D. Bouchel, N.C. Bodji et B.J. Kouao
Institut des savanes (IDESSA)
Département Elevage
B.P. 1152, Bouaké (Côte d'Ivoire)
RESUME
L'intérêt de la complémentation d'une ration de base de qualité médiocre par Albizia zygia pour des ovins Djallonké en croissance a été testé dans un essai d'alimentation en deux phases de 90 jours chacune. Les animaux avaient été divisés en quatre lots. Au cours de la phase I, tous avaient reçu du foin de Brachiaria ruziziensis offert ad libitum et 100 g de mélasse de canne par jour. Les lots 2, 3 et 4 avaient reçu en complément respectivement 200 et 400 g de tourteau de coton et 800 g de feuilles d'A. zygia par jour. Au cours de la phase II tous les animaux avaient été nourris sur pâturage artificiel avec 400 g de tourteau de coton par jour. Au cours de la phase I, les gains moyens quotidiens (GMQ) étaient de 0, 93, 113 et 31 g/j respectivement pour les lots 1, 2,3 et 4. L'indice de consommation était de 7,4, 6,9 et 21,3 kg de MS/kg de croît pour les lots 2, 3 et 4. Au cours de la phase II, les GMQ s'établissaient à 54, 40, 45 et 63 g pour les lots 1, 2, 3 et 4 et n'étaient pas significativement différents. Sur l'ensemble des deux périodes, les GMQ étaient de 27, 67, 80 et 48 g respectivement. L'étude de carcasse effectuée à l'issue des deux phases fait ressortir un effet de croissance compensatrice sur le poids de la carcasse et le rendement carcasse. Quant à l'étude économique, elle montre que la complémentation se justifiait, même dans l'hypothèse d'un coût maximum pour A. zygia.
ABSTRACT
Effect of supplementing a poor quality base diet with Albizia zygia on feeding behaviour and growth in Djallonké sheep
The effect of Albizia zygia as a supplement to a low quality feed was tested on growing Djallonké lambs during two feeding periods of 90 days each The lambs were divided into four groups. During Phase I, a base ration of Brachiaria ruziziensis hay was fed ad libitum to all animals with 100 g/day of cane molasses. In addition, group 2, 3 and 4 were supplemented with a daily ration of respectively, 200 and 400 g of cottonseed cake and 800 g of Albizia zygia During Phase II, all animals were put on grown pasture and received 400 g of cottonseed cake daily. During Phase I, average daily weight gains were 0,93, 113 and 31 g for groups 1, 2, 3 and 4, respectively, while feed intakes were 7.4, 6.9 and 21.3 kg dry matter/kg of weight increase for groups 2, 3 and 4, respectively. There was no significant difference in weight gates during Phase II with rates of 54, 40, 45 and 63 g/day for groups 1, 2, 3 and 4, respectively. Over both periods, the average daily gains were 27, 67, 80 and 48 g for groups 1, 2, 3 and 4, respectively. Carcass evaluation at the end of the two phases showed an effect of compensatory growth on carcass weight and yield Feeding supplements to growing Djallonké lambs was shown to be economically justified even at a the maximum cost of Albizia zygia.
INTRODUCTION
En Côte d'Ivoire, les ligneux interviennent largement dans l'alimentation des troupeaux en élevage traditionnel et sont même commercialisés sur les marchés bétail (ovins, caprins) toute l'année dans les grands centres urbains (Bodji et N'Guessan, 1989). Parmi ceux-ci, citons Albizia zygia, une légumineuse très appétée et disponible toute l'année sur une grande partie du territoire. L analyse bromatologique indique que cette espèce possède une bonne valeur nutritive (0,50 UF/kg de MS et 136 g de MAD/kg de MS) (Bodji, 1989), raison pour laquelle elle a été choisie pour cet essai d'alimentation. Celui-ci visait à:
· effectuer une étude comparative du comportement alimentaire et pondéral des ovins Djallonké recevant une ration de base de qualité médiocre (foin de Brachiaria) complémentée avec du fourrage d'Albizia zygia ou du tourteau de coton;· étudier le phénomène de la croissance compensatrice sur les animaux soumis à différents régimes alimentaires; et
· mesurer les effets de la complémentation et de la croissance compensatrice sur le rendement carcasse.
