5. Les Ressources pastorales

En se basant essentiellement sur les quantités de précipitations et accessoirement sur les conditions édaphiques on peut subdiviser la Mauritanie en 6 unités pastorales (Kane M. 1996): le domaine saharien, le sahel subdésertique, le sahel typique, la bordure sahélo-soudanienne, la vallée du fleuve et les pâturages des terres salées.

Le domaine saharien :

Il correspond à la zone aride. Située au nord de l’isohyète 150 mm, cette unité couvre à peu près les deux tiers du pays. La structure de la végétation désertique comprend souvent une couche discontinue d’arbustes appartenant à différents genres et une ou plusieurs couches de Graminées et d’autres herbes. Toutefois la couverture végétale n’est pas homogène. Cette végétation est caractérisée encore par une faible densité de plantes.

·          Les ergs ensablés : la végétation psammophile est largement représentée car les ergs occupent un espace non négligeable du territoire national. Ils sont caractérisés par une pseudo-steppe dominée par Stipagrostis pungens. Les principales espèces qui lui sont associées sont : Calligonum comosum, Cornulaca monocantha, Farsetia stylosa  et Cyperus conglomeratus.

Les barkhanes, quasiment dépourvues de couvert végétal ont une capacité de charge nulle.

·          Les regs caillouteux : sont caractérisés par un groupement très diffus dominé par : Acacia tortilis ssp. raddiana et Hammada scoparia (Mint Soueidatt Fatimetou 1988). Leur principal associé est Pergularia tomentosa.

·          Les regs ensablés : sont caractérisés par une steppe à Aerva javanica et Fagonia oliveri. La strate herbacée est très largement dominée par les Aristideae notamment Aristida mutabilis.

·          Les regs argilo-sableux : sont caractérisés par une steppe à Nucularia perrini formation de loin la plus importante. Elle est souvent accompagnée par Salsola baryosma. La strate herbacée est dominée par Stipagrostis acutiflora. Ce pâturage est très apprécié par les dromadaires.

·          Les dépressions et lits d’oueds : sont de vastes étendues de regs dont la conformation permet de recueillir les eaux qui ruissellent après les faibles pluies. Ces milieux hébergent des steppes arbustives formées par une ou plusieurs des espèces suivantes : Acacia ehrenbergiana, Acacia tortilis, Maerua crassifolia, Balanites aegyptiaca, Capparis decidua, Boscia senegalensis, Calligonum comosum, Panicum turgidum et Cymbopogon schoenanthus.

·          Les plages et dunes littorales :  supportent un pâturage peu important en tant que ressource pastorale composé de : Tamarix spp. , Nitraria retusa, Atriplex halimus, Sporobolus spicatus, Polycarpaea nivea, et Sesuvium portulacastrum.

Dans l’ensemble la productivité de ces pâturages est faible.

Le Sahel sub-désertique :

Cette unité est comprise entre les isohyètes 150 et 200 mm et correspond à une étroite bande allant de Nouakchott à l’ouest à Tidjikja au centre. La limite sud de cette zone se situe à l’ouest vers le 17e parallèle et remonte au 18e au centre (FAO 2001). Elle est caractérisée par une très courte période active des pâturages. On y retrouve des groupements à Stipagrostis pungens et Acacia tortilis dans sa partie septentrionale.

·          Sur les dunes rouges à crêtes vives, on rencontre : Balanites aegyptiaca, Commiphora africana, Farsetia stylosa, Cyperus conglomeratus et Panicum turgidum. Ce pâturage très apprécié par les éleveurs est de bonne qualité jusqu’au début de la saison chaude.

·          Dans les dépressions interdunaires calcaires on rencontre : Maerua crassifolia, Capparis decidua, Leptadenia pyrotechnica, Fagonia oliveri, Panicum turgidum, Farsetia stylosa et Cyperus conglomeratus.

·          Sur les dunes côtières se développe une steppe à Euphorbia balsamifera, Commiphora africana, Acacia tortilis, Panicum turgidum, Cenchrus biflorus, et Tribulus terrestris. Ce pâturage est peu important pendant la saison sèche.

·          Les sables éoliens peu profonds sur roche gréseuse sont colonisés par un pâturage difficilement accessible à Euphorbia balsamifera, Boscia senegalensis, Aristida adscensionis et Tetrapogon cenchriformis.

