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La République du Niger est un pays enclavé dans le cœur de l’Afrique de l’Ouest. Il est limité par l’Algérie et la Libye au nord, le Mali à l’ouest, le Burkina Faso et le Bénin au sud-ouest, le Nigéria au sud et le Tchad à l’est (voir figure 1). Sa superficie totale est de 1 267 000 km2 mais, en raison de conditions climatiques ou de sols défavorables, seule la moitié de celle-ci est habitable. Le Niger comprend le district de la capitale et sept départements, eux-mêmes subdivisés en districts et communes. Niamey est la capitale et la ville la plus importante; Zinder, Maradi, Tahoua et Agadez sont les autres villes principales. Le français est la langue officielle, mais le haoussa est la langue commerciale locale. D’autres langues africaines telles que le fulfulde, le tamachek et le djerma sont aussi largement employées.
Depuis la fin de l’âge de la pierre, divers groupes ont commencé à s’installer dans les environnements plus humide autour du massif de l’Aïr, le long des frontières de l’ancien grand lac Tchad et dans la vallée du Niger. L’écriture, en tant que facteur de développement culturel, n’apparut pas avant le VIIIème siècle, avec l’arrivée de l’Islam et des Arabes. Des empires royaux d’âge inconnu existaient déjà à l’époque. Leur pouvoir s’affaiblit jusqu’à ce que, au XIXème siècle, le Niger devienne un territoire militaire français puis, en 1922, une colonie sous régime militaire. A la suite d’élections, le 3 août 1960, Diori Hamani devint le premier président de la République du Niger indépendante. Seulement 29 pour cent des enfants en âge d’être scolarisés reçoivent une instruction. En 2001, l’espérance de vie moyenne à la naissance était de 42 ans; le taux de mortalité infantile était de 124 morts pour 1 000 naissances (estimations de 2001). Le taux de croissance annuel de la population est de 2,75 pour cent. Plus de 60 pour cent de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté. Economie. Un climat particulièrement dur, des caractéristiques géographiques inhospitalières et une situation d’enclavement total, telles sont les réalités sous-jacentes de l’économie du Niger. Cependant, la petite agriculture familiale et l’élevage contribuent approximativement à 40 pour cent du PIB (juste après les services, qui représentent 42 pour cent) et presque les trois-quarts de la main d’œuvre sont employés dans ce secteur. S’appuyant principalement sur l’agriculture et l’élevage, l’économie du pays est encore très largement à la merci des variations climatiques. Le Niger exploite des mines d’étain, d’or et d’uranium. De grands dépôts d’uranium sont situés dans le nord du Niger et celui-ci compte pour environ les trois quarts dans les recettes des exportations. On exploite aussi des mines de sel en petites quantités. L’industrie se limite essentiellement au conditionnement alimentaire et au bâtiment, les entreprises manufacturières sont presque toutes très petites. Le bois de feu et autres combustibles traditionnels comptent pour 80 pour cent dans la consommation énergétique du pays. Agriculture. Moins 4 pour cent des terres sont cultivables, 9 pour cent sont des pâturages permanents et seulement 2 pour cent sont des forêts et boisements. L’agriculture est limitée au nord par l’isohyète 350 mm, au-delà duquel la production de mil (Pennisetum glaucum) cesse pratiquement. Les zones sahélo-soudanienne et soudanienne du Niger sont considérées comme potentiellement sédentaires (contrairement aux zones du nord où l’on trouve avant tout une activité nomade). Ici, on trouve essentiellement du mil chandelle (Pennisetum glaucum) et du sorgho (Sorghum bicolor) – les cultures extensives traditionnelles, qui couvrent la plupart du sol cultivé -, du niébé (Vigna unguiculata) et de l’arachide (Arachis hypogaea). Un peu de coton (Gossypium spp.) apparaît plus au sud, dans la zone soudanienne. Les dépressions créées par des cours d’eau anciens ou récents sont utilisées