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Mortalité des chevreaux croisés Alpine au Burundi

M. Bal, B. Rey2, Mesfin Shibre2

1Projet caprin Ngozi, B.P. 1041, Bujumbura (Burundi)
2CIPEA, B.P. 5689, Addis-Abeba (Ethiopie)


Résumé
Abstract
Introduction
2. Matériel et méthodes
3. Résultats
Discussion
Conclusion
Références


Résumé

Les données recueillies en 1990 et 1991 sur 200 petits élevages de chèvres suivis dans le cadre du Projet caprin de Ngozi ont mis en évidence un pic de mortalité entre mars et juillet chez des chevreaux âgés de moins de 6 mois. Afin de simuler la survie de cohortes de chevreaux indépendamment des ventes et d'autres raisons de sorties, le taux de mortalité des chevreaux a été estimé chaque mois de février à juillet par l'analyse de ressemblance maximum. Les facteurs de pondération considérés sont l'année, l'âge du chevreau au premier jour du mois étudié, le génotype, la taille de la portée et le sexe du chevreau.

En 1991, la mortalité des chevreaux a été quatre mois sur six plus forte (P<0,05) qu'en 1990. La probabilité de mortalité était chaque mois plus élevée chez les triplets que chez les chevreaux issus de naissances simples ou gémellaires. L'effet global du génotype n'était significatif qu'en juin et juillet, mais la divergence des courbes simulées de survie indiquait une meilleure performance des chevreaux de race locale par rapport à ceux issus des croisements les plus fréquents (50% et 75% de sang alpin) et dont les taux de survie étaient similaires. Les rétrocroisements avec des boucs de race locale présentaient une courbe simulée de survie intermédiaire. Les classes d'âge les plus affectées chaque mois correspondaient aux chevreaux âgés de 60 à 120 jours, soit approximativement l'époque du sevrage, alors que la mortalité des très jeunes chevreaux était la plus faible. Par simulation de cohortes, on a montré que 63% des chevreaux nés en janvier ou en février atteindront l'âge de 6 mois.

Mortality of Alpine cross-bred kids in Burundi

Abstract

Data collected in 1990 and 1991 on 200 small-scale goat farms monitored by the Ngozi Goat Project showed a peak in mortality between March and July in kids below six months old. The monthly mortality rate of the kids was estimated using a maximum likelihood analysis to simulate kid cohort survival irrespective of sales and other reasons of disposal. Weighing factors were: year, age of kids on the first day of the month, breed group, litter size and sex of kids.

In 1991, kid mortality was higher (P<0. 05) than in 1991 for four months out of six. Mortality probability was higher in triplets compared to twins or singles each month. Total effect of breed group was significant in June and July only, but the difference between survival simulation curves showed that local kids performed better than the most common crossbred (50% and 75% Alpine blood) with similar survival rates. Back crosses with local rams had an intermediary survival simulation curve. Each month, the most affected age groups were the kids aged 60 to 120 days, which is roughly the weaning period, while the lowest mortality was observed in very young kids. Cohort simulation showed that 63% of the kids born in January or February will reach the age of six months.

Introduction

Située dans la région du Buyenzi, la province de Ngozi fait partie de la région des Hauts Plateaux du Burundi. Elle est caractérisée par une forte densité de population (plus de 350 habitants/km²), une altitude moyenne de 1800 m et une pluviométrie annuelle moyenne de 1400 mm répartie selon un régime bimodal.

Depuis 1980 le Projet caprin de Ngozi développe un programme de croisement des chèvres de race locale avec des boucs de race alpine (8000 saillies en 1989; Schmidt, 1991) ainsi que la production de lait (70000 litres en 1991 contre 24000 litres livrés à la laiterie en 1986 (Michel et Mukankusi, 1992).

Les données recueillies en 1990 et 1991 dans la zone d'intervention du projet ont mis en évidence un pic de mortalité des chevreaux âgés de moins de 6 mois entre les mois de mars et de juillet.

La présente étude a pour objectifs de déterminer l'influence d'un certain nombre de paramètres sur la mortalité des chevreaux entre février et juillet, et de comparer la survie des jeunes au cours de cette période en fonction de leur âge et de leur type génétique.

2. Matériel et méthodes

2.1 Matériel

Les données utilisées provenaient du suivi d'un échantillon de 200 élevages de chèvres établis dans la zone d'intervention du Projet caprin de Ngozi. Les exploitations ont été visitées tous les 15 jours par 8 enquêteurs, qui ont collecté les informations relatives à la démographie et à la productivité du troupeau: naissances, mortalités, entrées et sorties, évolution pondérale, production laitière.