·          Sur les regs ondulants à bas-fonds ensablés on rencontre Boscia senegalensis, Capparis decidua, Panicum turgidum, et Farsetia stylosa. Ses regs sont parsemés de dépressions argilo-limoneuses où l’on rencontre l’essentiel de la production herbacée.

Dans l’ensemble la productivité de ces pâturages est très faible plus particulièrement sur les dunes sableuses, mais elle est un peu plus élevée sur les pénéplaines sablo-limoneuses.

Le Sahel typique :

Il se situe approximativement entre les isohyètes 200 et 400 mm. La zone sahélienne s’étend d’ouest en est sur une bande large de 200 km. La limite nord de cette unité passe grossièrement selon l’axe Kaédi, le sud de Kiffa et Adel Bagrou à l’est (FAO 2001). La productivité de ces pâturages est variable selon les caractéristiques des sols. Le pourcentage de recouvrement de la strate herbacée sur les dunes sableuses fixes est de l’ordre de 40 pour cent  alors qu’il est d’environ 25 pour cent  sur les sols squelettiques plus ou moins recouverts par un épandage sableux.

·          Sur les dunes fixes on rencontre : Balanites aegyptiaca, Acacia senegal, Leptadenia pyrotechnica, Cenchrus biflorus, et Alysicarpus ovalifolius. C’est un excellent pâturage durant la saison des pluies et le début de la saison sèche.

·          Sur les sols sablonneux parfois légèrement limoneux on rencontre un pâturage très convenable pendant la saison d’hivernage et en début de saison sèche composé essentiellement de : Acacia senegal, Balanites aegyptiaca, Cenchrus biflorus, Aristida. mutabilis et Heliotropium bacciferum.

·          Dans les dépressions interdunaires  à substrat sablo-argileux se développe pendant l’hivernage une steppe herbacée composée de : Panicum turgidum, Aristida mutabilis, Cyperus conglomeratus, Euphorbia cordifolia, Farsetia stylosa, Aerva javanica, Fagonia oliveri, Pergularia tomentosa, Schoenfeldia gracilis, Aristida funiculata, Aristida mutabilis, Aristida adscensionis et Cenchrus biflorus. La végétation ligneuse comprend : Boscia senegalensis, Maerua crassifolia, Balanites aegyptiaca etc.

·          Les dunes côtières supportent une steppe à Acacia tortilis, Salvadora persica, Commiphora africana, Chloris prieurii et Aristida. mutabilis. Dans les interdunes on rencontre, Salvadora persica, Maytenus senegalensis, Borassus flabellifer, Cenchrus biflorus, Schoenfeldia gracilis et Aristida funiculata. Ce pâturage est utilisable pendant toute l’année.

·          Dans les fonds salés on rencontre, des steppes de suffrutescentes à Chenopodiacées localisées dans les fonds salés et renfermant : Arthrocnemum macrostachyum, Salsola baryosma, Salsola vermiculata et Zygophyllum fontanesii.

·          Dans les lits majeurs des oueds à substrat argileux ou sablo-argileux où s’accumulent les eaux de ruissellement après les pluies, se développent des prairies temporaires avec prédominance des annuelles. Le tapis herbacé est formé de Panicum laetum, Cassia tora, Eragrostis tremula, Pennisetum violaceum etc. La strate arbustive comprend entre autres : Ziziphus mauritiana, Acacia ehrenbergiana, Acacia seyal etc.

·          Sur les sols argileux à limono-sableux se développe une végétation luxuriante dans les lits majeurs des oueds dominée par Acacia scorpioides, Acacia seyal, Echinochloa colona et  Aeschynomene indica. Par suite de surpâturage les espèces peu comestibles comme Indigofera oblongifolia, Cassia tora, Spermacoce vermiculata et les Cyperaceae prolifèrent tandis que les espèces prisées par le cheptel comme les Graminées et les Légumineuses tendent à disparaître.

·          Les regs sahéliens stériles à Acacia ehrenbergiana, Balanites aegyptiaca, Acacia senegal et Schoenfeldia gracilis peu utilisables en saison sèche sont médiocres.

La bordure sahélo-soudannienne : 

Elle est caractérisée par un climat tropical sec de type sahélo-soudanais avec une pluviométrie étagée de 400 mm au nord à 500 ou 600 mm au sud. Elle correspond à toute la zone située au sud de l’isohyète 400 mm et particulièrement le sud du Guidimakha. Le groupement à Combretum glutinosum domine dans cette unité associé à Acacia senegal et Adansonia digitata. La strate herbacée forme un tapis dense avec Schoenfeldia gracilis, Eragrostis tremula et Andropogon gayanus. La productivité potentielle de ces pâturages varie selon le type de sol et la position sur la pente.