MATERIELS ET METHODES
L'essai s'est déroulé à la station du département Elevage de l'Institut des savanes (IDESSA) à Bouaké (Côte d'Ivoire) en deux phases de 90 jours chacune.
Il a été réalisé sur un total de 44 sevrons de race Djallonké, provenant d'un même lot d'agneaux nés à la ferme de l'IDESSA du Foro Foro. Ceux-ci ont été transportés sur la station pour les besoins de l'essai et ont été répartis en quatre lots. Un animal est mort au cours de la période d'adaptation.
L'âge moyen des sevrons au début de l'essai était de 110 jours. Les à la naissance et les GMQ de la naissance au premier jour de l'essai étaient homogènes.
En début d'essai, divers traitements ont été administrés à titre prophylactique.
Il s'agissait d'un traitement anticoccidien, d'un traitement antibiotique et d'un traitement anthelminthique. Tous les animaux disposaient d'eau et de minéraux (pierre à lécher) à volonté.
Phase I
Les ovins sont parqués en permanence dans des loges de 13 m sur 7 sur aire bétonnée avec abri. La période d'adaptation a duré huit jours. Au cours de cette phase, chaque lot recevait sa ration expérimentale (tableau 1).
Tableau 1. Composition des rations journalières (g/j/animal) par lot
|
|
Lot 1 |
Lot 2 |
Lot 3 |
Lot 4 |
|
Effectif initial |
11 |
11 |
11 |
10 |
|
Foin |
ad libitum |
ad libitum |
ad libitum |
ad libitum |
|
Mélasse (g) |
100 |
100 |
100 |
100 |
|
Tourteau de coton (g) |
- |
200 |
400 |
- |
|
Albizia zygia (feuilles) (g) |
- |
- |
- |
800 |
On trouvera au tableau 2 la composition chimique, les valeurs nutritives moyennes des composantes de la ration et les résultats des tests de digestibilité d'Albizia zygia in vivo.
Phase II
Les animaux étaient menés de jour au pâturage, lequel était constitué de cultures fourragères de Panicum maximum C1 ou T58, ou de Brachiaria ruziziensis, selon les disponibilités. Ils étaient reconduits au parc le soir, où ils recevaient 400 g de tourteau de coton.
Contrôle et détermination des données zootechniques
Le poids des animaux était contrôlé régulièrement par une triple pesée effectuée à 24 heures d'intervalle en début et en fin d'essai et tous les 15 jours au cours de l'essai.
Tableau 2. Composition chimique et valeurs nutritives moyennes des composantes des rations
|
|
Foin |
Mélasse |
Tourteau de coton |
Albizia zygia |
|
MS (%) |
90 |
73,6 |
91,88 |
35,6 |
|
Cendres |
8,60 |
12,77 |
7,35 |
4,08 |
|
MAT |
5,48 |
4,76 |
45,16 |
21,84 |
|
CB |
37,13 |
- |
13,40 |
35,45 |
|
ENA (% de MS) |
- |
82,20 |
32,47 |
37,50 |
|
MG |
- |
- |
1,64 |
1,53 |
|
Ca |
0,38 |
1,22 |
0,21 |
0,45 |
|
P |
0,19 |
0,07 |
1,28 |
0,15 |
|
Mg |
0,21 |
- |
0,66 |
0,21 |
|
K |
1,45 |
3,94 |
1,65 |
0,93 |
|
Si (insoluble chlorhydrique) |
- |
- |
- |
0,03 |
|
dMO (%) |
53,1a |
- |
- |
49 5a |
|
MAD (g/kg de MS) |
23a |
33 |
370 |
105a |
|
UFL (kg de MS) |
0,56a |
0,95 |
0,87 |
0,54a |
a D'après Kouao (1988)
Les quantités d'aliments offertes et refusées étaient mesurées quotidiennement. Le taux de matière sèche était déterminé toutes les deux semaines pour les aliments offerts.
Les quantités de matière fraîche d'Albizia zygia offertes étaient constantes tout au long de l'essai, soit 12 kg en bottes, de manière à faire consommer environ 800 g de feuilles par animal et par jour. Les différences de consommation étaient dues aux variations du rapport feuilles/branches dans les bottes, les feuilles ayant toujours été consommées en totalité.
