Niger

DIETER GEESING
et
HASSANE DJIBO


 


1. Introduction
2. Sols et topographie
3. Climat et zones agroécologiques
4. Systèmes d’élevage
5. Ressources pastorales
6. Amélioration des ressources pastorales
7. Organismes de recherche et développement impliqués dans le pastoralisme
8. Références bibliographiques
9. Contacts


 

1. INTRODUCTION

La République du Niger est un pays enclavé dans le cœur de l’Afrique de l’Ouest. Il est limité par l’Algérie et la Libye au nord, le Mali à l’ouest, le Burkina Faso et le Bénin au sud-ouest, le Nigéria au sud et le Tchad à l’est (voir figure 1). Sa superficie totale est de 1 267 000 km2 mais, en raison de conditions climatiques ou de sols défavorables, seule la moitié de celle-ci est habitable. Le Niger comprend le district de la capitale et sept  départements, eux-mêmes subdivisés en districts et communes. Niamey est la capitale et la ville la plus importante; Zinder, Maradi, Tahoua et Agadez sont les autres villes principales. Le français est la langue officielle, mais le haoussa est la langue commerciale locale. D’autres langues africaines telles que le fulfulde, le tamachek et le djerma sont aussi largement employées. 

 

Figure 1. Carte du Niger

Depuis la fin de l’âge de la pierre, divers groupes ont commencé à s’installer dans les environnements plus humide autour du massif de l’Aïr, le long des frontières de l’ancien grand lac Tchad et dans la vallée du Niger. L’écriture, en tant que facteur de développement culturel, n’apparut pas avant le VIIIème siècle, avec l’arrivée de l’Islam et des  Arabes. Des empires royaux d’âge inconnu existaient déjà à l’époque. Leur pouvoir s’affaiblit jusqu’à ce que, au XIXème siècle, le Niger devienne un territoire militaire français puis, en 1922, une colonie sous régime militaire. A la suite d’élections, le 3 août 1960, Diori Hamani devint le premier président de la République du Niger indépendante.

Seulement 29 pour cent des enfants en âge d’être scolarisés reçoivent une instruction. En 2001, l’espérance de vie moyenne à la naissance était de 42 ans; le taux de mortalité infantile était de  124 morts pour 1 000 naissances (estimations de 2001). Le taux de croissance annuel de la population est de 2,75 pour cent. Plus de 60 pour cent de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté. 

Economie. Un climat particulièrement dur, des caractéristiques géographiques inhospitalières et une situation d’enclavement total, telles sont les réalités sous-jacentes de l’économie du Niger. Cependant, la petite agriculture familiale et l’élevage contribuent approximativement à  40 pour cent du PIB (juste après les services, qui représentent 42 pour cent) et presque les trois-quarts de la main d’œuvre sont employés dans ce secteur. S’appuyant principalement sur l’agriculture et l’élevage, l’économie du pays est encore très largement à la merci des variations climatiques. Le Niger exploite des mines d’étain, d’or et d’uranium. De grands dépôts d’uranium sont situés dans le nord du Niger et celui-ci compte pour environ les trois quarts dans les recettes des exportations. On exploite aussi des mines de sel en petites quantités. L’industrie se limite essentiellement au conditionnement alimentaire et au bâtiment, les entreprises manufacturières sont presque toutes très petites. Le bois de feu et autres combustibles traditionnels comptent pour 80 pour cent dans la consommation énergétique du pays. 

Agriculture. Moins 4 pour cent des terres sont cultivables, 9 pour cent sont des pâturages permanents et seulement 2 pour cent sont des forêts et boisements. L’agriculture est limitée au nord par l’isohyète 350 mm, au-delà duquel la production de mil (Pennisetum glaucum) cesse pratiquement. Les zones sahélo-soudanienne et soudanienne  du Niger sont considérées comme potentiellement sédentaires (contrairement aux zones du nord où l’on trouve avant tout une activité nomade). Ici, on trouve essentiellement du mil chandelle (Pennisetum glaucum) et du sorgho (Sorghum bicolor) – les cultures extensives traditionnelles, qui couvrent la plupart du sol cultivé -, du niébé (Vigna unguiculata) et de l’arachide (Arachis hypogaea). Un peu de coton (Gossypium spp.) apparaît plus au sud, dans la zone soudanienne. Les dépressions créées par des cours d’eau anciens ou récents sont utilisées pour les cultures maraîchères (tomates, oignons, etc.)  ou les arbres fruitiers. On cultive du riz autour des fleuves Niger et Komadougou. Les autres cultures de moindre importance sont la canne à sucre, le maïs et la patate douce.