·          Sur les dunes fixes se développe un pâturage à Balanites aegyptiaca, Acacia senegal, Aristida mutabilis, Cenchrus bifloris, Dactyloctenium aegyptium et Sesamum alatum. Ce type de pâturage possède une capacité de charge réduite surtout pendant la saison sèche.

·          Sur les sols sableux situés à la base de plateaux, on rencontre : Combretum glutinosum, Acacia senegal, Sclerocarya birrea, Balanites aegyptiaca, Cenchrus biflorus, Aristida mutabilis et Indigofera aspera. Ce pâturage est convenable pendant toute l’année mais avec une capacité de charge réduite en saison sèche chaude.

·          Sur les sols sablo-limoneux on rencontre : Balanites aegyptiaca, Adansonia digitata, Combretum glutinosum, Aristida mutabilis, Eragrostis tremula, Indigofera senegalensis, Schoenfeldia gracilis et Zornia glochidiata. Ce pâturage est convenable pendant toute l’année mais sa capacité de charge est réduite en saison sèche chaude.

·          Sur les regs à sols lithiques et gravillonneux on rencontre Acacia seyal, Adansonia digitata, Schoenfeldia gracilis et Aristida mutabilis. Ce pâturage est de faible importance pendant la saison sèche.

·          Sur les flancs des plateaux à sols lithiques présentant des petits oueds on rencontre un pâturage extraordinaire mais peu accessible aux troupeaux composé essentiellement de : Commiphora africana, Pterocarpus lucens, Combretum glutinosum, Blepharis linearifolius, Aristida adscensionis, Andropogon gayanus et Tetrapogon cenchriformis.

·          Sur les sols argileux à limono-argileux on rencontre des forêts d’Acacia seyal, Maytenus senegalensis, Andropogon gayanus et Pennisetum. Ce type fournit un excellent pâturage de saison sèche.

La vallée du fleuve :

·          Les zones longuement inondables sont peuplées par un groupement monospècifique d’Acacia scorpioides pouvant supporter une immersion totale des racines de quelques mois. Les forêts d’Acacia scorpioides sont en voie de disparition à cause de leur utilisation intensive pour la fabrication de charbon de bois. Ces zones inondables supportent de ci de là des prairies aquatiques à Oryza barthii (Barry J. P.  1988). Après défrichement, ces zones sont colonisées par Vetiveria nigricans.

·          Sur les sols argileux inondables du fleuve Sénégal et ses affluents on rencontre Acacia scorpioides, Acacia seyal, Faidherbia albida, Mimosa pigra, Ziziphus amphibia, Echinochloa colona, Aeschynomene indica, Sphenoclea zeylanica, Alternanthera nodiflora, Lotus glinoides, Chrozophora senegalensis, Ipomoea aquatica etc. Dés le début de retrait des eaux (septembre), se forme une bande ininterrompue sur des kilomètres entiers de champs cultivés. Ce qui rend inaccessible les riches pâturages interstitiels qui seront exploités plus tard par les troupeaux sédentaires après la récolte. Ce type est un excellent pâturage de saison sèche.

Les pâturages de décrue sont très peu représentés en Mauritanie par rapport au Sénégal.

Les pâturages des terres salées :

On les rencontre surtout dans le littoral et principalement dans l’Aftout Es sahli dont le climat est atténué par l’action de l’alizé maritime et où la pluviométrie varie de 120 mm au nord à 300 mm au sud. Sur les sols argileux et salins se développe une végétation d’halophytes dont la composition est fortement influencée par le degré de salinité du sol.

·          Le delta du fleuve Sénégal supporte de vastes étendues en grande partie inondées lors des crues qui hébergent des peuplements souvent monospècifique de l’une des espèces suivantes : Typha australis, Phragmites sp., Cyperus sp., Sporobolus sp. et accessoirement Cressa cretica, Echinochloa colona et Paspalum vaginatus. On voit çà et là dans l’eau des fleurs de Nymphea lotus. On y rencontre des mangroves reliques de Rhizophora sp. et Avicenna africana.

·          Dans les sebkhas où les sols sont très salés, on trouve souvent un peuplement de Tamarix sp. et/ou Arthrocnemum macrostachyum.

