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Différences de productivité entre troupeaux de petits ruminants dans le système agropastoral du Mali central - Inter-flock differences in small ruminant productivity in the central Mali agropastoral system

S. Killanga

Institut des Recherches Zootechniques
B.P. 125
Mankon-Bamenda
Cameroun

A. Traoré

Centre International pour l'Elevage en Afrique
B.P. 60
Bamako
Mali

et

J. Hardouin

Institut de Médecine Tropicale
Nationalestraat 155
B-2000 Anvers
Belgique


Resume
Summary
Introduction
Matériels et méthodes
Résultats et discussions
Conclusions
References


Resume

Le présent travail met en évidence les facteurs responsables des différences de productivité entre troupeaux dans un village du Mali central appartenant au sous-système agropastoral associé à la culture pluviale du mil. La productivité des petits ruminants, les caractéristiques socio-économiques des agropasteurs et les facteurs de gestion sont analysés. Il apparaît que les causes des différences de productivité entre troupeaux sont lices aux caractéristiques socio-économiques de l'agropasteur, aux méthodes de gestion employées et aux préférences pour l'une ou l'autre des 2 espèces de petits ruminants.

Summary

This study identifies the causes of the observed differences in flock productivity in a central Malian village, in a rainfed millet agropastoral subsystem. Small ruminant productivity, management factors and socio-economic characteristics are analysed. The causes leading to the observed differences in small ruminant productivity are related to the owner's socioeconomic characteristics, to his management strategies or to preferences for one or the other small ruminant species.

Introduction

Dans les milieux traditionnels africains, l'élevage des moutons et des chèvres se pratique dans des conditions très difficiles. Des possibilités d'amélioration de cet élevage par des apports externes semblent être inacceptables par des éleveurs démunis pour la plupart. Une mise en évidence des éléments endogènes d'amélioration du système de production, demandant pas ou peu d'intrants et pouvant permettre de ce fait une adoption généralisée pour contribuer de manière importante au relèvement des niveaux de productivité, nécessite avant tout une connaissance des facteurs à l'origine des différences de productivité entre troupeaux de petits ruminants (Wilson et Light, 1986).

La présente étude se propose d'analyser l'ensemble de facteurs socio-économique et de gestion, causes responsables des différences de productivité observées entre troupeaux de moutons et de chèvres.

Matériels et méthodes

L'étude a porté sur un échantillon de 1218 petits ruminants provenant de 36 concessions. Les observations sur le terrain (jul 1987-mar 1988) ont été effectuées aux alentours de Niono, Mali (pluviométrie 100 mm au nord, 600 mm au sud; température minimum 12°C en janvier, maximum 40°C en mars). Les parcours sont composés d'un tapis herbacé (Eragrostis tremula, Tribulus terrestris, Schoenefeldia gracilis, Andropogon gayanus, Zornia glochidiata ...) et d'une couverture ligneuse d'arbres et d'arbrisseaux, essentiellement de divers Acacia épineux.

Certaines observations faites dans le passé (Wilson, 1986) ont été prises en considération. La collecte des données s'est faite tous les 15 j. A chaque visite les naissances et tous les autres événements survenus depuis le dernier passage sont enregistrés. Les poids à la naissance et aux environs de 15 j ainsi que le poids postpartum de la mère ont été relevés. Les caractéristiques socio-économiques sont la taille de la famille, le nombre d'enfants de 5 ans à 15 ans, la superficie labourée et l'indice de richesse ou l'effectif total du bétail détenu exprimé en unités de bétail tropical (1 bovin = 0,7 UBT; 1 petit ruminant = 0,1 UBT). Pour l'appréciation des facteurs de gestion des agropasteurs, on a considéré le type et l'hygiène de l'habitat, la supplémentation alimentaire et le temps de pâture.

Connaissant le poids au sevrage des animaux, l'intervalle entre mises bas et le poids postpartum des reproductrices, un indice de productivité correspondant au poids de jeunes (g.) produits par kg de poids vif de la mère et par an (Wilson et Light, 1986) a été calculé suivant la formule: (poids au sevrage x 365 j: intervalle de mise bas): poids postpartum de la mère.