Une étude du rendement vrai des carcasses a été effectuée à la fin de chaque phase. 3 et 6 animaux ont été abattus par lot respectivement pour les phases I et II. Pour les deux phases, les animaux n'ont pu être tous abattus le même jour, ce qui signifie que la période de jeûne avant l'abattage n'était pas la même pour tous.
Le coût de la complémentation a été évalué. Pour les fourrages ligneux, 20 à 30 bottes ont été pesées chaque jour pendant 9 jours, sur les marchés à bestiaux de Bouaké. En tenant compte des prix pratiqués, une approche économique a pu être élaborée.
Les données rassemblées ont été soumises à une analyse de variance et les moyennes des traitements comparées à l'aide du test de Newman-Keuls.
RESULTATS
Consommation
Phase I
L'adaptation aux régimes alimentaires a été très rapide, sans aucun signe de pathologie digestive ni diminution d'appétit. Les consommations de foin de Brachiaria ruziziensis étaient très quel que soit le lot considéré (tableau 3). Albizia zygia était très appété. Les taux de matière sèche (MS) étant variables, les chiffres de consommation présentés au tableau 3 n'ont qu'une valeur indicative. L'ingestion moyenne d'Albizia zygia au cours de la première phase était de 2,0 kg de MS/100 kg de PV ou 39,1 g de MS/P0,75.
La mélasse et le tourteau de coton étaient toujours consommés en totalité.
On trouvera au tableau 3 les chiffres de consommation moyenne par animal et par jour en MS, en UFL (unités fourragères lait) et en MAD (matières azotées digestibles).
Tableau 3. Consommation (± écart type) de MF (foin et ligneux), MS, UF et MAD par animal et par jour
|
|
Lot 1 |
Lot 2 |
Lot 3 |
Lot 4 |
Seuil de signification |
|
MF foin (g/j) |
337,18 ± 120,30 |
461,26 ± 117,52 |
373,29 ± 135,11 |
336,71 ± 115,88 |
1% |
|
MS foin (g/j) |
303,47 ± 108,3 |
415,14 ± 105,77 |
335,96 ± 121,60 |
303,04 ± 104,29 |
1% |
|
MF ligneux (g/j) |
- |
- |
- |
802,07 ± 90,09 |
- |
|
MS totale (g/j) |
379 ± 109 |
692 ± 107 |
781 ± 125 |
661 ± 108 |
1% |
|
UFL totales |
0,24 ± 0,06 |
0,46 ± 0,06 |
0,57 ± 0,07 |
0,40 ± 0,06 |
1% |
|
MAD totales (g/j) |
9,38 ± 2,60 |
79,95 ± 2,50 |
146,16 ± 2,85 |
39,23 ± 3,95 |
1% |
|
MAD/UF |
39 |
173 |
256 |
98 |
- |
Les indices de consommation (IC) en UFL/kg de gain de poids vif et en kilo de MS par kilo de gain de poids vif sont présentés au tableau 4. L'IC du lot 1 n'a aucune signification zootechnique étant donné que la croissance des animaux de ce lot était quasiment nulle au cours de cette période.
Phase II
La consommation au pâturage n'a pas été mesurée. Le tourteau de coton (400 g/tête/j) était consommé en totalité par tous les animaux, y compris ceux des lots 1 et 4. L'adaptation au nouveau régime alimentaire s'est faite au bout de trois jours sans le moindre accident digestif.
Tableau 4. Indices de consommation relatifs 4 la phase
|
|
UFL/j |
GMQ (kg) |
IC kg de MS/kg de croit |
IC UFL/kg de croit |
|
Lot 1 |
0,24 |
0,00001 |
37 900 |
24 000 |
|
Lot 2 |
0,46 |
0,093 |
7,44 |
4,95 |
|
Lot 3 |
0,57 |
0,113 |
6,91 |
5,04 |
|
Lot 4 |
0,40 |
0,030 |
21,32 |
12,90 |
Evolution du poids
Les chiffres de gains moyens de poids vif (kg), de GMQ (g/j) et de gains moyens quotidiens par quinzaine sont présentés aux tableaux 5 et 6 pour les deux phases. Le ralentissement de la croissance entre les 135e et 165e jours correspond à une période où les pâturages disponibles étaient de qualité médiocre en raison d'un temps de repos insuffisant. Qui plus est, cette période a été marquée par une rupture de stock de tourteau de coton de plus de 15 jours.