pour les cultures maraîchères (tomates, oignons, etc.) ou les arbres fruitiers. On cultive du riz autour des fleuves Niger et Komadougou. Les autres cultures de moindre importance sont la canne à sucre, le maïs et la patate douce. La production annuelle est actuellement de l’ordre de 3,5 millions de tonnes de céréales, complétées par des milliers de tonnes provenant de l’aide internationale. Le rendement moyen est aux alentours de 400 kg/ha pour le mil et de 190 kg/ha pour le sorgho, mais il existe de grande différences régionales. Le niébé, le coton et l’arachide sont cultivés pour l’exportation. On cultive pour la consommation locale du mil (le Niger est le plus gros producteur du monde par habitant), le sorgho, le manioc, les légumineuses, le riz, la canne à sucre et quelques primeurs. On pratique la pêche sur le lac Tchad et sur le fleuve Niger, et les prises sont consommées ou vendues localement. La part des terres cultivées s’accroît et concurrence sévèrement la conduite de l’élevage. De fait, l’élevage se limite aujourd’hui au nord du Niger: les animaux domestiques sont dispersés, demeurant toute l’année au même endroit ou se déplaçant une partie de l’année vers le nord. L’agriculture bénéficie des engrais organiques qui maintiennent le sol fertile aux alentours des lieux d’implantation. La recherche de sols cultivables supplémentaires conduit à défricher les boisements. Le défrichement et l’exploitation du bois réduit considérablement la végétation originale: Niamey, la capitale, requiert à elle seule plus de 11 000 tonnes de bois de feu par an. En outre, les jachères diminuent et les rotations sont ramenées à 2-3 ans, ce qui réduit ultérieurement la fertilité des sols. Faune. Environ 7,7 pour cent des terres du Niger sont officiellement protégées. Bien que la chasse soit interdite dans le pays (hormis pour des raisons scientifiques) le braconnage rampant menace gravement les espèces animales sauvages. Mais d’autres facteurs jouent aussi un rôle important dans le déclin de la faune sauvage nigérienne: la destruction des habitats par l’agriculture, la déforestation, les feux et la compétition avec les animaux domestiques. De même, des phénomènes naturels tels que les rudes sécheresses ont réduit les terrains de pâture de la faune sauvage. Au Niger, les principaux habitats pour les poissons sont le fleuve Niger et le lac Tchad. Certaines espèces de poissons sont adaptées à un milieu privé d’eau pendant un certain temps: ils peuvent survivre en demeurant dans un état de torpeur à l’intérieur des sédiments, recouverts d’une membrane de protection muqueuse ou à l’état d’œufs. Certains poissons ont, localement, une importance économique considérable (comme le capitaine, Lates niloticus). Les amphibiens sont en général liés à des accès à l’eau permanents, mais certaines espèces ont une vie plus terrestre et parviennent à survivre à la longue saison sèche grâce à un cycle de vie très court durant la saison pluvieuse, et/ou en s’enfouissant dans les strates de sol plus humides. Parmi les reptiles nigériens à mentionner, on compte des espèces protégées par les conventions internationales telles que le crocodile du Nil (Crocodylus niloticus) et certains lézards (par exemple, Varanus griseus, Varanus niloticus). On trouve d’autres espèces intéressantes comme les pythons (Python sebae, P. regius), les tortues d’eau (par exemple, Trionyx triunguis, Pelomedusa subrufa) et les tortues (par exemple, Testudo sulcata). On compte plus de 600 espèces d’oiseaux au Niger, dont beaucoup sont menacées. Parmi les oiseaux les plus intéressants, on trouve les aigles et les vautours (Accipiteridae), le Bucorvus abyssinicus et les autruches (Struthio camelus). La pintade (Numida meleagris) et les pigeons (Columbidae) sont courants et enrichissent le régime rural quotidien. On compte 131 espèces de mammifères, dont de nombreuses en danger. Aucun des mammifères n’est endémique. Parmi les espèces importantes, on compte l’antilope: Oryx