Profil fourrager


Burkina Faso

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English

par

Dr ir Hamadé Kagone



1. Introduction
2. La topographie et les sols
3. Le climat et les zones agro-écologiques
4. Les systèmes d’élevage des ruminants
5. Les ressources pastorales
6. Amélioration des ressources pastorales
7. Organismes de recherche et de développement impliqués dans le pastoralisme
8. Références bibliographiques
9. Contact


1. INTRODUCTION

Le Burkina Faso, « pays des hommes intègres », est le nom qui a remplacé l’ancienne appellation coloniale de Haute-Volta après la Révolution du 4 août 1983. Pays enclavé au cœur de l’Afrique de l’Ouest, il est limité au nord et à l’ouest par le Mali, à l’est par le Niger, au sud par le Bénin, le Togo, le Ghana et la Côte d’Ivoire (Fig. 1). Le pays s’étend sur 274 000 km2. La capitale est Ouagadougou. La langue officielle est le français.

Occupé à partir de 1897 par les Français après la conquête des royaumes mossis, le pays fût d’abord intégré au Haut-Sénégal-Niger avant d’être institué en colonie indépendante sous le nom de Haute-Volta et intégrée à l’ensemble fédéral de l’Afrique Occidentale Française (AOF). En 1932, la colonie fût partagée entre le Niger, le Soudan (actuel Mali) et la Côte d’Ivoire. Reconstituée en 1947, la Haute-Volta accéda à l’indépendance le 5 août 1960. Les Français s’occupèrent peu de la « mise en valeur » de la Haute-Volta. La colonie servait essentiellement de réservoir de main d’œuvre pour les grandes plantations ivoiriennes et on la soumit à un dur recrutement militaire durant les 2 guerres mondiales.

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Fig. 1. Carte du Burkina Faso et son découpage administratif en 13 régions (IGB, 2001).

Sur la base du dernier recensement général réalisée par l’Institut National de la Statistique et de la Démographie en 1996, la population est estimée en 2001 à 11,800,000 d’habitants, avec un taux de croissance annuelle de 2,4  pour cent (Ministère des Ressources Animales 2000). Elle se caractérise par une grande diversité ethnique (une soixantaine d’ethnies environ) dont les principaux groupes sont les Mossi (48 pour cent), les Peuls (10,4  pour cent), les Lobis (7 pour cent), les Bobos (6,8  pour cent), les Mandés (6,7  pour cent), les Sénoufos (5,3  pour cent), les Gourounsi (5,1  pour cent), les Gourmantchés (4,8  pour cent) et les Touaregs (3,3  pour cent) ; les 13  pour cent restants représentent les ethnies mineures. La densité moyenne est relativement faible, de l’ordre de 40 habitants au km2. Plus de 80  pour cent de cette population vit en milieu rural. Le niveau de vie est très bas. Selon le PNUD (2000), 44  pour cent de la population vit en dessous du seuil de pauvreté et 20  pour cent au-dessous du seuil de l’extrême pauvreté.

Selon le Ministère des Ressources Animales (2000), la répartition des terres est la suivante:

  • terres cultivées : 36 380 km2, soit 13,3  pour cent du territoire national, et 40,4  pour cent des terres arables (Barry et al., 1998) ;
  • aires protégées (forêts classées, réserves, parcs nationaux) : 43 078 km2, soit 15,7  pour cent du territoire national ;
  • terres de parcours de saison des pluies : 167 501 km2 représentant 61  pour cent du territoire national ;
  • divers (habitat, routes, etc.) : 10  pour cent du territoire national.

Il est à noter que cette répartition de l’espace n’est pas statique. Ainsi, le taux de progression du front agricole est estimé à 3,6  pour cent l’an au détriment des terres de parcours. En réalité, les terres de parcours sont constituées par les jachères, les terres marginales et les réserves foncières (terres non encore mises en culture).

Plus de 80  pour cent des Burkinabé pratiquent l’élevage à des degrés divers. L’élevage constitue une importante source de devises pour le pays. La part des produits animaux est de 19  pour cent de la valeur des exportations (moyenne de 1994-1998), soit le deuxième poste après le coton. Sur la base de l’enquête nationale sur les effectifs du cheptel réalisée en 1989, le cheptel national est estimé en l’an 2000 à 4 798 221 bovins, 6 782 440 ovins, 8 647 290 caprins, 622 493 porcins, 501 077 asins, 26 297 équins, 14 762 camelins et 22 420 318 volailles ; le taux de croît annuel est de 2  pour cent pour les bovins, les porcins, les asins et les camelins, 3  pour cent pour les petits ruminants et les volailles, et 1  pour cent pour les équins (Ministère des Ressources Animales, 2001). Toutefois, la productivité de ce cheptel est très faible, bien en-deçà des potentiels et des possibilités d’amélioration.

Le présent article vise à définir le profil pastoral et fourrager du Burkina Faso au départ de divers travaux scientifiques et techniques. Après un aperçu sur les facteurs édapho-climatiques, il analyse de manière approfondie les systèmes d’élevage des ruminants, les ressources pastorales et les actions d’améliorations desdites ressources. Enfin, l’article passe en revue les structures et les personnes impliquées dans le pastoralisme au Burkina Faso.

Tableau 1. Changements dans la quantité d'animaux (en millies) dans la quantité de viande et du lait frais (en tonne) et de importation et exportation d'animaux et lait

  1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001
Bovin Nos. (,000) 4096 4178 4261 4346 4433 4522 4612 4704 4798 4800
Ovins Nos (,000) 5354 5515 5681 5851 6027 6207 6393 6585 6782 6800
Caprins Nos (,000) 6860 7031 7242 7459 7683 7914 8151 8395 8647 8700
Chamaux(,000) 12.6 12.8 13.1 13.3 13.6 13.9 14.1 14.5 14.8 15.0
Boeuf et veaux
prod. (,000) Mt.
38.5 39.6 39.6 40.2 47.3 49.5 50.6 51.7 55.0 55.0
Viande ovine
prod. (,000) Mt.
11.5 11.3 11.3 11.3 12.2 12.6 13.2 13.4 13.6 13.6
Viande caprine
prod. (,000) Mt.
19.1 19.4 19.4 20.3 21.1 21.9 21.9 22.3 23.1 23.5
Lait de vache
(frais) (,000) Mt.
118 125 132 139 146 157 160 163 170 170
Bovins imp. (tetes) n.r. n.r. n.r. n.r. n.r. n.r. 72 100 2149 n.r.
Bovins exp.(,000) (tetes) 92.4 101.6 103.9 160.7 100 100 135 133.6 144.4 n.r.
Caprins exp.(,000) (tetes) 44.4 62.6 60 98.8 98.8 98.8 71.4 122.9 45.5 n.r.
Ovins exp.(,000) (tetes) 71.7 131.5 140 160.8 160.8 160.8 129.6 189 97.2 n.r.
Lait de vache(frais) imp. Mt. 220 240 167 282 350 344 441 557 583* n.r.


*en année 2000 imp. de lait: 45,867 Mt.
n.r.=no data
FAO statistical database 2002


2. La topographie et les sols

La topographie

L’histoire géologique du Burkina Faso a été marquée par (i) les éruptions volcaniques précambriennes, (ii) les failles et les cassures éburnéennes et (iii) les fluctuations du niveau marin, contemporaines des mouvements hercyniens notamment, avec le dépôt des sédiments (Zoungrana, 1991). Ces évènements géologiques, suivis des phases successives d’érosion, sont à l’origine des grands traits du relief qui comprennent une immense pénéplaine et des plateaux gréseux.

La pénéplaine centrale. Plus de 80  pour cent du pays repose sur une vaste pénéplaine d’allure monotone, sub-horizontale. Son altitude moyenne est comprise entre 250 à 300 m. Cette pénéplaine centrale est largement entaillée par la vallée du Mouhoun qui la sépare en deux blocs distincts : le bloc occidental ou plateau de Bobo-Dioulasso et le bloc oriental.

Le plateau de Bobo-Dioulasso constitue la partie la plus élevée du socle. Sa surface est tantôt ondulée, avec des versants en pente douce, tantôt plane, trahissant la présence de cuirasses ferrugineuses affleurantes ou subaffleurantes formant de vastes glacis légèrement inclinés avec des pentes faibles (< 5  pour cent).

Le bloc oriental, le plus important, est aussi le moins accidenté. C’est lui qui imprime à l’ensemble de la pénéplaine son allure générale. On y observe néanmoins des dômes granitiques, des inselbergs et quelques chaînons birrimiens isolés et épars dont l’altitude varie de 400 à 500 mètres.

