Bureau régional de la FAO pour l'Afrique

Pour l’adoption d’une feuille de route régionale et nationale pour faire face à la menace que représentent les groupes armés pour les aires protégées et les populations riveraines

La FAO prend part à la Conférence internationale des Ministres en charge de la défense, de la sécurité et des aires protégées sur la lutte contre le Braconnage et autres activités criminelles transfrontalières.

Photo: © FAO

24 janvier2019, N’Djaména – Aujourd’hui l’on constate que dans certains pays du Bassin du Congo, notamment le Cameroun, le Tchad, la RCA, et la RDC, des systèmes de braconnage transfrontaliers de plus en plus sophistiqués sont développés, dans lesquels sont parfois impliqués des groupes de pasteurs transhumants armés. Les éco gardes des aires protégées ne peuvent plus agir seuls contre ces menaces, il est donc indispensable qu’ils reçoivent l’appui de l’armée et des forces de l’ordre des différents pays concernés.

C’est dans cette optique que se tient à N’Djaména au Tchad du 23 au 25 janvier 2018, la Conférence internationale des Ministres en charge de la Défense, de la sécurité et des aires protégées sur la lutte contre le Braconnage et autres activités criminelles transfrontalières sous le thème « Menaces des groupes armés circulant entre le Sahel, le Soudan et le Nord de l’Afrique Équatoriale pour ses aires naturelles protégées et leurs populations riveraines : Analyse et plan d’actions ».

Cette réunion placée sous le haut patronage de Son Excellence Monsieur Idriss Déby ITNO, Président de la République du Tchad et organisée par le Partenariat pour les Forêts du Bassin du Congo (PFBC) dont le Royaume de Belgique assure la facilitation, en collaboration avec la Commission des Forêts d’Afrique Centrale (COMIFAC) et le Gouvernement de la République du Tchad, a pour objectif d’analyser la nature et l’ampleur de la menace et adopter une feuille de route programmatique et opérationnelle tant au niveau régional que national pour répondre à cette préoccupation.

Selon le Directeur Général de l’UNDOC, Mr Fedodov, « le commerce illicite des espèces sauvages est une forme de criminalité organisée, comme le trafic de stupéfiants, d’armes et d’êtres humains, qui engendrent des conséquences négatives sur la sécurité et le développement ». Le trafic des produits de la faune se situe aujourd’hui au 4ème rang des criminalités internationalement reconnues après le trafic des drogues, la contrefaçon et la traite des êtres humains.

Ces modèles de prédation criminelle organisée qui ont pris place dans la sous-région, requièrent dès lors des réponses concertées au plus haut niveau politique, et une coopération accrue associant les forces de défense et de sécurité des pays concernés et les services des aires protégées, tant au niveau national que transfrontalier.

Le cas de Garamba, Chinko, Bouba Ndjiida et Binder-Leré a démontré l'ampleur que prennent les opérations sophistiquées de braconnage au Cameroun, en RCA et au Nord de la RDC. Ces aires de conservation risqueraient de devenir des sanctuaires pour des groupes armés dotés d’une forte autonomie financière et opérationnelle.

Le Conseil de sécurité des Nations unies a, d’ailleurs reconnu que le trafic des espèces sauvages en Afrique centrale alimentait les conflits et menaçait la sécurité régionale et nationale. Car il constitue une source de financement pour les milices et groupes terroristes. Ce même constat a été fait par les organisations sous régionales, comme la Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale (CEEAC), la Commission des Forêts d’Afrique Centrale et le Comité consultatif permanent des Nations Unies sur les questions de sécurité en Afrique centrale (UNSAC).

Face à l'activité accrue de groupes armés qui se déplacent entre le sahel, le Soudan et le Nord de l’Afrique équatoriale, et qui s’y livrent au braconnage et autres activités criminelles, il est urgent de concevoir et de concrétiser des programmes et projets d’action transfrontaliers, notamment pour encadrer les pasteurs transhumants.

