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Ethiopie
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La République démocratique fédérale d’Ethiopie (Federal Democratic Republic of Ethiopia: FDRE) est un pays enclavé à l’intérieur de la corne de l’Afrique, bordé au nord par l’Erythrée, à l’ouest par le Soudan, au sud par le Kenya et à l’est par la Somalie et Djibouti; elle s’étend, sous les tropiques, entre 3°24` et 14°53` de latitude Nord et entre 32°42` et 48°12` de longitude Est (voir figure 1). Elle couvre une superficie de 1 120 000 kilomètres carrés et est subdivisée en neuf Etats régionaux, une administration et un conseil urbains. Les petits agriculteurs cultivent 8 pour cent (environ 10 millions d’hectares) des terres nationales et environ 3,1 millions d’hectares sont en jachère. La superficie totales des pâturages est, selon les estimations, de l’ordre de 61 à 65 millions d’hectares, dont 12 pour cent relevant de l’agriculture mixte et le reste consistant en zones pastorales (Alemayehu, 1998a; Ministry of Agriculture - MoA, 2000). La population est estimée aux alentours de 63 millions d’habitants, ce qui en fait le troisième pays le plus peuplé d’Afrique, derrière l’Egypte et le Nigéria. Le rapport mâle-femelle est presque de un homme pour une femme. 85,3 pour cent de la population vit en zone rurale, le reste en zone urbaine (CSA, 1999).
Figure
1. Carte de la situation géographique de l’Ethiopie. L’Ethiopie est culturellement et biologiquement diversifiée, parmi les quatre pays d’Afrique ayant le plus de vertébrés indigènes différents; 15 pour cent des 7 000 plantes vasculaires identifiées sont considérées endémiques. L’Ethiopie a aussi un arrière-plan ethnique et linguistique mêlé et divers: en effet, elle fait partie des 25 premiers pays du monde en matière de diversité linguistique locale. On y rencontre plus de 80 groupes ethniques, chacun avec sa propre langue, et environ 200 dialectes, cultures et traditions. Les quatre groupes linguistiques principaux sont les suivants: le sémitique, le kouchite, l’omotique et le nilo-saharien. L’un des champs les plus significatifs de la culture éthiopienne est sa littérature, principalement des textes religieux en grec ancien et hébreu traduit en ancien ge'ez, en langue ahmarique moderne et en tigrigna. Le ge'ez, l’une des langues les plus anciennes du monde, est encore utilisée par l’église orthodoxe éthiopienne, qui a ses propres coutumes et traditions et a été influencée par le judaïsme. Le secteur agricole joue un rôle central dans l’économie et la vie sociale de la nation et constitue la pierre angulaire de l’économie. 80 à 85 pour cent de la population est employée dans l’agriculture. Le secteur contribue à hauteur de 40 pour cent au PIB; l’élevage et les produits dérivés représentent environ 20 pour cent du PIB agricole. Les petits exploitants, pivot du secteur, cultivent 95 pour cent des terres cultivées et produisent 90 à 95 pour cent des céréales, des légumineuses et des graines oléagineuses. L’agriculture de subsistance est essentiellement pluviale et les rendements sont en général faibles. Au sein de l’agriculture, quelque 60 pour cent de la production provient des cultures, 30 pour cent de l’élevage et 7 pour cent de la sylviculture. Les céréales sont dominantes (84,55 pour cent), suivies par les légumineuses (11,13 pour cent) et d’autres types de cultures (4,32 pour cent). Cinq types de cultures représentent pratiquement la totalité de la production de céréales: le maïs (15,75 pour cent), le teff (Eragrostis tef) (25,78 pour cent), l’orge (12,29 pour cent), le sorgho (12,39 pour cent) et le blé (10,76 pour cent) [CSA, 1995-1999]. Toutefois, d’autres cultures ont une valeur nutritive et commerciale importante: les légumineuses telles que pois chiche, haricots et petits pois; les cultures oléagineuses comme le tournesol, le carthame (Carthamnus tinctorius), le colza, le neug (Guizotia abyssinica), l’arachide; et des tubercules et cultures comme la pomme de terre, la patate douce, l’igname, le manioc, l’enset (Ensete ventricosum), et la canne à sucre. L’agriculture d’autosubsistance est faite de manière traditionnelle et sous pluies, des zones très restreintes étant irriguées. Sur 166 000 hectares irrigués environ, quelque 64 000 hectares sont de petites parcelles; par ailleurs, le potentiel des terres d’irrigation est estimé aux alentours de 3 millions d’hectares (EPA, 1997). La petite irrigation traditionnelle est pratiquée depuis des décennies sur les hautes terres où, de façon saisonnière, de petits cours d’eau sont détournés pour arroser des cultures circonscrites de saison sèche. Les périmètres de moyenne et grande dimensions sont plus récents, notamment dans le Rift Valley (la vallée de la grande faille). Les effectifs du cheptel éthiopien sont les plus importants d’Afrique, avec 30 millions de bovins, 24 millions d’ovins, 18 millions de caprins, 7 millions d’équins, 1 million de camelins et 53 millions de volailles. Environ 70 pour cent des bovins et ovins et 30 pour cent des caprins se trouvent dans les hautes terres au-dessus de 1500 mètres. Tous les camelins se trouvent dans les plaines (Alemayehu, 1998a). [Les bases de données statistiques de la FAO présentent des chiffres un peu divergents pour 2002: 35,5 millions de bovins; 11,4 millions d’ovins; 9,6 millions de caprins; 5,3 millions d’équins; 0,33 million de camelins; 38 millions de volailles]. Les produits dérivés des bovins a été estimée à 620 000 tonnes de viande, 244 000 tonnes de lait, 24 millions de tonnes de fumier et 2,4 millions de peaux par an [Les bases de données statistiques de la FAO présentent des chiffres un peu différents pour 2002; la raison de ces disparités doit être vérifiée]. La consommation annuelle par habitant est évaluée à 19 litres de lait et 13,9 kilos de viande, dont 64 pour cent de bœuf et veau; les moutons, chèvres, poulets et chameaux fournissent le reste. Les cuirs et peaux contribuent de manière notoire aux industries locales et représentent 12 à 16 pour cent des exportations