·          En bordure des zones inondées, et en périphérie des sebkhas on rencontre : Arthrocnemum macrostachyum, Salsola baryosma, Salsola vermiculata Suaeda mollis, Cressa cretica etc. Autour des dépressions salées, on note une zonation de la végétation qui résulte de la nature et de la concentration des sols.

·          Les dunes littorales supportent une végétation ligneuse très diversifiée comprenant entre autres : Euphorbia balsamifera, Maytenus senegalensis, Tamarix sp., Nitraria retusa, Commiphora africana etc.

·          Sur les sables littoraux, se rencontre Ipomoea pes-caprae, Sesuvium portulacastrum, Alternanthera maritima, Cyperus maritimus etc.

Dans le dépressions salées de l’intérieur, on rencontre Nucularia perrini et Salsola baryosma. C’est un excellent pâturage de saison sèche. Cependant, il ne peut être toléré par les troupeaux que pendant une vingtaine de jours de suite à cause de sa salinité. Dans l’ensemble ces pâturages salés très appréciés par les dromadaires ont une productivité faible.

Ressources fourragères

Dans l’ensemble les ressources fourragères du pays sont variables dans le temps et discontinues dans l’espace. C’est grâce à la complémentarité entre les saisons et entre les différentes zones du pays que les troupeaux pâturent si les conditions climatiques sont favorables. Les pâturages naturels constituent la base de l’alimentation des ruminants qui y sont tributaires toute l’année.

Une des particularités du disponible fourrager de ces pâturages est leur grande variabilité saisonnière tant en quantité qu’en qualité.  En hivernage, les besoins énergétiques et azotés sont largement couverts ce qui explique le bon état des troupeaux et la production laitière satisfaisante. Par contre, en saison sèche, tous les pâturages fournissent des rations déficitaires en azote et en énergie, à tel point que tous les animaux vivant  sur ces pâturages devraient maigrir et périr (Boudet G. et Duverger E. 1961).

La valeur fourragère varie d’une espèce végétale à une autre et pour la même espèce elle est variable suivant l’époque et le stade de développement. L’appétibilité des plantes est un caractère relatif. Une même espèce peut être recherchée ou délaissée en fonction de la saison, de l’âge des plantes, de la composition floristique du pâturage dans lequel elle se trouve ou de l’espèce herbivore.   (Annexe 1, Ould Soulé A. 1995, 1998). Ainsi suite au surpâturage, les espèces non comestibles ou espèces indésirables prolifèrent (UNESCO 1961).

Les ressources fourragères stables sont formées essentiellement par les strates arbustives et arborées. En effet, pendant la saison sèche et en particulier pendant la période pré-humide (période critique), les ligneux par leurs parties vertes et fruits constituent la principale sinon l’unique source en matières azotées indispensables à la constitution d’une ration équilibrée. Les arbres ou arbustes qui restent verts toute l’année ou qui conservent leurs feuilles vertes au cours de la période critique (Combretum glutinosum, Balanites aegyptiaca, Faidherbia albida, Salvadora persica, Piliostigma reticulatum, Piliostigma rufescens, Indigofera oblongifolia etc.), les lianes arbustives (Cocculus pendulus, Leptadenia hastata, Leptadenia arborea, Ephedra sp. etc.) et les épiphytes comme le Tapinanthus sp. fournissent un apport alimentaire de qualité alors que les herbacées annuelles ne fournissent qu’un lest dont la valeur nutritive (protéique et énergétique) est médiocre. Quant aux herbacées vivaces (Panicum turgidum, Andropogon gayanus, Aristida pungens, Vetiveria nigritana etc.), elles fournissent également un apport alimentaire de qualité.

Les ressources fourragères variables sont tributaires des pluies estivales qui sont irrégulières et aléatoires.  Les pâturages herbacés dépendent étroitement de la quantité des précipitations et de leur répartition temporelle. Les pluies doivent tomber régulièrement, sans hiatus important, pour permettre aux herbes d’effectuer un cycle complet de la germination à la floraison et à la maturation des graines. Les ressources fourragères variables traduisent avec précision la nature des précipitations. La rareté, l’insuffisance et la mauvaise répartition des pluies limitent la production fourragère.

