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Evaluation de l'activité sexuelle pendant la saison de baisse de fertilité chez la chèvre de race D'man

Derquaoui L.1 et El Khaledi O.2

1Département de reproduction animale et d'insémination artificielle Institut agronomique et vétérinaire Hassan II, Rabat (Maroc)
2Clinique vétérinaire, Assila (Maroc)


Résumé
Introduction
Matériel et méthodes
Résultats
Discussion
Conclusion
Références


Résumé

Une baisse de la fertilité a été observée chez la chèvre D'man pendant les mois de février, mars et avril. Les activités ovarienne et oestrale entre mars et juin de 20 chèvres adultes de race D'man ont été étudiées, la première par détection biquotidienne (8 heures et 17 heures) des chaleurs et la seconde par observation directe des ovaires (endoscopie) 4 à 10 jours après la manifestation du comportement oestral. L'incidence des ovulations silencieuses a été estimée par la mesure du taux de progestérone plasmatique.

La proportion des chèvres en chaleur était de 70%, 45%, 55% et 90% pour les mois de mars, avril, mai et juin respectivement; celle des chèvres ayant ovulé était respectivement de 85%, 60%, 65% et 95%. La proportion des cycles courts (39%) et l'incidence des ovulations silencieuses (15 à 25%) étaient relativement élevées. La baisse de la fertilité de la chèvre D'man au printemps est donc principalement due à une baisse simultanée de l'activité ovarienne et de l'extériorisation des chaleurs.

Evaluation of breeding activity in D'man goats during lower fertility period

Abstract

A decline in fertility was observed in D'man goats in the months of February, March and April. Ovarian and oestrus activity of 20 adult D'man goats was observed during March and June, the first by oestrus detection twice daily (8 am and 5 pm) and the latter by direct observation of the ovaries (endoscopy) 4 to 10 days after the first signs of oestrus behaviour. Silent oestrus was estimated by measuring plasma progesterone rate.

Seventy per cent, 45%, 55% and 90% of the goats were in heat in March, April, May and June, respectively, while ovulation was observed in 85%, 60%, 65% and 95% goats, respectively. The proportion of short cycles (39%) and the incidence of silent oestrus (15 to 25%) were relatively high. The decline of fertility in D'man goats during spring is therefore mainly due to simultaneous decline of ovarian activity and oestrus expression.

Introduction

Au Maroc, l'élevage caprin représente une activité agricole très importante, surtout dans les régions les plus défavorisées telles que les montagnes et les parcours dégradés. En 1987, le cheptel caprin national était estimé à 5,8 millions de têtes (MARA, 1990). La quasi-totalité est élevée en système agropastoral ou pastoral extensif, à l'exception de la chèvre laitière de race D'man, dont l'effectif est estimé à 20 000 têtes, soit 0,34% de l'effectif total. Cette race est élevée en système très intensif et en troupeaux de petite taille de 2 à 17 têtes dans les oasis de la vallée du Draa (Hachi, 1990). L'analyse des données de mise-bas enregistrées pendant sept années à la station de Tinzouline (centre de la vallée du Draa) (Ezzahiri et Benlakhal, 1989) et chez les éleveurs (Hachi, 1990) a montré que les chevrottages s'étalent sur toute l'année. Toutefois, une faible incidence des naissances (7%) a été observée en été (juillet, août et septembre), ce qui correspond à des saillies de printemps (février, mars et avril). L'objectif de cette étude est d'évaluer les activités ovarienne et oestrale entre les mois de mars et de mai chez la chèvre D'man élevée en station en dehors de son berceau de race.

Matériel et méthodes

Cette étude a été réalisée à la ferme d'application de l'Institut agronomique et vétérinaire Hassan II, située à la périphérie du périmètre irrigué du Tadla. Cette région à climat méditerranéen de type aride et sous influence continentale est caractérisée par des hivers froids et peu pluvieux et des étés chauds et secs.

Les animaux

Le troupeau expérimental était constitué d'animaux achetés dans la vallée du Draa en février 1988. Après une période d'adaptation de deux ans, 20 chèvres adultes âgées de 2 à 7 ans ont été utilisées. Les animaux étaient maintenus en stabulation libre et recevaient une alimentation à base de foin de luzerne et de concentrés (orge grain et pulpe sèche de betterave). L'ensemble du troupeau caprin a été traité contre les parasites internes avant le démarrage de l'étude.

Etude de l'activité oestrale

L'activité oestrale a été évaluée par une détection minutieuse des chaleurs suivant une exposition biquotidienne (8 heures et 17 heures) d'une demi-heure des femelles à un mâle vasectomisé. Une femelle était considérée en chaleurs quand elle devenait réceptive au bouc, s'immobilisait et acceptait le chevauchement.

Etude de l'activité ovarienne

On a procédé à l'observation directe des ovaires 4 à 10 jours après la manifestation du comportement des chaleurs, afin de confirmer l'ovulation et d'en déduire le taux. L'incidence des ovulations silencieuses a été estimée à partir de la progestérone plasmatique dosée à l'aide d'un kit commercial (Diagnostic Laboratory, Los Angeles, Californie, E.-U.) dans des échantillons de sang prélevés à 5 jours d'intervalle. La limite de sensibilité du dosage était de 0,06 ng/ml et les coefficients de variation intra- et interdosage étaient respectivement de 6,0% et 8,2%. Une ovulation était confirmée quand le taux de progestérone plasmatique était inférieur ou égal à 1 ng/ml.