commerciales (MoA, 1997; Alemayehu, 1998a). Les chiffres moyens officiels avancés pour les exportations d’ovins et caprins est de 500 000 [Les bases de données statistiques de la FAO présentent des totaux bien inférieurs; cela est à vérifier]; elles sont dirigées essentiellement vers le Proche Orient, notamment l’Arabie saoudite. Il y aussi des exportations non enregistrées avec les pays frontaliers, Djibouti, la Somalie et le Kenya. La demande intérieure a largement dépassé l’offre, entraînant des prix locaux du bétail supérieurs aux prix mondiaux, ce qui constitue un goulot d’étranglement pour les exportations. Le système foncier en vigueur, en vertu du texte sur les terres rurales nationales n° 89/1994, offre certaines garanties aux droits coutumiers des usagers. La terre est une propriété commune des diverses entités nationales et ne doit pas être vendue ni transférée par d’autres moyens. La reconnaissance des droits d’usage a permis à de petits agriculteurs d’être propriétaires de terres de culture et de pâturages. Les éleveurs ont des droits de propriété communautaires sur les parcours. Leur redistribution périodique a constitué un frein notable aux mesures d’amélioration et de lutte contre l’érosion. Les exploitations sont petites et souvent fragmentées en de multiples parcelles. Celles de moins d’un hectare représentent plus de 26 pour cent des terres agricoles; plus de 60 pour cent de ces dernières est représenté par des exploitations de moins de 2 hectares et le reste par des exploitations comprises entre 2 et 2,5 hectares. La population éthiopienne, 63 millions environ à l’heure actuelle, est la deuxième d’Afrique sub-saharienne et augmente rapidement. Les effectifs élevés du bétail et de la population humaine exercent une pression sur la terre et forcent les agriculteurs à ouvrir de nouveaux terrains de culture, au détriment des pâturages et de la forêt. La commercialisation des produits est presque entièrement privée, le secteur public ayant une implication minimale à cet égard. Il n’y a pas de restrictions légales ni de contrôles sur les marchés, mais les autorités locales font œuvre de régulation et font payer des taxes. De par ses conditions agro-climatiques extrêmement variables, l’Ethiopie a plusieurs grands systèmes écologiques, disposant de ressources génétiques vastes et diversifiées. Malgré ces immenses ressources, la dernière estimation du PIB réel par habitant effectuée s’élève à 1010,08 Birr (118,00 dollars EU selon le taux de change de juin 2003). 60 pour cent de la population est considérée comme vivant en-dessous du seuil de pauvreté absolue. L’espérance de vie moyenne est de 49 ans. La faible performance de l’agriculture se reflète dans le déficit alimentaire national annuel. Le secteur a été frappé par des calamités naturelles, en particulier de sévères sécheresses périodiques, de sorte que le potentiel naturel substantiel des hautes terres, leur sol fertile et leur bonne pluviométrie, n’ont pu être exploités. Le manque d’intrants modernes, notamment les engrais, dans le secteur familial, le manque de crédits adaptés et de recouvrement du crédit ainsi que l’étendue des désordres et de la guerre civile, constituent les principales contraintes. Cette situation a détourné des ressources d’une utilisation productive dans le secteur agricole. Les problèmes principaux tirent leur origine de la faiblesse des politiques sectorielles, notamment en matière de contrôle des prix et d’insécurité de la propriété foncière. Dans les plaines, la pluviométrie peu abondante donne lieu à des pâturages qualitativement faibles et inadéquats; les éleveurs gardent leur cheptel essentiellement pour le prestige, aussi la faible production en matière d’élevage est-elle aggravée par la faible part commercialisée. Récemment, des ajustements gouvernementaux structurels et des politiques de libéralisation commerciale ont été examinées; cela pourrait se traduire en lignes directrices visant à changer les prix et la commercialisation de divers produits agricoles, y compris ceux de l’élevage. On a tenté d’encourager les agriculteurs afin qu’ils adaptent leurs cultures et leur type d’élevage aux demandes du marché et s’appliquent à conserver les ressources naturelles; cette mesure devrait apporter un soutien au secteur agricole. |
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Caractéristiques topographiques principales Les plaines, les pâturages les plus importants d’Ethiopie, forment comme un grand tablier autour du massif des hautes terres et d’une partie du Rift. Cette zone aride et très chaude, avec jusqu’à 90 jours de période végétative par an, convient principalement aux pâturages extensifs. Cela comprend la surface la plus basse du pays, située à 126 mètres en-dessous du niveau de la mer. Les plaines constituent presque 61 à 65 pour cent des terres et sont les principales zones pastorales et agropastorales. La diversité topographique du pays s’est traduite par la formation d’une multitude de zones agroécologiques et de sous-zones avec des systèmes d’exploitation variés (voir section 3). Sols Figure
2. Principaux sols et zones agroécologiques On dispose de peu d’informations sur l’état de fertilité des divers sols. Selon des recherches, le contenu de potassium et d’azote, la capacité d’échange des cations et la part de matière organique de la plupart des sols des hautes terres éthiopiennes est en général élevé, selon les normes internationales (EARO, 1998), tandis qu’il y a peu voire très peu de phosphore. En comparaison des standards africains, la plupart des sols des hautes terres éthiopiennes sont fertiles (FAO, 1984c). Contrairement à la plupart des autres sols africains, ils demeurent relativement fertiles en profondeur. Toutefois, ils ont pour la plupart des carences en substances nutritives importantes et nécessitent des engrais pour donner de bonnes récoltes. La recherche a montré que les sols éthiopiens ont généralement peu d’azote et de phosphore à disposition et ne sont pas à même de produire de bons rendements sans apport de ces derniers.