Tableau 5. Performances pondérales comparées (± écart type) des deux phases
|
|
Lot 1 |
Lot 2 |
Lot 3 |
Lot 4 |
Seuil de signification |
|
Phase I | |||||
|
Effectifs à la fin de la phase I |
9 |
11 |
11 |
10 |
|
|
Poids initial |
11,87 ± 2,08 |
12,67 ± 1,95 |
12,05 ± 1,83 |
12,75 ± 2,54 |
n.s. |
|
Poids vif final (kg) |
12,37 ± 2,30 |
21,03 ± 2,59 |
22,19 ± 19 |
15,49 ± 2,90 |
P<0,001 |
|
GMQ moyen (g/j) |
6 ± 9 |
93 ± 12 |
113 ± 16 |
31 ± 8 |
P<0,001 |
|
Gain moyen de |
0,01 ± 0,77 |
8,36 ± 1,04 |
10,14 ± 1,40 |
2,75 ± 0,75 |
P<0,001 |
|
Phase II | |||||
|
Effectifs à la fin de la phase II |
6 |
8 |
7 |
7 |
|
|
Poids vif initial |
12,37± 2,30 |
21,03 ± 2,59 |
22,19 ± 2,92 |
15,4 ± 2,90 |
P<0,001 |
|
Poids vif final (kg) |
17,11 ± 2,71 |
24,57 ± 2,36 |
26,01 ± 3,48 |
21,27 ± 3,48 |
P<0,001 |
|
GMQ moyen (g/j) |
54 ± 24 |
40 ± 21 |
45 ± 13 |
63 ± 18 |
n.s. |
|
Gain moyen de PV (kg) |
4,82 ± 2,16 |
3,60 ± 1,90 |
4,06 ± 1,16 |
5,70 ± 1,66 |
n.s. |
Tableau 6. Gain quotidien moyen (g/j) par quinzaine au cours des deux phases
|
Quinzaine |
Lot 1 |
Lot 2 |
Lot 3 |
Lot 4 |
|
1 |
-27 ± 25 |
122 ± 19 |
138 ± 32 |
10 ± 19 |
|
2 |
0 ± 28 |
77 ± 22 |
125 ± 31 |
47 ± 14 |
|
3 |
-5 ± 32 |
177 ± 20 |
107 ± 25 |
18 ± 14 |
|
4 |
3 ± 20 |
75 ± 23 |
110 ± 43 |
12 ± 22 |
|
5 |
7 ± 18 |
67 ± 37 |
84 ± 45 |
44 ± 38 |
|
6 |
13 ± 30 |
98 ± 40 |
107 ± 36 |
47 ± 37 |
|
7 |
28 ± 42 |
16 ± 40 |
25 ± 11 |
11 ± 35 |
|
8 |
60 ± 57 |
49 ± 31 |
4 ± 54 |
74 ± 11 |
|
9 |
117 ± 54 |
71 ± 43 |
106 ± 22 |
102 ± 32 |
|
10 |
22 ± 49 |
32 ± 43 |
41 ± 47 |
6 174 |
|
11 |
-5 ± 34 |
-9 ± 90 |
28 ± 51 |
20 ± 49 |
|
12 |
75 ± 38 |
75 ± 58 |
60 ± 82 |
101 ± 39 |
Etude des carcasses
Le rendement par rapport au poids vif n'est donné ici qu'à titre indicatif compte tenu des conditions d'abattage signalées plus haut. Cela n'affecte en rien les résultats relatifs au rendement vrai, exprimé par rapport au poids vif vide (tableau 7).
Après abattage, on a noté la présence d'un liquide clair abondant dans le péritoine chez deux animaux du lot 1, trois du lot 4 et un dans chacun des lots 2 et 3. Aucune lésion macroscopiquement visible n'a été observée sur les organes internes. Chez trois animaux des lots 1 et 4 et un animal du lot 3, on a noté la présence d'un liquide clair péritonéal ou pleural, avec des lésions localisées et anciennes de pneumonie pour deux animaux du lot 1 et celui du lot 3.