Les plateaux gréseux. Ils tranchent avec le socle qu’ils surplombent par des falaises tantôt massives entre Bobo et Banfora, tantôt sculptées par l’érosion (Aiguilles de Sindou).

Les plateaux de l’ouest et du nord-ouest sont dominés par des buttes relictuelles alignées, d’orientation sud-ouest / nord-est, aux pentes raides et aux sommets plats, généralement cuirassés. Ces buttes sont hautes d’environ 700 m comme c’est de cas du Piton de Bérégadougou (717 m) dominant la plaine de Banfora et du Mont de Ténakourou (749 m) qui constitue le point culminant du pays. L’ensemble de ces plateaux recouvre le socle et s’interrompt par la « falaise » de Banfora, haute de 150 m.

Les plateaux du sud-est sont beaucoup moins importants et forment une bande étroite d’orientation sud-ouest / nord-est à la frontière avec le Bénin. Ils présentent un rebord en muraille verticale de 100 m de haut, connue sous le nom de falaise de Gobnangou.

Les sols

A partir des travaux de l’ORSTOM (Boulet, 1976) synthétisés par Fontès et Guinko (1995), on peut distinguer 8 principaux types de sols au Burkina. Ce sont : les sols ferrugineux lessivés, les sols peu évolués d’érosion, les sols bruns eutrophes, les vertisols, les sols ferrallitiques, les sols halomorphes les sols hydromorphes et les sols minéraux bruts. Les deux premiers types de sols occupent plus des deux tiers du pays.

Les sols ferrugineux lessivés couvrent les plus grandes étendues. Ils sont localisés essentiellement dans la partie méridionale de la pénéplaine précambrienne, au sud du 13ème parallèle. Ce sont des sols à texture variable, généralement à tendance sableuse dans les horizons de surface et argileuse dans les horizons plus profonds (> 40 cm). Ils ont un régime hydrique imparfait, en rapport avec de mauvaises propriétés physiques (porosité et perméabilité). Ils ont tous une faible capacité d’échange cationique. Ils sont régulièrement associés à des sols gravillonnaires.

Les sols peu évolués d’érosion sont plutôt situés dans la moitié nord du pays. Ils sont installés sur des granites et des migmatites dont ils dérivent. Ils présentent un horizon sableux en surface (15 à 20 cm) et un horizon argileux au-delà. La compacité et l’imperméabilité de ce second horizon jouent un rôle néfaste pour l’alimentation hydrique et l’enracinement.

Les sols hydromorphes sont installés sur des alluvions fluviatiles ou sur des matériaux d’altération fins. De faible drainage, ils s’engorgent régulièrement en saison des pluies. Ils sont surtout développés dans l’ouest du pays et s’alignent avec le réseau hydrographique majeur : vallées du Mouhoun, du Nazinon et du Nakambé.

Les sols bruns eutrophes sont caractérisés par une fraction argileuse importante. La présence d’argile gonflante leur confère une forte capacité d’échange et un taux de saturation élevé. Ce sont des sols généralement bien drainés. Leur structure de surface est variable, de grumeleuse à prismatique. C’est cette propriété qui règle leur fertilité. Ils sont répartis sur l’ensemble du territoire, par tâches de faible étendue.

Les vertisols possèdent la même parenté texturale que les sols bruns. Ils s’en distinguent par la structure prismatique de leur horizon B. Ce caractère est lié à leur position topographique basse. De fait, ce sont des sols beaucoup moins drainés. Ils sont particulièrement développés dans le sud-est et le centre-ouest (vallée du Sourou).

Les sols minéraux bruts sont des sols de faible profondeur installés sur la roche-mère ou sur des horizons cuirassés. Ce sont des sols pauvres. La végétation qu’ils portent est tantôt clairsemée ou au contraire dense à cause de leur faible aptitude agricole qui les met à l’abri de toute intervention humaine.

Les sols halomorphes ou salés sont installés au nord du pays. De texture variée, ces sols ont une structure franchement dégradée. Ce sont des sols pauvres qui supportent des steppes arbustives extrêmement lâches.

Les sols ferrallitiques sont localisés dans le sud-ouest du pays où ils occupent une faible surface. Leur profil s’apparente à celui des sols ferrugineux, mais leurs propriétés physiques et chimiques les différencient nettement. Ils se distinguent notamment par la texture argileuse kaolinitique de l’horizon B qui leur confère une perméabilité satisfaisante. Ils constituent de bons supports pour les cultures et pour la végétation naturelle dominée par les savanes arborées.


3. Le climat et les zones agro-écologiques

Le climat Le Burkina Faso est sous l’influence de climats tropicaux secs. Il est soumis à l’alternance saisonnière d’air humide de mousson venant des hautes pressions océaniques et d’air sec provenant des latitudes sahariennes. D’après Fontès ( 1983) et Zoungrana (1991), le climat est caractérisé par:

  • une saisonnalité bien marquée par deux périodes très contrastées, la saison des pluies (encore appelée hivernage) et la saison sèche;
  • une courbe ombrique unimodale;
  • une saison sèche au moins aussi longue que la saison des pluies;
  • l’absence totale de saison fraîche (température mensuelle moyenne minimale > 18°C);
  • et une aridité croissante du sud vers le nord.

Le tableau 2 présente le découpage bioclimatique du pays, établi au moyen des isohyètes annuels et de la durée de la saison sèche des plus longues séries fournies par le réseau météorologique national. On y distingue des climats sahéliens arides au nord et des climats soudaniens moins xériques au sud. La limite entre les deux types de climats correspond sensiblement à la ligne Ouahigouya-Kongoussi-Bogandé.

Le facteur climatique limitant de la végétation est la pluviosité dont la tendance générale est à la baisse, avec une importante variabilité inter-annuelle (Kagoné, 2000). Ces caractéristiques sont à prendre en compte dans les programmes de recherche et de développement en vue de prévenir les crises alimentaires et fourragères consécutives aux années de sécheresse.

Tableau 2. Les bioclimats du Burkina Faso.

Bioclimats

Types de climat

Pluviométrie annuelle en mm

Nombre de mois secs1

Climats sahéliens

Type sahélien nord

< 400 > 9

Type sahélien sud

400 à 600 7 à 9
Type à transition sahélo-soudanien 600 à 700 7 à 8

Climats soudaniens

Type soudanien nord I

700 à 800 6 à 7

Type soudanien nord II

800 à 900 6 à 7

Type soudanien sud I

900 à 1 100 5 à 6

Type soudanien sud II

> 1 100 < 5

1 Mois recevant moins de 50 mm de pluie.
Source : Adapté de Fontès et Guniko (1995).

Les zones agroécologiques Au Burkina Faso, il n’a pas encore été établi un zonage agroécologique au sens strict du terme. Ce sont les secteurs phytogéographiques, reconnus et définis par Monod (1957) et Guinko (1984) d’après des critères climatiques et floristiques, qui tiennent lieu de zones agroécologiques. La Fig. 2 présente les quatre zones agroécologiques dont les caractéristiques générales sont synthétisées dans le tableau 2.

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Fig. 2. Carte des zones agroécologiques du Burkina Faso, élaborée par Dembélé O. à partir de la carte de la végétation naturelle et de l’occupation du sol de Fontès et Guinko (1995).

Tableau 3. Caractéristiques générales des zones agroécologiques du Burkina Faso.

Zones agroécologiques pour cent du territoire national Pluviométrie annuelle en mm Occupation des sols

Sahel

13,4

< 400

  • Steppe arbustive à épineux et à graminées annuelles
  • Zone à vocation pastorale évoluant vers l’agro-pastoralisme à dominante pastorale
  • Agriculture vivrière à base de mil, sorgho et niébé
  • Elevage peul transhumant de Zébus

Sub-sahel

15,3

400 à 700

  • Steppes arbustives à Combretacées et à graminées annuelles
  • Zone agropastorale à dominante agricole
  • Forte densité humaine et saturation foncière
  • Agriculture céréalière d’autoconsommation à base de sorgho, de mil et de niébé
  • Elevage pastoral transhumant et élevage agropastoral sédentaire

Nord-soudan

38,9

700 à 900

  • Savanes arborées à arbustives
  • Zone agropastorale à dominante agricole
  • Fortes densités des populations humaine et animale
  • Bassin cotonnier et agriculture à base de sorgho, de mil, de niébé et d’arachide
  • Elevage pastoral transhumant et élevage villageois sédentaire

Sud-soudan

32,4

900 à 1 200

  • Savanes arborées à arbustives et boisées, forêts claires
  • Zone à vocation agricole caractérisée par les cultures pérennes (manguiers, agrumes, anacardiers, etc.), la culture cotonnière, de l’igname et des céréales (sorgho, mil et maïs)
  • Zone d’accueil des transhumants en saison sèche et de conflits quelquefois mortels entre agriculteurs et éleveurs
  • Elevage villageois sédentaire de taurins
NB. L’agriculture vivrière d’autoconsommation est très extensive. Elle est essentiellement manuelle et très peu consommatrice d’intrants externes. La culture attelée est surtout pratiquée dans les zones cotonnières (culture de rente) où la modernisation (mécanisation et « chimisation ») de l’agriculture est très avancée.

