Bureau Sous-régional pour l’Afrique Centrale (SFC)

 

 Pour l’Afrique Centrale

 

 

RDC : Plan stratégique national de prévention, gestion et contrôle du flétrissement bactérien du bananier

©FAO RDC Une trentaine d’acteurs impliqués dans la lutte contre le flétrissement bactérien du bananier en République Démocratique du Congo, réunis à Goma (Province du Nord Kivu) du 10 au 11 juillet 2012, viennent d’élaborer un plan stratégique national de contrôle et gestion de la flétrissure bactérienne du bananier. Pendant deux jours, ces experts venus du Ministère de l’Agriculture, des Agences des Nations Unies, des organisations d’appui (locales et internationales), des Institutions de recherche et universitaires, du pouvoir coutumier et des délégués de producteurs ont eu des discussions relatives aux résultats des interventions antérieures et actuellement en cours. Ces discussions étaient axées sur le mécanisme de coordination, la surveillance, l’alerte précoce, la cartographie de la maladie et des intervenants, la mobilisation communautaire, la supervision et l’encadrement technique, la production et l’utilisation des rejets sains de bananier. Une visite sur les sites pilotes de Bweremana a permis à ces experts d’apprécier les résultats de la mise en œuvre dans le Nord Kivu, de l’approche développée par le programme national de recherche sur le bananier avec l’appui de la FAO et d’autres partenaires en Ouganda. Lors de ces discussions, il a été noté entre autres que :

L’expérience ougandaise actuellement utilisée dans les sites pilotes de Bweremana, impliquant directement les agriculteurs dans les différentes étapes du processus de contrôle et de gestion de la maladie a permis de réaliser des résultats très satisfaisants traduits entre autres par un ralentissement significatif de l’incidence et la sévérité de la maladie, un reverdissement quasi-total des bananeraies suivies, une amélioration substantielle du rendement en régimes etc. Elle consiste en la surveillance et le suivi permanents des bananeraies permettant, au moment convenable, l’ablation des bourgeons mâles, l’élimination des plants malades, la stérilisation/désinfection des outils de travail, l’utilisation des rejets sains, le partage de l’information et les échanges d’expériences entres producteurs, la formation des leaders des agriculteurs assurant à leur tour la formation en cascade des autres agriculteurs, la structuration des communautés paysannes en champs écoles paysannes pour mieux renforcer les capacités de gérer et de trouver des solutions aux problèmes liés à la production de leurs cultures et la coordination des activités de lutte.

Des défis doivent, cependant, être levés quant à l’implication encore partielle de l’autorité politico-administrative locale, au faible degré d’application des lois locales (« bye law »), à la pérennisation de la motivation des membres de la brigade bananière ou (task forces) impliqués dans la sensibilisation des producteurs, au faible taux de sensibilisation des autres agriculteurs non encadrés actuellement;

Par rapport à la propagation du flétrissement bactérien du bananier, il a été signalé la progression de la maladie dans les autres provinces jadis indemnes dont la Province Orientale, en territoires d’Irumu, de Mahagi, de Mambasa, d’Aru et de Djugu dans le district d’Ituri ; la Province du Sud Kivu dans les territoires de Kalehe, Kabare et Île d’Idjwi. Selon les avis concordants de plusieurs participants, des symptômes similaires à ceux du BXW seraient observés depuis le premier semestre de l’année 2012 dans le territoire de Kalemie, district du Haut Katanga, Province du Katanga et dans la cuvette centrale, district de la Tshopo, en province Orientale;

Il est nécessaire d’organiser une formation et d’acquérir des kits de détection rapide du flétrissement bactérien pour faciliter la détection de la maladie sur le terrain ;

Outre le flétrissement bactérien du bananier, il convient de protéger aussi le bananier contre d’autres maladies et ravageurs affectant la production, à savoir, le ‘’Banana Bunchy Top Virus’’ (BBTV), la Cercosporiose et les attaques de charançons qui ont une forte incidence et occasionnent des pertes dans le cas spécifique des sols meubles dans certaines écologies du pays ;

Stimuler et favoriser l’implication de la femme dans les activités de gestion et du contrôle du flétrissement bactérien du bananier ;

L’urgence de mettre en place un réseau de surveillance et d’alerte de la maladie afin de suivre sa progression à travers le pays et intervenir à temps.

Pour rappel, la culture du bananier et bananier plantain a une importance économique, alimentaire et culturelle capitale à l’Est de la RDC. Elle constitue, après le manioc, la deuxième culture au point de vue de la production agricole et des superficies cultivées. Ses produits et sous produits sont consommés quotidiennement comme aliment de base par plus de 70% de la population. Il compte parmi les principales sources de revenus des ménages agricoles. Ses feuilles et gaines servent de matériels de fabrication d’objets d’art, de construction d’abris et d’habitation et des produits d’emballage disponibles durant toute l’année. Dans les conditions normales d’exploitation, 1 hectare de bananeraie rapporte au moins 1600$/an à 45% de ménages agricoles par la vente des régimes de bananes (Inspection Provinciale de l’Agriculture du Nord Kivu, mission d’évaluation FAO, 2001). Une bananeraie joue le rôle de banque pour les ménages agricoles. Elle assure une production régulière et échelonnée durant toute l’année. Sur le plan environnemental, le bananier joue un rôle antiérosif sur des terrains escarpés.

Actuellement, la culture est exposée à une gamme de maladies fongiques, virales et bactériennes dont la flétrissure bactérienne du bananier observée pour la première fois en 2001 en RDC dans la Province du Nord Kivu. Pour cette seule province, les statistiques agricoles provinciales (Février 2011) ont indiqué, pour la période de 2001-2010, un bilan d’au moins 14.666 hectares, soit 36,% d’emblavures de bananeraies détruites par le Wilt bactérien, 219.990 de tonnes de bananes fruits perdues, 70 à 80% de baisse en volume vendu, 85% de réduction d’activités commerciales de banane due à la chute de production, une forte réduction de la qualité des bananes et environ 23.465.600 $ E.U. de pertes en revenu même si une partie est compensée par les cultures de substitution. La stratégie nationale de contrôle et gestion de la maladie développée à l’issu de ces assises porte sur les 6 axes principaux d’intervention ci-après :

La mise en place des structures de planification et de coordination des activités de lutte contre le flétrissement bactérien du bananier et autres contraintes dans les 4 provinces concernées actuellement par la maladie ;

Le renforcement des capacités opérationnelles aussi bien des techniciens de recherche, du Ministère de l’Agriculture, Pêche et Elevage que des structures partenaires de terrain sur la surveillance, la détection, le monitorage, la collecte et la diffusion d’information, les alertes, la cartographie, la gestion et le contrôle du flétrissement bactérien du bananier, avec une forte implication de la femme en charge de plus de 70% d’activités de gestion des bananeraies ;

La Sensibilisation et la mobilisation communautaire sur la maladie dans toute la zone actuellement touchée ainsi que l’encadrement technique de proximité des producteurs ;

L’intensification et la généralisation de l’expérience ougandaise à travers le Nord Kivu où l’expérience est en cours d’adoption pour une couverture géographique totale des zones infectées à travers le pays ;

La mise en place d’un système de production et d’approvisionnement durable de rejets sains de plantation dans les 4 provinces touchées par la maladie ;

L’implication à tous les niveaux des autorités politico-administratives dans la gestion et le contrôle de la maladie dans les zones touchées, et l’élaboration et la mise en application des lois locales adaptées.;