L’exploitation des pâturages par des troupeaux composés d’espèces différentes se comportant de manières différentes vis à vis des aliments : les bovins broutent l’herbe à une certaine hauteur, les ovins les cisaillent au ras du sol tandis que les caprins s’alimentent de préférence à partir d’arbustes et de buissons et que les camelins consomment les feuilles des arbres et arbustes, permet une meilleure valorisation des parcours.

Comme les ressources fourragères, les ressources hydrauliques auxquels sont étroitement liés les parcours des animaux sont variables dans le temps et discontinues dans l’espace. Les ressources hydrauliques stables sont formées par le fleuve Sénégal, les lacs de Rkiz et de Mâl, et les nappes profondes qui alimentent les puits et forages. Elles constituent, l’élément permanent et l’ultime recours pendant la saison sèche.

Quant aux ressources hydrauliques variables, elles sont également tributaires des pluies estivales. Elles sont constituées par les eaux de surface (mares, oueds etc.) et les nappes superficielles rechargées annuellement par infiltration des eaux de pluie, qui alimentent les puisards souvent asséchés en fin de saison sèche (mai-juin).

Les parcours des animaux sont déterminés par les disponibilités fourragères naturelles et les disponibilités hydrauliques. Pendant l’hivernage ces ressources sont généralement satisfaisantes, par contre pendant la saison sèche  les parcours sont souvent limités par le déficit de l’une sinon des deux ressources.

La réalisation de forages et de puits au cours des dernières décennies a entraîné une modification profonde des conditions de parcours. Les troupeaux se maintiennent longtemps sur les aires pâturées prélevant ainsi une quantité de végétation largement supérieure à la production annuelle. Ainsi, des auréoles concentriques se dessinent autour de certains forages et puits à partir d’une plage centrale totalement dénudée. La dénudation du sol est due au surpâturage provoquant le piétinement  et le tassement du sol.

Le potentiel des pâturages

Le potentiel sylvopastoral (Tableau 6) est très important (13 848 000 d’ha soit environ 14 %  de la superficie totale du pays) mais reste handicapé par les surcharges pastorales résultant notamment de la non-accessibilité de certaines zones pastorales du fait du manque d’installations hydrauliques pastorales.

Les données statistiques non totalement maîtrisées indiquent que les 13 848 000 ha de pâturages produisent environ 6,3 milliards d’unités fourragères (UF) correspondant aux besoins de 2,5 millions d’unités bétail tropical (UBT) sur la base de 2 500 UF/UBT/an ; or l’effectif du cheptel national est de 3,5 millions d’UBT ce qui indique un large dépassement de la capacité de charge de l’écosystème pastoral (Nations Unies 2001). Ce calcul de la charge théorique ne tient pas compte de la contribution de l’alimentation du bétail des arbres fourragers (pâturages aériens). Pour éviter la destruction de cet écosystème, la gestion rationnelle des parcours s’impose. Cette gestion doit assurer une bonne alimentation des animaux et permettre aux plantes annuelles et pérennes de se régénérer.

La production de la phytomasse des parcours mauritaniens est fortement dépendante des conditions climatiques. Elle est variable d’une wilaya à l’autre et est fonction de la pluviométrie annuelle et de la superficie de la wilaya. A partir des estimations de la phytomasse et les calculs de la capacité de charge par Wilaya, il apparaît que le bilan fourrager est globalement positif avec un excédent d’environ 8,3 pour cent  par rapport aux besoins totaux des ruminants. Cependant, ce bilan est négatif dans 6 Wilaya (Tableau 7). Les Wilaya des deux Hodhs, l’Assaba et l’Adrar totalisent à elles seuls les trois quarts du potentiel fourrager national.

Tableau 6 : Potentiel sylvopastoral de Mauritanie (Nations Unies 2001).

Wilaya

Superficie (km2)

Potentialités (milliers d’hectares)

TOTAL

(Milliers ha)

Sylvopastorales

Forêts classées

District  Nouakchott

120

-

-

-

Hodh Chargui

182 700

3 500

0

3 500

Hodh Gharbi

53 400

3 000

1,5

3 001,5

Assaba

36 600

2 500

16

2 516

Gorgol

13 600

1 100

4,5

1 104,5

Brakna

33 000

1 300

9

1 309

Trarza

67 800

1 000

8,5

1 008,5

Adrar

215 300

-

-

-

Dakhlet Nouadhibou

17 800

-

-

-

Tagant

95 200

700

6

706

Guidimakha

10 300

700

2,5

702,5

Tiris Zemmour

258 580

-

-

-

Inchiri

46 300

-

-

-

TOTAL

1 030 700

13 800

48

13 848


Tableau 7 : Bilan fourrager du cheptel mauritanien (FAO 2001).