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| 3. CLIMAT ET ZONES AGROÉCOLOGIQUES Climat La température et la pluviométrie sont les facteurs climatiques les plus importants pour la production agricole éthiopienne. L’altitude détermine la répartition des facteurs climatiques et l’adéquation des terres: elle a en effet une influence sur le type de cultures adaptées, la vitesse de croissance de celles-ci, les types de végétation naturelle et la diversité des espèces végétales. Si l’on prend les deux altitudes extrêmes, la température moyenne annuelle est de 34,5 °C dans la dépression du pays danakil, tandis que les températures minimales et moyenne tombent en-dessous de 0 °C dans les parties les plus élevées du mont Ras Degen (4 620 mètres), où l’on enregistre de légères chutes de neige chaque année. Entre ces deux extrêmes, les vastes zones des plateaux et des pentes latérales ont des températures moyennes annuelles comprises entre 10 et 20 °C. Selon la FAO (1984 a), la pluviométrie en Ethiopie est en général corrélée à l’altitude. Les hauteurs moyennes et plus élevées (au-dessus de 1 500 mètres) sont globalement mieux arrosées que les plaines, à l’exception de celles de l’ouest où les précipitations sont plus importantes. En général, la pluviométrie moyenne annuelle des zones au-dessus de 1 500 mètres dépasse les 900 mm. Dans les plaines (en-dessous de 1 500 mètres), la pluviométrie est irrégulière et les moyennes sont inférieures à 600 mm. Il y a une forte variabilité inter-annuelle en la matière dans tout le pays. Bien que cela entraîne des difficultés dans la programmation agricole, une part conséquente du pays est suffisamment arrosée pour permettre les cultures pluviales (FAO, 1984b). La répartition de la pluviométrie est montrée à la figure 3. Figure 3. Pluviométrie moyenne annuelle en longue période
(mm.) Dans le nord du pays, le schéma pluviométrique est double, avec une première saison des pluies courte autour de mars-avril et une seconde qui commence souvent vers juin-juillet. Dans certaines zones, les deux saisons se fondent pour former un schéma unique, en particulier dans l’ouest et certaines parties au nord du pays où les précipitations sont généralement élevées. Entre les extrêmes, sur les hautes terres du centre, les deux saisons ont tendance à se confondre. Les plaines de l’est et du sud-est contrastent avec le reste du pays car leurs précipitations se répartissent sur deux saisons et les cultures pluviales y sont marginales. (MoA, 2000; FAO, 1984b). La température et la pluviométrie, en combinaison avec la topographie et les sols, déterminent la part d’humidité, qui détermine à son tour la végétation et la productivité agricole. En fonction du degré d’humidité, la FAO (FAO 1984a) a déclaré 50 pour cent du pays suffisamment humide pour les cultures annuelles et 16 pour cent adapté aux cultures pérennes. Végétation Figure 4. Carte de la végétation
en Ethiopie Selon Zirihun Woldu (1999), l’Ethiopie était autrefois très boisée, avec 34 pour cent de sa superficie et 57 pour cent des terres au-dessus de 1 500 mètres couvertes de forêts denses, et encore 20 pour cent constituées de savane ligneuse. La déforestation massive a ramené ces chiffres à 3,6 pour cent de la superficie totale et 9 pour cent des terres au-dessus de 1 500 mètres. Le déboisement de grande ampleur a commencé, en particulier sur les hautes terres, à la fin du XIXème siècle avec l’expansion de l’agriculture. Le taux actuel est estimé à 200 000 ha par an, la forêt survivante se trouvant dans des poches dans des zones enclavées inaccessibles. Le principal plateau éthiopien est caractérisé par de vastes étendues, une intense mise en culture et de bons sols. De juin à septembre le paysage est vert. En décembre, il est jaune doré du fait des grains mûrs et des chaumes. En mars, labouré par les petits agriculteurs, il est gris-noir. Les pâturages éthiopiens se trouvent dans les zones arides, semi-arides et sub-humides, qui recouvrent entre 61 et 65 pour cent des terres, et qui sont divisées en sous-zones agroécologiques correspondant à différents types de cultures et d’élevage. L’altitude de la zone aride varie de 126 mètres en-dessous du niveau de la mer à 1 200 mètres; la pluviométrie annuelle moyenne va de 100 à 600 mm et l’évapotranspiration potentielle (ETP) est estimée entre 1 700 et 3 000 mm. La température moyenne est supérieure à 27 °C. Comme les précipitations sont irrégulières, les cultures sont irriguées. Les plaines en zone aride sont couvertes par la brousse, à l’exception de quelques poches boisées. Le Rift et ses escarpements sont couverts des ligneuses. L’élevage ne se trouve que prés des cours d’eau (fermes d’Etat irriguées). Le coton, le maïs et le sorgho sont les cultures annuelles prédominantes et les cultures pérennes comprennent les agrumes, les bananiers et des manguiers. L’élevage (caprin, ovin, camelin et bovin) constitue le principal utilisation de la terre. Parmi les arbres et arbustes principaux, on rencontre: Prosopis juliflora, Tamarix aphylla, Calotropis procera, Parkinsonia aculeata, Balanites aegypitiaca, Dodonaea angustifolia, Rumex nervosus, Acacia spp., Combretum molle, Azadirachta indica, Salix subserrata, Carissa edulis, Tamarindus indica, et Euclea schimepri. La faune sauvage compte des ânes, des zèbres, des antilopes, des lions, des léopards et des autruches. Le pastoralisme nomade et semi-nomade est le système d’élevage le plus courant dans la zone aride. La zone semi-aride (400 – 2 200 mètres) a une pluviométrie moyenne annuelle de 300 – 800 mm; l’ETP varie de 1 900 à 2 100 mm, et la période végétative est de 46 à 60 jours. Les zones de collines et les terrains rocheux sont couverts de végétation ligneuse ou arbustive; les terres plates sont en culture pluviale (souvent mécanisée). Le pâturage extensif est le principal utilisation de la terre et le bétail est essentiellement constitué de bovins, caprins, ovins et ânes. Parmi les arbres, on trouve: Boswellia papyrifera, Acacia seyal, Acacia senegal, Acacia nilotica, Ziziphus spp., Diospyros mespiliformis, et Balanites aegyptiaca. Le gibier sauvage le plus courant comprend les animaux suivants: girafe réticulée; gazelle de Grant; oryx; zèbre de Burchell; buffle; éléphant; lion; antilope; petit koudou, grand koudou, et buffle. L’ensemble du Rift éthiopien se trouve en zone aride et semi-aride; le Rift est une zone d’activité agricole intensive; le peuplement croissant et progressif a entraîné la disparition des pâturages et leur remplacement par des exploitations agricoles de petite ou moyenne dimension, parfois mécanisées. A l’origine, la végétation était constituée d’espèces ligneuses telles que Balanites, Combretum et diverses espèces d’Acacia. Les terres ligneuses dominées par Combretum, Olea spp., Celtis, Dodonaea viscosa et Euclea occupent les escarpements à mi-hauteur. Les bords de lacs du Rift sont couverts d’espèces hydrophiles de Typha, Phragmites, Cyperus, ainsi que de Suaeda monoica sur sols alcalins. Zones agroécologiques