La production annuelle est actuellement de l’ordre de 3,5 millions de tonnes de céréales, complétées par des milliers de tonnes provenant de l’aide internationale. Le rendement moyen est aux alentours de 400 kg/ha pour le mil et de 190 kg/ha pour le sorgho, mais il existe de grande différences régionales. Le niébé, le coton et l’arachide sont cultivés pour l’exportation. On cultive pour la consommation locale du mil (le Niger est le plus gros producteur du monde par habitant), le sorgho, le manioc, les légumineuses, le riz, la canne à sucre et quelques primeurs. On pratique la pêche sur le lac Tchad et sur le fleuve Niger, et les prises sont consommées ou vendues localement.

La part des terres cultivées s’accroît et concurrence sévèrement la conduite de l’élevage. De fait, l’élevage se limite aujourd’hui au nord du Niger: les animaux domestiques sont dispersés, demeurant toute l’année au même endroit ou se déplaçant une partie de l’année vers le nord. L’agriculture bénéficie des engrais organiques qui maintiennent le sol fertile aux alentours des lieux d’implantation. La recherche de sols cultivables supplémentaires conduit à défricher les boisements. Le défrichement et l’exploitation du bois réduit considérablement la végétation originale: Niamey, la capitale, requiert à elle seule plus de 11 000 tonnes de bois de feu par an. En outre, les jachères diminuent et les rotations sont ramenées à 2-3 ans, ce qui réduit ultérieurement la fertilité des sols.

Faune. Environ 7,7 pour cent des terres du Niger sont officiellement protégées. Bien que la chasse soit interdite dans le pays (hormis pour des raisons scientifiques) le braconnage rampant menace gravement les espèces animales sauvages. Mais d’autres facteurs jouent aussi un rôle important dans le déclin de la faune sauvage nigérienne: la destruction des habitats par l’agriculture, la déforestation, les feux et la compétition avec les animaux domestiques. De même, des phénomènes naturels tels que les rudes sécheresses ont réduit les terrains de pâture de la faune sauvage.

Au Niger, les principaux habitats pour les poissons sont le fleuve Niger et le lac Tchad. Certaines espèces de poissons sont adaptées à un milieu privé d’eau pendant un certain temps: ils peuvent survivre en demeurant dans un état de torpeur à l’intérieur des sédiments, recouverts d’une membrane de protection muqueuse ou à l’état d’œufs. Certains poissons ont, localement, une importance économique considérable (comme le capitaine, Lates niloticus). Les amphibiens sont en général liés à des accès à l’eau permanents, mais certaines espèces ont une vie plus terrestre et  parviennent à survivre à la longue saison sèche grâce à un cycle de vie très court durant la saison pluvieuse, et/ou en s’enfouissant dans les strates de sol plus humides.

Parmi les reptiles nigériens à mentionner, on compte des espèces protégées par les conventions internationales telles que le crocodile du Nil (Crocodylus niloticus) et certains lézards (par exemple, Varanus griseus, Varanus niloticus). On trouve d’autres espèces intéressantes comme les pythons (Python sebae, P. regius), les tortues d’eau (par exemple, Trionyx triunguis, Pelomedusa subrufa) et les tortues (par exemple, Testudo sulcata). On compte plus de 600 espèces d’oiseaux au Niger, dont beaucoup sont menacées. Parmi les oiseaux les plus intéressants, on trouve les aigles et les vautours (Accipiteridae), le Bucorvus abyssinicus et les autruches (Struthio camelus). La pintade (Numida meleagris) et les pigeons (Columbidae) sont courants et enrichissent le régime rural quotidien. On compte 131 espèces de mammifères, dont de nombreuses en danger. Aucun des mammifères n’est endémique. Parmi les espèces importantes, on compte l’antilope: Oryx dammah, Addax nasomaculatus, Gazella dama ou Gazella leptoceros. Les mammifères substantiels mais rares sont l’éléphant africain (Loxodonta africana), le guépard (Acinonyx jubatus) et le lion (Panthera leo). L’hippopotame (Hippopotamus amphibius) habite les eaux du fleuve Niger. A l’est de ce dernier, se trouvent des zones abritant quelques girafes nomades. Dans les savanes nigériennes, on rencontre assez fréquemment des  phacochères (Phacochoerus africanus) et des singes, notamment des babouins (Papio cynocephalus). On peut rencontrer des hyène (Hyaena hyaena) à travers tout le pays.

