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Les performances des moutons Djallonke nourris avec un concentre contenant différents niveaux de graines d'hévéa - Performance of Djallonke sheep supplemented with rations containing different levels of rubber-tree seed

R.F. Bikoi Ntep

Station de Nkolbisson
Institut des Recherches Zootechniques
B.P. 1457
Yaoundé
Cameroun

et

R. M. Njwe

Département de Zootechnie
Centre Universitaire de Dschang
B.P. 110 Dschang Cameroun


Resume
Summary
Introduction
Matériels et méthodes
Résultats
Discussions
Conclusions
Références


Resume

Une étude des performances des moutons Djallonké (poids moyen 12-22 kg) nourris avec un concentré contenant des graines d'hévéa à des niveaux croissants, a été menée pendant 3 mois à Nkolbisson-Yaoundé. Les moutons nourris avec des concentrés contenant 10 p.cent et 20 p.cent de graines d'hévéa ont eu des quantités de matière sèche et de protéines brutes ingérées semblables à celles du lot témoin: les animaux recevant des rations aux taux de 30 p. cent et de 50 p.cent d'hévéa ont consommés moins (P < 0.05). Les digestibilités de la matière sèche, la matière organique, la cellulose brute, l'extrait éthéré et l'extractif non azoté ont été inférieures (P < 0.05) pour les concentrés de 30 p.cent et 50 p.cent par rapport aux concentrés de 10 p.cent et 20 p.cent. Les animaux sur les concentrés de 10 p.cent et 20 p.cent d'hévéa ont gagné 17 g/j et 10 g/j alors que ceux sur les concentrés de 30 p.cent et 50 p.cent ont perdu 26 g/j et 51 g/j. Un taux de 20 p.cent de graines d'hévéa comme supplément dans la ration des moutons Djallonké ne doit pas être dépassé.

Summary

The performance of Djallonke sheep fed concentrates containing graded levels of rubber seeds for 3 mo was studied at Nkolbisson-Yaoundé. Dry matter and crude protein intake in sheep fed concentrates containing 10% and 20% rubber seed was similar to that of the control group but intakes were lower (P < 0.05) in those fed concentrates with 30% and 50% rubber seed. Digestibility of dry matter, organic matter, cellulose, ether extract and nitrogen free extract was lower (P < 0.05) in sheep fed 30% and 50% rubber seed than in those fed 10% and 20%. Animals kept on the 10% and 20% concentrates gained 17 g/d and 10 g/d while those on the 30% and 50% concentrates lost 26 g/d and 51 g/d. A maximum of 20% rubber seed can be used as a ration supplement in Djallonké sheep.

Introduction

L'hévéa (Hevea brasiliensis) est connu et utilisé pour son latex mais ses graines peuvent servir dans l'alimentation des animaux. Une transformation adéquate fournit 44 p.cent d'huile, 50 p.cent de tourteau et 6 p.cent d'autres éléments (Blackman, 1913; George et al, 1932). Les graines d'hévéa fraîchement récoltées contiennent un élément toxique qui peut créer des troubles lorsqu'elles sont immédiatement introduites dans l'alimentation animale. Un taux d'acide hydrocyanique de 0,48 p.cent atteint environ 0,09 p.cent dans le tourteau après extraction de l'huile (Auld, 1913). Le facteur cyanogénétique est semblable au linamarin du lin (Mane, 1972; Linear, 1975) et à l'acide cyanidrique du manioc (Stosic et Kaykay, 1981). Le traitement à la chaleur est très efficace pour détruire l'acide hydrocyanique des graines d'hévéa mais une conservation de graines d'hévéa pendant au moins 4 mois peut aussi entrainer une forte baisse de cet élément (Stosic et Kaykay, 1981). Le taux de protéines des graines d'hévéa varie de 27 p.cent à 35-45 p.cent alors que le taux de cellulose est compris entre 4,2 p.cent et 12,6 p.cent (Eaton, 1919). Les graines d'hévéa sont digestibles mais ne sont pas très appétissantes et doivent ainsi être mélangées à d'autres aliments.

Peu de travaux ont été effectués sur la valeur des graines d'hévéa dans l'alimentation animale, en particulier chez les ruminants. Au Cameroun la production des graines d'hévéa est estimée à 7000 t/an. La présente étude est un essai d'évaluation de l'effet des différents niveaux de graines d'hévéa dans les rations, sur la digestibilité et les performances de croissance des moutons Djallonké à la ferme de l'Ecole Nationale Supérieure Agronomique.

Matériels et méthodes

Des moutons Djallonké (4 femelles et 11 mâles non castrés) pesant entre 12 kg et 22 kg étaient utilisés pour cette expérience. Les animaux étaient divisés en 5 groupes dans un dispositif complètement randomisé - chaque groupe représentait un traitement et chaque mouton dans le groupe représentait une répétition du traitement.