4. Les systèmes d’élevage des ruminants

Eu égard à la variabilité des conditions écologiques, les systèmes d’élevage du Burkina sont caractérisés par une grande diversité. Cette diversité s’explique aussi par les facteurs sociaux, culturels et économiques. Plusieurs auteurs ont essayé de dressé une typologie des systèmes d’élevage (Touré et al., 1985 ; IEMVT-CIRAD/SFC SEDES-CEGOS, 1991 ; Sanon et al., 1995 ; Barry et al., 1998 ; MINISTÈRE DES RESSOURCES ANIMALES, 2000 ; Kagoné, 2000). Nous proposons dans ce document une typologie des systèmes d’élevage des ruminants domestiques qui prend en compte les essais précédents. Deux grands types de systèmes d’élevage coexistent au Burkina Faso, à savoir les systèmes traditionnels extensifs et les systèmes d’élevage modernes, semi-intensifs à intensifs.

Les systèmes traditionnels

Il s’agit des systèmes à faible utilisation d’intrants. Les concentrés alimentaires (sous-produits agro-industriels) ne sont pas utilisés ou le sont seulement en période de crise fourragère aiguë pour soutenir les animaux faibles. Les vaccinations portent sur une partie seulement du troupeau, même en cas de maladies déclarées.

Les systèmes traditionnels regroupent l’élevage peul transhumant, l’élevage villageois sédentaire, l’élevage agropastoral et l’élevage en zone pastorale aménagée.

Le système peul transhumant est le plus important au plan numérique. Il regroupe plus de 70  pour cent du cheptel bovin national. Cet élevage est concentré entre les mains du groupe ethnique Fulbé couramment appelé Peul. Le troupeau est monospécifique bovin ou mixte, associant les bovins et les petits ruminants. Les bovins sont dans la plupart des cas de la race Zébu peul soudanien. Le mâle est un bon animal de boucherie, avec un poids adulte moyen 320 kg et un rendement carcasse de 48  pour cent. La femelle est peu laitière : sa production journalière est de 2 à 3 kg, soit une production annuelle de 700 kg de lait en 8 mois. Dans les provinces du Mouhoun, du Gourma (Matiacoali) et de la Komandjari, on rencontre des troupeaux transhumants composés uniquement d’ovins et de caprins appartenant à des éleveurs peuls, gourmantchés ou bellahs.

Le système d’alimentation est basé sur l’exploitation opportuniste des ressources fourragères selon une chaîne de pâturage annuelle combinant judicieusement 5 saisons de pâturage et les différents types de parcours en présence (Fig. 3).

Au cours de la plupart des saisons de pâturages, le bétail exploite, sous la conduite d’un berger, les ressources fourragères comprises dans un territoire pastoral. Le rayon moyen du circuit pastoral quotidien, mesuré au moyen d’un odomètre est de 7±3 km. La caractéristique principale de ce système d’élevage est la transhumance saisonnière des troupeaux.

Pour reprendre la définition de Lhoste et al. (1993), la transhumance est la déplacement saisonnier de troupeaux sous la garde de quelques personnes, généralement des bergers salariés ou de jeunes hommes de la famille, la plus grande partie du groupe restant sédentaire. En régions sahéliennes et nord-soudaniennes du Burkina Faso, la disponibilité en ressources pastorales est très variable dans le temps et dans l’espace, etc. Dans un tel contexte de précarité, la stratégie adoptée par les éleveurs est la mobilité qui constitue le fondement même du pastoralisme. Les grandes transhumances répondent aux objectifs suivants :

  1. valoriser les complémentarités écologiques entre la zone sahélienne et les régions soudaniennes ;
  2. réaliser un déstockage saisonnier des parcours sahéliens dont la capacité d’accueil est largement dépassée, et maintenir ainsi le fragile équilibre de l’écosystème entre le bétail et les ressources;
  3. sauver les animaux d’une mort certaine pendant la période de « soudure » fourragère.

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Gataaje = de juin à mi-juillet ; nduungu = de mi-juillet à fin septembre ; yaamde = d’octobre à mi-décembre ; dabbunde = de mi-décembre à février ; ceedu = de mars à mai.
Calle = ladde = pâturage de colline ; ferlo = brousse regroupant plusieurs types de pâturage ; jobuuje = jachères récentes ; yayre = pâturage de bas-fonds ; nyayle = fourrages post-culturaux ; seeno = pâturages sur sol sablonneux ; bolaaje = pâturage sur sols argileux ou argilo-limoneux.


Fig. 3
. Calendrier d’exploitation traditionnelle des pâturages chez les Peuls en zone nord-soudanienne du Burkina Faso (Kagoné, 2000).

La date de départ en transhumance n’est pas fixe, elle est commandée par l’état des ressources et dépend donc des conditions climatiques. En régions nord-soudaniennes du Burkina Faso, la transhumance couvre la période de mars à juin. La Fig. 4 présente la carte des axes de transhumance dans l’est du Burkina Faso. On y distingue 2 types de transhumances : la petite transhumance qui se déroule à l’intérieur de la région et du pays, et la grande transhumance qui est souvent transfrontalière en direction du Bénin. Par ailleurs, la région reçoit des transhumants en provenance du Niger. Les aires protégées, non ouvertes à la pâture mais qui regorgent de ressources en eau et en pâturage (jeunes repousses de graminées vivaces), constituent les zones d’accueil de fait des troupeaux transhumants.

Selon Toutain et al. (2001), les itinéraires et les lieux de stationnement des troupeaux transhumants sont d’abord déterminés en fonction de l’expérience acquise les années précédentes mais sont actualisées et adaptées à chaque fois à partir des informations collectées préalablement par des éclaireurs ou à partir d’autres sources (marabout ambulant, voyageur nomade, commerçant de bétail, etc.). Les informations collectées sur le pays et les zones d’accueil portent principalement sur :

  1. les possibilités d’exploitation des ressources pastorales : précocité des pluies, qualité de pâturages, accès à des points d’abreuvement, pistes à bétail, rapports entre populations des zones d’accueil et pasteurs ;
  2. -les conditions sanitaires pour les animaux : maladies dominantes, disponibilité et coûts des services et produits vétérinaires, champs maudits (Terrains infestés par l’agent pathogène du charbon bactéridien ; l’herbe qui y pousse est également infestée et source de contamination pour le bétail).

  3. la sécurité du bétail et des éleveurs : nature des conflits, leur fréquence, leur manifestation, le vol de bétail et les agressions physiques, les tracasseries administratives et douanières ;
  4. la réglementation de la transhumance dans les pays d’accueil.

L’ensemble de ces informations permet à l’éleveur de définir l’itinéraire de transhumance de l’année en cours en fonction des disponibilités en eau et en pâturage, mais aussi de l’absence de maladies contagieuses. L’état précaire des animaux au départ de la transhumance nécessite le choix d’un itinéraire disposant de ressources fourragères et de points d’abreuvement. Le trajet entre la zone de départ et la zone d’accueil doit aussi être le plus court possible afin d’éviter que les animaux déjà très affaiblis ne meurent de fatigue.

Il est à noter que la transhumance est réglementée tant au plan national qu’à celui de la sous-région ouest-africaine. La transhumance nationale au Burkina Faso est régie par l’arrêté conjoint n°2000-30/MRA/MEE/AGRI/MEF/MATS/MEM/MIHU du 21 juillet 2000 et la transhumance transfrontalière l’est par la Décision A/DEC.5/10/98 relative à la réglementation de la transhumance entre les Etats membres de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Cette décision, qui a été adoptée lors de la vingt-et-unième session ordinaire de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement à Abuja en 1998, autorise le franchissement des frontières terrestres en vue de la transhumance entre tous les pays de la Communauté pour les espèces bovine, ovine, caprine, caméline et asine. Les principales obligations à satisfaire concernent la détention du Certificat International de Transhumance (CIT) et le respect de la réglementation en vigueur dans le pays d’accueil.