dammah, Addax nasomaculatus, Gazella dama ou Gazella leptoceros. Les mammifères substantiels mais rares sont l’éléphant africain (Loxodonta africana), le guépard (Acinonyx jubatus) et le lion (Panthera leo). L’hippopotame (Hippopotamus amphibius) habite les eaux du fleuve Niger. A l’est de ce dernier, se trouvent des zones abritant quelques girafes nomades. Dans les savanes nigériennes, on rencontre assez fréquemment des phacochères (Phacochoerus africanus) et des singes, notamment des babouins (Papio cynocephalus). On peut rencontrer des hyène (Hyaena hyaena) à travers tout le pays. Le gouvernement nigérien essaie de préserver la faune dans des réserves telles que le parc national du W (220 000 ha – qui constitue aussi une attraction touristique considérable) et la réserve naturelle de Tamou (78 000 ha), à 125 km au sud de Niamey. Dans la zone sahélienne sud-nord et nord, a été instaurée en 1988 la réserve naturelle de l’Aïr et du Ténéré (7,7 millions ha), avec en son sein une réserve spécifique pour l’addax. Dans cette zone fermée, le très rare addax est protégé des véhicules de chasseurs et touristes, qui le pourchassaient auparavant. |
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Le Niger est une vaste plaine ondulée, située en moyenne à 300 m d’altitude au-dessus du niveau de la mer. On trouve toutefois quelques grandes dépressions, habituellement emplies de sable, et les sommets des reliefs sont parfois formés à partir de structures volcaniques, comme le plus élevé d’entre eux, le mont Greboun (2 310 m) dans le massif de l’Aïr. Le pays peut être divisé grossièrement en trois zones: le nord, le centre et le sud. La zone nord, qui couvre environ les deux tiers de la superficie, se trouve dans le Sahara. C’est une région surélevée formée de plateaux et montagnes et, à l’exception de quelques oasis isolées, la végétation y est rare. Le centre fait partie du (région du Ténéré). C’est une région semi-aride avec peu d’arbres. Le sud est la seule région fertile et boisée, où il pleut suffisamment pour permettre les cultures sans irrigation. Mis à part quelques bassins plus ou moins permanents et quelques cours d’eau saisonniers, le réseau hydrographique principal du Niger consiste en un fleuve principal, le Niger, une rivière plus petite, le Komadougou Yobé, et le Lac Tchad. Le Niger traverse le pays dans le sud-ouest sur 550 km. Le Komadougou Yobé marque la frontière entre le Niger et le Nigéria sur 140 km. La partie nigérienne du lac Tchad couvre quelque 3 000 kilomètres carrés. Le lac lui-même est un vestige d’une ancienne mer du quaternaire et aujourd’hui, à 280 m d’altitude, il n’a nulle part plus de 4 m de profondeur. Les îles prolifèrent sur le lac et le taux d’évaporation est extrêmement élevé; 98 pour cent de l’eau provient de la rivière Chari et des pluies. Dans les zones très sèches du nord et du nord-est du Niger, les carences en eau et en végétation inhibent la formation des sols. Certaines parties ont toutefois été sujettes à une fragmentation mécanique. Les vents forts emportent les parties les plus fines, le sable et la boue. L’horizon A est peu ou pas développé et le contenu en matière organique est en général inférieur à 0,5 pour cent dans les 40 cm supérieurs (dans l’ancienne base de référence mondiale - World Reference Base: WRB - de la FAO, nombre de ces sols ont été classés parmi les Yermosols, mais ce groupe de sols a été éliminé de la classification WRB révisée. Depuis, la carte des sols de l’Afrique n’a pas été mise à jour, aussi le nom de Yermosols sera-t-il retenu ici. Selon la nouvelle WRB, en fonction de certaines propriétés, ces sols devraient maintenant relever des Calcisols, Cambisols, Durisols, Gypsisols ou Arenosols). Dans les régions montagneuses (Aïr ou plateaux du Djado), les roches sont recouvertes d’une strate de sols peu profonds et fragementés (Leptosols). La productivité de ces sols est basse et ils ne peuvent être utilisés que pour la pâture extensive (voir figure 2).