Coût de la complémentation
Prix des compléments
Il ressort d'une enquête effectuée sur le marché des petits ruminants de Bouaké que les bottes de ligneux étaient vendues à 50 FCFA l'après-midi, et les invendus conservés jusqu'au lendemain matin où, la demande étant forte, ils étaient vendus à 100 FCFA. La "fraîcheur" du produit ne semble donc pas essentielle. Au cours de la saison sèche, les prix restent les mêmes. Certains ligneux (Albizia zygia, Pterocarpus erinaceus), plus appétés par les ovins et caprins, étaient plus appréciés par les acheteurs mais cela ne semblait avoir aucune incidence sur les prix. Quelle que soit l'espèce botanique, le poids moyen des bottes était très variable, allant de 1,2 à 3,6 kg. Sur la base du coût de 50 FCFA par botte, le coût de la complémentation quotidienne par animal au cours de cet essai était donc de 18,4 FCFA. Il s'agit de l'hypothèse d'un coût maximum, car en élevage en milieu paysan, le prix du complément est égal à celui de la main-d'oeuvre. A raison de 640 FCFA par jour pour un ouvrier journalier, le prix de la complémentation est inférieur à 18,4 FCFA au delà de 35 animaux, en admettant qu'un ouvrier soit embauché spécialement pour ce travail.
Tableau 7. Résultats des deux premiers abattages (± écart type)
|
|
Lot 1 |
Lot 2 |
Lot 3 |
Lot 4 |
Seuil de signification | |
|
1er abattage | ||||||
|
|
Poids vif avant |
11,53 ± 0,91 |
20,03 ± 1,27 |
21,43 ± 4,01 |
14,4 ± 71,50 |
P<0,001 |
|
|
PV vide (kg) |
7,93 ± 0,99 |
15,4 ± 1,78 |
17,23 ± 2,57 |
10,0 ± 01,67 |
P<0,001 |
|
|
Carcasse chaude (kg) |
3,93 ± 0,46 |
8,03 ± 0,81 |
9,50 ± 1,45 |
5,03 ± 0,93 |
P<0,001 |
|
|
Rendement carcasse |
34,03 ± 1,50 |
40,05 ± 1,79 |
44,56 ± 2,26 |
34,62 ± 3,32 |
P<0,001 |
|
|
Rendement vrai (%) |
49,6 ± 10,67 |
52,2 ± 1,12 |
55,13 ± 1,33 |
50,22 ± 1,35 |
n.s. |
|
|
Gras (g) |
82 ± 32 |
167 ± 58 |
267 ± 153 |
133 ± 58 |
n.s. |
|
|
Gras en % du poids |
2,03 ± 0,61 |
2,08 ± 0,75 |
3,01 ± 2,04 |
2,67 ± 1,03 |
n.s. |
|
2e abattage | ||||||
|
|
Poids vif avant abattage (kg) |
16,95 ± 3,27 |
24,63 ± 3,13 |
25,51 ± 4,07 |
20,43 ± 3,52 |
P<0,01 |
|
|
PV vide (kg) |
13,34 ± 2,24 |
19,72 ± 2,50 |
21,05 ± 3,12 |
16,68 ± 3,18 |
P<0,01 |
|
|
Carcasse chaude (kg) |
6,78 ± 1,19 |
10,35 ± 1,49 |
11,05 ± 1,81 |
8,59 ± 1,94 |
P<0,01 |
|
|
Rendement carcasse |
40,19 ± 1,60 |
42,00 ± 2,04 |
43,33 ± 1,82 |
41,7 ± 2,65 |
n.s. |
|
|
Rendement vrai (%) |
50,82 ± 1,32 |
52,48 ± 0,93 |
52,39 ± 1,23 |
51,28 ± 2,76 |
n.s. |
|
|
Gras (g) |
67 ± 28 |
158 ± 46 |
245 ± 104 |
101 ± 45 |
P<0,001 |
|
|
Gras en % du poids |
0,89 ± 0,38 |
1,53 ± 0,39 |
2,18 ± 0,83 |
1,13 ± 0,36 |
P<0,01 |
Avec un prix départ usine du tourteau de coton de 30 FCFA/kg, le coût de la complémentation pour les lots 2 et 3 était donc de 6,2 FCFA et 12,4 FCFA par jour respectivement, transport non compris.