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Fig. 4. Axes de transhumance du cheptel bovin dans l’est du Burkina Faso (Toutain et al. 2001).

Le système villageois sédentaire. Ce système d’élevage est reconnu aux agriculteurs-éleveurs et parfois aux éleveurs-agriculteurs sédentarisés. Il se rencontre surtout chez les groupes ethniques Gourounsi, Lobi et Dagari. Les objectifs de l’élevage dans ce système sont plus socio-culturels (funérailles, dot etc.) qu’économiques, avec subséquemment une mauvaise conduite du troupeau.

Les animaux sont des taurins de la race Lobi ou des méré résultant du croisement entre zébu et taurin. Les troupeaux sont souvent constitués d’animaux de plusieurs propriétaires et confiés à un seul bouvier. Mais le troupeau peut aussi relevé d’une propriété individuelle ou familiale.

Le système agropastoral sédentaire. C’est le système d’élevage mis en œuvre par les agriculteurs qui capitalisent le surplus de production agricole sous forme de bétail. Il est pratiqué indifféremment chez la plupart des groupes ethniques et des catégories socio-professionnelles (agriculteurs, fonctionnaires, commerçants, etc.).

On distingue 2 composantes dans ce système d’élevage : l’élevage bovin sédentaire et l’élevage intégré. L’élevage bovin est conduit en marge de l’exploitation agricole par un membre de la famille ou par un berger peul salarié. Pendant la saison des cultures, le parc de nuit est construit hors du domaine agricole. L’alimentation est basée sur l’exploitation des pâturages naturels du terroir villageois ou inter-villageois. L’élevage intégré regroupe tous les animaux logés dans l’exploitation agricole et présentant de nombreuses relations avec elle. On y dénombre les animaux de trait ou de bât (bœufs, ânes, chevaux) et les petits ruminants (moutons et chèvres). Au plan alimentaire, l’élevage intégré est complémenté en saison sèche avec des fourrages stockés (résidus culturaux, foins).

Le système d’élevage en zone pastorale aménagée. La stratégie des zones pastorales vise à sédentariser l’élevage peul transhumant, à garantir la sécurité foncière des activités pastorales, à augmenter la productivité du troupeau et à rationaliser la gestion des ressources naturelles. Les éleveurs régulièrement installés dans ces zones bénéficient d’un encadrement rapproché et d’un réseau important d’infrastructures d’élevage (points d’eau, parcs de vaccination, magasins d’intrants, mini-laiteries, etc.). En 1997, 10 zones pastorales aménagées totalisant près de 542 000 ha, 3 995 familles, 133 000 bovins, 69 000 ovins et 70 000 caprins étaient fonctionnelles. A terme, le nombre de zones devrait passer à 50, avec une superficie cumulée de 2 000 000 ha (Ministère des Ressources Animales, 1997).

Malgré ces efforts, force est de constater que la productivité de l’élevage en zone pastorale aménagée n’est pas significativement différente de celui hors zone. Toutefois, on y note l’émergence d’un élevage laitier semi-extensif. Celui-ci est caractérisé par l’amélioration de l’alimentation de quelques femelles en lactation du troupeau faisant appel à une complémentation à base de résidus culturaux, de fourrages naturels ou cultivés et de sous-produits agro-industriels (tourteaux de graines de coton, son de blé). Le lait récolté approvisionne des mini-laiteries qui sont gérées par des groupements de femmes d’éleveurs comme c’est le cas à Bittou, Sondré-est, Sidéradougou et Yallé. Ce type d’élevage est quelquefois observé hors zone pastorale aménagée ; c’est le cas de l’Union des Producteurs de Lait (UPL), dont les membres sont installés dans un rayon de 50 km de Bobo-Dioulasso, qui approvisionne la laiterie Faso Kossam.

Les systèmes d’élevage améliorés

Ils s’agit de systèmes où les producteurs investissent des moyens plus conséquents en intrants et en travail, ce qui permet aux animaux de mieux extérioriser leurs performances. On distingue l’élevage laitier urbain et péri-urbain d’une part, les ateliers d’embouche bovine et ovine d’autre part. Ces systèmes connaissent actuellement un engouement continu qui mérite d’être soutenu, afin de tirer parti des nouvelles opportunités d’emploi en faveur des jeunes et des femmes et de réduire la dépendance du pays en produits laitiers.

L’élevage laitier urbain et périurbain. C’est un système semi-intensif à intensif d’élevage. Il s’agit des fermes de production laitière installés à la périphérie ou dans les grands centres urbains tels que Ouagadougou, Bobo-Dioulasso, Koudougou, Ouahigouya, Dori. Ce type d’élevage, en plein essor, est entre les mains de commerçants exportateurs de bétail, d’éleveurs modernes, d’hommes politiques, de hauts gradés de l’armée et de fonctionnaires qu’il est convenu d’appeler les nouveaux acteurs.

Le animaux sont généralement de race locale (Zébu peul soudanais), mais on assiste de plus en plus à l’introduction de nouveaux gènes. Ainsi, l’Azawak, le Sokoto Gudali, le Gir et le Girlando sont des races qui font déjà partie du cheptel urbain et péri-urbain ou qui sont en voie de diffusion. Au regard des aptitudes laitières des races sus-citées, on peut s’apercevoir aisément que la production laitière est en plein essor. Cette dynamique s’explique quand on sait que le Burkina Faso dépense annuellement près de 10 milliards de francs CFA pour les importations de lait et produits laitiers. La production de lait est destiné au marché intérieur.

L’embouche bovine et ovine. Ce type d’élevage est pratiqué en milieu rural ainsi qu’en zone urbaine et péri-urbaine. Les acteurs sont les mêmes que précédemment, plus certains ruraux. Il est à noter que l’embouche paysanne des ovins est une activité dominée par les femmes.

Les animaux d’embouche sont les mâles entiers de la race Zébu peul soudanais de 3-5 ans pour les bovins, le bélier de race Djalonké, Bali Bali ou le métis issus du croisement de ces 2 races. La quasi totalité des animaux embouchés sont exportés vers la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Togo, le Bénin ou le Nigeria. Toutefois, une part importante des béliers engraissés sont sacrifiés localement lors de la fête musulmane de Tabaski.


5. Les ressources pastorales

Au Burkina Faso, l’alimentation des ruminants domestiques repose essentiellement sur les pâturages naturels (herbacés et ligneux). Cependant, les éleveurs ont aussi recours aux résidus culturaux, et aux sous-produits agro-industriels en saison sèche (SPAI) pour une alimentation d’appoint. Les cultures fourragères restent encore très rarement présentes dans la ration, même si elles constituent une voie d’intensification de la production fourragère.

Brève description de la végétation

Cette brève description de la végétation se réfère aux travaux de Guinko S. (1984), de Fontès J. et Guinko S. (1995).

Le Burkina Faso fait partie de la région phytogéographique soudano-zambézienne. Sa végétation est le reflet des conditions climatiques et édaphiques, ainsi que des actions anthropiques. Steppes, savanes à faciès multiples et forêts claires se succèdent en gros dans l’espèce burkinabé du nord au sud. Elles sont sillonnées par des forêts-galéries et parsemées de reliques forestières, des bois sacrés pour la plupart.

Les steppes. Les steppes se rencontrent dans les zones agroécologiques sahélienne et subsahélienne. Elles sont arbustives pour la plupart, dominées par des épineux des genres Acacia et Balanites. Elles sont soumises à une forte pression pastorale, avec une surexploitation des ligneux fourragers qui procède par broutement sur pied, par émondage et par rabattement des branches. Le couvert herbacé est lâche, ce qui les met à l’abri des feux de brousse. Certains bas-fonds supportent une végétation de type savanicole. Les pourtours des mares et les mares elles-mêmes sont occupés par des prairies humides et aquatiques.

La zone sahélienne constitue le secteur des steppes xérophiles à graminées annuelles telles que Aristida mutabilis, Cenchrus biflorus et Schoenefeldia gracilis. Dans cette zone, on rencontre des espèces sahariennes et sahéliennes typiques parmi lesquelles Acacia ehenbergiana, Aerva javanica, Andropogon gayanus var. tridentatus.

Dans la zone subsahélienne, on observe la présence de nombreuses espèces sahéliennes et soudaniennes ubiquistes. Les espèces les plus caractéristiques de cette zone sont : Acacia laeta, A. nilotica var. adansonii, A. senegal, Aristida hordeacea, Bauhinia rufescens, Combretum glutinosum, Cenchrus biflorus, Diheteropogon hagerupii, Andropogon gayanus.