2.2 Méthodes

Le taux mensuel de mortalité des chevreaux a été utilisé pour étudier la mortalité des chevreaux de moins de 6 mois durant la période considérée (début février à fin juillet). Il est défini comme le rapport entre le nombre de chevreaux morts durant le mois considéré et le nombre de chevreaux vivants au début de ce mois. Les chevreaux sortis pour d'autres raisons (ventes, dons, abattage familial) durant un mois donné ont été arbitrairement considérés comme vivants au dernier jour du mois, mais ne sont pas entrés dans l'analyse du mois suivant.

L'analyse de vraisemblance maximum (SAS, 1987) utilisée pour l'étude des taux mensuels de mortalité a été effectuée en tenant compte des effets fixes suivants:

- l'année;

- l'âge du chevreau au premier jour du mois étudié; les chevreaux nés durant le mois sont exclus de l'analyse pour le mois considéré;

- le génotype: chevreaux de race locale (petite chèvre d'Afrique de l'Est); chevreaux croisés (race locale x race Alpine): F1 (50% de sang alpin), R1 (75% de sang alpin), R2 et R3 (75% et 87% de sang alpin respectivement); autres produits croisés issus de la monte de chèvres croisées par un bouc de race locale;

- la taille de la portée ou le mode de naissance: simple, double ou triple;

- le sexe du chevreau.

Les valeurs probabilistiques estimées des taux de mortalité pour chaque classe d'âge et l'erreur type de l'estimation ont été obtenues par la procédure LOGMLVAR (Rege, 1992).

Le taux mensuel de survie (Qs) a été défini comme étant l'opposé du taux de mortalité (Qs = 100-Qm). Afin d'étudier le comportement des chevreaux de moins de 6 mois au cours de la période considérée, on a simulé leur survie en cumulant les taux de survie:

SURVIEmois 2 = Qs1 * Qs2

Le taux de survie a ainsi une valeur probabilistique pour une cohorte donnée de chevreaux, indépendamment du système d'exploitation dans lequel ils sont maintenus.

3. Résultats

3.1 Taux de mortalité mensuel

Le tableau 1 présente les moyennes des taux de mortalité mensuel des chevreaux de moins de 6 mois entre février et juillet en fonction des divers facteurs de variation considérés (année, genre, mode de naissance, génotype et âge).

· Année

Le taux de mortalité variait en fonction de l'année. Le taux de mortalité en 1991 était significativement plus élevé en avril et mai (P<0,01), et en février et juillet (P<0,05).

· Genre

Le sexe des chevreaux a peu influé sur le taux de mortalité, qui n'était significativement plus élevé (P<0,05) qu'au mois de mai chez les chevreaux mâles. Pour les autres mois, il n'y avait pas de différence significative entre les mortalités des chevreaux quel que soit leur sexe.

· Taille de la portée

La taille de la portée avait un effet significatif sur le taux mensuel de mortalité aux mois de mars (P<0,01) et d'avril (P<0,05). Le taux de mortalité des chevreaux de portée double n'était pas différent de celui des chevreaux nés simples (sauf en avril). Celui des chevreaux nés de portées triples était significativement plus élevé que celui des chevreaux nés simples sauf en mai, et en général plus élevé que celui des jeunes nés doubles. Le taux de mortalité des triplets était en moyenne deux fois plus élevé que ceux des autres types d'agneaux, mais son coefficient de variation était également chaque fois plus important.

· Génotype

Le génotype avait un effet significatif sur le taux de mortalité mensuel aux mois de juin (P<0,01) et juillet (P<0,05). En juin, la mortalité des chevreaux de race locale et des croisements divers était similaire ou inférieure à celle des chevreaux F1, R1, R2 et R3. En juillet, elle était plus élevée chez les chevreaux R2 et R3. Pour les autres mois, les seules moyennes n'ont fait apparaître aucune tendance constante.

· Age des chevreaux

L'âge des chevreaux au premier jour du mois avait un effet significatif sur le taux de mortalité aux mois d'avril (P<0,01), juin et juillet (P<0,05). Pour ces trois mois, la mortalité mensuelle des chevreaux âgés de moins d'un mois était la plus faible (toujours inférieure à 5%). La mortalité la plus élevée était enregistrée en avril et juin chez la classe d'âge des 2 mois et en juin et juillet chez celles de 3 et 4 mois. Une tendance similaire s'observait durant les autres mois, mais les différences n'étaient pas significatives.

3.2 Survie simulée de février à juillet

Le tableau 2 présente les taux simulés de survie sur six mois pour 100 chevreaux vivants et âgés de moins de 6 mois au 1er février. Les facteurs de variation sont les mêmes que ceux présentés dans la section 3.1.

· Année

L'importante variation entre les taux mensuels de mortalité de 1990 et de 1991 se répercute sur le taux de survie cumulé au 31 juillet; ce dernier était supérieur de 11 points (soit 18%) en 1990 par rapport à 1991 (74% de survivants contre 63%).

