En
année de grande sécheresse, le bétail meurt de faim plus
que de soif, mais le retour au puits ou à la mare est une contrainte
régulière, quasi quotidienne, qui demande du temps et un minimum
d'organisation. Les points d'eau pastoraux rythment les déplacements
des animaux et structurent l'espace pastoral. Dans les régions sèches,
l'accès à l'eau est difficile, voire pénible. Le berger
sahélien consacre parfois de longues heures à puiser pour ses
bêtes. Les points d'eau sont l'objet d'enjeux d'appropriation ou de droit,
plus que le pâturage, car finalement l'accès aux fourrages environnants
en dépend.
Pour sécuriser l'accès à l'eau, l'éleveur défend surtout ses droits traditionnels à creuser des puits, à exploiter des ouvrages existants (puits ou forages) ou à séjourner dans des zones voisines de réserves naturelles d'eau de surface (lac, mare, rivière, retenue). Il conserve aussi des capacités à confectionner et entretenir ses propres ouvrages. L'organisation de la transhumance tient compte des lieux pour abreuver le bétail.
La collectivité a un rôle considérable à jouer pour
faciliter la sécurité de l'accès à des points d'eau
pastoraux. Sur le plan technique et des investissements, les programmes d'hydraulique
pastorale ont la possibilité de mettre en uvre des moyens considérables
sans commune mesure avec les capacités des communautés d'éleveurs.
Dans le cadre de l'aménagement de l'espace, les pouvoirs publics doivent
aussi penser à l'organisation et la sécurisation d'accès
aux mares et aux fleuves réservés aux éleveurs. Sur le
plan institutionnel, les utilisateurs des points d'eau pastoraux doivent pouvoir
se regrouper en organisations (ou en comités) pour prendre en main leur
gestion. Sur le plan réglementaire, il convient de fixer les dispositions
relatives à la tarification de l'eau et de les faire respecter.
L'attention des éleveurs à la santé des animaux est grande. La stratégie qu'ils développent relève parfaitement de la gestion du risque. D'un côté, ils ont conscience du danger que représentent certaines maladies, notamment les grandes épizooties qui font des ravages dans les troupeaux (et peut-être moins des conséquences économiques d'autres maladies ou parasitoses qui réduisent seulement la productivité). De l'autre sont pris en compte les coûts de traitement et les contraintes pour traiter chaque animal. L'éleveur selon sa situation et ses choix décide de recourir au vétérinaire ou d'administrer lui-même des soins, parfois avec des médicaments achetés à bon compte ou selon des méthodes traditionnelles.
Le rôle des pouvoirs publics pour la santé animale a fait l'objets de débats et de partage des responsabilités avec les infrastructures vétérinaires privées et les groupements de producteurs (pharmacies vétérinaires de villages). Il est certain que la veille sanitaire, l'organisation des campagnes de prévention ou de lutte contre des vecteurs de maladies et le contrôle des produits animaux sont des prérogatives de l'administration.
Les pertes de bétail dues aux animaux dangereux sont comme un tribu
payé à la nature. Les éleveurs organisent leur propre lutte
contre les serpents et les prédateurs, la loi le leur permettant dans
la mesure où ils défendent des biens et des personnes. Lorsqu'il
s'agit de fauves ou de gros animaux légalement protégés
mais occasionnant de gros dégâts, c'est généralement
aux pouvoirs publics d'en autoriser la chasse et d'organiser des battues. La
gestion efficace des réserves de faune et de leur zone périphérique
permet à la fois de protéger les espèces et de concentrer
les populations sauvages dans des régions peu fréquentées
des pasteurs. On commence aussi dans certains pays (Zimbabwe, Namibie) à
tirer des avantages économiques des fauves de façon à pouvoir
compenser les pertes économiques dont ils sont la cause et à dédommager
les éleveurs.
L'activité
pastorale étant très extensive, le contrôle imparfait de
l'ensemble des animaux peut entraîner des divagations de bétail
d'où peuvent découler des dégâts involontaires. C'est
en particulier le cas lorsque des animaux pénètrent dans des champs
cultivés et y font des déprédations. L'usage d'espaces
communautaires est aussi source de concurrences et de conflits entre éleveurs
pour l'accès aux ressources, qu'il s'agisse de l'eau ou des pâturages.
Dans certaines situations, le conflit peut être le moyen de faire valoir
des intérêts lorsqu'il n'existe pas de moyen de concertation pour
les défendre. C'est aux éleveurs de s'organiser pour défendre
leurs intérêts : de plus en plus d'organisations pastorales se
créent pour organiser leur profession et désignent des porte-parole
pour les représenter. Ils doivent parvenir aussi à se faire entendre
au niveau national, notamment par l'élection de représentants
dans les instances politiques et par du lobbying dans le secteur économique.
Il revient à l'Etat d'assurer l'arbitrage entre les parties, de ménager
des espaces de concertation et de décentraliser autant que possible le
règlement des conflits au niveau local. Il est aussi de son ressort de
faire évoluer la législation vers une plus grande sécurisation
des activités pastorales. La prévention de certaines situations
difficiles passe par un aménagement de l'espace respectueux des intérêts
des différents utilisateurs.
L'atténuation des risques en pastoralisme doit combiner deux stratégies
complémentaires :
- la première est de la responsabilité de l'Etat et des institutions
(approche top-down). Elle doit viser à organiser et améliorer
les conditions de l'élevage pastoral en se basant sur des indicateurs
économiques, environnementaux et sociaux. Elle concerne en particulier
les domaines des institutions, du droit, notamment foncier, de l'environnement
et de l'aménagement du territoire.
- la seconde relève de l'initiative du milieu professionnel (approche
bottom-up). Les organisations de producteurs et les autres acteurs civils du
secteur de l'élevage doivent exprimer et défendre les intérêts
qui les animent. Les domaines concernés sont d'ordre organisationnel,
économique et de représentation.
Sur le plan des méthodes, il convient de comprendre ce qui motive les comportements des pasteurs pour mettre en place, en concertation avec eux, des mesures atténuant les risques spécifiques à leur condition. La gestion des risques doit être abordée de façon solidaire et se coordonner, sur la base du dialogue et de la concertation, depuis l'unité de production jusqu'à la société tout entière dans laquelle s'inscrit l'activité pastorale.
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