Les savanes. La zone soudanienne est celle des savanes, formations subclimaciques entretenues par l’homme et le feu depuis 300 000 ans. Ces savanes sont tantôt arbustives, tantôt arborées selon la nature des sols et des activités humaines. Les surfaces couvertes par les savanes sont soumises à une agriculture extensive et au pastoralisme. De ce fait, la majorité des savanes du Burkina Faso ne sont le plus souvent que d’anciennes jachères. C’est dans cette zone que se concentrent les aires protégées (parcs nationaux, réserves de faune, forêts classées).

Dans la zone nord-soudanienne, les savanes sont dominées par des espèces conservées pour des raisons utilitaires, alimentaires surtout. Ce sont : Adansonia digitata, Butyrospermum paradoxum, Parkia biglobosa, Tamarindus indica. Des éléments sahéliens sont encore présents, mais les graminées les plus caractéristiques sont les annuelles Andropogon pseudapricus, Loudetia togoensis, Pennisetum pedicellatum, et les vivaces Andropogon gayanus et Cymbopogon schoenanthus.

La zone sud-soudanienne est l’aire des savanes boisées à Isoberlinia doka. Cette espèce très caractéristique signe la limite entre les deux secteurs phytogéographiques nord-soudaniens et sud-soudaniens.

Outre le passage régulier des feux chaque année, les savanes sud-soudaniennes sont infestées par des glossines, vecteurs de la trypanosomiase animale africaine (TAA).

Les pâturages naturels

Les pâturages sahéliens. Ce sont des pâturages recevant moins de 500 mm de pluie par an sur une période de 2 à 3 mois. Leur période de végétation active et donc d’exploitation en vert est de 52 jours.

Selon la topographie, on distingue plusieurs types de pâturages dont les plus étendus sont :

Les pâturages dunaires à Cenchrus biflorus (Cram cram) dominant. Ils couvrent près de 30  pour cent de l’Oudalan. Ce sont des steppes herbeuses. Le peuplement ligneux est très lâche. La strate herbacée, d’apparence monospécifique sur l’erg ancien (région d’Oursi), comporte aussi d’autres graminées annuelles telles que Dactyloctenium aegyptium, Aristida mutabilis, des légumineuses comme Zornia glochidiata, Alysicarpus ovalifolius et d’autres espèces telles que Limeum viscosum, Limeum pterocarpum, Tribulus terrestris, et Evolvulus alsinioïdes. La phytomasse maximale ces pâturages dunaires est de 4,3 tonnes, soit une capacité de charge de 1,3 ha/UBT/saison sèche.

Les pâturages de glacis à Schoenefeldia gracilis. Ils couvrent environ 60  pour cent de la province de l’Oudalan. Ce sont des steppes arbustives dont le tapis herbacé est largement dominés par Schoenefeldia gracilis. Outre l’espèce dominante, les espèces les plus fréquentes sont Indigofera aspera, Mollugo nudicaulis, Evolvulus alsinioïdes, Boerhavia erecta. On y rencontre aussi Cenchrus biflorus, C. prieurii et Eragrostis tremula. Le peuplement ligneux est très ouvert, avec des individus épars d’Acacia raddiana, Balanites aegyptiaca, Acacia senegal et A. erhenbergiana.

Les pâturages nord-soudaniens. Ils se développent entre les isohyètes 500 et 900 mm, soit 4 à 5 mois de pluies. Leur période active de végétation dure de 99 à 127 jours. Les formations végétales sont marquées par le passé agricole, les pressions d’exploitation actuelles des terres ainsi que les feux de brousse. Elles présentent une végétation agreste dont l’évolution semble être plus commandée par les actions anthropiques que par les facteurs climatiques et pédologiques. Les principales unités rencontrées sont les pâturages de bas-fond et de vallée hydromorphe, les pâturages de glacis et les pâturages de plateaux.

Les pâturages de bas-fond et de vallée hydromorphe sont liés au système alluvial des cours d’eau. A la station expérimentale de Gampéla, on y distingue le long du Massili 2 types de pâturages :

  • la savane herbeuse de bas-fond à Panicum anabaptistum, Vetiveria nigritana, Mitragyna inermis et Anogeissus leiocarpus ;
  • et la savane arborée de vallée hydromorphe à Butyrospermum paradoxum, Andropogon gayanus et Pennisetum pedicellatum.

Les pâturages de glacis constituent les unités de paysages et de végétation les plus répandues des régions nord-soudaniennes. La végétation est de type savane arbustive à arborée, localement très claire. La strate herbacée est dominée par Loudetia togoensis, Andropogon pseudapricus, Aristida kerstingii, Dactyloctenium aegyptium et Digitaria horizontalis. Le peuplement ligneux comprend essentiellement Combretum spp., Acacia seyal et Terminalia avicennioïdes.

Les pâturages de plateaux se développent sur des buttes cuirassées. La végétation est de type arborée dégradée plus ou moins dense selon l’âge de la jachère. Ces savanes sont régulièrement parcourues par le bétail. Les types de pâturages caractéristiques sont la savane arborée de plateau à Butyrospermum paradoxum et Schizachyrium exile et la savane arborée à Butyrospermum paradoxum et Andropogon gayanus.

Les pâturages sud-soudaniens. Ils sont constitués de savanes arborées denses dans les vieilles jachères, de savanes boisées et de forêts claires dans les milieux peu perturbés. Une étude réalisée dans la zone agropastorale de Sidéradougou a permis d’identifier et de caractériser 4 types physionomiques de la végétation pâturée:

  • les savanes arborées claires localisées sur des buttes cuirassées résiduelles, avec les espèces dominantes ci-après : Butyrospermum paradoxum, Burkea africana, Loudetiopsis scaëttae et Schizachyrium sanguineum ;
  • les savanes arborées denses qui se développent sur les plaines à relief plat. Ce sont les formations les plus répandues dans la zone, avec une flore dominée par Afzelia africana, Terminalia macroptera, Schizachyrium sanguineum et Hyparrhenia cyanescens ;
  • les savanes boisées à Isoberlinia doka et Andropogon ascinodis localisées sur les versants des ondulations à pentes faibles ;
  • enfin, les savanes herbeuses sur bowal (Sol mince limono-argileux, localement hydromorphe en saison des pluies) à Loudetia togoensis et Diheteropogon hagerupii ; les savanes herbeuses de bas-fond temporairement inondé à Imperata cylindrica et Schizachyrium brevifolium ; la prairies aquatique à inondation prolongée à Oryza barthii et Acroceras amplectens.

Situation fourragère

Le tableau 4 présente la situation fourragère globale du pays. A la lecture de ce tableau, on s’aperçoit que les régions sahéliennes sont surchargées en bétail, alors que les zones soudaniennes, notamment la zone sud-soudanienne, présentent un déficit de charge plus ou moins prononcée. On comprend dès lors la nécessité de la mobilité (migration ou transhumance) des élevages sahéliens vers les régions soudaniennes.

Cette situation ne prend pas en compte les ligneux fourragers et les résidus culturaux. Les premiers constituent une ressource d’appoint recherchée par les herbivores pour améliorer l’équilibre azoté du régime. Les espèces les plus appétées sont Acacia spp et Pterocarpus lucens en zone sahélienne, Pterocarpus erinaceus, Afzelia africana, Khaya senegalensis, Gardenia ternifolia et Combretum spp. en régions soudaniennes. Par contre, les résidus culturaux occupent une place importante dans le calendrier fourrager annuel du bétail.

Tableau 4. Bilan fourrager des pâturages dans les différentes zones agroécologiques du Burkina Faso.

Types de pâturages Superficie des parcours en ha Capacité de charge moyenne en ha/UBT/an Capacité d’accueil en UBT Charge actuelle en UBT Taux de charge en pour cent
Pâturages sahéliens 1 467 800 5,0 293 560 759 382 258,7
Pâturages sub-sahéliens 2 767 800 5,0 55 560 1 098 870 198,5
Pâturages nord-soudaniens 6 806 600 2,5 2 722 640 2 433 820 89,4
Pâturages sud-soudaniens 5 707 900 1,3 4 566 320 1 100 477 24,1

Source: Ministère des ressources animales (2000).

Contraintes liées à l’utilisation des pâturages naturels

Un certain nombre de contraintes limite l’utilisation optimale des ressources fourragères au double plan quantitatif et qualitatif, à savoir les conflits agriculteurs-éleveurs, les feux de brousse, la faible longueur de la période de végétation active des pâturages.

