FAO.org

Accueil > Afrique > Nouvelles > detail-news
Bureau régional de la FAO pour l'Afrique

Niger: bénéficiaires du Fonds fiduciaire de Solidarité africaine

Niamey, 24 juin 2014 – Entretien avec M. Amadou Alaouri Diallo, Haut-Commissaire pour l’Initiative 3N

Monsieur le Haut-Commissaire, l’initiative 3N que vous dirigez est le programme faim zéro du Niger ; Voudriez-vous nous dire quelques mots sur l’accélération de la mise en œuvre de cette initiative

M. Amadou Alaouri Diallo : L’initiative 3N est une stratégie de sécurité alimentaire qui vise, à terme, la faim zéro au Niger. Pour cela nous avons cinq (5) axes stratégiques ;  il ‘agit d’abord de la diversification et l’intensification de la production agricole, puis de l’accès au marché ; deux axes qui devraient normalement nous aider non seulement à attaquer l’insécurité alimentaire dans ses racines, mais aussi à apporter des solutions immédiates aux problèmes urgents et conjoncturels.

L’axe 3 est la réduction de la vulnérabilité des couches les plus vulnérables de la population et l’axe 4 axé sur la nutrition. Il y a enfin l’axe 5 qui concerne toutes les réformes dans un environnement favorable à la sécurité alimentaire. Pour la mise en œuvre de cette stratégie, nous avons élaboré un plan d’investissement sur 4 ans. N’oubliez pas que nous avons la stratégie et le plan d’investissements. Le plan d’investissement c’est 2012 à 2015. C’est ce plan d’investissement qui est actuellement en cours. Comme nous sommes presque à la phase terminale de la mise en œuvre de ce plan d’investissements, nous avons décidé d’élaborer un plan d’accélération de l’initiative 3N.

La caractéristique de ce plan d’accélération c’est d’abord de lever les principales contraintes qui ont retardé la mise en œuvre du plan d’investissements. Il s’agit d’abord des contraintes financières. A ce propos nous avons vu avec nos partenaires comment on peut mobiliser les ressources promises dans le cadre de la Table Ronde que nous avons organisée à Paris en 2012 et, au niveau national, nous avons aussi regardé où on peut lever des contraintes dans la passation des marchés et d’engagement financier notamment le circuit du Trésor.

Sur la question de la mise en œuvre du plan, nous avons décidé de nous concentrer sur un certain nombre de programmes. C’est ainsi que sur le premier programme, dénommé « La maison du paysan », il s’agit de faire construire dans toutes les communes du Niger sur un site choisi un ensemble d’infrastructures comprenant une centrale d’approvisionnement en intrants agricoles, une centrale d’approvisionnement en intrants zootechniques et vétérinaires, une radio communautaire , un point de micro finance, un centre de formation, un magasin de sécurité alimentaire, bref, tout ce dont le producteur agricole ou l’éleveur a besoin pour son activité, ce que les anglophones appellent « one stop shop ».

Donc vous y entrez et vous pouvez acheter tout ce que vous voulez pour la conduite de votre activité de production. Tout ce que je viens de vous décrire fait partie de la première composante du plan d’accélération. La seconde composante, est la maitrise de l’eau. Nous savons que dans le contexte sahélien, la principale contrainte pour l’agriculture c’est l’eau. Nous allons donc faire en sorte que tous les projets qui interviennent dans le secteur agricole puissent avoir une composante maitrise de l’eau aussi bien pour la production végétale que pour la production animale pour laquelle il faut développer des puits pastoraux qui permettent de mieux exploiter les pâturages naturels et, dans certains cas, pratiquer la culture fourragère.

Ce sont ces deux (2) principales composantes  qui vont constituer les priorités du plan d’accélération. A côté de celles-là, il y a une composante  trois (3) Elevage, c’est-à-dire la diversification de la production de l’élevage et la composante 4 qui est la composante transformation et conservation des produits agro-sylvo-pastoraux parce que  nous estimons que si on produit, il faut pouvoir aussi accéder au marché et donc faire les deux (2) à la fois. Il faudrait donc lancer des actions qui doivent aller vers l’appui à toute la chaine des valeurs pour produire, transformer et commercialiser.

Il y a aussi une composante relative à la gestion et à la protection des terres et des eaux, qui inclut  outre la fixation des dunes, la récupération des terres qui est un volet important du plan d’investissements qui a déjà pris une grande ampleur. Nous allons continuer dans ce sens surtout que c’est une composante qui donne des possibilités d’emplois temporaires parce que c’est une activité à haute intensité de main-d’œuvre.

La composante six (6) c’est la nutrition, tandis que la composante sept (7), c’est la sensibilisation,  l’information et l’appui conseil.

A quel niveau êtes-vous dans la mise en œuvre du programme « Maison du Paysan » ?

M. Amadou Alaouri Diallo : Comme je vous l’ai expliqué plus tôt, nous nous proposons de construire une « Maison du paysan » dans chaque commune du Niger, sauf dans les arrondissements de Niamey. Mais, avant de commencer, nous nous sommes dit qu’il faut partir de l’existant. Dans ce cadre, nous avons déjà fait un premier niveau de recensement de tout ce qui existe dans toutes les communes. Au niveau de chaque commune, nous avons recensé ce qui existe et ce qui manque.  Nous avons achevé ce premier niveau et nous avons la situation au niveau de toutes les communes.

