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Article du Directeur –général de la FAO, José Graziano da Silva

Contre la faim
Publié par Correio Braziliense, 23 mai 2013

Une décennie de mise en œuvre du Programme d’Acquisition d’Aliments au Brésil (PAA) a consolidé un outil dans la lutte contre la faim au Brésil. Ce programme est également devenu un ambassadeur du Brésil à la coopération internationale pour la sécurité alimentaire. Le succès de ce programme, qui consacre désormais plus de 1 milliard de dollars pour l’achat de produits issus de 400.000 familles de petits agriculteurs, est basé sur une série de facteurs qui faisaient partie de la conception originale de la stratégie Faim Zéro.

Le premier d’entre eux provient d’une idée d’un grand dynamisme: exploiter la puissance d’achat de l’État pour le maillon le plus faible dans la chaîne rurale, les agriculteurs familiaux et les agriculteurs de subsistance.

La seconde est la liaison du PAA, coordonné par le Ministère du Développement Social et de la Lutte contre la Faim, avec les autres politiques nationales dans le cadre de la stratégie Faim Zéro. Cette garantie de ressources pour l’exécution du PAA l’a doté d’un cadre institutionnel complémentaire et a donné cohérence et légitimité a l’initiative.

Le troisième facteur est d’avoir remis sur pied et élargi le réseau de la Compagnie Nationale d’Approvisionnement (Conab) pour assurer le bon fonctionnement des achats du producteur. Le quatrième est d’avoir reconnu que la capillarité diffuse de la production dans un pays aux dimensions continentales rendrait impossible la mise en œuvre de cette politique si elle n’était pas fondée sur des partenariats solides avec les Etats et les municipalités brésiliennes. Il y’avait un double intérêt de leur part de participer: soutenir les petits producteurs locaux et canaliser l’offre de programmes de services de la municipalité telle que l’alimentation scolaire, qui achète aujourd’hui 30% de ses produits dans l’agriculture locale.

De telles initiatives, avec le levier du crédit pour les petits exploitants, ont été déclenchées par le Ministère du Développement Agraire pour assurer la réaction de l’offre appropriée.

Ce qui a été fait pendant ces 10 ans, donc, ne relève pas du hasard mais plutôt d’une planification publique dans un domaine vital comme la sécurité alimentaire, cette planification historique a permis l’interconnexion de l’ensemble des actions et des parties prenantes. 

Le succès du PAA du point de vue de la sécurité alimentaire et la nutrition, du renforcement de l’agriculture familiale, de l’amélioration des revenus des agriculteurs et l’assurance d’une meilleure et plus diversifiée production locale, a dépassé les frontières du Brésil. L’Éthiopie, le Malawi, le Mozambique, le Niger et le Sénégal mettent en ouvre des projets pilotes inspirés par le PAA – appelé Achats des Africains pour l’Afrique – avec l’appui du gouvernement du Brésil, l’Organisation pour l’agriculture et l’alimentation des Nations Unies (FAO), le Programme Alimentaire Mondial (PAM) et le Département pour le Développement International du Royaume-Uni (DFID).

Soutenir la mise en œuvre de programmes tels que le PAA, qui permettent de renforcer les institutions de coordination et qui contribuent à résoudre le problème de la faim d’une manière plus globale et coordonnée, a été un des engagements que j’ai pris pendant ma campagne pour être Directeur-Général de la FAO.

D’autres éléments importants qui ont été ajoutées à la mise en forme originale du programme brésilien ont ouvert le dialogue entre la FAO et les pays en développement.

L’association du programme avec l’alimentation scolaire est l’un d’entre eux.

Ce lien est devenu une sorte d’œuf de Colomb, très répandu en Amérique Latine et dans les Caraïbes. Dans les sociétés où la pauvreté rurale est un facteur souvent lié à l’absence d’un marché pour l’agriculture familiale et où la malnutrition de l’enfant est très importante, la mise en œuvre du PAA est une solution adéquate et adaptée. Cela fait une réelle différence, et la différence apparaît dans un court laps de temps.

Le PAA a également contribué à changer le mode d’opérer avec lequel le PAM – Programme Alimentaire Mondial – répond aux urgences. Le modèle précédent combine les achats ’d'aliments à distribuer aux pays les plus pauvres, des pays développés. Maintenant, le PAM a testé l’achat de produits alimentaires locaux, augmentant ainsi le revenu des régions productrices pauvres.

Élargir l’éventail des fournisseurs est nécessaire, mais mettre l’accent sur la production et les marchés locaux est essentiel.

Une dernière leçon, de laquelle dépend la cohérence et l’efficacité du PAA est le suivi et la participation de façon démocratique des communautés a la mise en œuvre du programme à travers le Conseil National de Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle (Consea) et une myriade de mouvements sociaux organisés, des ONG, des représentations de la société civile et les médiateurs.

Cet important engagement et représentation a donné a la lutte pour la sécurité alimentaire un caractéristique travail d’équipe qui permet de surmonter les préjugés, d’organiser et de mobiliser les citoyens et l’Etat autour de ce que devrait être la priorité de toute une société – protéger la vie de la faim.

José Graziano da Silva est le Directeur-Général de la FAO