Les zones présentant un bilan fourrager excédentaire sont localisées en régions soudaniennes agropastorales à agricoles. La transhumance des élevages sahéliens vers ces régions à fortes potentialités pastorales est à l’origine, chaque année, de conflits quelquefois mortels entre agriculteurs et éleveurs. Que ce soit au cours de la transhumance ou à l’échelle du terroir, la coexistence entre l’élevage pastoral et la production végétale entraîne inévitablement des conflits entre agriculteurs et éleveurs. Les dégâts de culture et de récoltes constituent les causes visibles des conflits, qui ont aussi pour origine :

  • la remise en case permanente des limites du territoire pastoral due à la progression du front agricole ;
  • La non clôture des vergers (manguiers, anacardiers, etc.) ;
  • le ramassage tardif des récoltes laissées sur les champs ;
  • le pâturage nocturne et le mauvais gardiennage des troupeaux ;
  • l’obstruction des voies de passage traditionnelles du bétail pour accéder à l’eau et au pâturage ;
  • l’implantation de champs à proximité des points d’abreuvement ;
  • la création de champs de culture dans des zones régulièrement occupées par le bétail (pâturage, parcs de nuit, etc.) ;
  • l’émergence de l’élevage agropastoral des agriculteurs qui entre en concurrence avec l’élevage transhumant ; cet élevage affecte les relations agriculteurs-éleveurs, en minimisant les complémentarités (contrats de fumure, de gardiennage ou de travail) et en exacerbant la concurrence dans l’utilisation de l’espace et des ressources.

Chaque année, les savanes soudaniennes sont parcourues par des feux de brousse précoces et tardifs. Si les premiers sont peu dommageables, les seconds occasionnent la destruction complète du stock fourrager sur pied. Les différentes campagnes de lutte contre ces feux sont restés vains, sauf dans le cadre des zones pastorales aménagées et des aires protégées.

Au plan qualitatif, la contrainte majeure est liée à la faible longueur de la période de végétation active des herbacées qui varie de 2 à 6 mois selon la zone agrobiologique. Au delà de la période de végétation active, les pâturages herbacés présentent une faible valeur alimentaire, insuffisante pour couvrir les besoins d’entretien des animaux. Aucune trace d’azote n’est observée dans les pailles de graminées durant la saison sèche. Pour équilibrer le régime, les ruminants domestiques ont alors recours aux ligneux fourragers ; Dans tous les cas, les fourrages doivent être considérés comme pauvres en dehors de la période de végétation active des pâturages.

Les résidus culturaux

Au Burkina Faso, les résidus culturaux constituent une ressources fourragère importante pour le bétail. Ils regroupent les pailles des céréales telles que le mil (Pennisetum glaucum [L.] R.Br.), le sorgho (Sorghum bicolor [L.] Moench), le maïs (Zea mays L.) et le riz (Oryza sativa) et les fanes des légumineuses, à savoir le niébé (Vigna unguiculata [L.] Walp), l’arachide (Arachis hypogaea L.) et le voandzou (Voandzeia subterranea) (Savadogo, 2000). Après les récoltes, les champs sont parcourus par les troupeaux durant la période sèche froide, de novembre à février, encore appelée dabbunde par les éleveurs peuls. L’exploitation des résidus culturaux ou nyayle nécessite quelquefois un déplacement saisonnier de faible amplitude et des « contrats de fumure ». Dans tous les cas, il y a une augmentation de la marche journalière du troupeau. Mais, cette dépense énergétique est, de l’avis des éleveurs, largement compensée par le bon état d’embonpoint des animaux et une amélioration significative de la qualité du lait (augmentation de la teneur en matière grasse et de la qualité organoleptique du lait) (Kagoné, 2000). Chez les agriculteurs-éleveurs, une partie des pailles de céréales et la totalité des fanes de légumineuses sont collectées et stockées pour l’alimentation des animaux de trait et d’embouche notamment. Des cas de vente de résidus culturaux sont aussi observés dans les régions sahéliennes et nord-soudaniennes.

Les quantités de résidus culturaux potentiellement disponibles par zone agrobiologique sont consignées dans le tableau 5. Celles-ci sont déterminées en multipliant la production en grains ou graines par le ratio paille/grains, estimé à 3 pour le mil et le sorgho, 2 pour le maïs, 1,5 pour le niébé et l’arachide et 1 pour le voandzou (Zongo,1997 cité par Savadogo, 2000). L’entièreté de ces résidus culturaux n’est pas réservée à la seule alimentation animale. Une partie est aussi utilisée à des fins domestique, agronomique et énergétique sans compter la destruction par le feu et les termites. Au regard de toutes ces pertes, il est généralement admis que seulement le tiers de la production potentielle est consommable par le bétail. La durée moyenne d’exploitation pastorale des résidus culturaux est de 3 mois.

Tableau 5. Disponibilités en résidus culturaux et capacités d’accueil par zone agrobiologique selon le mode de gestion extensive (adapté de Savadogo, 2000).

Zones agroécologiques

Résidus culturaux en milliers de tonnes de kg MS

Capacité d’accueil en UBT
Céréales Légumineuses Totaux Consommables
Sahel 499 11 510 170 301 954
Sub-sahel 873 99 972 324 575 488
Nord-soudan 3 931 431 4 362 1 454 2 582 591
Sud-soudan 1 872 170 2 042 681 1 209 591
Total 7 175 711 7 886 2 629 4 932 624

Les résidus culturaux possèdent une valeur alimentaire acceptable, au moment où les pâturages sont très pauvres en protéines brutes notamment. Le tableau 6, synthétisé par Savadogo (2000), présente les valeurs nutritives des résidus culturaux. Les fanes de légumineuses sont naturellement plus riches en protéines et possèdent une concentration énergétique plus élevée que les résidus de céréales. En outre, le tableau met en évidence une faible digestibilité des résidus de céréales. Il conviendrait donc d’améliorer les caractéristiques chimiques des pailles de céréales en procédant à leur traitement à l’urée par exemple ou à une complémentation à l’aide de blocs multinutritionnels (Chenost et Kayouli, 1997). En effet, il est important de se pencher sur la valorisation des résidus culturaux parce que leurs disponibilités croissent au fil des ans au détriment des pâturages naturels.

Tableau 6. Valeurs alimentaires des résidus culturaux.

Résidus culturaux

MO ( % MS)

PB ( % MO)

EM (MJ/kgMO)

MOD

Fanes de légumineuses

 

Niébé

88-92 13,9-21,7 9,2-11,7 58-74

Arachide

85-90 8,5-25,3 8,7-10,8 55-68

Voandzou

84-92 5,5-10,1 7,9-9,5 50-60

Pailles de céréales

 

Maïs

87-95 4,6-6,5 6,3-8,7 40-55

Mil

89-93 4,8-9,3 4,6-10,0 29-63

Riz

77-86 2,3-8,6 6,7-9,0 42-57

Sorgho

90-94 2,8-7,0 6,8-10,3 43-65
MO = matière organique ; MS = matière sèche ; PB = protéines brutes ; EM = énergie métabolisable estimée à partir de la matière organique digestible (1 g de MOD équivalent à 15,8 kJ d’EM). Source : Savadogo (2000).

Les cultures fourragères

L’amélioration de la disponibilité et de la qualité des fourrages a constitué une préoccupation pour les responsables de l’élevage depuis les années cinquante au Burkina Faso. Ainsi, selon Dianda et Vokouma-Tapsoba (1998), plusieurs programmes d’expérimentation et de vulgarisation ont été conduits tels que :

  • le programme élargi d’assistance technique de la FAO qui a expérimenté, en 1950, une vingtaine d’espèces de légumineuses et de graminées dans les stations d’élevage de Samandéni, de Banakélédaga et dans la cour du Service de l’Elevage de Bobo-Dioulasso ;
  • le programme d’essais sur des légumineuses et des graminées conduit en 1965 à la station d’élevage de Markoye en zone sahélienne ;
  • le programme « cultures fourragères » de l’Institut de Recherches Agronomiques Tropicales (IRAT) dont les tests de comportement ont démarré en 1961 dans les stations de Saria (zone nord-soudanienne) et de Farako-Ba (zone sud-saoudanienne) ;
  • les expérimentations sur les cultures fourragères conduites entre 1971 et 1985 à la vallée du Kou et au Sourou par le Centre d’Expérimentation sur le Riz et les Cultures Irriguées (CERCI) ;
  • les essais de comportement réalisés par l’Autorité de l’Aménagement des Vallées des Voltas (AVV) sur des espèces fourragères améliorantes à Bane (région du sud-est) ;
  • le programme « Développement des cultures fourragères et améliorantes » du CILSS et de la FAO conduit en régions sahéliennes du Burkina Faso, du Mali et du Niger.