Tableau 1. Taux de mortalité mensuel de chevreaux de 1 à 6 mois entre février et juillet

Facteurs

Février

Mars

Avril

Mai

Juin

Juillet

Valeur réelle

2,35

3,77

5,30

7,47

7,60

5,30

Moyenne estimée

2,21

5,75

5,33

7,18

8,32

5,87

Année

(Prob)

0,0305

0,6296

0,0072

0,0006

0,6886

0,0405


1990

1,30

5,32

3,76

4,84

8,70

4,39


1991

3,73

6,20

7,51

10,55

7,95

7,81

Sexe







(Prob)

0,9116

0,4950

0,8242

0,0194

0,8984

0,7630


Femelle

2,16

6,36

5,47

5,59

8,21

6,11


Mâle

2,26

5,19

5,19

9,19

8,43

5,64

Mode de naissance

(Prob)

0,2231

0,0001

0,0240

0,2354

0,1049

0,1021


Simple

3,53

3,53

2,97

5,35

5,88

3,58


Double

2,94

3,00

5,33

6,46

6,90

4,86


Triple

0a

16,67

9,40

10,64

13,90

11,35

Génotype

(Prob)

0,2029

0,1905

0,0867

0,5430

0,0018

0,0484


Croisé

4,00

6,13

4,92

7,22

3,88

5,96


F1

2,74

7,47

7,61

6,70

13,20

3,73


R1

3,50

8,34

6,73

9,97

10,52

4,34


R2 et R3

1,27

4,94

5,68

5,57

13,64

13,69

Race locale

1,06

3,27

2,97

7,08

5,13

5,07

Age au 1er du mois

(Prob)

0,3244

0,1253

0,0003

0,1364

0,0156

0,0299


0-30 jours

0,81

3,59

1,93

2,84

4,23

2,05


31-60 jours

2,53

5,94

8,28

6,23

6,58

3,70


61-90 jours

1,89

6,39

11,80

8,74

16,54

5,97


91-120 jours

3,72

14,20

3,37

9,17

10,80

11,84


121-150 jours

2,57

2,10

4,25

11,59

9,82

11,75


151-180 jours

3,08

8.25

7,98

8,05

6,44

6,07

(Prob) = valeur probabilistique
0a est une valeur exacte non incluse dans les analyses.

Tableau 2. Taux de survie de cohortes de chevreaux entre février et juillet, Ngozi (Burundi)

Facteurs

Février

Mars

Avril

Mai

Juin

Juillet

Valeur réelle

97,65

93,97

88,99

82,34

76,08

72,05

Moyenne estimée

97,79

92,17

87,25

80,99

74,25

69,89

Année








1990

98,70

93,45

89,93

85,58

78,14

74,71


1991

96,27

90,30

83,52

74,71

68,77

63,40

Sexe








Femelle

97,84

91,62

86,60

81,76

75,05

70,46


Mâle

97,74

92,67

87,86

79,78

73,06

68,94

Mode de naissance








Simple

98,35

94,88

92,06

87,13

82,01

79,08


Double

97,06

94,15

89,13

83,37

77,62

73,85


Triple

0a

83,33

75,50

67,46

58,09

51,49

0a est une valeur exacte non incluse dans les analyses.

· Sexe des chevreaux

En valeur cumulée fin juillet, la survie des femelles était très légèrement (1,5%) supérieure à celle des mâles, ce qui reflète l'absence de différences significatives entre les taux de mortalité pour ce facteur.

· Mode de naissance

Sans être toujours significative, là différence entre les taux de mortalité des chevreaux nés simples et de ceux nés doubles se traduisait par une probabilité de survie cumulée des premiers supérieure de 5,3 points (soit 7% de différence) à celle des seconds.

Les chevreaux nés triples avaient une probabilité de survie très inférieure à celles des chevreaux nés simples ou nés doubles (28 points par rapport aux premiers et 22 points par rapport aux seconds). La moitié seulement des chevreaux nés triples survivait jusqu'à 6 mois pendant la période considérée.

· Génotype

L'évolution mensuelle entre début février et fin juillet du taux de survie simulé de chevreaux appartenant à différents génotypes et âgés de moins de 6 mois est illustrée à la figure 1.

Figure 1. Survie de cohortes de chevreaux de moins de 6 mois de differents génotypes.

La courbe fait apparaître de faibles différences entre les pourcentages d'animaux croisés (F1, R1, R2 et R3) survivants: 1 point entre chaque groupe, avec un taux de survie croissant en fonction inverse du taux de croisement. Par rapport à ces chevreaux, la probabilité de survie jusqu'à 6 mois des jeunes de race locale était supérieure de 14,5 points.