Il est courant d’associer les zones traditionnelles à l’altitude et à la température et d’essayer de reconnaître les zones agro-climatiques et leurs végétation. Certains auteurs ont identifié différentes zones agro-climatiques et les ont associées au système traditionnel. De nombreux chercheurs ont fait une classification de la végétation et des zones écologiques (Zerihun, 1999; MoA, 2000). Les caractéristiques générales des différentes zones sont présentées au tableau 3. Selon le MoA (2000), de nombreuses classifications et caractérisations sont restrictives et trop influencées par les disciplines. La classification ZAE actuelle (MoA, 2000) s’appuie sur les éléments écologiques de base, à savoir le climat, la physiographie, les sols, la végétation, les systèmes d’exploitation, etc. Le souhait d’une meilleure caractérisation répond au désir de s’adapter à la diversité naturelle et culturelle unique du pays. Les ZAE actuelles sont fondées sur les températures et l’humidité. Dix-huit ZAE principales ont été identifiées et désignées par des termes décrivant le degré d’humidité générale et l’altitude de ces zones (Encadré 1). Au total, 49 sous-zones agroécologiques ont été identifiées, en fonction de leur homogénéité en termes de climat, physiographie, sols, végétation, usage des terres, système d’exploitation agricole et système d’élevage (voir figure 5). Encadré 1. Principales zones agroécologiques en Ethiopie No. Code Zone 1. A1 de très chaud à assez chaud – basses terres arides 2. A2 de tiède à frais – hautes terres de moyenne altitude arides 3. SA 1 de très chaud à assez chaud – basses terres semi-arides 4. SA 2 de tiède à frais – hautes terres de moyenne altitude semi-arides 5. SA 1 de très chaud à assez chaud – basses terres assez arrosées 6. SM 2 de tiède à frais – hautes terres de moyenne altitude assez arrosées 7. SM 3 de froid à très froid - zone sub-afro-alpine arrosée 8. M1 de très chaud à assez chaud – basses terres très arrosées 9. M2 de tiède à frais – hautes terres de moyenne altitude arrosées 10. M3 de froid à très froid - zone sub-afro-alpine à afro-alpine 11. SH 1 de très chaud à assez chaud – basses terres sub-humides 12. SH 2 de tiède à frais – hautes terres de moyenne altitude sub-humides 13. H3 de froid à très froid- zone sub-afro-alpine à afro-alpine sub-humide 14. H1 de très chaud à assez chaud – basses terres humides 15. H2 de tiède à frais – hautes terres de moyenne altitude humides 16. H3 de froid à très froid- zone sub-afro-alpine à afro-alpine humide 17. Ph 1 de très chaud à assez chaud – basses terres toujours humides 18. Ph 2 de tiède à frais – hautes terres toujours humides Source: MoA, 2000
Figure 5. Zones agro-écologiques d’Ethiopie – Centres
et sous-centres de recherche Activités agricoles principales dans les différentes zones agroécologiques Les activités agricoles dominantes dans l’intégralité des zones agroécologiques sont la petite agriculture de subsistance sur les hautes terres et l’élevage dans les plaines. Les grandes exploitations étaient d’anciennes fermes d’Etat en cours de privatisation. Les investissements privés actuels concernent principalement le secteur agro-industriel, notamment les cultures commerciales et l’élevage. Les systèmes de production en Ethiopie sont aussi complexes que les zones agroécologiques, cela étant encore amplifié par la diversité culturelle de la population. Voici une description générale des principales activités agricoles, agropastorales et pastorales. Production agricole des petites exploitations Petite et moyenne production agropastorale. Les zones les plus productives sont situées entre 3 200 et 1 500 mètres dans les hautes (‘dega’ ) et les basses terres (‘woina dega’). Dans cette zone agroécologique, on trouve un vaste éventail de cultures et de nombreuses espèces d’animaux élevés pour divers usages. Les systèmes de production sont en effet mixtes (culture-élevage), avec un accent important sur la puissance de traction. La pluviosité est en général abondante à l’exception de l’extrême nord, et les périodes de croissance sont souvent très longues, avec deux récoltes par an dans certaines zones. En raison de la population élevée, l’agriculture est dominée par les petites exploitations. La production agricole privée de moyenne dimension est en train de démarrer, du fait de la récente privatisation des fermes d’Etat et de la nouvelle politique d’investissement. La grande ou moyenne production laitière se trouve autour des grandes villes. Systèmes de production animale composites. Dans de nombreuses zones agroécologiques de basse altitude, comprises entre 1 500 et 500 mètres (kola), les périodes de croissance sont courtes voire très courtes, aussi y a-t-il seulement des cultures résistantes à la sécheresse, sauf si l’irrigation est possible. L’élevage y est important. Les conditions défavorables pour les cultures et le système d’élevage extensif impliquent une population humaine peu nombreuse. On trouve de grandes fermes d’élevage, notamment pour les opérations d’embouche en direction du marché intérieur et des exportations; la société ELFORA Pvt. Ltd. Company (ex Livestock/Meat Development Corporation) est l’une des grandes entreprises opérant dans le secteur. Les plaines abritent toute une série de populations pastorales qui dépendent de l’élevage et s’alimentent grâce aux espèces végétales indigènes; la productivité nette y est très variable selon le temps et l’espace. On trouve dans les plaines 29 groupes ethniques, dont plus de 90 pour cent d’éleveurs. L’élevage constitue une source de subsistance et d’emploi pour plus de 10 millions de personnes, et fournit viande, produits laitiers ainsi que poils et laines aux habitants de quelque deux douzaines de villes à l’intérieur ou près des plaines. Les petits éleveurs nomades et semi-nomades sont les principaux utilisateurs des parcours. Les Afar, Somali et Borana sont les principaux groupes pastoraux dans le nord-est, l’est et le sud des pâturages. Les systèmes de production et la gestion de l’élevage sont décrits à la section 4. |