Le gouvernement nigérien essaie de préserver la faune dans des réserves telles que le parc national du W (220 000 ha – qui constitue aussi une attraction touristique considérable) et la réserve naturelle de Tamou (78 000 ha), à 125 km au sud de Niamey. Dans la zone sahélienne sud-nord et nord, a été instaurée en 1988 la réserve naturelle de l’Aïr et du Ténéré (7,7 millions ha), avec en son sein une réserve spécifique pour l’addax.  Dans cette zone fermée, le très rare addax est protégé des véhicules de chasseurs et touristes, qui le pourchassaient auparavant.


 

2. SOLS ET TOPOGRAPHIE

Le Niger est une vaste plaine ondulée, située en moyenne  à 300 m d’altitude au-dessus du niveau de la mer. On trouve toutefois quelques grandes dépressions, habituellement emplies de sable, et les sommets des reliefs sont parfois formés à partir de structures volcaniques, comme le plus élevé d’entre eux, le mont Greboun (2 310 m) dans le massif de l’Aïr. Le pays peut être divisé grossièrement en trois zones: le nord, le centre et le sud. La zone nord, qui couvre environ les deux tiers de la superficie, se trouve dans le Sahara. C’est une région surélevée formée de plateaux et montagnes et, à l’exception de quelques oasis isolées, la végétation y est rare. Le centre fait partie du  (région du Ténéré). C’est une région semi-aride avec peu d’arbres. Le sud est la seule région fertile et boisée, où il pleut suffisamment pour permettre les cultures sans irrigation.

Mis à part quelques bassins plus ou moins permanents et quelques cours d’eau saisonniers, le réseau hydrographique principal du Niger consiste en un fleuve principal, le Niger, une rivière plus petite, le Komadougou Yobé, et le Lac Tchad. Le Niger traverse le pays dans le sud-ouest sur 550 km. Le Komadougou Yobé marque la frontière entre le Niger et le Nigéria sur 140 km. La partie nigérienne du lac Tchad couvre quelque 3 000 kilomètres carrés. Le lac lui-même est un vestige d’une ancienne mer du quaternaire et aujourd’hui, à 280 m d’altitude, il n’a nulle part plus de 4 m de profondeur. Les îles prolifèrent sur le lac et le taux d’évaporation est extrêmement élevé;  98 pour cent de l’eau provient de la rivière Chari et des pluies. 

Dans les zones très sèches du nord et du nord-est du Niger, les carences en eau et en végétation inhibent la formation des sols. Certaines parties ont toutefois été sujettes à une fragmentation mécanique. Les vents forts emportent les parties les plus fines, le sable et la boue.  L’horizon A est peu ou pas développé et le contenu en matière organique est en général inférieur à 0,5 pour cent dans les 40 cm supérieurs (dans l’ancienne base de référence mondiale - World Reference Base: WRB - de la FAO, nombre de ces sols ont été classés parmi les  Yermosols, mais ce groupe de sols a été éliminé de la classification WRB révisée. Depuis, la carte des sols de l’Afrique n’a pas été mise à jour, aussi le nom de  Yermosols sera-t-il retenu ici. Selon la nouvelle WRB, en fonction de certaines propriétés, ces sols devraient maintenant relever des  Calcisols, Cambisols, Durisols, Gypsisols ou Arenosols). Dans les régions montagneuses (Aïr ou plateaux du Djado), les roches sont recouvertes d’une strate de sols peu profonds et fragementés (Leptosols). La productivité de ces sols est basse et ils ne peuvent être utilisés que pour la pâture extensive (voir figure 2).