Wilaya

Pluviométrie (mm)

Phytomasse consommable (T/MS)

Besoins MS en T

Bilan MS en T

Pâturage herbacé

Pâturage aérien

Total production

   

D. Nouakchott

-

-

-

-

-

-

Hodh Chargui

242

2 174 040

549 000

2 723 040

1 750 517,4

972 522,6

Hodh Gharbi

204

1 268 784

320 400

1 589 184

1 324 992,5

264 191,5

Assaba

216

923 967

233 3258

1 157 292

1 011 510,9

145 781,1

Gorgol

240

383 724

96 900

480 624

663 364,9

-182 740,9

Brakna

220

343 035

111 375

454 410

740 700,3

-286 290,3

Trarza

225

548 163

177 975

726 138

7016 755

9 363

Adrar

132

852 588

484 425

1 337 013

526 594,8

810 418,8

D. Nouadhibou

22

528,7

401

929,2

0

929,2

Tagant

154

60 588

34 425

95 013

500 837,9

-405 824,9

Guidimakha

321

333 102

75 705

408 807

785 329

-376 522

Tiris Zemmour

64

7 722,4

5 850

13 572,8

165 010,6

-151 437,8

Inchiri

88

125 433

71 269

196 701,8

288 947

-92 245,3

TOTAL

7 021 675

2 161 050

9 182 725

8 474 580,5

708 144,2

Les cultures fourragères

En Mauritanie l’alimentation du bétail est essentiellement tributaire des ressources fourragères des parcours naturels. Si pendant l’hivernage ces parcours fournissent un apport alimentaire très satisfaisant, pendant la saison sèche les pailles restantes de faible valeur nutritive ne sont pas suffisantes pour couvrir les besoins d’entretien des animaux. Dans le Nord où les conditions sont difficiles, les agro-éleveurs qui ont bien compris la nécessité de fournir au bétail (chèvre surtout) une complémentation alimentaire pendant les périodes de disette pratiquent des cultures fourragères (surtout la luzerne) entre les palmiers-dattiers. Par contre dans le Sud où les conditions sont meilleures, les cultures fourragères qui n’étaient pas connues sont encore à l’état embryonnaire dans les périmètres irrigués. En effet, les essais de culture qui ont  été réalisés par des établissements publics et privés ont donnés des résultats encourageants. Plusieurs plantes fourragères ont été testées depuis des années. Les espèces les plus courantes sont : le niébé ISRA 66-35 (Vigna unguiculata), le dolique ou lablab  (Lablab purpureus ou  Dolichos lablab), le  Pois d’angole (Cajanus cajan), la luzerne (Medicago sativa), Panicum maximum, et le sorgho fourrager (Sorghum bicolor). Plusieurs autres espèces sont cultivées. Il s’agit de : Clitoria ternatea, Macroptilium lathyroides, Crotalaria juncea, Pennisetum sp. et Stylosanthes sp.

Toutes ces espèces sont potentiellement utilisables pour la diversification des cultures fourragères en Mauritanie. La plupart d’entre elles proviennent de zones humides. Ainsi lors de l’introduction il est souhaitable de cibler des zones climatiques à peu près similaires à nos conditions. Mais pourquoi n’a t - on pas testé des espèces locales. Pourtant parmi celles-ci certaines produisent un fourrage de qualité bonne à excellente. D’ailleurs les éleveurs connaissent bien ces espèces : Blepharis linearifolius, Astragalus vogelii, Neurada procumbens, Crotalaria saharae, Tribulus terrestris, Opuntia sp. etc.


6. Amélioration des Ressources Pastorales

D’une manière générale, malgré quelques évolutions positives obtenues grâce à l’appui apporté par l’état et  aux initiatives individuelles, l’élevage reste soumis à des fortes contraintes qui freinent la production et sa valorisation :

Contraintes

-          la difficulté de connaître avec précision la situation pastorale réelle,

-          la fluctuation dans le temps des ressources fourragères,

-          le manque de points d’abreuvements qui empêche parfois les éleveurs d’exploiter des parcours de bonne valeur fourragère,

-          la crise de juin-juillet et les déplacements quotidiens des animaux sur de longues distances à la recherche d’eau et de pâturages nuit la vigueur et la productivité des troupeaux,

-          la destruction des sous-produits agricoles par piétinement,

-          la divagation des animaux en milieu rural est souvent à l’origine de conflits entre éleveurs et agriculteurs. De même elle expose les animaux aux attaques par les prédateurs (surtout les petits ruminants),

-          la difficulté d’accès aux services vétérinaires,

-          la désertification des parcours périurbains.