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Ressources génétiques du bétail: Avec ses conditions climatiques et topographiques variées, sa composition ethnique et la taille de son troupeau national, l’Ethiopie est un dépositaire essentiel de ressources animales et de diversité génétique, mais peu a été fait jusqu’à présent pour les décrire autrement qu’en termes superficiels. Les “races” sont appelées en fonction de leur morphologie, ou plus souvent par le nom d’un groupe ethnique ou d’une localité. Il y a encore beaucoup à faire au niveau génétique pour avoir une meilleure compréhension des relations entre types, classes, races et troupeaux. Bovins: La plupart des bovins locaux sont des zébus; les races reconnues, notamment Boran, Fogera, Horro, Sheko (Gimira), Abigat (Adal), sont indigènes et portent le nom de régions particulières. Les Fogera et les Horro sont connues pour être des races laitières, la première étant élevée autour du lac Tana dans l’Etat d’Amhara et la seconde à l’est du Welega, dans l’ouest de l’Etat d’Oromiya. La race Boran, renommée pour sa viande bien au-delà des frontières de l’Ethiopie, est aussi “indigène” au Kenya et en Somalie, où ses propriétaires tribaux réclament des territoires; on la trouve au sud et à l’est du pays dans deux Etats régionaux (Southern Nation Nationalities and Peoples' Regional State (SNNPRS) et Somali Regional State). La race Nuer, dans le sud-ouest, est caractérisée par sa forte capacité de résistance à la mouche tsé-tsé. Des races européennes comme la frisonne et la Jersey ont été importées pendant de nombreuses années et croisées avec des races locales pour améliorer la production laitière. Ovins: Presque tous les ovins d’ Ethiopie sont de races indigènes; plusieurs races ont été identifiées mais sont moins clairement différenciées que les bovins. Elles ont évolué sur place dans des conditions variées, mais partout dures, de soins sanitaires, d’alimentation, de gestion, voire de climat. Leur production est faible mais susceptible d’être améliorée si de meilleures circonstances sont aménagées. D’autres organismes de recherche internationaux et l’Institut international de recherche sur l'élevage (ILRI) ont effectué quelques caractérisations préliminaires des races. Les croisements de races formels ont été cantonnés dans la station de Debre Berhan du Ministère de l’agriculture (Ministry of Agriculture: MoA), à quelque 2 800 mètres d’altitude, à 120 kilomètres au nord d’Addis Abeba. Les races Awassi et Corriedale se sont révélées les plus aptes à l’amélioration, mais le transfert des résultats au secteur des petits éleveurs a connu un succès plus que limité. Caprins: Jusqu’à très récemment, la situation était fort semblable à celle rencontrée pour les ovins; cette immense ressource génétique était très méconnue en termes de races et de composition du cheptel, et il y avait une grande confusion dans la terminologie. Parmi les types identifiés dès lors, on trouve une chèvre à poil court dans le désert danakil, les chèvres blanches et bigarrées des hautes terres du Hararghe, une chèvre Bati du Wello recherchée pour ses peaux, la chèvre Arusi ainsi que d’autres types dans les plaines de l’ouest. Plus récemment, a eu lieu un inventaire exhaustif du cheptel caprin, pour lequel ont été inspecté physiquement plus de 14 000 animaux. Un certain nombre de variables qualitatives et quantitatives ont été utilisées dans cette étude pour classer les caprins en quatre catégories principales et 14 types distincts; des estimations sur la répartition géographique et la taille du cheptel ont aussi été menées. Des informations complémentaires ont ensuite été acquises au sujet des systèmes de production, des pratiques de gestion, de la structure des troupeaux et du mode de reproduction. Systèmes de production sédentaires Dans les deux premiers systèmes, il s’agit essentiellement de petites exploitations, tandis que le dernier comprend des unités de production moyennes et grandes orientées vers le marché. Les systèmes d’élevage commercial et para-étatique, avec une production animale plus intensive, se trouvent principalement dans les zones péri-urbaines et urbaines et, dans une moindre mesure, autour des anciennes coopératives ou de quelques sites ruraux privés. Les activités les plus répandues sont la production laitière et l’embouche de bœufs et petits ruminants. . Petite agriculture de subsistance. Dans ce système, où les cultures destinées principalement à la consommation familiale constituent l’activité agricole principale, la taille des exploitations se situe entre 0,5 et 1 hectare. Le maintien de la fertilité du sol est un problème essentiel. L’élevage sert à la traction et à la production de lait et de viande, et représente une source d’alimentation et de revenus. Les bovins sont les animaux principaux. Leur alimentation provient des pâturages naturels, des résidus de récoltes et, dans une moindre mesure, de pâturages et fourrages améliorés. La production laitière est de 1 litre par jour et la surface moyenne de terre par animal de 0,25 hectare. Activités d’embouche et de production laitière intensives de dimension moyenne. Les agriculteurs utilisent tout ou partie de leurs terres pour cultiver des pâturages et fourrages améliorés, certains achètent des sous-produits agro-industriels et utilisent leur terre pour des cultures destinées à la consommation et à la vente. On emploie du fumier sur les cultures. Le lait est la principale source de revenus; les fermiers ont recours à la main d’œuvre familiale et louent parfois les services de personnes externes pour les opérations de production laitière et d’embouche. L’alimentation provient de pâturages et fourrages améliorés ainsi que de concentrés achetés dans le commerce. La production laitière des animaux de races croisées (zébu local croisé avec race frisonne) est continue, et se situe aux alentours de 5-8 litres par jour; un animal de race croisée occupe de 0,5 à 1 hectare, sur des exploitations de 1-2 hectares. Les vaches de race croisée, l’insémination artificielle, le crédit, les services vétérinaires et la formation constituent les apports principaux. Production laitière commerciale péri-urbaine. On la trouve autour des villes, où la demande de lait est élevée. Les sources d’alimentation principales sont les sous-produits agro-industriels (concentrés), le foin acheté dans le commerce, les pâturages et fourrages améliorés et les résidus de récolte. Le lait, souvent vendu directement aux consommateurs, est la principale source de revenus. Les vaches croisées de races sélectionnées sont nourries d’aliments concentrés commerciaux et de fourrages grossiers; il s’agit d’entreprises commerciales. La production laitière est continue et varie de 10 à 15 litres par vache de race croisée; une vache occupe entre 0,25 et 0,5 hectare. Les principaux apports à la production comprennent les aliments concentrés, les fibres, le bétail de race sélectionnée, l’amélioration génétique, le crédit, la vulgarisation, la formation et les services vétérinaires. Systèmes d’alimentation. Le bétail tire essentiellement son alimentation des pâturages naturels, des mauvaises herbes poussant sur les terres de culture, des jachères et des résidus de récolte. Les bas-fonds sont réservées au foin qui est utilisé durant les périodes difficiles. Dans les zones élevées, les agriculteurs clôturent de petites aires de pâture, où viennent les bœufs durant la période de labour et qui servent aussi à nourrir les jeunes veaux. La plupart des animaux vont paître au sommet des collines, près des marais, en bordure des forêts et des routes et sur les terres rocailleuses ou