Plus récemment, l’Institut de l’Environnement et de Recherches Agricoles (I.N.E.R.A.), le Centre International de Recherche-Dévelopement de l’Elevage en zone Sub-humide (CIRDES) et le Programme d’Appui aux Aménagements Pastoraux (PAAP) ont expérimenté ou vulgarisé des cultures fourragères à l’échelle régionale ou nationale.

Parmi les espèces qui ont été expérimentées ou vulgarisées de 1950 à nos jours, celles qui sont adaptées aux conditions éco-climatiques du Burkina sont consignées dans le tableau 7. Malgré ces résultats fort intéressants, la pratique des cultures fourragères reste timide. Seules des espèces fourragères telles que la dolique (Lablab niger), le niébé fourrager à double fin (alimentaire et fourrager) et le Mucuna (Mucuna sp.) ont été assez bien adoptées par les producteurs. Malgré tout, les superficies emblavées en cultures fourragères restent très faibles, moins d’un ha pour les exploitations qui les pratiquent. Dans la zone pastorale aménagée de la Nouhao, Sanon (1987) a observé une taille moyenne des parcelles individuelles de légumineuses fourragères de 0,25 à 0,50 ha, avec une productivité de 3,5 tonnes de MS à l’ha.

Les difficultés majeures d’adoption des cultures fourragères sont de trois ordres : le problème foncier, le problème de temps dans le calendrier cultural et le problème lié à la multiplication semencière. La faible disponibilité des terres de cultures favorise systématiquement les emblavements céréaliers au détriment des parcelles fourragères pérennes. Dans un environnement incertain comme c’est le cas dans les régions sahéliennes et sub-sahéliennes, la stratégie de gestion des risques commande que le producteur accorde la priorité sinon l’exclusivité aux cultures vivrières. Dans ce sens, on observe que les producteurs de ces régions adoptent plus facilement le niébé à double fin que les cultures fourragères strictes.

Le calendrier cultural des espèces fourragères est pratiquement le même que celui des céréales. Il se pose alors un problème d’allocation de la main d’œuvre qui se fait au détriment de la culture fourragère.

Enfin, la faible disponibilité en semences constitue la contrainte numéro un au développement des cultures fourragères. En effet, la demande est largement supérieure à l’offre nationale et les coûts d’importation sont prohibitifs. L’essor de tout programme fourrager devra donc passer par la maîtrise de la production semencière. Un tel programme devra cibler les systèmes péri-urbains à vocation laitière ou d’embouche, les systèmes agropastoraux disposant d’un noyau laitier, d’animaux d’embouche ou possédant des animaux de trait et le système d’élevage en zone pastorale aménagée.

Tableau 7. Adaptation des espèces fourragères selon les zones agroécologiques.

Zones agroécologiques

Graminées

Légumineuses

Sahel
(< 400 mm)

Andropogon gayanus

Cenchrus ciliaris cv. Biloela

Cenchrus ciliaris cv. Gayndah

Pennisetum pedicellatum

Alysicarpus ovalifolius

Macroptilium atropurpureum

Macroptilium lathyroïdes

Stylosanthes hamata

Vigna unguiculata

Sub-sahel
(400-600 mm)

Andropogon gayanus

Pennisetum pedicellatum

Sorgho fourrager R10

Zea mays GC4 (maïs fourrager)

Alysicarpus ovalifolius

Lablab niger

Macroptilium atropurpureum

Mucuna sp.

Niébé fourrager IAR7

Niébé fourrager IT80D994

Nord-soudan
(600-900 mm)

Andropogon gayanus

Panicum maximum C1

Pennisetum pedicellatum

Rottboellia exaltata

Sorgho fourrager R10

Aeschynomene histrix

Crotalaria intermedia

Crotalaria juncea

Lablab niger

Mucuna sp.

Mucuna pruriens cv utilis

Niébé fourrager IAR7

Stylosanthes gracilis

Stylosanthes guianensis CIAT 136

Sud-soudan
(> 900 mm)

Andropogon gayanus

Brachiaria ruziziensis

Cenchrus ciliaris cv. Biloela

Chloris gayana

Echinochloa stagnina

Melinis minutiflora

Panicum maximum C1

Pennisetum purpureum, cv Napier

Sorgho fourrager cv «Rio»

Zea mays GC4

Aeschynomene histrix

Cajanus cajan

Centrosema spp.

DolLablab niger

Neonotonia wightii

Macroptilium artropurpureum

Macroptilium lathyroïdes

Mucuna sp.

Phaseolus aureus

Stylosanthes hamata cv Verano

Stylosanthes guianensis CIAT 136


6. Amélioration des ressources pastorales

Aménagement des zones pastorales

La stratégie d’aménagement des zones pastorales entreprise par le Gouvernement vise à sédentariser les élevages transhumants, à sécuriser les activités d’élevage pastoral, à améliorer la productivité des troupeaux et à gérer rationnellement les pâturages naturels. Cette approche tire ces fondements de la crise écologique survenue dans les pays du Sahel depuis les années soixante dix. Les grandes sécheresses avaient alors décimé 25  pour cent (1972-1973) et 12  pour cent (1983-1984) du cheptel national et ruiné beaucoup d’éleveurs dans les zones sinistrées (Meyer, 1989).

Le bilan de 25 ans d’aménagement de zones pastorales fait ressortir des acquis certains mais insuffisants aux plans de la sécurité foncière et de la gestion des parcours. L’aménagement des zones pastorales a consisté surtout à la délimitation physiques des zones, l’installation des éleveurs, la mise en place d’infrastructures hydrauliques, zoo-sanitaires, de pistes pare-feu et de fermettes. Ces aménagements permettent une valorisation efficace de l’espace pastoral et des ressources fourragères.

Elaboration de la loi d’orientation sur le pastoralisme

L’insécurité foncière constitue la principale contrainte de l’élevage pastoral au Burkina Faso (MINISTÈRE DES RESSOURCES ANIMALES, 2000). Elle se traduit par :

  • une progression du front agricole au rythme annuel de plus de 3  pour cent (en particulier dans les bas-fonds), privant ainsi les troupeaux de pâturages et de points d’abreuvement de saison sèche ;
  • une réduction globale des terres de parcours ;
  • une obstruction des pistes à bétail ;
  • des conflits plus nombreux et plus violents entre agriculteurs et éleveurs.

Face à cette situation de précarité, le Ministère des Ressources Animales a entrepris, avec l’appui du PNUD et de la FAO, un processus d’élaboration d’une loi d’orientation du pastoralisme. Cette loi a pour objet de fixer les principes et les modalités juridiques visant à favoriser le développement durable, paisible et intégré des activités agro-sylvo-pastorales.

Opération de fauche, conditionnement et conservation des fourrages naturels

Depuis 1998, le Ministère des Ressources Animales a élaboré et mis en œuvre un vaste programme dénommé « Opération de fauche, de conditionnement et de conservation des fourrages naturels ». Cette opération d’envergure nationale vise à vulgariser les techniques de fanage, de mise en bottes et de conservation au fenil des fourrages naturels et cultivés. Elle contribue donc à soustraire une partie de la biomasse de la destruction par les feux de brousse et à alimenter les animaux avec des fourrages de qualité. En outre, elle permet aux éleveurs de gérer rationnellement leurs stocks de fourrages grâce à la quantification des stocks et à des prévisions plus adéquates.

Au cours des campagnes 1999 et 2000, les stocks de fourrages réalisés dans le cadre de cette opération ont été respectivement de 7 490 tonnes et 4 500 tonnes de foin. Au regard de ces quantités insignifiantes, on peut dire qu’il existe une marge de progression et que les efforts de vulgarisation devront se poursuivre.

Association culturale céréales-légumineuses fourragères

Malgré la mise en œuvre d’expérimentations concluantes et des programmes de vulgarisation spécifiques, les cultures fourragères stricto sensu ont été très peu adoptées par les producteurs pour les raisons évoquées plus haut. Pour contourner les problèmes foncier et d’allocation de main d’œuvre, des essais d’association culturale céréale-cultures fourragères sont en cours. Ainsi, la SNV (Coopération nérlandaise au développement) en collaboration avec la Direction Régionale des Ressources Animales des Hauts Bassins, a entrepris des expérimentations sur l’association culturale maïs-dolique (Traoré et Coulibaly, 1999).