Figure 2. Carte des sols du Niger
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Plus loin dans le sud, une large bande de sols sablonneux traverse le Niger du Mali jusqu’au Tchad. Les sols légèrement altérés, Cambic Arenosols à l’est, montrent de fines couches d’accumulation argileuse au centre et à l’ouest (Luvic Arenosols).  Lorsque les précipitations, et donc les altérations, deviennent plus régulières, les sols commencent à montrer un horizon supérieur de couleur claire avec un peu de matière organique, et un horizon inférieur tirant sur le rouge en raison de la plus forte concentration en fer. Les Arenosols ont une faible capacité de rétention de l’eau mais ils sont perméables et faciles à travailler. Leur fertilité naturelle et leur capacité d’échange des cations sont peu élevées et les carences en éléments mineurs fréquentes. Ces sols s’érodent facilement sous l’action du vent et de l’eau dès qu’il n’y a plus de végétation. Ils conviennent aux cultures agricoles peu exigeantes telles que le mi chandelle et l’arachide. 

Sur les terrasses entre le fleuve Niger et le dallol Bosso (dallol: vallée) et le dallol Maouri, dans le sud-ouest du pays, les Arenosols sont associés aux Regosols, des sols très peu développés situés sur une roche mère peu compacte. Les sols hydromorphes avec une importante eau de surface, dans les dépressions du centre-sud  (vallée du Tarka, Goulbi de Kaba et Goulbi de Maradi) et le lac Tchad, et les sols formés sur des dépôts alluviaux (Fluviosols), offrent en général des sols agricoles de bonne qualité, qui sont utilisés de façon intensive. Les Cambisols (sols modérément altérés) et les Vertisols (sols argileux lourds) couvrent une surface peu étendue au Niger.


 

3. CLIMAT ET ZONES AGRO-ÉCOLOGIQUES 

Le Niger est situé dans l’une des régions les plus ensoleillées du monde, il a principalement un climat sec avec des variations de température considérables. L’évaporation potentielle est de 2 à 4 m par an, tandis que les précipitations ne dépassent jamais les 800 mm, et tombent même en dessous de 100 mm sur environ la moitié du pays. Les précipitations sont de type saharien dans le nord, avec quelque 160 mm tombant en moins d’un mois, sauf dans le désert où il ne pleut pratiquement jamais, et de type soudano-sahélien dans le sud, qui reçoit quelque 600 mm de pluie en l’espace de trois-quatre mois (juin-septembre). La pluviosité varie toutefois d’une région à l’autre et sa distribution est très irrégulière, les niveaux tombant abruptement au fur et à mesure qu’on monte vers le nord. Les températures peuvent dépasser les 40 degrés Celsius entre mars et juin, période où souffle l’harmattan. C’est durant cette période qu’arrivent les premières pluies, en général annoncées par de lourds nuages se déplaçant dans le ciel. De novembre à février, les températures chutent considérablement, en particulier après la tombée de la nuit. Les températures annuelles diffèrent, allant de 16 °C dans le nord-est aux alentours de 9 °C dans le sud-ouest.

Lien climat

Végétation. Le Niger couvre deux zones géobotaniques : la zone saharo-sindienne dans l’extrême nord et la zone soudano-zambézienne dans la plupart du pays. Sur le plan bio-géographique, le Niger couvre trois régions: saharienne, sahélienne et soudanaise.  La transition entre elles n’est pas très clairement définie. Au sein de l’Afrique tropicale, le Niger offre une caractéristique remarquable: le Ténéré (dans le nord du pays) – l’une des zones les plus pauvres du monde sur le plan de la flore: on y rencontre moins de 10 espèces différentes pour 10 000 kilomètres carrés.