Les principales analyses ont été faites par la méthode des moindres carrés (Harvey, 1977).

Résultats et discussions

Chez les caprins la moyenne non-ajustée de l'indice de productivité de tout le village a été de 622,7 ± 169,90 g et a varié de 430,8 g à 21,53 g pour 25 concessions. Chez les ovins l'indice de productivité varie de 530,5 g à 1271,8 g avec une moyenne de 800,2 ± 216,23 g pour 20 concessions.

L'analyse de variance (tableau 1) met en évidence l'influence de certains facteurs socio-économique et de gestion sur l'indice.

Tableau 1. Analyse de variance de l'indice de productivité des caprins et des ovins dans le système agropastoral du Mali central.

Source de variation

Caprins

Ovins

d.d.1.

Valeur de F

Niveau significatif

d.d.1.

Valeur de F

Niveau significatif

Caractéristiques socio-économiques








Taille de famille

2

22,48

0,0001

2

9,81

0,0001


Enfants (5-15 ans)

1

38,80

0,0001

1

0,23

0,6303


Superficie labourée

1

0,27

0,6060

1

0,18

0,6716


Indice de richesse

3

3,81

0,0105

3

15,96

0,0001

Facteurs de gestion








Type de l'habitat

1

19,07

0,0001

1

4,35

0,0387


Hygiène de l'habitat

1

0,66

0,4168

1

0,66

0,1468


Supplémentation alimentaire

1

67,40

0,0001

1

58,72

0,0001


Temps de pâture

1

0,59

0,4421

23

8,70

0,0001

Les résultats cette analyse (tableau 2) confirment ceux déjà obtenus (Wilson et Light, 1986). Entre les troupeaux d'un même système de production il existe d'importantes variations. Les ovins et les caprins ne sont pas gérés de la même façon. Tout se passe comme si la gestion des 2 espèces était répartie entre les enfants et le berger. Plus la famille est grande avec un nombre élevé d'enfants, plus la productivité des caprins est bonne. Il se pourrait donc que les enfants aient un rôle déterminant dans l'explication des causes des différences de productivité observées. La contribution des enfants de 5 ans à 15 ans dans la gestion des troupeaux est conforme aux observations faites sur le terrain. L'enfant à cet âge intervient exceptionnellement aux travaux champêtres; il semble n'avoir donc pour principale activité que de s'occuper des animaux dans la concession.

Tableau 2. Moyennes de l'indice de productivité (g.) des caprins et des ovins dans le système agropastoral du Mali estimées par la méthode des moindres carrés.

Variable

n

Caprins


Ovins

e.s.

n

e.s.

Caractéristiques socio-économiques







Taille de la famille:








9 personnes

140

681,2a

23,5

50

643,7a

50,8


22 personnes

97

749, 1b

20,5

81

799,0b

43,8

Enfants (S-15 ans):








5

214

537,3a

20,5

116

790,7

32,7


11

76

764,3b

27,1

48

781,8

43,8

Superficie labourée:








9,5 ha

147

673,6

25,5

79

671,1a

38,6


32,5 ha

143

628,0

16,8

85

901,4b

31,6

Indice de richesse:








4 UBT

115

633,3ab

30,6

47

1151,8a

67,9


8 UBT

68

646,5ab

27,3

50

876,9b

57,6


34 UBT

69

712,9a

26,2

38

722,6b

56,2


62 UBT

38

610,4b

36,3

29

393,8c

87,6

Facteurs de gestion







Type de l'habitat:








Bon

5

799,3a

71,2

35

858,8a

45,3


Mauvais

285

632,6b

20,0

129

686,5b

36,0

Hygiène de l habitat:








Bonne

45

699,0

44,8

16

696,1a

55,5


Mauvaise

245

732,9

37,0

148

849,1b

34,0

Supplémentation:








Avec

83

799,1a

39,7

80

898,9a

41,1


Sans

207

632,8b

41,2

84

646, 3b

37,4

Temps de pâture:








480 min/j

268

729,0

35,7

145

796,6

27,3


580 min/j

22

702,9

48,6

19

748,7

55,2

Dans une même colonne, les moyennes affectées de différentes lettres à l'intérieur d'un même groupe diffèrent (P < 0.05).