Résultats

Activité oestrale

Les résultats obtenus montrent que la saison influe sur l'activité oestrale de la chèvre D'man maintenue dans des conditions expérimentales en dehors de son berceau de race. En effet, l'expression de l'oestrus, 70% au mois de mars, était minimum (45%) au mois d'avril. Des signes de chaleurs apparaissaient chez 55% des animaux à partir du mois de mai, et chez 92% des animaux au mois de juin. La durée du cycle oestral, définie comme l'intervalle de temps entre deux oestrus consécutifs, variait de 5 à 27 jours. La distribution des cycles en fonction de leur durée fait ressortir deux types de cycle: l'un à 10 et l'autre à 20 jours. Le premier correspond aux cycles courts dont la durée moyenne est de 10,5 + 3,45 jours (5 à 16 jours); le second correspond aux cycles longs d'une durée moyenne de 20,96 ± 2,24 jours (17 à 26 jours).

Activité ovarienne

L'activité ovarienne suit les mêmes variations que l'activité oestrale. La proportion des chèvres ayant ovulé était de 85% au mois de mars et de 60% au mois d'avril. A partir du mois de mai, la proportion des chèvres à ovaires actifs s'élevait à 65% pour atteindre 95% au mois de juin. Par ailleurs, la proportion des chèvres qui présentaient une activité ovarienne était toujours supérieure à celle des sujets qui manifestaient des signes des chaleurs. Cette caractéristique témoigne de l'existence d'ovulations non accompagnées de chaleurs. L'incidence des ovulations silencieuses était très élevée aux mois de mars (17,6%), d'avril (25%) et de mai (15,4%), alors qu'elle était faible au mois de juin (4,2%). Par ailleurs sur l'ensemble des animaux, 12 femelles sur 20 (soit 60%) avaient une activité ovarienne continue pendant toute la période de l'étude et 25% présentaient un arrêt momentané ou continu de cette activité de mars à mai. Le nombre maximum d'ovulations enregistré dans les conditions de cette étude était de 2. Le taux moyen d'ovulations doubles (46,5%) était légèrement inférieur à celui des ovulations simples (53,5%). Le taux moyen d'ovulation ne variait pas en fonction du mois (P>0,05).

Discussion

Au cours de cette étude, il a été observé une baisse de l'activité oestrale et ovarienne chez des chèvres D'man maintenues vides dans des conditions expérimentales en dehors de leur berceau de race entre mars et juin. Ainsi, sur l'ensemble de la période d'étude, 70% des femelles ont ovulé au moins une fois par mois mais 55% seulement ont manifesté un comportement oestral à ce rythme. Cela correspond à un taux moyen de 21,4% des ovulations non accompagnées de signes de chaleurs. Dans une étude antérieure, Hachi (1990) rapporte des taux d'ovulations de 8,3 à 87% pour une saison similaire. Ces écarts pourraient en partie s'expliquer par les conditions environnementales telles que le niveau alimentaire ou les variations interannuelles. Au demeurant, l'une des raisons à l'origine du faible taux de chevrottage observé chez la chèvre D'man en été est la diminution de l'activité sexuelle au printemps (Ezzahiri et Benlakhal, 1989; Hachi, 1990).

Il ressort également de cette étude que certaines ovulations ne sont pas accompagnées de signes de chaleurs. La fréquence de ce type d'ovulations diminuait au fur et à mesure qu'approchait la saison sexuelle des races dites saisonnées. Par ailleurs, les ovulations silencieuses constituent un phénomène physiologique normal au début de la saison sexuelle chez les chèvres alpine (Thibier et al., 1981) et nubienne (Camp et al., 1982). Chez la brebis, elles sont généralement associées à la reprise de l'activité sexuelle post-partum (Chami, 1981; Khaldi, 1984; Boukhliq, 1986; Lahlou-Kassi et al., 1989) ou saisonnière (Lahlou-Kassi et Marie, 1985) et à la période de passage de la vie prépubertaire à la vie postpubertaire (Foster et Ryan, 1979; Derquaoui, 1992).

La durée moyenne du cycle oestral est de 10,5 3,45 jours pour les cycles courts et de 20,96:t 2,84 jours pour les cycles normaux chez la chèvre D'man. Cette durée est comparable aux valeurs rapportées pour un certain nombre de races caprines tropicales et revues par Garcia et Gall (1981). Il semblerait que l'incidence relativement élevée des cycles courts soit une caractéristique de l'espèce caprine. En effet, 86%, 32% et 11% des cycles sont courts respectivement chez la chèvre nubienne (Camp et al.,), créole (Chemineau et Thimonier, 1986) et chez la chèvre locale du Vénézuela (Carlos et Madrid-Burry, 1982. L'origine et l'étiologie des cycles courts des petits ruminants ne sont pas complètement élucidées, mais il semble que les corps jaunes des cycles courts soient de mauvaise qualité et que leur durée de vie secrétoire soit limitée (Chemineau et Thimonier, 1986) et fortement influencée par le niveau alimentaire (Oldham et Martin, 1979).

Conclusion

La baisse du taux de chevrottage observée chez la chèvre D'man en été est principalement due aux baisses simultanées de l'activité ovarienne et de l'extériorisation des chaleurs pendant le printemps, la mortalité embryonnaire demeurant à priori faible. Par ailleurs, 60% des femelles présentaient des signes d'une activité sexuelle continue. Du fait que la chèvre D'man soit élevée en troupeaux de petite taille et dans des conditions très intensives, la sélection, à travers les générations, a probablement résulté en une perte de la saisonnalité de la reproduction chez certains individus de la population.

Références

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