Atouts

Cependant, sur le plan technique les systèmes d’élevage pratiqués en Mauritanie présentent un certain nombre d’avantages :

-          l’abondance du potentiel fourrager pendant l’hivernage,

-          la bonne connaissance des animaux et du milieu permettant aux éleveurs (nomades et transhumants) de maintenir leurs animaux en bon état et de réagir aux conditions climatiques et aux capacités fourragères,

-          le nomadisme et la transhumance favorisent la rotation des pâturages permettant ainsi d’éviter les carences alimentaires et l’impact des parasites,

-          l’élaboration d’un Code Pastoral fondé sur les règles et pratiques de libre accès aux ressources pastorales. Il doit réduire les conflits entre agriculteurs sédentaires et pasteurs, et rationaliser l’exploitation des pâturages.

Les principaux problèmes qui se posent à l’élevage en Mauritanie concernent essentiellement le domaine de la gestion des ressources pastorales. Pour contribuer à l’amélioration de ces ressources, les mesures suivantes pourraient être envisagées :

·          L’amélioration des pâturages naturels par la plantation ou la propagation par semis direct de plantes arbustives ou herbacées, exotiques ou indigènes de très haute valeur fourragère.

·          L’amélioration du régime alimentaire des animaux d’élevage surtout en saison sèche où la valeur protéique et/ou énergétique des pâturages naturels est dans l’ensemble très médiocre. Dans ce cadre les actions suivantes peuvent être entreprises :

-          La coupe du foin au moment opportun et l’ensilage sont des méthodes qui mériteraient d’être vulgariser car elles augmentent énormément la valeur du fourrage produit. En effet, L’abondance du potentiel fourrager pendant l’hivernage est sous-utilisé du fait que la pratique de la coupe et la conservation des graminées ne sont pas réalisées au moment opportun. Une action éducative pour encourager les éleveurs à pratiquer ces deux méthodes serait nécessaire.

-          L’introduction de cultures fourragères irriguées favorise la disponibilité de fourrage de qualité en saison sèche.

-          La distribution de compléments alimentaires (blé, tourteaux d’arachide etc.).

·          La protection des pâturages contre les feux de brousse et l’exploitation abusive des espèces ligneuses doivent être renforcées.

·          Le contrôle de la pâture pour mieux repartir la charge pastorale et la mise à disponibilité de nouvelles étendues pastorales par une multiplication des points d’eau pour une meilleure exploitation des ressources existantes. Dans ce cadre, il serait nécessaire de créer une structure qui sera chargée de la gestion des parcours des éleveurs.


7. Les Organismes de Développement et de Recherche impliqués dans le Pastoralisme

¨       Le Centre National de Recherches Agronomiques et de Développement Agricole (CNRADA) :

Siège :              Kaédi

B P :                 22

Tel :                  (00222) 5335377

E-mail :             cnrada@mauritel.mr

Contact :          Messouda Mint Baham, Directrice

             Dia Amadou Tidjane Directeur adjoint

¨        La Direction de la Recherche, de la Formation et de la Vulgarisation (DRFV)

Siège :              Nouakchott

Contact :          Diarra Mamoudou, Directeur   

¨        Le Centre National d’Elevage et de Recherches Vétérinaires (CNERV)

Siège :              Nouakchott

B P :                 167

FAX :                 (00222) 5252803

Tel :                  (00222) 5252765

E-mail :             cnerv@opt.mr

Contact :          Diallo Boubacar Ciré Directeur du CNERV

¨        L’Ecole National de Formation et de Vulgarisation de Kaédi (ENFVA)

Siège :              Kaédi

Tel :                  (00222) 5335399

Contact :          Ahmed Ould Dah, Directeur

¨        La Direction de l’Environnement et de l’Aménagement Rural (DEAR)

Siège : Nouakchott

B P :                 171

FAX :                 (00222) 5250741

Tel :                  (00222) 5290115

Contact :          El Hadrami Ould Bah Nina, Directeur

¨        La Direction de l’Agriculture (DA)