L'aliment de base était le Trypsacum laxum (Guatemala grass) à raison de 1,5 kg/tête/j. Cinq concentrés correspondant à 5 traitements (A, B. C, D, E) contenant respectivement 0, 10, 20, 30 et 50 p.cent de farine des graines d'hévéa étaient utilisés à raison de 200 g/tête/j. Chacune des rations contenait 1,0 p.cent de phosphate bicalcique et 0,5 p.cent de sel, le reste de la ration étant composé du mais. La composition chimique approximative de ces diverses rations et de Guatemala grass est montrée dans le tableau 1. L'expérience a duré 3 mois, la dernière semaine étant réservé à la collecte des urines et fécès pour pouvoir estimer la digestibilité. Fourrage et concentré étaient pesées et servis tous les matins et les refus collectés tous les soirs et pesés le lendemain matin pendant toute la période de collecte. Les animaux étaient pesés à jeun 1 fois par semaine.

Tableau 1. Composition chimique de Guatemala grass et des différentes rations au Cameroon.

Aliment

Composition (p.cent)

Matière sèche

Matière organique

Cendres

Protéine brute

Cellulose brute

Extractif non azoté

Guatemala grass

92,64

93,44

6,56

15,81

30,92

44,48

Concentrés







A

86,65

97,67

2,33

9,08

2,18

84,18

B

85,26

96,63

3,37

11,28

2,50

80,22

C

86,68

97,72

2,37

13,13

2,13

77,22

D

84,14

97,19

2,89

15,59

3,48

74,31

E

84,84

96,70

3,30

23,20

7,00

61,03

Les urines et fécès étaient collectés le matin. Les urines étaient conservées avec 2 ml d'acide sulfurique concentré. La quantité d'urine produite par animal et par jour était mesurée et un échantillon de 10 p.cent retenu. A la fin de l'expérience, les échantillons de chaque animal étaient mélangés et gardés dans le réfrigérateur pour les analyses. La quantité de fécès par animal et par jour était placée dans une étuve de 65°C pendant 72 h jusqu'à l'obtention d'un poids constant. A la fin, les fécès de chaque animal étaient mélangés, écrasés, puis gardés dans un sachet en polyéthylène en attendant les analyses.

Les échantillons de fourrage, concentré et fécès étaient analysés pour les matière sèche, matière organique, protéine brute, cellulose brute, extrait éthéré, cendres et extractif non azoté (AOAC, 1970). Les échantillons d'urines n'étaient analysés que pour l'azote. L'analyse statistique était faite d'après Steel et Torrie (1960).

Résultats

La matière sèche ingérée a varié de 30,58 g/j/kg 0,75 (traitement E) à 54,22 g/j/kg 0'75 (traitement C) (tableau 2). Pour les traitements D et E. il résultait une diminution (P < 0,05) de la consommation de la matière sèche par rapport aux traitements A, B et C. La digestibilité de la matière sèche diminuait au fur et à mesure que le taux de graines d'hévéa augmentait dans la ration (P < 0,05) entre les traitements A et C, D et E. En dehors du traitement E. la digestibilité des protéines brutes décroissait avec l'augmentation du taux des graines d'hévéa. Les protéines brutes ingérées étaient les mêmes pour les traitements A, B et C mais décroissaient (P < 0,05) pour les traitements D et E.

Tableau 2. Ingestion et digestibilité des différents nutriments par les moutons Djallonké camerounais nourris avec des concentrés ayant divers taux de graines d'hévéa.

Facteurs¹)

Traitement

A

B

C

D

E

Matière sèche ingerée

53,84a

52,59a

54,22ab

37,56

30,58c

Digestibilité

77,91a

73,22ab

72,50b

60,95c

57,42d

Protéine brute ingérée

7,20a

7,19a

7,94a

5,92b

5,61b

Digestibilité

80,22a

79,10a

78,37a

74,96a

79,99a

Matière organique ingérée

51,05

49,86

51,55

35,81

28,93

Digestibilité

79,28a

74,15b

73,52b

69,90c

60, 52c

Cellulose brute ingérée

10,68

8,97

9,89

6,78

7,36

Digestibilité

62,25a

49,95ab

61,84a

24, 10c

38,39b

Extrait éthéré ingéré

1,44

1,46

1,63

0,99

0,88

Digestibilité

58,93ab

52,57bc

65,85a

43,98c

30,23d

Extractif non azoté ingéré

31,74

31,91

32,09

22,15

15,08

Digestibilité

83,04a

80,80ab

77,81b

72,28c

63,33d

Note: 1. La matière ingerée est exprimée en g/kg0,75/j et la digestibilité en p.cent.
Sur une même ligne, les moyennes affectées des différentes lettres diffèrent (P < 0,05).