La zone saharo-sindienne dans le nord: il y pleut peu, de façon très irrégulière et parfois pas du tout. La végétation dominante des plaines, lorsqu’il y en a une, consiste en un pâturage discontinu (souvent qualifié de "steppe" dans les publications françaises), principalement limité aux dépressions. Elle relève du groupe  Acacia-Panicum, et est dominée par Panicum turgidum. Les plantes sont adaptées à l’absence d’eau. Sur les dunes, Cyperus conglomeratus  abonde dans le couvert herbacé, en association avec divers Poaceae, comme Aristida mutabilis, Tragus racemosus, Cenchrus biflorus ou Lasiurus scindicus. Sur les plateaux, Aristida hordacea, Aristida funiculata, Cenchrus ciliaris, Eragrostis pilosa et Schoenefeldia gracilis sont courants. Dans les vallées sèches, Cymbopogon schoenanthus domine dans le tapis végétal. Les rares espèces ligneuses comprennent surtout Acacia raddiana, mais aussi Acacia ehrenbergiana, Cordia sinensis, Maerua crassifolia et Grewia tenax. Les variations de la végétation sont essentiellement dues à de petits changements de microclimat, de sol ou de relief. Ainsi, les formations végétales des montagnes de l’Aïr montrent des différences substantielles avec celles des plaines. Sur la partie la plus basse de l’Aïr (entre 500 et 900 m d’altitude), on rencontre des formations ligneuses souvent composées de  Maerua crassifolia, Leptadenia pyrotechnica, Calatropis procera et Salvadora persica , associés avec Balanites aegyptiaca et divers Acacia. Parmi les graminées, Stipagrostis spp., Aristida spp. et Eragrostis spp. sont courants. Sur la partie supérieure de l’Aïr ( > 900 m), on rencontre des formations d’acacias (Acacia raddiana, Acacia ehrenbergiana, Acacia laeta, Faidherbia albida 'Gao'), ainsi que de Boscia senegalensis, Commiphora africana, Balanites aegyptiaca, Ficus cordata, Hyphaene thebaica, Ziziphus mauritania, Anogeissus leiocarpa, Bauhinia rufescens et de Salvadora persica. Les Poaceae sont représentés par Aristida mutabilis, Cymbopogon schoenanthus, Tripogon multiflorus et Desmostachya bipinnata.

La zone soudano-zambézienne est divisée en deux: la ceinture sahélienne dans le nord et la ceinture soudanienne dans le sud. La ceinture sahélienne montre une végétation typique de la steppe, où la couche ligneuse s’amenuise du sud au nord, passant de 15 à 60 pour cent du couvert végétal dans le sud à des buissons dispersés dans le nord. La strate herbacée est composée surtout de graminées annuelles. La ceinture sahélienne est à son tour subdivisée en deux secteurs économiques, grossièrement au niveau de l’isohyète 350 mm: le secteur nord (sahélo-saharien), connu pour être une zone de transhumance car la culture du mil elle-même y est très difficile; le secteur sud (sahélo-soudanien), la zone sédentaire, qui comprend de nombreux villages (là, bien que le bétail soit encore très nombreux, il s’éloigne durant la saison des pluies et part en transhumance vers le nord afin de ne pas endommager les cultures). Dans toutes les sous-zones, le végétation est répartie en fonction de trois types de sols principaux: sols sablonneux, sols contenant suffisamment d’argile et de limon et sols avec une roche mère apparente.

Les espèces ligneuses du secteur sahélo-saharien comprennent principalement des arbres tels que Faidherbia albida, Sclerocarya birrea, Boscia senegalensis, Balanites aegyptiaca, Hyphaene thebaica, Acacia raddiana et des arbustes comme Salvadora persica. Le couvert herbacé est composé de Cenchrus biflorus, Cenchrus prieurii, Brachiaria xantholeuca, Brachiaria villosa, Schoenefeldia gracilis, Panicum turgidum, Aristida mutabilis et Eragrostis tremula. Dans la partie est de ce secteur, à savoir les alluvions sableuses du désert du Tal ou les plateaux argileux du Kadzel, les espèces ligneuses comprennent Acacia raddiana, Piliostigma reticulatum, Balanites aegyptiaca, Commiphora africana, Grewia villosa, Grewia tenax, Guiera senegalensis, Combretum micranthum, Acacia senegal, Acacia nilotica, Hyphaene thebaica, Sclerocarya birrea, Piliostigma reticulatum et des arbustes comme Leptadenia pyrotechnica et Calotropis procera. Le couvert herbacé est surtout composé de Cenchrus biflorus ('cram-cram'), Cenchrus prieurii, Tragus racemosus, Eragrostis tremula, Dactyloctenium aegyptium, Aristida funiculata et Aristida adscensionis.