incultes. Les animaux broutent les jachères et les résidus de récolte le matin et le soir, alors qu’ils rejoignent ou quittent la zone de pâture pendant la journée. Les jeunes veaux, qui ne peuvent se déplacer sur de longues distances, se nourrissent de jachères et de résidus de récolte. L’alimentation par produits de coupe et la complémentation en saison sèche au moyen de résidus de récolte et de produits agro-industriels constituent une pratique courante dans les systèmes mixtes de moyenne et haute altitude. Dans les zones à potentiel élevé, les éleveurs de bétail laitier cultivent des pâturages et fourrages améliorés; les animaux se nourrissent de produits de coupe et de foin. Des associations de producteurs laitiers ont commencé des opérations d’ensilage à destination de leurs vaches laitières. Ceux qui s’adonnent à l’embouche à petite échelle ont recours aux produits de coupe et au foin (issus de pâturages naturels et de résidus de récolte). Les résidus de sous-produits céréaliers locaux et de boissons, mélangés à du sel, sont donnés aux vaches laitières, aux bœufs de trait et aux animaux à l’embouche. Dans les plaines (zones pastorales), les animaux pâturent. Système de production intégré cultures-élevage. Dans les systèmes de production mixtes, les bovins jouent un rôle important par leur force de traction, mais les équins sont les meilleures bêtes de somme des hautes terres. Les petits ruminants et les volailles sont les principales sources de revenus en espèces et de consommation pour les ménages. Dans les zones de plus haute altitude (au-dessus de 3 000 mètres), l’orge et les ovins prédominent. Ce système couvre des parties du nord du Wollo, les montagnes à l’est du Gojjam et les monts Semen du Gonder. Cultures annuelles et élevage des hautes terres. On rencontre le système d’élevage étroitement lié aux cultures entre 1 500 et 3 000 mètres d’altitude, sur une superficie estimée à 12,5 millions d’hectares. On y trouve un vaste éventail de céréales, cultures oléagineuses et légumineuses. Les bovins sont utilisés pour la traction et le combustible, et un petit nombre d’ovins et caprins fournissent des revenus en argent. Le système est le même sur les hautes terres du Tigray, du Wollo, du Gonder, du Gojjam, du Shewa et des portions du Wellega. Les exploitations sont très petites et souvent fragmentées. En raison de la forte densité de population et de l’étendue des mises en culture, les zones de pâture sont cantonnées sur les terres inadaptées aux cultures, en jachère ou inondées et sur les pentes escarpées. Les ressources alimentaires y sont précaires et constituent un défi pour le développement. Cultures pérennes des hautes terres. C’est un autre système mixte que l’on trouve entre 1 500 et 3 000 mètres. C’est une zone de culture intensive, où les effectifs du cheptel et les parts de terres cultivées sont plus élevées; il est prédominant dans le sud de l’Ethiopie, notamment dans les zones de culture de qat (Catha edulis) et de café du Harerge, et dans les plantations d’enset (Ensete ventricosum) du Walaita, du Sidamo et du Gurage. Il touche aussi la zone de café de Jima et Wellega. Le bétail ne sert pas pour la traction car on cultive à la houe. L’alimentation provient des pâturages naturels et des résidus de récolte. Systèmes pastoraux Système pastoral extensif. Les plaines au-dessous de 1 500 mètres sont arides ou semi-arides. L’élevage y est la principale activité et pourvoit à la subsistance des populations, directement, par le lait, les produits laitiers, la viande et le sang, ou indirectement, par la vente d’animaux permettant l’achat de céréales. Les cultures sont limitées. C’est un système extensif; on s’y approvisionne en eau et nourriture grâce à la mobilité constante ou partielle du troupeau. Le système social et juridique traditionnel permet d’avoir une gestion durable des ressources. Les parcours d’Ethiopie se trouvent sur les régions frontalières et les groupes ethniques sont souvent transfrontaliers. Ainsi, on trouve les pasteurs afars en Erythrée, en Ethiopie et à Djibouti; les éleveurs Somali de l’est de l’Ethiopie se trouvent aussi à Djibouti, en Somalie et au Kenya, et la terre d’attache borana est entre l’Ethiopie et le Kenya. Le système pastoral nomade suppose une économie tirant l’essentiel de son alimentation de l’élevage et utilisant pour cela un grand nombre de pratiques d’élevage sur parcours naturels, ce qui implique un certain degré de mobilité. Le système transhumant permet à des membres de la communauté de pratiquer quelques cultures dans les zones d’attache. Malgré les efforts faits pour intégrer l’agriculture et l’élevage autour des zones sédentaires, les cultures sont restées ponctuelles. Le pastoralisme demande un équilibre durable entre les populations humaine et animale et les pâturages. Un tel équilibre est précaire et est rarement atteint, même lorsque l’on dispose d’une organisation sociale locale très forte (Alemayehu Mengistu, 1998b). Les éleveurs parviennent à garder leur bétail dans des conditions environnementales de risques et d’incertitude grâce à certaines stratégies traditionnelles. Dans les systèmes éthiopiens nomade et semi-nomade, celles-ci consistent à: Systèmes de pâturage extensifs. La gestion des ressources pastorales est traditionnelle; les régulations sont décidées par la communauté locale. Les responsables traditionnels décident à partir de choix collectifs faits après discussion. Les règles structurent les choix individuels et collectifs, et les pasteurs gèrent les parcours en tant que propriété commune. Les décisions, prises avec un haut degré d’implication de la part des hommes, visent une utilisation des ressources efficace et durable. Un point important mérite d’être mentionné, à savoir les règles de gestion des arbres. Les arbres ont une grande valeur pour les populations pastorales; ils servent de fourrage et de nourriture en période de crise et sont essentiels pour leur ombre. Les éleveurs ne sont pas autorisés à élaguer les arbres quand il y a d’autres sources de fourrage disponibles, comme l’herbe et les arbustes. Ils ne coupent pas d’arbres pour le bois de chauffe mais ramassent du bois mort, surtout le long des cours d’eau pérennes et saisonniers. Ils n’ont jamais le droit de couper des arbres fruitiers, et ne le font jamais. Un petit cercle d’hommes décide des règles de gestion des arbres et un homme est élu dans chaque famille élargie pour les faire respecter; c’est lui qui donne l’autorisation de couper les branches des arbres quand c’est nécessaire. Les éleveurs
savent comment choisir les pâturages les plus appropriés pour la saison
et comment protéger celles qui ont déjà été utilisées. Ils prennent
des décisions quotidiennement quant à leur usage des ressources naturelles.
Ils n’ont pas de règles complexes de gestion et ne s’intéressent qu’à
leur ressource fondamentale, comme les zones de pâture de saison sèche.