Coût de la complémentation par kilo de gain de poids vif
Ces résultats ne sont que des indications de l'intérêt de la complémentation par rapport au prix du kilo de poids vif (PV). Le tableau 8 donne le coût moyen pour chaque type de complément par kilo de poids vif. Le prix moyen de vente des animaux sur pied étant de 800 FCFA par kilo de PV, la complémentation dans les conditions de l'essai est toujours intéressante même si les performances sont médiocres (lot 4), surtout si l'on sait que la croissance était nulle chez des animaux du lot témoin, qui ne bénéficiaient d'aucune complémentation.
Tableau 8. Coût en FCFA de la complémentation par kilo gain de PV pour la phase I
|
Lot |
Gain moyen de PV (kg) |
Coût de la complémentation par animal (b) |
Coût par kg de gain de PV |
Gain total dû au croît (a) |
X = a - b |
|
1 |
- |
- |
- |
- |
- |
|
2 |
8,36 |
558 |
66,75 |
6 688 |
6 130 |
|
3 |
10,14 |
1 116 |
110,06 |
8 112 |
6 996 |
|
4 |
2,75 |
1 665 |
605,45 |
2 200 |
535 |
En ce qui concerne la consommation de tourteau, on constate que le lot 3 consommait 200 g de plus, soit une dépense supplémentaire de 6,2 FCFA par jour, pour un GMQ plus élevé de 20 g soit un gain de 16 FCFA par jour. Les 200 g supplémentaires, bien valorisés par l'animal, sont donc économiquement justifiés.
Le tableau 9 donne pour chaque lot le coût moyen de l'aliment complémentaire par kilo de gain de poids vif pour la totalité de l'essai ainsi que le gain dû au croît, diminué du prix du complément (Y).
Tableau 9. Coût en FCFA de la complémentation par kilo de gain de PV pour les deux phases
|
Lot |
Coût de la complémentation |
Coût par kg de gain de PV |
Gain total dû au croît (a) |
Y = a - b |
|||
|
Gain moyen de PV (kg) |
Pour la phase I |
Pour la phase II (b) |
Pour les phases I et II |
||||
|
1 |
4,82 |
0 |
1 116 |
1 116 |
231,54 |
3 859 |
2 740 |
|
2 |
12,07 |
558 |
1 116 |
1 674 |
138,69 |
9 656 |
7 982 |
|
3 |
14,33 |
1 116 |
1 116 |
2 232 |
155,76 |
11 464 |
9 232 |
|
4 |
8,56 |
1 665 |
1 116 |
2 781 |
324,88 |
6 848 |
4 067 |
Le tableau 10 donne le coût supplémentaire de l'aliment complémentaire et le gain supplémentaire par jour dû à la différence de croît entre les lots sur l'ensemble de l'essai. En ce qui concerne la phase I, la complémentation était toujours économiquement justifiée; la complémentation avec 400 g de tourteau en lieu et place de 200 g était également justifiée.
Une comparaison des tableaux 8 et 9 révèle que le gain dû au croît diminué du prix de l'aliment complémentaire obtenu grâce à la phase de croissance compensatrice (Y-X) est maximum pour le lot 4, même dans l'hypothèse du coût maximum de l'aliment complémentaire au cours de la première phase.
Tableau 10. Coût de la complémentation et bénéfice supplémentaire (FCFA/j) dû à la différence de croit entre les lots sur l'ensemble de l'essai
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Lot |
Coût du complément |
Gain supplémentaire dû à la différence de croit |
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1 |
- |
- |
|
2 |
3,1 |
32 |
|
3 |
6,12 |
46,7 |
|
4 |
9,25 |
16,8 |
DISCUSSIONS
Consommation
Les résultats de l'analyse de variance montrent que la consommation de MS de Brachiaria ruziziensis variait significativement (P<0,001) en fonction du lot et de la période.
