DECLARATION DU FORUM INTERNATIONAL DE LA JEUNESSE

Nous, jeunes de plus de 130 pays du monde entier, réunis ici à l'occasion du Forum international de la jeunesse pour le Sommet mondial de l'alimentation, déclarons:

Les peuples doivent prendre conscience de la nécessité universelle de la biodiversification. Les organisations internationales doivent collaborer avec les gouvernements et avec les ONG pour appliquer des techniques culturales novatrices du point de vue scientifique à la production agricole des pays en développement. Les instituts universitaires de recherche doivent aussi bénéficier d'investissements afin d'assurer l'exécution de mesures en faveur de la diversification biologique.

Les ressources locales des pays en développement doivent être mises en valeur grâce à une meilleure utilisation des terres arables, à la mécanisation de l'agriculture et au progrès scientifique et technologique. Nous demandons aux sociétés multinationales de cesser d'exploiter les ressources naturelles et humaines des pays en développement. Ces conglomérats internationaux devraient continuer à investir dans les pays en développement, mais c'est aux populations autochtones qu'il appartient de prendre en main la gestion de ces usines régionales.

Une solide formation aux questions d'environnement nous apprendra l'écologie et nous sensibilisera à la contamination hydrologique, aux problèmes atmosphériques, aux déchets toxiques, aux installations de production non essentielles et à d'autres problèmes écologiques qui tuent progressivement toute vie.

Les pays du monde entier doivent être sensibilisés aux effets positifs de l'égalité entre les sexes. Nous reconnaissons que les attitudes traditionnelles à l'égard des femmes doivent changer pour que ce but ultime puisse être atteint. Les femmes doivent exercer leurs droits fondamentaux et jouer un rôle actif dans la société.

La réévaluation de l'agriculture traditionnelle est une étape indispensable vers l'autosuffisance alimentaire mondiale. Elle est affectée par la diffusion de l'agriculture commerciale, le manque de terres arables et les mauvaises conditions écologiques. Par conséquent, il est nécessaire de sensibiliser les populations à ces questions, de revoir la politique agricole de chaque pays, de redistribuer les terres grâce à une réforme agraire et de constituer des coopératives d'agriculteurs, afin que tous les pays parviennent à l'autosuffisance alimentaire.

Il existe un déséquilibre entre les taux élevés de consommation dans les pays riches et le taux moyen de consommation de la population mondiale. Nous devons changer les mentalités grâce à un travail d'éducation et de sensibilisation effectué tant par le biais des médias contrôlés par les gouvernements que par celui de l'enseignement scolaire, en créant, par exemple, une matière d'enseignement à la fois pratique et théorique visant à sensibiliser les jeunes aux problèmes écologiques et interculturels mondiaux.

Afin de créer un équilibre, les pays en développement doivent manifester davantage d'intérêt pour la production alimentaire et les pays développés doivent les aider à adopter des méthodes de production durable.

Nous réclamons la création d'un comité international de médiation, en vue de la suppression de la dette des pays pauvres et en développement d'ici la fin du millénaire. Ceci permettrait de prendre un nouveau départ, en renforçant les fondements économiques de ces pays. Les pays pauvres devraient saisir cette occasion de parvenir à l'indépendance alimentaire, grâce à leurs propres ressources, de façon à ne plus dépendre des pays riches. Il est impératif de fournir un soutien mondial à la mise en oeuvre des nouvelles idées et des technologies de pointe propres à renforcer les organismes publics des pays en développement. La présence d'un médiateur tel que la FAO, le FIDA, le FMI ou la Banque mondiale est nécessaire lorsque les organisations privées et les pays en développement tentent de parvenir à un compromis, afin d'éviter que des intérêts financiers privés ne contrôlent les besoins de ceux qui vivent en dessous du seuil de pauvreté.

Nous demandons aux gouvernements d'investir dans les systèmes publics d'enseignement, car ils permettent aux jeunes de prendre conscience des problèmes de la faim et de la malnutrition et des moyens de les combattre. L'éducation ouvre la voie à l'exploration des talents, des aptitudes et des ressources individuelles. Ce n'est que grâce à l'éducation de tous et à ses effets à long terme que nous pourrons espérer supprimer la faim et la pauvreté.

Nous demandons aux autorités civiles et aux responsables politiques de s'engager activement à promouvoir et à privilégier leur politique agricole, parallèlement au développement industriel. Il faut pour cela développer les moyens d'enseignement et de communication ainsi que l'infrastructure dans les zones rurales. Les innovations scientifiques doivent être appliquées à l'agriculture afin d'améliorer la qualité et d'accroître la quantité des produits cultivés grâce à la mise au point de variétés qui s'adaptent facilement à différents climats.

Nous demandons aux Chefs d'Etat de nous aider à créer des associations de jeunes au niveau des établissements scolaires, où un délégué sera désigné. Ces représentants soumettront leurs revendications aux organes nationaux et internationaux. Ces associations auront un statut reconnu leur permettant de participer aux activités de la FAO. Leur rôle consistera à mettre au point des programmes de sensibilisation à tous les niveaux et à encourager l'introduction de matières agronomiques dans le système d'enseignement.

Nous souhaitons qu'à l'avenir aucun plan d'action ne soit envisagé sans la participation des jeunes. A cette fin, on pourrait envisager la formation d'un conseil international de la jeunesse qui encouragerait l'échange d'idées à l'échelle mondiale sans discrimination politique, raciale ou sociale.

Nous demandons à l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture et le Fonds international de développement agricole, qui ont encouragé et facilité l'organisation du Forum de la jeunesse pour le Sommet mondial de l'alimentation, de soumettre cette déclaration à tous les dirigeants mondiaux afin de renforcer la politique de participation des jeunes aux divers secteurs de la société civile.

Nous réclamons en outre un suivi du Forum international de la jeunesse pour le Sommet mondial de l'alimentation. Au cours des deux prochaines années, les jeunes de chaque pays doivent pouvoir vérifier que les promesses de leurs pays se sont traduites par des mesures concrètes contre la crise alimentaire. A cette fin, les jeunes doivent pouvoir participer à ces projets et être assurés de jouer un rôle dans l'évaluation des changements politiques au niveau national et des progrès accomplis à l'échelle mondiale.

17 novembre 1996