Ensuite, nous avons vu les moyens dont on peut disposer pour « La maison du paysan »  d’abord au niveau du collectif budgétaire et on a vu toutes les ressources qui seront dégagées pour appuyer « La maison du paysan » et nous sommes allés en direction de nos partenaires, notamment  tous les projets en cours  pour voir, dans chaque projet, ce qui est prévu en ce qui concerne les banques d’intrants, les banques céréalières  pour qu’au niveau de la commune cela soit transformé en  centrale d’approvisionnement en intrants, quand il s’agit de banque d’intrants, ou en centrale de sécurité alimentaire, quand il s’agit de banque céréalière et ainsi de suite. De façon que, si on fait le point actuellement, nous sommes en mesure de dire que nous pouvons réaliser 140 «  Maison de paysan »  pour cette année.  Nous sommes en mesure de dire que d’ici la fin de l’année même si toutes les réalisations ne sont pas prêtes nous aurons démarré  quelque chose dans les 140 communes, en espérant qu’au bout de deux (2) années, nous aurions couvert les 255 communes du Niger à l’exception des arrondissements de la ville de Niamey. 

M. Le Haut-Commissaire,  après deux (2) ans de mise en œuvre de l’Initiative 3N, comment qualifierez-vous la situation alimentaire et nutritionnelle actuelle des populations vulnérables nigériennes

M. Amadou Alaouri Diallo : Je crois que la FAO en particulier est bien placée pour témoigner, parce que, l’an passé, le ministre de l’Agriculture était à Rome et il a reçu un témoignage par lequel il est dit que le Niger a atteint une partie de l’OMD1 relatif à la  réduction de moitié de l’effectif des populations sous alimentées.  Nous pensons que si nous avons atteint ce niveau c’est que l’Initiative 3N a joué un grand rôle.

En dehors de cela, nous avons des chiffres qui montrent que le taux de malnutrition a diminué, aussi bien au niveau de la malnutrition chronique que de celui de la malnutrition aigüe qui ont baissé de 2 à 4 points. Naturellement c’est une lutte de longue haleine et nous sommes dans une dynamique où les populations croient de  plus en plus que la situation alimentaire s’améliore, même si cette amélioration ne peut être que progressive et dans la durée.

M. Le Haut-Commissaire, la FAO est l’un de vos partenaires les plus importants dans la mise œuvre de l’I3N ; Quelle est votre appréciation par rapport à notre collaboration et quels commentaires vous inspire la contribution de la FAO dans le combat contre l’insécurité alimentaire et nutritionnelle des populations nigériennes ?

M. Amadou Alaouri Diallo : La FAO est non seulement l’un de nos principaux partenaires, mais je dirais qu’elle est notre partenaire clé dans la mise en œuvre de l’I3N. D’abord au niveau de la conception même de la stratégie, nous avons reçu un appui déterminant de la FAO. C’est effectivement la FAO qui nous a assisté avec son expertise pour concevoir la stratégie de l’I3N et le plan d’investissements. Donc, comme je vous le disais tantôt, la FAO est partie prenante dans la conception elle-même.  Ensuite, la FAO nous accompagne, parce que la stratégie de l’I3N n’est pas une stratégie figée.

Dans la pratique,  c’est au fur et à mesure que nous avançons que nous conceptualisons les pratiques et essayons de les mettre en exécution. Et à ce niveau aussi la FAO est présente. C’est le cas dans le cadre du programme des communes de convergence où la FAO est partie prenante depuis le départ. La FAO contribue donc énormément à l I3N et, récemment, elle a aidé le Niger à accéder au Fonds fiduciaire de Solidarité pour l‘Afrique (ASTF). Pour nous résumer, je dirais que la FAO est non seulement une partie prenante mais surtout  déterminante dans la mise en œuvre de l’I3N.

M. Le Haut-Commissaire, tenant compte de l’action de votre institution, de la volonté politique des autorités nigériennes et des initiatives régionales et continentales, à quelle échéance pensez-vous que les populations vulnérables du Niger atteindront la pleine résilience ?

M. Amadou Alaouri Diallo : Comme vous le savez, la question de la résilience est intimement liée à celle de la sécurité alimentaire. La résilience, c’est une perspective de long terme. Nous pensons que ce qu’il faut rechercher dans notre contexte sahélien, c’est la résilience des systèmes de production.  Pour nous, si nos systèmes de production sont résilients,  il va de soi que les communautés et les ménages seront résilients. Pour cela, nous sommes en train de mener un  travail de fond qui est d’abord basé sur l’accès à l’eau pour la production végétale  et pour la production animale.

Pour nous, on atteindra le niveau de résilience le jour où les populations  vulnérables du pays  seront en mesure de dire « nous ne dépendons plus des cultures pluviales et nous produisons sur les 12 mois, parce que nous avons de l’eau disponible ».  Pour atteindre cet objectif,  il faut que, même du point de vue du comportement, on change l’approche de l’agriculture. Nous savons que c’est possible parce qu’à travers le monde beaucoup de pays ont atteint cela.

Nous sommes dans la bonne direction et je pense qu’à plus ou moins long terme, nous pouvons atteindre ce but.

Contact:

Ibrahim Maman, Communication, FAO Niger. Email: Ibrahim.Maman@fao.org

Liliane Kambirigi, Communication, Bureau régional de la FAO pour l’Afrique. Email: Liliane.kambirigi@fao.org