                        Siège :             Nouakchott

Tel :                  (00222) 5257879

Contact :          Mohamed Ould El Ghoth, Directeur

Liste de personnes ressources

¨        Abdellahi Ould Mohamedou, Enseignant-Chercheur à la Faculté des Sciences et Techniques de Nouakchott

¨        Chouaïb Ould Abdellahi, Enseignant-Chercheur à l’Ecole Normale Supérieure de Nouakchott

¨        Kane Mamoudou, Chef de division Recherches Vétérinaires et Zootechniques (DRV)

¨        Sarr  Abdoul Oumar, Chef du Programme Cultures Irriguées/ Cultures Fourragères (CNRADA)


8. References Bibliographiques

Banque Africaine de Développement 1997 Profil environnemental de la Mauritanie. Geco-Conseils, Nouakchott, 66 pages.

Barry J. P. 1988 Approche Ecologique des Régions Arides de l’Afrique. Université de Nice/ ISS de Nouakchott. 107 pages.

Barry J. P. & Celles J. C. 1991 Flore de la Mauritanie. Université de Nice/ ISS de Nouakchott. Tomes 1 et 2.

Boudet G. et Duverger E. 1961 Etude des pâturages naturels sahéliens. Le hodh (Mauritanie). I.E.M.V.T. , Maisons Alfort.  160 pages.

Diagana M. Y. 1998 Contribution à l’étude de la dégradation du milieu naturel en Mauritanie et l’opportunité de reboisement à base d’espèces exotiques (Prosopis sp.) par rapport à une espèce locale (Acacia sp.). Mémoire de fin d’études pour l’obtention du diplôme de Postgrado. Université de Nouakchott/Université de Barcelone. 36 pages.

FAO 2001 Etude sectorielle de l’élevage 2001- Propositions pour une stratégie nationale et un plan cadre d’actions pour l’amélioration de la croissance de l’économie nationale et la réduction de la pauvreté. Rapport de préparation - version provisoire. Voulme I de III Texte principal et annexe 1.

Kane M. 1995 Les races d’animaux élevés en Mauritanie. Bulletin d’information sur les ressources génétiques animales N° 15 FAO (UNEP) pp 3-25.

Kane M. 1996 Consultation : Information sur le bétail, les pâturages et les marchés à bétail. Projet informations rurales (MAU/94/009/DRAP/MDRE-FAO/PNUD.

Marchés Tropicaux et méditerranéens 1998 La Mauritanie. Numéro hors série. 52 pages.

Mint Soueïdatt F. 1988 Contribution à l’analyse biogéographique de la Mauritanie. La végétation : analyse et diversité. Université de Nice/ ISS de Nouakchott. 35 pages.

Nations Unies 2001 Bilan commun de pays. Développement rural et sécurité alimentaire. Habitat, Eau et Environnement

Ould Ahmed Amou M. & al. 1996 Commercialisation du bétail et de la viande en Mauritanie. Mémoire de fin d’études pour l’obtention du diplôme de Postgrado.  Ecole Normale Supérieure de Nouakchott/Université de Barcelone. 48 pages.

Ould Ekeïbed M. A. 2001 Eléments de démographie. 10 pages.

Ould Soulé A. 1995 Utilisation de la flore de la Mauritanie. Cours de Postgrado Université de Nouakchott/Université de Barcelone.

Ould Soulé A. 1998  Noms vernaculaires de plantes de Mauritanie 12 Pages.

UNESCO 1961 Recherches sur la zone aride. Echanges hydriques des plantes en milieu aride ou semi-aride. Compte rendu de recherches. 250 pages.

Wa Nsanga 1982 Inventaire des ressources du sud-ouest mauritanien. USAID (contrat : AID/AAFR-C-1619) 391 pages.


9. Contacts

Ce document a été réalisé en Mars 2002 par Ahmedou Ould SOULE enseignant-chercheur à l’Ecole Normale Supérieure de Nouakchott. La mise à jour des données sur les systèmes pastoraux pourra être assurée.

Ahmedou Ould SOULE
Enseignant-chercheur à l’Ecole Normale
Supérieure de Nouakchott Mauritanie
B P 990
FAX: (+222) 5253172
Tel:      (+222) 5253184 (B)
            (+222) 6412834 (M)
E-mail: soule@univ-nkc.mr  ou  aideorg@yahoo.fr

[Editing of the profile undertaken by J.M. Suttie in September 2003]