Dans le secteur soudano-sahélien, les arbres sont plus fréquents et on trouve aussi des bosquets. La végétation de steppe persiste sur les sols sableux des vallées sèches, avec des arbres tels que Guiera senegalensis, Acacia nilotica, Combretum micranthum, Piliostigma reticulatum, Prosopis africana, Faidherbia albida, Acacia senegal, Ziziphus mauritania, Acacia raddiana, Balanites aegyptiaca, Hyphaene thebaica et Boscia senegalensis. Les strates herbacées de ces steppes sont riches en Aristida adscensionis, Eragrostis tremula, Bracharia villosa, Cenchrus prieurii, Cenchrus biflorus, Aristida mutabilis, Aristida funiculata, Enteropogon prieurii, Dactyloctenium aegyptium et Schoenefeldia gracilis. Sur les plateaux, on rencontre des formations typiques des savanes, les bosquets occupant la plus grande partie du sud de la ceinture sahélienne et s’étendant sur les surfaces latéritiques couvertes d’un sol fin. Arbres et arbustes de Combretaceae, Tiliaceae et Mimosaceae forment ce que l’on appelle la “brousse tigrée” ou “brousse tachetée”, où s’alternent des bandes de végétation ligneuse et de sol nu. Les graminées comprennent, par exemple, Aristida adscensionis, Elionurus elegans, Eragrostis tremula, Pennisetum pedicellatum, Schoenefeldia gracilis, Tripogon minimus, Brachiaria xantholeuca, Dactyloctenium aegyptium, Eragrostis tremula et Eragrostis pilosa. Ces écosystèmes de forêt sont l’un des éléments majeurs pour la conduite de l’élevage au Niger.

La ceinture soudanienne est relativement petite au Niger, et se cantonne essentiellement à l’ouest du pays et au sud de Niamey. Elle est davantage boisée que le Sahel et sa végétation se caractérise par une couche herbacée interrompue, dominée par les espèces péennes de grande taille. Le couvert graminéen est hétérogène et particulièrement développé dans les clairières. Les espèces courantes sur les plateaux latéritiques sont Loudetia togoensis, Brachiaria xantholeuca ou Digitaria gayana; dans les vallées ou sur les pentes douces,  on rencontre fréquemment Andropogon gayanus et Pennisetum pedicellatum. La végétation ligneuse se caractérise par un grand nombre de formations, parfois denses, de Combretaceae, et par la présence d’espèces utiles à l’homme comme  Butyrospermum parkii (karité) ou Parkia biglobosa ('néré'). Les couches ligneuses de densité variable peuvent former de grandes formations, telles que des forêts ouvertes de Anogeissus leiocarpus, Bombax costatum, Acacia macrostachya, Daniella oliveri, Piliostigma reticulatum et autres espèces. Les forêts galeries qui longent les principaux cours d’eau comprennent des arbres pouvant atteindre 20-25 m de hauteur, parmi lesquels Mitragyna inermis, Cola laurifolia, Afzelia africana, etc.

Au nord du 12ème parallèle de latitude, la plus grande partie du sud-ouest nigérien est recouvert de savanes avec des formations ligneuses dominées par Combretaceae et des arbres tels que Faidherbia albida, Bombax costatum et Sclerocarya birrea. Le couvert herbacé est souvent composé de Andropogon gayanus, Aristida spp. , Loudetia hordeiformis, Panicum nigerense et, localement, Cenchrus biflorus. Dans certaines vallées (comme le dallol Maouri), selon l’état de l’eau de surface, on peut trouver des arbres tels que Prosopis africana ou Khaya senegalensis et des palmiers comme Hyphaene thebaica ou Borassus aethiopum.


 

4. SYSTÈMES D'ÉLEVAGE

L’élevage contribue à hauteur de 35 pour cent au produit intérieur brut (PIB) agricole et, ainsi, à 12 pour cent du PIB (1995). Plus d’un million de personnes travaillent à plein temps dans l’élevage, et davantage encore sont dans le secteur agropastoral. Après l’uranium, c’est le second produit exporté par le Niger, mais sa part est tombée de plus de 20 pour cent à moins de 7 pour cent en 1995. La production animale nigérienne s’appuie sur la pâture extensive mais les aléas climatiques, l’étendue et la qualité des pâturages, de même que les contraintes sanitaires et économiques, constituent des freins notables à sa performance. La situation de précarité favorise deux types d’élevage:

- Les camelins excellent en raison de leur extraordinaire capacité à s’adapter à un environnement sec; ils sont les seuls à pouvoir exploiter la zone sahélienne tout entière, surtout le nord. Economiquement, ils constituent un investissement à long terme. Grâce à ce type de stratégie, le nombre de camelins a augmenté de 50 pour cent depuis les sécheresses sévères des années 70 et 80, tandis que les effectifs des bovins ont chuté de 20 pour cent durant la même période.