Les consommations moyennes étaient significativement différentes pour l'ensemble des lots (P<0,01). Les moyennes des lots 2 et 4 n'étaient pas significativement différentes. Il n'y avait pas de différence entre les périodes. Ces consommations étaient plus élevées, excepté pour le lot 1, que les chiffres de 3,12 à 3,73 kg de MS/100 kg de PV obtenus par Richard et al. (1985) au cours de plusieurs essais d'alimentation avec des ovins Djallonké dont la ration était complémentée. Berger (1979a) rapporte une consommation moyenne de 5 kg de MS/100 kg de PV dans un essai d'alimentation où du foin de Brachiaria était distribué en quantité limitée (350 g) avec un concentré ad libitum à base de mélasse, de farine de riz et de tourteau de coton. Il a obtenu, avec cette ration, un GMQ de 87 g après 90 jours d'essai.
Berger (1979a) a noté des indices de consommation (IC) de 12,4 à 23,3 kg de MS/kg de croît et de 7,4 à 12,7 UF/kg de croît. Quant à Richard et al. (1985), ils ont rapporté des IC de 9,5 à 11,4 kg de MS/kg de croît.
La transformation de la matière sèche s'opérait bien dans les lots 2 et 3; en revanche, les performances du lot 4 étaient médiocres, ce qui indique qu'Albizia zygia ne peut être considéré comme un complément intéressant pour la production de viande.
Evolution du poids
Les différences entre les taux de croissance obtenus au cours de la phase I étaient toutes significatives (P<0,001).
La croissance était pratiquement nulle chez les animaux du lot témoin, ce qui montre que cette ration doit être évitée pour les périodes critiques sur le plan alimentaire.
Les GMQ des lots 2 et 3 étaient acceptables car comparables à ceux rapportés par certains auteurs chez des moutons Djallonké recevant une complémentation après sevrage; ces chiffres allaient de 65 à 110 g/j (Charray et N'Dri, 1981; Charray, 1984; Vallerand et Branckaert, 1975; Rombaut, 1980; Bassewitz et al., 1988; Richard et al., 1985; Berger, 1979b).
Le GMQ du lot 4 était de 31 g. chiffre médiocre, qui correspondrait néanmoins à une croissance moyenne en milieu villageois avec une alimentation non complémentée (Rombaut cité par Vallerand, 1979). La complémentation avec Albizia zygia avait donc permis d'obtenir une croissance modérée chez des ovins nourris avec un aliment de qualité médiocre. Sesbania sesban utilisé comme complément de la paille de tef (Eragrostis tef) a entraîné chez des ovins un GMQ de 48 g (CIPEA, 1986). Ademosun et al. (1985) ont obtenu un GMQ de 35 g pour une ration de base de Gliricidia et de Leucaena. Quant à Smith et van Houtert (1987), ils ont rapporté un GMQ de 40,2 g avec des animaux qui recevaient du Gliricidia et du Leucaena.
Au cours de la phase II les lots 2 et 3 avaient présenté les croissances les plus faibles tandis que le lot 4 présentait les meilleures performances. Cependant, il n'y avait pas de différence significative entre les lots (P>0,05). On remarque également que le lot 1 était le moins homogène avec ses variations individuelles extrêmement importantes. Il semble qu'il n'y ait pas eu de croissance compensatrice.
Sur l'ensemble des deux phases, la différence entre les lots était très significative (P<0,001) (tableau 11). Les performances du lot 1, malgré la deuxième phase, étaient demeurées très médiocres. Celles du lot 4 étaient modestes mais le gain total de poids vif était presque double de celui du lot 1.
Tableau 11. Croissance et gain de poids vif pour les phases I et II
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Lot 1 |
Lot 2 |
Lot 3 |
Lot 4 |
Seuil de signification |
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GMQ (g/j) |
27 ± 11 |
67 ± 9 |
80 ± 11 |
48 ± 11 |
P<0,001 |
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Gain total de PV (kg) |
4,82 ± 1,92 |
12,07 ± 1,64 |
14,33 ± 1,93 |
8,56 ± 1,94 |
P<0,001 |
Etude des carcasses
Les poids vifs vides et les poids de carcasse étaient significativement différents pour les deux abattages à P<0,001 et P<0,01 respectivement. A l'issue de la phase II il y avait une différence significative entre les lots 2 et 4 pour ces paramètres au premier abattage mais pas au deuxième. L'effet de la croissance compensatrice se retrouve donc au niveau de la production de viande.