La digestibilité de la matière organique dans la ration contrôle (A) était plus élevée (P < 0,05) que dans toutes les rations contenant les graines d'hévéa. Il y avait des différences (P < 0.05) de digestibilité de cellulose entre le traitement contrôle et les rations D et E. La digestibilité des extraits étherés variait entre les traitements, le traitement E étant inférieur (P < 0,05) à tous les autres. La digestibilité de l'extractif non azoté diminuait au fur et à mesure que le taux de graines d'hévéa augmentait.

Les animaux nourris aux concentrés contenant 30 p.cent et 50 p.cent de graines d'hévéa ont eu une perte de poids au cours de l'expérience de 26 g/j et de 51 g/j alors que ceux soumis aux rations de 10 p.cent et 20 p.cent de graines ont enregistré des gains de 17 g/j et de 10 g/j.

Discussions

La quantité de matière sèche ingérée dans les rations A, B et C est la même. Ceci indique une tolérance des animaux à ces différents taux de graines d'hévéa. La diminution de matière sèche ingérée, quand le taux de graines d'hévéa atteint 30 p.cent (D) et plus (E), peut être attribuée aux facteurs associés à l'hévéa. L'odeur de la farine des graines d'hévéa ou les facteurs intrinsèques de ce matériel tels que le niveau élevé de matière grasse ou d'acide hydrocyanique peuvent en être responsables. La baisse de la quantité des protéines brutes ingérées va de pair avec la diminution des quantités de concentrés consommées au fur et à mesure que le niveau de graines d'hévéa augmente dans la ration.

La tendance à la baisse de la digestibilité de la matière sèche peut être associée à la diminution de l'ingestion totale des protéines brutes. La digestibilité des protéines brutes reste élevée en dépit de la baisse des quantités consommées quand le taux de graines d'hévéa augmente. Elle est plus effective sur les petites quantités ingérées par rapport aux grandes, ce qui explique en partie les résultats obtenus. La faible digestibilité de la cellulose brute dans les rations D et E est probablement due à la faible ingestion des protéines par les animaux, ce qui pourrait entrainer une baisse de la population microbienne dans le rumen. Il est également possible que la présence d'acide hydrocyanique dans les rations ayant des taux élevés des graines d'hévéa puisse affecter la digestibilité de la cellulose. Ceci est valable pour la digestibilité des extraits éthérés et de l'extractif non azoté.

Les pertes de poids enregistrées pour les traitements D et E pendant toute la période expérimentale peuvent refléter quelques effets néfastes sur le métabolisme des animaux quand ils sont nourris avec des concentrés contenant des taux élevés de graines d'hévéa. Ceci a été rapporté par Tueho (1983) pour les porcs.

Conclusions

Ces résultats indiquent qu'il existe des différences significatives pour les quantités de matière sèche ingérée, la digestibilité et le gain de poids entre les moutons nourris avec des concentrés de 30 p.cent et 50 p.cent de graines d'hévéa et ceux nourris des taux moins élevés. A partir de ces résultats, les taux de 10 p.cent et 20 p.cent de graines d'hévéa dans l'alimentation des moutons Djallonké peuvent être recommandés.

Références

AOAC 1970. Official methods of analysis (11th edition). Association of Official Agricultural Chemists, Washington DC, USA.

Auld S J M. 1913. In: T Enderlin and P le Bras (eds.), (1937). Production et utilisation de tourteau d'hévéa. Institut Français de Caoutchouc, Paris, France.

Blackman V H. 1913. In: T Enderlin and P le Bras (eds.), (1937). Production et utilisation de tourteaux d'hévéa. Institut Français de Caoutchouc, Paris, France.

Eaton B J. 1919. Commercial possibilities of pare rubber seed oil. Agricultural Bulletin 7: 7378.

George C D V, Greenstreet V R et Teik Guson Lay 1932. Storage of rubber seeds. Malaysian Agricultural Journal 20: 164-176.

Linear E I. 1975. Problems with endogenous toxic factors in oil seed residues. College of Biological Sciences, University of Minnesota, Minneapolis-St Paul, USA.

Mane J H. 1972. Cassava in swine feeding. In: Proceedings of the first Latin American swine seminar. Centro Internacional de Agricultura Tropical, Cali, Columbia.

Steel R G D et Torrie J H. 1960. Principles and procedures of statistics - a biometrical approach. McGraw Hill Book Company, London, UK.

Stosic D D et Kaykay J M. 1981. Rubber seeds as animal feed in Liberia. World Animal Review 39: 29-39.

Tueho D. 1983. The effect of substituting cotton seed cake with milled hevea in the ration of exotic pigs. Final year Memoire. Department of Animal Science, National Advanced School of Agriculture, Yaounde, Cameroon.

Bélier Djallonké au Cameroun


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