- Les petits ruminants sont un investissement à court terme; leurs effectifs ont doublé depuis les années 60, passant de 18 pour cent à 33 pour cent en termes d’UBT [1 UBT = Unité de Bétail Tropical = 250 kg de poids vif = 1 dromadaire = 1,25 bovin ou équin = 2 asins = 10 petits ruminants]. Le nombre d’ovins (voir tableau 1) a particulièrement augmenté (pour plus de 70 pour cent dans les vingt dernières années), bien que le nombre de caprins lui soit toujours supérieur à l’heure actuelle (ovins, 13 pour cent et caprins, 20 pour cent des UBT du Niger). En raison de leur caractère prolifique, les petits ruminants sont favorisés dans la mesure où une chute des effectifs après une sécheresse peut être rapidement comblée. Par ailleurs, ils ont une plus grande productivité que les grands ruminants.

Ces dernières années, l’élevage s’est déplacé de plus en plus vers la zone agropastorale (laquelle s’est étendue à l’intérieur de la zone pastorale), sauf pour l’élevage extensif des zébus Bororo. On estime qu’environ 2/3 des bovins se trouvent aujourd’hui dans la zone agropastorale. Dans le sud-ouest du Niger tout particulièrement, les activités d’embouche et de production laitière s’intensifient de plus en plus. 

L’utilisation d’aliments complémentaires ou additionnels dépend du niveau de la production animale. Dans l’élevage familial traditionnel pratiqué dans les villages, on emploie des résidus de récoltes et des tiges provenant des champs (niébé) ou des arbres égumineuses (acacia, tamarin, etc.). Dans les systèmes d’élevage améliorés, proches des centres urbains et encouragés par des programmes internationaux, on utilise parfois du son, des résidus de brasserie ou des tourteaux de graines oléagineuses. Le volume des produits vétérinaires est difficile à estimer parce qu’il existe un important marché noir, mais on considère qu’il représente moins de 0,05 pour cent de la valeur économique de tout le cheptel. 

De manière générale, le lait est très apprécié au Niger, où il constitue l’aliment de base de populations telles que Peulhs, Touaregs, Toubous et Arabes. Bien que les races de bovins nigériens, comme les azawak ou les kouri, comptent parmi les meilleurs bovins laitiers d’Afrique de l’Ouest, la production actuelle est limitée par la malnutrition. Dans la plupart des cas, la production de lait sert à la consommation familial et moins de un pour cent du lait produit intérieurement est commercialisé. La production intérieure ne permet pas de satisfaire à la demande et les importations de lait s’élevaient à plus de 10 millions € en 1995. Par ailleurs, la quantité de lait disponible par habitant est tombée de 168 litres en 1968 à 37 litres en 1994. La production laitière industrielle s’appuie essentiellement sur le lait en poudre importé.

Bien que les chiffres soient incertains, on estime que, en 1995, environ 200 000 bovins, 30 000 camelins, 600 000 ovins et 1,3 million de caprins ont été abattus pour être consommés. Un autre secteur important de la commercialisation des produits de l’élevage est constitué par les cuirs et les peaux, notamment ceux de caprins. En 1994, les cuirs et peaux étaient estimés à 188 000 pour les bovins, 85 000 pour les ovins et plus de 1,6 million pour les caprins. 

 

Figure 3. Evolution de la population et du cheptel au Niger depuis 1991
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Tableau 1. Effectifs du cheptel par Département

Département

1991

1992

1993

1994

1995

1996

1997

1998

1999

2000

                     

ovins

                     

Agadez

80 533

84 600

87 100

89 700

92 400

95 200

98 056

100 997

104 027

107 148

Diffa

1 446 410

1 518 700

1 564 200

1 611 100

1 659 400

1 709 200

1 760 476

1 813 290

1 867 689

1 923 720

Dosso

45 436

47 700

49 100

50 600

52 100

53 660

55 270

56 928

58 636

60 395

Maradi

197 441

207 300

213 500

219 900

226 500

233 300

240 599

247 817

251 252

258 910

Tahoua

517 787

543 700

560 000

576 800

594 100

610 570

628 887

647 754

667 187

687 203

Tillabery

425 895

447 200

460 600

474 100

488 300

502 900

517 987

533 527

549 533

566 019

Zinder

539 229

566 200

583 200

600 700

618 700

637 260

656 379

676 070

696 352

717 243

MCN

11 300

22 000

nd

55 500

57 200

58 900

60 667

62 487

64 362

66 293

Total

3 264 031

3 437 400

3 517 700

3 678 400

3 788 700

3 900 990

4 018 321

4 138 870

4 259 038

4 386 931

                     

caprins

                     