En effet, le braconnage se limitait il y a quelques décennies à une chasse de subsistance, ou tout au plus à une petite chasse commerciale pour alimenter le marché local en protéines animales. De nos jours, le braconnage des grands mammifères est beaucoup plus motivé par la demande internationale d’ivoire et d’autres trophées d’espèces protégées. Selon une étude de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES), le braconnage des éléphants pour leur ivoire est lié de manière croissante aux réseaux criminels organisés, et dans certains cas, aux rebellions armées. C’est pourquoi la protection de la faune n’est plus aujourd’hui une simple question de conservation de la biodiversité. Elle est devenue une véritable question de sécurité nationale et internationale.

Ayant à cœur, les questions de biodiversité, de développement durable et de bien-être des populations, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) prend une part active à ces assises. Raison pour laquelle le Coordonnateur du Bureau Sous-régional de la FAO pour l’Afrique centrale, Hélder Muteia représente le Directeur Général de (FAO), Monsieur José Graziano Da Silva à cette rencontre.

Au cours des travaux, le Coordonnateur du Bureau Sous-régional est revenu sur le mandat de la FAO et a réitéré l’engagement de l’organisation onusienne d’accompagner les Etats et les autres partenaires sur cette problématique. « La FAO de par son mandat et son expertise technique, reste engagée aux côtés des Etats membres de la COMIFAC et leurs partenaires, pour soutenir cette initiative internationale. L’insécurité, le manque d’alternatives socio-économiques et les défis de gestion et conflits de gouvernance dans ces espaces très riches en biodiversité mais vulnérables, ont été identifiées comme des risques majeurs au niveau mondial et régional, à la sécurité alimentaire, et plus généralement à l’atteinte des objectifs de développement durable, en particulier l’ODD 15 (Vie terrestre) et l’ODD 2 (faim zéro) » a déclaré Hélder Muteia.

La FAO accompagne les Etats membres de la COMIFAC dans la prévention et la lutte contre les conflits à travers les programmes qu’elle développe selon son expertise liée à l’utilisation des ressources naturelles et de la biodiversité ; la gestion durable de la faune sauvage et des aires protégées pour le bénéfice des générations actuelles et futures.

Les travaux de cette rencontre ponctués par un segment technique d’experts et dialogue politique de haut niveau, s’achèveront le 25 janvier prochain et permettront d’aboutir à l’élaboration d’un plan d’action opérationnelle pour lutter efficacement contre le Braconnage et autres activités criminelles transfrontalières.  

A propos :

Partenariat pour les Forêts du Bassin du Congo

Le Partenariat pour les Forêts du Bassin du Congo (PFBC) est une initiative lancée par Colin Powell, ancien Secrétaire d’État des États-Unis, lors du Sommet Mondial sur le Développement Durable à Johannesburg en 2002, en réponse à la résolution 54/214 des Nations Unies. Il s’agit d’un partenariat multi-acteurs permettant aux organisations membres de coopérer sur une base volontaire. Le PFBC comprend actuellement 113 membres dont 10 pays d’Afrique centrale et près d’une centaine de partenaires concernés par les écosystèmes des forêts du bassin du Congo (CEEAC, COMIFAC, pays partenaires, société civile du bassin du Congo, ONG internationales, organisations multilatérales, institutions de recherche et de formation, opérateurs du secteur privé). La coopération au sein de PFBC vise à soutenir cette vision commune des Chefs d’État d'Afrique centrale, notamment en améliorant l’efficacité des mesures prises, y compris les appuis techniques et financiers, en faveur de la conservation de la biodiversité et de la gestion durable des écosystèmes forestiers, de la lutte contre le changement climatique et la réduction de la pauvreté dans les pays d'Afrique centrale en conformité avec le Plan de Convergence de la COMIFAC.

La Facilitation du Royaume de Belgique du PFBC pendant la période 2018-2019

La 18ème Réunion des Parties du PFBC de 2018 sera la première de ces réunions des parties organisée au cours de la période de 2018 à 2019, durant laquelle le Royaume de Belgique pilote le Partenariat en assurant la Facilitation du PFBC. Trois éléments caractérisent la mission de la facilitation : (1) l’animation des concertations (communication interne, mobilisation des partenaires autour des stratégies communes, partage des informations et des données), (2) la promotion du PFBC (communication externe, mobilisation de nouveaux membres, recherche de nouveaux financements) et (3) Facilitation de la coordination des activités (en commençant par leur suivi).

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