La courbe de survie des chevreaux issus d'autres croisements avait un comportement intermédiaire: au 30 juillet, elle se situait à 8 points en dessous de celle des chevreaux de race locale et à 9 points au-dessus de celle des produits de croisements d'absorption.

· Mois de naissance

La figure 2 présente la courbe de survie simulée pour la période considérée, pour des chevreaux nés à des mois différents. Jusqu'à l'âge de 4 mois, les jeunes nés en janvier ont une meilleure chance de survie que ceux nés en février (3 points) et en mars (10 points). En supposant une faible mortalité après l'âge de 180 jours ainsi qu'aux mois de décembre et janvier, et en tenant compte de l'erreur inhérente à la simulation, il apparaît que la période de naissance la moins favorable se situe aux mois de janvier et de février (63% de survie espérée fin juillet).

Figure 1. Survie simulée de chevreaux nés différents mois.

Discussion

Le taux de mortalité des chevreaux variait en fonction de l'année, du mois, du type de naissance et du génotype. Pour les six mois considérés, il n'y avait pas de différences entre les taux de mortalité des chevreaux femelles et des chevreaux mâles, bien que la littérature indique généralement une meilleure survie des femelles. La comparaison des taux de mortalité aux précipitations mensuelles relevées à la station du Projet (Projet caprin de Ngozi, 1991) et à leur somme pour les deux années ne permet pas de corroborer l'hypothèse selon laquelle une plus forte pluviométrie serait directement liée à un taux de mortalité plus élevé: la saison des pluies est à son maximum en février-mars, se termine fin mai, et les mois de juin et juillet sont parmi les plus secs.

La mortalité supérieure des chevreaux nés triples pourrait s'expliquer par les difficultés leurs mères à les allaiter.

La race locale est généralement supposée plus rustique et mieux adaptée aux conditions tropicales que les produits de croisement. Les taux de mortalité des chevreaux locaux étaient plus faibles aux mois de février, mars, avril et juin que ceux des chevreaux croisés, mais la différence n'était significative qu'au mois d'avril. Le taux de survie, estimé par simulation, est cependant plus élevé pour la race locale. La simulation a aussi montré que l'effet cumulé de la mortalité des chevreaux était inversement proportionnel au degré de croisement alpin (croisements d'absorption) des animaux.

Les classes d'âge affichant la mortalité la plus élevée au cours des mois considérés étaient celle des 60 120 jours, soit approximativement la période du sevrage. Ceci pourrait s'expliquer par le fait qu'à cette période de leur vie, les chevreaux ont besoin d'une attention particulière en raison des problèmes liés au changement d'alimentation et aux risques d'infestation parasitaire. Les principales causes de mortalité dans la région du Buyenzi seraient en effet d'origine parasitaire et alimentaire (Shulze-Althoff et al., 1986).

Les taux de mortalité périnatale très faibles, voire nuls, enregistrés pour les chevreaux âgés de 0 à 30 jours résultent certainement d'une erreur d'enregistrement des données.

Conclusion

L'analyse des facteurs influençant la mortalité des chevreaux âgés de moins de 6 mois entre février et juillet 1990 et 1991 fait ressortir les effets de l'année, du mode de naissance et du génotype des chevreaux.

Parmi les causes possibles de mortalité, les verminoses joueraient un rôle important. Pour déterminer leur part dans le pic de mortalité, un protocole expérimental est actuellement mis en place dans les exploitations couvertes par l'étude. Des mesures prophylactiques efficaces seront ensuite déterminées.

Références

Michel K. et Mukankusi F. 1992. Analyse de la livraison do lait et de la vente de fromage entre 1986 et 1992. VII. Rapport section suivi et évaluation. Projet caprin de Ngozi, Ngozi (Burundi).

Projet caprin de Ngozi. 1991. Rapport annuel. Ministère de l'agriculture du Burundi. GTZ (Office allemand de la coopération technique), Ngozi (Burundi). 57 p.

Rege J.E.O. 1992. LOGMLVAR: A computer programme for estimating predicted probabilities from maximum likelihood estimates in a logit response function. CIPEA (Centre international pour l'élevage en Afrique), Addis-Abeba (Ethiopie).

Schmidt U. 1991. Ziegenzucht in Burundi: Ein Beitrag zur Tierproduktion bei Kleinbauern. Entwicklung + Ländlicher Raum 4/91.

Schulze-Althoff K.J., Ntahimpeye C., Ngendakuma C., Nduvoimana A. et Karundere G. 1986. Guide pratique pour éleveur de chèvres. Projet caprin de Ngozi, Ngozi (Burundi).

SAS. 1987. SAS/STAT Guide for personal computers, Version 6. SAS Institute Inc. Cary, Caroline du Nord (E.-U.). 1028p.


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