Agadez

162 360

170 300

174 500

178 900

183 400

188 000

190 820

193 682

196 587

199 536

Diffa

1 245 954

1 307 000

1 339 700

1 373 200

1 407 500

1 442 700

1 464 340

1 486 305

1 508 600

1 531 229

Dosso

132 230

138 700

142 100

145 600

149 200

152 900

155 180

157 508

159 871

162 270

Maradi

321 235

337 000

345 400

354 000

364 600

373 700

167 875

170 393

172 949

175 543

Tahoua

1 056 308

1 108 100

1 135 800

1 164 200

1 193 300

1 223 100

1 241 446

1 259 888

1 278 786

1 297 968

Tillabery

1 027 602

1 078 000

1 104 900

1 132 500

1 160 800

1 189 800

1 191 658

1 370 406

1 390 362

1 411 826

Zinder

1 268 436

1 330 600

1 363 800

1 397 900

1 432 800

1 468 600

1 490 629

1 512 988

1 535 682

1 558 717

MCN

8 167

23 000

nd

33 300

34 100

34 900

35 423

35 954

36 493

37 040

Total

5 222 292

5 492 700

5 606 200

5 779 600

5 925 700

6 073 700

5 937 371

6 187 124

6 279 330

6 374 129

                     

bovins

                     

Agadez

10 770

11 300

11 500

11 700

11 900

12 140

12 382

12 629

12 881

13 139

Diffa

321 930

336 700

343 400

350 300

357 300

364 450

371 739

379 174

386 758

394 489

Dosso

312 162

326 500

333 000

339 700

346 400

353 330

360 396

367 604

374 956

382 455

Maradi

264 456

276 600

282 100

287 700

293 500

299 370

305 357

311 464

317 633

324 047

Tahoua

201 973

211 300

215 500

219 800

224 200

228 680

233 253

237 918

242 676

247 530

Tillabery

474 818

496 700

506 600

516 700

527 000

537 540

548 290

559 256

570 441

581 850

Zinder

203 602

213 000

217 200

221 500

225 900

230 420

235 028

239 729

244 524

249 414

MCN

12 100

20 400

nd

20 700

21 100

21 500

21 930

22 368

22 815

23 271

Total

1 801 811

1 892 500

1 909 300

1 968 100

2 007 300

2 047 430

2 088 375

2 130 142

2 172 684

2 216 195

                     

camelins

                     

Agadez

22 710

23 100

23 400

23 700

24 000

24 400

25 010

25 635

26 276

26 933

Diffa

58 870

60 000

60 900

61 800

62 700

63 600

65 190

66 820

68 490

70 203

Dosso

3 295

3 400

3 400

3 500

3 550

3 600

3 690

3 782

3 877

3 974

Maradi

17 360

17 700

17 900

18 200

18 500

18 800

19 270

19 752

20 246

20 752

Tahoua

122 551

124 900

126 700

128 600

130 500

132 500

135 812

139 207

124 687

146 254

Tillabery

37 686

38 400

39 000

39 600

40 200

40 800

41 820

42 865

43 936

45 034

Zinder

93 770

95 600

97 000

98 400

99 900

101 400

103 935

106 533

109 196

112

MCN

181

nd

nd

200

300

300

307

315

323

331

Total

356 423

363 100

368 300

374 000

379 650

385 400

395 034

404 909

397 031

313 593

                     

équins

                     

Agadez

nd

nd

nd

nd

nd

nd

nd

nd

nd

nd

Diffa

37 139

38 300

38 700

39 100

39 500

39 900

40 299

40 701

41 108

41 519

Dosso

2 402

2 500

2 520

2 500

2 520

2 540

2 565

2 591

2 616

2 642

Maradi

1 206

1 300

1 310

1 300

1 300

1 300

1 313

1 339

1 352

1 365

Tahoua

2 172

2 200

2 220

2 200

2 220

2 240

2 262

2 285

2 308

2 331

Tillabery

8 348