La production pastorale y est faible. La survie des éleveurs est donc
dépendante d’événements naturels aléatoires, si bien qu’ils doivent
prendre des accords avec les populations des hautes terres pour qu’ils
aient réciproquement accès aux ressources pastorales des uns et des
autres. Les règles, bien connues, de gestion des pâturages, sont les
suivantes: Les éleveurs sont soumis à des très fortes fluctuations saisonnières en termes de disponibilité et qualité de l’alimentation. Une pratique de plus en plus répandue consiste à fabriquer un enclos de foin sur pied entouré de buissons épineux (Alemayehu Mengistu, 1998b), susceptible de servir en saison sèche pour nourrir le jeune bétail et les femelles en lactation. Outre sa fonction de stockage de nourriture, cette pratique permet une croissance des plantes optimale et améliore les conditions du pâturage, dans la mesure où elle facilite l’ensemencement et la repousse des plantes. Durant les bonnes années pluvieuses, les ressources sont riches en saison des pluies pour chuter nettement en saison sèche, aussi la fabrication de foin se répand-elle de plus en plus, en particulier chez les éleveurs partiellement sédentarisés. Les résidus de récolte sont aussi utilisé là où existent des cultures. Gestion du troupeau. La reproduction du bétail s’appuie sur les savoirs locaux; les animaux reproducteurs sont sélectionnés en fonction de leur capacité à survivre aux fluctuations de température, à l’insuffisance d’eau et de fourrage, aux parasites et aux maladies. On tient compte aussi des quantités de lait produites et de la fertilité. Les éleveurs des plaines sépare leur troupeau en unités distinctes, selon le type, l’âge, le sexe et la productivité. Les petits ruminants sont en général séparés des bovins et des camelins, du fait de leurs besoins différents en fourrage, eau et sel. Les camelins forment un troupeau à part, essentiellement du fait de leur moindre besoin d’abreuvement et de leurs longs déplacements à la recherche de fourrage. Les bergers coopèrent à la garde des troupeaux appartenant à des familles liées entre elles. La composition du troupeau est faite de façon à répondre aux besoins des populations et se conformer à l’environnement. Les ressources naturelles de la zone aride sont hautement aléatoires, aussi y trouve-t-on des troupeaux composés de plusieurs espèces. Cela permet un certain degré de flexibilité. Dans les troupeaux des Afar, les effectifs de bovins et ovins, autrefois importants, décroissent au profit des caprins et camelins. Les camelins, qui étaient rares chez les Borana, sont aujourd’hui de plus en plus courants. La plupart de ces populations sont nomades; quelques-une se sont sédentarisées de manière permanente (et pratiquent essentiellement la transhumance) et mêlées à d’autres groupes ethniques, et s’adonnent à l’agriculture et à des activités commerciales. La conduite de troupeaux camelins et caprins est l’activité économique principale des éleveurs. Des siècles durant, ils ont aussi guidé des caravanes de sel. Gestion des bovins. Les éleveurs gèrent les troupeaux bovins selon le mode pastoral traditionnel. Selon Coppock (1994), les veaux en âge de téter sont gardés loin de leur mère, sauf lorsqu’il faut stimuler la descente de lait pour deux traites par jour. Les taureaux sont laissés avec les vaches toute l’année, aussi les accouplements sont-ils incontrôlés et la périodicité dépend-elle des fluctuations alimentaires saisonnières. Les vaches sont traites tôt le matin et le soir. Là où les ressources hydriques et pastorales le permettent, les éleveurs mènent une existence semi-sédentaire. Les ressources hydriques et pastorales permettent aux éleveurs de mener une existence semi-sédentaire. Le ménage peut rester sédentaire toute une année, voire plusieurs, et les résidences familiales autour d’un puits donné peuvent durer des générations. Le cheptel est réparti en groupes sédentaires demeurant au point d’attache et groupes mobiles se mouvant sur les pâturages. Cette division du troupeau se fait en fonction des conditions des ressources, de la main d’œuvre disponible, du sexe et de la classe d’âge des animaux et de l’état de lactation des vaches. Comme cela a été décrit par de nombreux chercheurs, le premier objectif de la division des troupeaux est de répartir les animaux loin du campement durant les périodes de restrictions en fourrage et en eau. Les animaux forts et moins productifs sont envoyés sur les pâturages avec les troupeaux mobiles conduits par de jeunes hommes et de grands garçons. A l’autre extrême, il y a les troupeaux sédentaires composés de vaches allaitantes et de quelques jeunes animaux faibles ou malades qui reviennent au campement chaque nuit. Ils se meuvent à l’intérieur d’un périmètre dont le rayon varie selon que la journée est employée pour la pâture ou aussi pour l’abreuvement. Le troupeau mobile est composé de vaches non allaitantes et de mâles de divers âges et types. La composition et la taille des troupeaux mobiles et sédentaires est dynamique, changeant selon les saisons, la pluviométrie moyenne, le degré de sécheresse de l’année. Des troupeaux sédentaires plus nombreux et hétérogènes caractérisent les années à fortes précipitations, et le contraire vaut pour les troupeaux mobiles. Les deux types de troupeaux sont abreuvés tous les trois à quatre jours durant les périodes sèches. Cela est considéré comme une opération de gestion visant à minimiser la main d’œuvre requise pour exhaure l’eau des puits profonds.. Gestion des ovins et des caprins. Les pasteurs élèvent de gros troupeaux d’ovins et de caprins pour la consommation, les revenus, la reproduction, la reconstitution des richesses et le prestige social. Au niveau de l’autoconsommation, ovins et caprins sont abattus occasionnellement pour fournir de la viande. Actuellement, les caprins sont élevés pour leur lait, notamment pour les enfants en saison sèche et pour les adultes en temps de disette. Les ovins sont rarement traits. Ovins et caprins sont souvent vendus pour acheter des menues marchandises et de la nourriture. On vend surtout les mâles, les femelles étant gardées pour la reproduction. Les ovins et caprins des éleveurs nomades sont très résistants à la sécheresse et bien adaptés aux plaines arbustives arides. Les caprins sont très productifs et fournissent du lait, du beurre et de la viande. Le lait est très important pour l’alimentation des enfants. Les peaux sont utilisées pour conserver le beurre ou les céréales, baratter le lait, servir de seaux à eau et pour la vente. L’âge de première mise bas des caprins est entre 8 et 12 mois; l’intervalle entre les chevreaux est de six mois. Des chevreaux mâles de quatre à cinq jours sont souvent offerts en cadeau aux hôtes. Quelques chevreaux mâles nouveau-nés sont abattus au bout de quelques jours pour augmenter la quantité de lait familiale. En saison sèche, tous les petits sont abattus en raison du manque de fourrage et parce que les femelles ne seraient pas en mesure de survivre avec des petits en train de téter. Certains ovins et caprins mâles sont gardés pour la reproduction et la viande. A l’âge de 4-5 ans, ovins et caprins mâles sont castrés et mis à l’embouche et sont alors dénommés ‘sanga’. Ils grandissent vite et fournissent de la bonne viande; les sangas sont vendus à haut prix sur les marchés locaux et à l’exportation et constituent la viande préférée des occasions rituelles: vacances, naissances et cérémonies de circoncision. Elevage camelin. Les camelins sont d’un grand intérêt pour les populations des plaines et pour les éleveurs en particulier; ils s’adaptent particulièrement bien à ce milieu et contribuent de