils ont conscience du danger que représentent certaines maladies, notamment les grandes épizooties qui font des ravages dans les troupeaux (et peut-être moins des conséquences économiques d'autres maladies ou parasitoses qui réduisent seulement la productivité). De l'autre sont pris en compte les coûts de traitement et les contraintes pour traiter chaque animal. L'éleveur selon sa situation et ses choix décide de recourir au vétérinaire ou d'administrer lui-même des soins, parfois avec des médicaments achetés à bon compte ou selon des méthodes traditionnelles.

Le rôle des pouvoirs publics pour la santé animale a fait l'objets de débats et de partage des responsabilités avec les infrastructures vétérinaires privées et les groupements de producteurs (pharmacies vétérinaires de villages). Il est certain que la veille sanitaire, l'organisation des campagnes de prévention ou de lutte contre des vecteurs de maladies et le contrôle des produits animaux sont des prérogatives de l'administration.

Les risques liés aux animaux prédateurs

Les pertes de bétail dues aux animaux dangereux sont comme un tribu payé à la nature. Les éleveurs organisent leur propre lutte contre les serpents et les prédateurs, la loi le leur permettant dans la mesure où ils défendent des biens et des personnes. Lorsqu'il s'agit de fauves ou de gros animaux légalement protégés mais occasionnant de gros dégâts, c'est généralement aux pouvoirs publics d'en autoriser la chasse et d'organiser des battues. La gestion efficace des réserves de faune et de leur zone périphérique permet à la fois de protéger les espèces et de concentrer les populations sauvages dans des régions peu fréquentées des pasteurs. On commence aussi dans certains pays (Zimbabwe, Namibie) à tirer des avantages économiques des fauves de façon à pouvoir compenser les pertes économiques dont ils sont la cause et à dédommager les éleveurs.

Les risques d'infractions et de conflits

Pasteur du Ferlo (Senegal). Photo  Pesseat.SL'activité pastorale étant très extensive, le contrôle imparfait de l'ensemble des animaux peut entraîner des divagations de bétail d'où peuvent découler des dégâts involontaires. C'est en particulier le cas lorsque des animaux pénètrent dans des champs cultivés et y font des déprédations. L'usage d'espaces communautaires est aussi source de concurrences et de conflits entre éleveurs pour l'accès aux ressources, qu'il s'agisse de l'eau ou des pâturages. Dans certaines situations, le conflit peut être le moyen de faire valoir des intérêts lorsqu'il n'existe pas de moyen de concertation pour les défendre. C'est aux éleveurs de s'organiser pour défendre leurs intérêts : de plus en plus d'organisations pastorales se créent pour organiser leur profession et désignent des porte-parole pour les représenter. Ils doivent parvenir aussi à se faire entendre au niveau national, notamment par l'élection de représentants dans les instances politiques et par du lobbying dans le secteur économique. Il revient à l'Etat d'assurer l'arbitrage entre les parties, de ménager des espaces de concertation et de décentraliser autant que possible le règlement des conflits au niveau local. Il est aussi de son ressort de faire évoluer la législation vers une plus grande sécurisation des activités pastorales. La prévention de certaines situations difficiles passe par un aménagement de l'espace respectueux des intérêts des différents utilisateurs.

••• Conclusions

L'atténuation des risques en pastoralisme doit combiner deux stratégies complémentaires :
- la première est de la responsabilité de l'Etat et des institutions (approche top-down). Elle doit viser à organiser et améliorer les conditions de l'élevage pastoral en se basant sur des indicateurs économiques, environnementaux et sociaux. Elle concerne en particulier les domaines des institutions, du droit, notamment foncier, de l'environnement et de l'aménagement du territoire.
- la seconde relève de l'initiative du milieu professionnel (approche bottom-up). Les organisations de producteurs et les autres acteurs civils du secteur de l'élevage doivent exprimer et défendre les intérêts qui les animent. Les domaines concernés sont d'ordre organisationnel, économique et de représentation.

Sur le plan des méthodes, il convient de comprendre ce qui motive les comportements des pasteurs pour mettre en place, en concertation avec eux, des mesures atténuant les risques spécifiques à leur condition. La gestion des risques doit être abordée de façon solidaire et se coordonner, sur la base du dialogue et de la concertation, depuis l'unité de production jusqu'à la société tout entière dans laquelle s'inscrit l'activité pastorale.

••• Références

Achard, F., S. Boulkacim et A. Gouro. 1991. La station sahélienne d'élevage de Toukounous au Niger, productivité d'un système de production extensif amélioré. IVe Congrès International des Terres de Parcours, Montpellier/France. pp. 775 - 778.

Colin de Verdière, P. 1995. Etude comparée de trois systèmes agropastoraux dans la région de Filingué, Niger. Les conséquences de la sédentarisation de l'élevage pastoral au Sahel. Thèse de doctorat, Université de Hohenheim, Stuttgart/Allemagne et Institut National Agronomique Paris-Grignon/France. 220p.

Gueguen, S. 2000. Exploitation des ressources agro-pastorales en saison sèche par des troupeaux bovins laitiers extensifs du Delta du fleuve Sénégal. CIRAD/INRA, ENESAD, Dijon/France.

Perrier, G. 1995. New directions in range management planning in Africa. In: Scoones 1. (cd.). Living with uncertainty; new directions in pastoral development in Africa. Intermediate Technology Publications, London/UK. pp. 47 - 57.

Scoones, 1. (ed.). 1995. Living with uncertainty; new directions in pastoral development in Africa. lntermediate Technology Publications, London/UK. 2 10 p.

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