7. Organismes de recherche et de développement impliqués dans le pastoralisme

Structures de recherche

Institut du Développement Rural / Université Polytechnique de Bobo-Dioulasso

Il est chargé de la formation des cadres supérieurs de développement rural, à savoir les ingénieurs agronomes, forestiers et d’élevage. En outre, il mène des recherches sur plusieurs aspects dont celui des ressources fourragères.
Contact : Prof. Chantal Kaboré-Zoungrana. Nutritionniste animal, ses recherches portent sur la composition chimique et la valeur alimentaire des fourrages herbacés et ligneux.
Tél. (226) 97 33 72 / (226) 80 11 47
E-mail : zoungrana.kabore@univ-ouaga.bf

Centre International de Recherche-Développement sur l’Elevage en Zone Subhumide (CIRDES). 01 BP 454 Bobo-Dioulasso 01, Burkina Faso. Tél. (226)97 22 87
Fax (226) 97 23 20

Le CIRDES est une structure de recherche sous-régionale axée sur la lutte contre la trypanosomiase animale africaine (TAA), à savoir la trypanotolerance animale et la lutte biologique contre les vecteurs. Il contribue ainsi à assainir les pâturages soudaniens de l’infestation glossinaire. Par ailleurs, ce Centre conduit des programmes de recherche sur les pâturages et les cultures fourragères.
Contact : Augustin KANWE, biochimiste, nutritionniste.

Institut de l’Environnement et de Recherches Agricoles (IN.E.R.A.) / Département Productions Animales, 03 BP 7192 Ouagadougou 03, Burkina Faso. Tél. (226) 31 92 29 ;
E-mail : pa@fasonet.bf.

L’I.N.E.R.A. est la structure nationale qui conduit des programmes de recherche sur l’élevage. Son Département Production Animale (DPA) mène, entre autres, des recherches dans le domaine du pastoralisme et des ressources fourragères (pâturages naturels, cultures fourragères, résidus culturaux).

Contacts : Dr ir Hamadé Kagoné, agropastoraliste, chercheur en gestion des systèmes pastoraux, avec utilisant des technologies de la géomatique (GPS, SIG).
Tél. (226) 24 62 45 / 37 04 09 ; E-mail : hamade.kagone@mra.gov.bf

Ir Hadja Oumou Sanon, ingénieur de recherche, dont les travaux portent sur l’inventaire et l’exploitation des pâturages naturels, ainsi que la production de semences de cultures fourragères en zone sud-soudanienne du Burkina Faso.

Structures de développement

Direction des Aménagements Pastoraux et du Foncier (DAPF).
La DAPF a en charge les orientations et le suivi des questions relatives au pastoralisme dont la transhumance et aux aménagements pastoraux.
Contact : Ir Salifo Tiemtoré, Directeur. 01 BP 03 BP 7126 Ouagadougou 03, Burkina Faso ;
Tél. (226) 31 74 45 / 31 10 76 ; Fax (226) 31 84 75.

Direction de la Production et des Industries Animales (DPIA).

Cette direction s’occupe, entre autres, des aspects d’intensification fourragère pour accompagner la mise en œuvre des systèmes améliorés d’élevage (élevages laitiers périurbain, embouche bovine et ovine). Ainsi, elle assure la promotion des cultures fourragères et celle de la fauche, du conditionnement et de la conservation des fourrages (naturels et cultivés).
Contact : Ir Michel Ouédraogo, Directeur, 03 BP 7126 Ouagadougou 03, Burkina Faso.
Tél. (226) 31 74 76 / 30 66 68 ; Fax (226) 31 84 75 ; E-mail : dpia@fasonet.bf.

Programme d’Appui aux Aménagements Pastoraux (PAAP)
Financé par le 7è FED et l’Etat burkinabé, ce Programme vise l’amélioration quantitative et qualitative des aménagements pastoraux par l’élaboration de normes et de référentiels techniques. En outre, il contribue à la vulgarisation des cultures fourragères par l’appui à la production et à la distribution des semences.
Contact : Ir Edith Vokouma/Tapsoba, Chef de Programme. 03 BP 7026 Ouagadougou 03 ;
Tél. (226) 31 10 76. Fax (226) 31 84 75 E-mail : vokoumaedith@hotmail.com.


8. Références bibliographiques

Barry S., Illy L., Kargougou I., Kondé M., Ouédraogo S., Parkouda S., Sana G.A. et Yamégo D. (1998). Etude sur la typologie des exploitations agricoles familiales et adoption d’une nouvelle stratégie agricole. Rapport définitif. Ouagadougou, FAO, 149 p.+annexes.

Boulet R. (1976). Notice et carte des ressources en sol de la Haute-Volta en 5 coupures au 1/500 000. ORSTOM, Paris.

Chenost M. et Kayouli C. (1997). Utilisation des fourrages grossiers en régions chaudes. (Etude FAO - Production et santé animales - 135).Consulté sur Internet le 28/06/00 au site : http:/www.fao.org/docrep/w4988f05.htm.

Dianda N.P. et Vokouma-Tapsoba E. (1998). Cultures fourragères au Burkina Faso : expériences du Programme d’Appui aux Aménagements Pastoraux. In Godet G., Grimaud P. et Guérin H. (eds) Cultures fourragères et développement durable en zone subhumide. Actes de l’atelier régional, Korhogo, Côte d’Ivoire, 26-29 mai 1997, pp 109-116.

Fontès J. (1983). Essais cartographiques de la végétation par télédétection. Quelques exemples pris en Haute-Volta. Thèse de doctorat de 3ème cycle, Université Paul Sabatier, Toulouse, 179 p.+annexes.

Fontès J. et Guinko S. (1995). Carte de la végétation et de l’occupation du sol du Burkina Faso. Notice explicative. Toulouse, Institut de la Carte Internationale de la Végétation ; Ouagadougou, Institut du Développement Rural - Faculté des Sciences et Techniques, 67 p.

Guinko S. (1984). Végétation de la Haute-Volta. Thèse de Doctorat d’Etat, Université de Bordeaux III, 394 p.+annexes.

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Kagoné H. (2000). Gestion durable des écosystèmes pâturés en zone nord-soudanienne du Burkina Faso. Thèse de doctorat, Faculté Universitaire des Sciences agronomiques de Gembloux (Belgique). 236 p.+ annexes.

Lhoste Ph., Dollé V., Rousseau J. et Soltner D. (1993). Manuel de zootechnie des régions chaudes. Les systèmes d’élevage. (Collection et précis d’élevage). Paris, Ministère de la Coopération, 288 p.

Meyer J.F. (1989). Les sécheresses de 1972 et 1983 au Burkina Faso et leurs conséquences sur l’élevage. 43 p.

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Ministère des Ressources Animales (2000). Plan d’actions et programme d’investissements du secteur de l’élevage au Burkina Faso. Diagnostic, axes d’intervention et programmes prioritaires. 192 p.

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Sanon Y., El Hamrouni A., Kagoné H. et Ouédraogo B. (1995). Etat des connaissances sur les écosystèmes pastoraux du Burkina Faso. Ouagadougou, Ministère de l’Agriculture et des Ressources Animales/PNUD/FAO, 74 p.

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Touré S.M., Ferrara B., Lopez G., Mattioli R., Barbera S. et Disset R. (1985). Etude générale de l’élevage au Burkina Faso. Ouagadougou, FAO, 108 p.

Toutain B., Compaoré A., Ouadba J.M., Kagoné H. et Dialllo S. (2001). Mission d’appui scientifique « transhumance ». Rapport CIRAD-EMVT n°01-43. Montpellier, CIRAD-EMVT, 75 p.

Traoré N. et Coulibaly A. (1999). Evaluation des activités de recherche-action sur la production fourragère dans trois GVE de l’UEPL : Sagassiamasso, Sogossagasso et Yéguéresso. Eléments de synthèse et perspectives. Bobo-Dioulasso, SNV, 14 p.

Zoungrana I. (1991). Recherches sur les aires pâturées du Burkina Faso. Thèse d’Etat, Université de Bordeaux III, UFR Aménagement et Ressources Naturelles, 277 p.+ annexes.


9. CONTACT

Ce profil a été préparé en novembre 2001 par Dr Hamadé KAGONE, chercheur en gestion des systèmes pastoraux à l’Institut de l’Environnement et de Recherches Agricoles (IN.E.R.A.). Une mise à jour périodique de ce profil pourrait être assurée par l’auteur. Pour plus d’informations sur les ressources pastorales au Burkina Faso, contactez l’auteur à l’adresse suivante :

Dr ir Hamadé Kagoné
IN.E.R.A.
06 BP 9129 Ouagadougou 06
Tél. (226) 24 62 45
E-mail : hamade.kagone@mra.gov.bf

[Document édité par J.M. Suttie en Décembre 2001]