Les rendements vrais étaient significativement différents au premier abattage (P<0,01) et seul le lot 3 avait un bon rendement (55,1%). Ginisty (1976) rapporte un rendement vrai moyen de 54% pour un poids vif moyen de 16,75 kg; Richard et al. (1985) donnent des rendements vrais de 53,75 à 56,6% pour des ovins de poids vif vide compris entre 25 et 30 kg. Alors que les poids vifs vides étaient toujours significativement différents (P<0,001), il n'y avait pas de différence significative entre les lots pour le deuxième abattage: la phase de croissance compensatrice influençait donc la conformation des carcasses.
Les quantités de gras (en grammes par carcasse ou en % du poids de carcasse) n'étaient pas significativement différentes au premier abattage. On peut donc penser que du point de vue nutritionnel, la phase I se caractérisait par des apports permettant au mieux une bonne croissance, suffisante toutefois pour permettre un bon engraissement. Pour le deuxième abattage en revanche, la différence entre les états d'engraissement était significative (P<0,001) (gras en % du poids de carcasse). On constate que plus le poids moyen au début de la phase II était élevé, plus la quantité de gras était importante, ce qui correspond à une augmentation des dépenses énergétiques par kilo de croît. La phase II, qui correspondait donc uniquement à une croissance compensatrice pour les lots 1 et 4, serait une phase de croissance - engraissement - ou de finition pour les lots 2 et 3.
Le poids de gras augmentait surtout à partir de 18,20 kg de poids vif vide, ce qui correspondait à un poids vif de 23 à 25 kg. C'est donc à partir de ce poids vif moyen que la transformation devenait moins efficace et que l'augmentation du poids vif nécessitait une quantité d'énergie de plus en plus importante. Pour Richard et al., (1985), le poids vif n'est pas lié au rendement vrai (à un poids moyen de 27,75 à 29,25 kg). Il existait ici une liaison hautement significative pour les deux abattages (r = 0,803 et 0,620, respectivement pour le premier et le second abattage), ce qui signifie que l'alimentation avait un effet favorable tant sur le poids vif que sur la conformation. Le gain de poids vif tait donc associé à l'augmentation du rendement de carcasse.
Coût de la complémentation
Berger (1979b) et Ettien (1983), après des essais d'alimentation de 97 et 120 jours respectivement rapportent pour le coût de divers concentrés pour 1 kg de gain de poids vif des valeurs très variables, allant de 71 à 84 FCFA/kg pour le premier et de 69 à 130 FCFA pour le second. Alors que le coût de la complémentation par Albizia zygia était beaucoup plus élevé dans l'hypothèse du coût maximum, le tourteau de coton avait permis d'obtenir un coût moyen, malgré la qualité médiocre de la ration de base.
Justifiée du point de vue zootechnique, la complémentation par Albizia zygia durant une période critique du point de vue alimentaire l'était également sur le plan économique car elle se traduisait par une croissance compensatrice.
CONCLUSION
La complémentation avec Albizia zygia au cours de la phase I a permis aux animaux de conserver un état physiologique suffisamment satisfaisant pour mettre à profit une période plus favorable et enregistrer une bonne croissance compensatrice. La différence avec le lot témoin est significative sur l'ensemble des deux phases.
La complémentation avec du tourteau de coton à raison de 200 ou 400 g par jour permettait d'améliorer nettement les performances.
L'étude des carcasses effectuée à la fin de chaque phase de l'essai a fait ressortir un certain effet de la croissance compensatrice sur les poids des carcasses et surtout sur les rendements vrais.
Bien qu'Albizia zygia n'ait qu'une valeur nutritive moyenne, ce ligneux était très bien consommé. Le coût de la complémentation par kilo de croît montre que la complémentation est justifiée du point de vue économique, même dans le cas d'un coût maximum avec Albizia zygia. La complémentation avec ce ligneux a surtout permis d'atteindre le poids minimum de commercialisation de 20 kg de poids vif au cours de la phase II, ce qui n'a pas été possible avec le lot témoin.
BIBLIOGRAPHIE
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