Par ailleurs dans le système traditionnel du Mali, le troupeau est généralement constitué par le dot des femmes et les avoirs des enfants à travers le système de dons à la naissance, à la circoncision, au mariage et en pré-héritage, car à un certain âge le chef de famille abandonne son troupeau et le partage entre ses enfants. Seul ou en compagnie de sa mère, l'enfant trait les animaux le matin avant de les envoyer pâturer et le soir quand ils sont de retour, il les attache au piquet. L'enfant est la première personne dans la concession à se rendre compte de l'absence d'un animal et c'est à lui que le chef de famille s'adresse toujours en cas de perte.

Le rôle du berger ressort clairement dans la gestion des ovins puisque ceux-ci sont conduits toute l'année et les enfants participent moins. Toutefois, l'impact du berger dans l'explication des causes des différences de productivité n'a pas pu être mis en évidence puisqu'il n'est chargé que de la conduite des animaux au pâturage. Il advient une fois de plus que la taille de la famille est à l'origine des causes de différences de productivité. Les raisons en sont que l'habitat, le contrôle des effectifs, les soins portés aux pâturiantes et aux nouveau-nés, la supplémentation alimentaire et dans une moindre mesure les soins sanitaires sont laissés à l'initiative du ménage voire du sous-ménage. L'élevage des ovins reste aussi un élevage entrepris généralement par les agropasteurs plus riches, capables de payer le berger toute l'année. Par rapport aux ovins, les agropasteurs semblent croire que les caprins posent moins de problèmes et offrent davantage de produits d'élevage.

Les résultats montrent qu'aussi bien chez les chèvres que chez les moutons, les propriétaires les plus riches ne sont pas nécessairement ceux qui ont les meilleurs troupeaux (tableau 2). Au contraire, les agropasteurs les moins riches ont des troupeaux souvent plus performants. Une telle relation établie entre la mauvaise performance des troupeaux et la richesse des agropasteurs ne peut s'expliquer que par la taille plus importante des troupeaux des agropasteurs les plus riches.

Les animaux dont le type d'habitat est acceptable ont une productivité élevée par rapport à ceux qui n'ont pas de bon habitat. La même chose s'observe chez les animaux qui reçoivent une supplémentation même si celle-ci est faite de façon occasionnelle. Quand les effectifs sont réduits, une telle supplémentation finit par avoir un effet positif qui se traduit par une amélioration de la productivité. La supplémentation des petits ruminants par l'intermédiaire des chevaux et des ânes attachés dans les concessions n'a pas été analysée. Elle mérite néanmoins d'être signalée puisque les moutons et les chèvres ne reçoivent pas cette forme de nutrition dans tous les ménages. De manière générale, on peut remarquer une relation positive entre chaque facteur de gestion et la productivité des troupeaux de petits ruminants. Chaque changement positif, significatif ou non, s'accompagne d'une amélioration du niveau de productivité.

Conclusions

Il existe des différences de productivité entre troupeaux d'un même système de production. Les causes à l'origine de ces différences sont lices:

aux méthodes de gestion employées (type d'habitat, hygiène, supplémentation alimentaire, gardiennage);

aux caractéristiques socio-économiques du propriétaire (taille de famille, nombre d'enfants, superficie labourée, richesse);

aux préférences pour l'une ou l'autre des 2 espèces de petits ruminants.

L'ensemble de ces observations devrait être confirmé et complété par des études basées, d'une part sur la collecte continue et simultanée des données de la gestion et de la productivité sur une durée d'au moins 3 ans, et d'autre part sur la contribution de la pathologie aux causes des différences de productivité.

References

Harvey W R. 1977. User's guide for LSML 76 least-squares and maximum likelihood computer program. Ohio State University, Columbus, USA.

Wilson R T. 1986. Livestock production in central Mali: Long-term studies on cattle and small ruminants in the agropastoral system. ILCA Research Report No. 14. International Livestock Centre for Africa, Addis Ababa, Ethiopia.

Wilson R T et Light D. 1986. Livestock production in central Mali: Economic characters and productivity indices for traditionally managed goats and sheep. Journal of Animal Science 62: 567-575.


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