manière significative à la sécurité alimentaire des ménages pastoraux. Ils sont surtout utilisés pour leur lait et pour le transport de personnes et marchandises. Les protéines, graisses et vitamine C contenues dans le lait de chamelle sont d’une importance vitale pour les éleveurs, qui vivent dans un environnement manquant de légumes. Les éleveurs emploient les chameaux pour se déplacer et pour les opérations commerciales; de même, ils servent à transporter les céréales, les biens achetés sur les marchés et de grandes quantités d’eau puisées dans les puits pour les hommes et les veaux en saison sèche; ils servent aussi d’animaux de trait. La plupart des campements d’éleveurs ont au moins un camelin. Le nombre de mâles et femelles dans les diverses communautés dépend de leur proximité avec les sources d’approvisionnement en marchandises telles que les pierres à lécher. La valeur marchande d’un camelin oscille entre 175 et 200 dollars EU. Les communautés effectuent des échanges entre elles, prenant des mâles pour le transport et des femelles pour le lait. En Ethiopie, la conduite des camelins est traditionnelle; il existe peu d’études sur l’élevage camelin. Celui-ci est rendu difficile par les changements multiples du milieu, le manque de services vétérinaires et la faible performance de reproduction; c’est un processus plus long que l’élevage caprin. La maturité sexuelle est atteinte vers quatre ou cinq ans et il y a en général une mise bas par an. La gestion des chamelons est très importante aux yeux des pasteurs, qui lui consacrent une grande attention. L’apport en lait, l’approvisionnement en eau en saison sèche, de bons pâturages et une lutte efficace contre les parasites, sont jugées aussi essentiels que les soins eux-mêmes. La division des troupeaux de façon à réduire la compétition pour le fourrage, l’eau et le sel permet d’optimiser l’utilisation des ressources; cette stratégie permet aussi de garantir l’approvisionnement continu des familles en lait, et de répondre aux besoins des chamelons aussi bien qu’à ceux des hommes. La gestion du troupeau vise à assurer un flux durable de bénéfices allant des camelins vers les ménages. Avec des ressources limitées, les éleveurs investissent de façon relativement intensive dans les chamelons. Ceux-ci sont gardés en stabulation durant presque toute leur première année: cela les aide dans leur thermo-régulation face à un environnement souvent froid et balayé par le vent durant les périodes pluvieuses; cela minimise aussi les risques de prédation. Les femmes ôtent régulièrement le fumier de l’enclos des chamelons et veillent aux problèmes sanitaires, utilisant par exemple du kérosène pour enlever les tiques et des remèdes traditionnels pour soigner les blessures et les maux internes. L’importance du sel pour les camelins est bien connue des bergers; les chameaux dépendent des plantes salées, des sols salés et des compléments en sel. Les bergers reconnaissent les animaux montrant des symptômes de carence en sel et leur donne une complémentation. On en donne aussi là où les plantes et sols salés sont insuffisants. La gestion traditionnelle de la reproduction prend en compte la sélection des mâles et femelles et les pratiques de contrôle de la reproduction. Toutes les femelles sont considérées comme adaptées à la reproduction et l’attention se concentre sur les mâles. Une fois qu’un mâle a été sélectionné, il est utilisé aussi longtemps que possible, mais les géniteurs sont gardés cinq à sept ans au plus dans le troupeau. On laisse les mâles sélectionnés pâturer avec les femelles reproductrices et tous les mâles non choisis comme géniteurs vont paître séparément ou sont castrés. Obstacles à l’élevage des ruminants Contraintes socio-économiques Contraintes techniques. La productivité
de l’élevage éthiopien est inférieure à la moyenne africaine. Le produit
du troupeau est de l’ordre de 7 pour cent par an pour les bovins et
de 33-36 pour cent pour les ovins et caprins; les poids de carcasse
correspondants sont respectivement de 100-110 kilos et de 8-10 kilos.
Les vaches n’atteignent pas la maturité avant l’âge de 4 ans, elles
vêlent tous les deux ans et ne produisent que 1,5 à 2 litres de lait
par jour, sur 150 à 180 jours de lactation. Il en résulte une faible
consommation de viande et de lait par habitant. Le mauvais état de santé,
le manque d’alimentation et le faible potentiel génétique sont les principaux
freins à l’accroissement de la productivité de l’élevage dans le pays
(ILCA, 1991 et MoA- NLDP, 1998). Intensification de l’élevage de ruminants Malgré la faible performance de l’élevage dans la passée , le cheptel, la biodiversité et les ressources naturelles nationaux sont potentiellement porteurs d’amélioration. Les effectifs très nombreux du cheptel, parfaitement adapté aux diverses conditions agroécologiques, peuvent représenter la base d’une augmentation des produits de l’élevage et des emplois, essentiel pour une agriculture durable. Des progrès en matière de lutte contre les maladies, la malnutrition, la mauvaise reproduction et de commercialisation et de structure des prix auraient un impact remarquable sur les performances. Le domaine
de l’amélioration du potentiel génétique des ruminants indigènes, notamment
dans l’industrie laitière, devrait gagner de plus en plus l’intérêt
des petits éleveurs et du secteur privé, bien que l’alimentation demeure
à cet égard une contrainte majeure. Les élevages de volailles semi-intensifs
ou de basse-cour sont susceptibles de se développer dans une modeste
mesure, en raison des prix croissants du lait et de la viande. L’amélioration
quantitative et qualitative de l’alimentation constitue un autre enjeu,
notamment pour les pâturages et fourrages pour lesquels existe un grand
potentiel. L’Ethiopian Agricultural Research Organization (EARO) a développé
des systèmes d’alimentation et mené des recherches dans des zones spécifiques,
avec une attention particulière à l’alimentation et la nutrition comme
base d’un cheptel sain. Le MoA a récemment lancé divers programmes d’amélioration
qualitative et quantitative de l’alimentation du bétail, qui visent
à: Bien que l’on n’ait pas d’informations fiables et exhaustives, selon le MoA, plus de 100 000 hectares de parcours dégradés ont été réhabilités en l’espace de quatre ans, grâce à un programme bien coordonné d’amélioration des pâturages. C’est cependant insignifiant en regard de la superficie totale de terres dégradées, et les efforts doivent être poursuivis. Améliorer l’approvisionnement en nourriture est possible si l’on améliore par ailleurs la production fourragère et celle des parcours, et le contrôle de l’ensemencement. La production de semences fourragères de la part de petits éleveurs sous contrat s’est montrée prometteuse. Au fur et à mesure que les cultures se font plus intensives, les résidus de récolte deviennent une source d’alimentation majeure. L’amélioration qualitative des résidus de récolte et l’utilisation efficace des sous-produits est un autre domaine de progrès possible. Dans les plaines
pastorales, existent de nombreuses possibilités d’améliorer la gestion
des parcours, notamment: La prophylaxie et la lutte contre les maladies constituent d’autres enjeux. Bien que l’on ne dispose pas de données épidémiologiques sur la plupart des maladies du bétail et que les enregistrements effectués sont en-dessous des minimums requis, le l’éradication de la peste porcine est une indication sur le potentiel de succès du pays. Si un soutien est donné à d’autres programmes sur les maladies prioritaires, la perte économique pourra être minimisée et l’accès aux exportations potentielles rendu possible. |