Plus loin dans le sud, une large bande de sols sablonneux traverse le Niger du Mali jusqu’au Tchad. Les sols légèrement altérés, Cambic Arenosols à l’est, montrent de fines couches d’accumulation argileuse au centre et à l’ouest (Luvic Arenosols). Lorsque les précipitations, et donc les altérations, deviennent plus régulières, les sols commencent à montrer un horizon supérieur de couleur claire avec un peu de matière organique, et un horizon inférieur tirant sur le rouge en raison de la plus forte concentration en fer. Les Arenosols ont une faible capacité de rétention de l’eau mais ils sont perméables et faciles à travailler. Leur fertilité naturelle et leur capacité d’échange des cations sont peu élevées et les carences en éléments mineurs fréquentes. Ces sols s’érodent facilement sous l’action du vent et de l’eau dès qu’il n’y a plus de végétation. Ils conviennent aux cultures agricoles peu exigeantes telles que le mi chandelle et l’arachide. Sur les terrasses entre le fleuve Niger et le dallol Bosso (dallol: vallée) et le dallol Maouri, dans le sud-ouest du pays, les Arenosols sont associés aux Regosols, des sols très peu développés situés sur une roche mère peu compacte. Les sols hydromorphes avec une importante eau de surface, dans les dépressions du centre-sud (vallée du Tarka, Goulbi de Kaba et Goulbi de Maradi) et le lac Tchad, et les sols formés sur des dépôts alluviaux (Fluviosols), offrent en général des sols agricoles de bonne qualité, qui sont utilisés de façon intensive. Les Cambisols (sols modérément altérés) et les Vertisols (sols argileux lourds) couvrent une surface peu étendue au Niger. |
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L’élevage contribue à hauteur de 35 pour cent au produit intérieur brut (PIB) agricole et, ainsi, à 12 pour cent du PIB (1995). Plus d’un million de personnes travaillent à plein temps dans l’élevage, et davantage encore sont dans le secteur agropastoral. Après l’uranium, c’est le second produit exporté par le Niger, mais sa part est tombée de plus de 20 pour cent à moins de 7 pour cent en 1995. La production animale nigérienne s’appuie sur la pâture extensive mais les aléas climatiques, l’étendue et la qualité des pâturages, de même que les contraintes sanitaires et économiques, constituent des freins notables à sa performance. La situation de précarité favorise deux types d’élevage: - Les camelins excellent en raison de leur extraordinaire capacité à s’adapter à un environnement sec; ils sont les seuls à pouvoir exploiter la zone sahélienne tout entière, surtout le nord. Economiquement, ils constituent un investissement à long terme. Grâce à ce type de stratégie, le nombre de camelins a augmenté de 50 pour cent depuis les sécheresses sévères des années 70 et 80, tandis que les effectifs des bovins ont chuté de 20 pour cent durant la même période. - Les petits ruminants sont un investissement à court terme; leurs effectifs ont doublé depuis les années 60, passant de 18 pour cent à 33 pour cent en termes d’UBT [1 UBT = Unité de Bétail Tropical = 250 kg de poids vif = 1 dromadaire = 1,25 bovin ou équin = 2 asins = 10 petits ruminants]. Le nombre d’ovins (voir tableau 1) a particulièrement augmenté (pour plus de 70 pour cent dans les vingt dernières années), bien que le nombre de caprins lui soit toujours supérieur à l’heure actuelle (ovins, 13 pour cent et caprins, 20 pour cent des UBT du Niger). En raison de leur caractère prolifique, les petits ruminants sont favorisés dans la mesure où une chute des effectifs après une sécheresse peut être rapidement comblée. Par ailleurs, ils ont une plus grande productivité que les grands ruminants. Ces dernières années, l’élevage s’est déplacé de plus en plus vers la zone agropastorale (laquelle s’est étendue à l’intérieur de la zone pastorale), sauf pour l’élevage extensif des zébus Bororo. On estime qu’environ 2/3 des bovins se trouvent aujourd’hui dans la zone agropastorale. Dans le sud-ouest du Niger tout particulièrement, les activités d’embouche et de production laitière s’intensifient de plus en plus. L’utilisation d’aliments complémentaires ou additionnels dépend du niveau de la production animale. Dans l’élevage familial traditionnel pratiqué dans les villages, on emploie des résidus de récoltes et des tiges provenant des champs (niébé) ou des arbres égumineuses (acacia, tamarin, etc.). Dans les systèmes d’élevage améliorés, proches des centres urbains et encouragés par des programmes internationaux, on utilise parfois du son, des résidus de brasserie ou des tourteaux de graines oléagineuses. Le volume des produits vétérinaires est difficile à estimer parce qu’il existe un important marché noir, mais on considère qu’il représente moins de 0,05 pour cent de la valeur économique de tout le cheptel. De manière générale, le lait est très apprécié au Niger, où il constitue l’aliment de base de populations telles que Peulhs, Touaregs, Toubous et Arabes. Bien que les races de bovins nigériens, comme les azawak ou les kouri, comptent parmi les meilleurs bovins laitiers d’Afrique de l’Ouest, la production actuelle est limitée par la malnutrition. Dans la plupart des cas, la production de lait sert à la consommation familial et moins de un pour cent du lait produit intérieurement est commercialisé. La production intérieure ne permet pas de satisfaire à la demande et les importations de lait s’élevaient à plus de 10 millions € en 1995. Par ailleurs, la quantité de lait disponible par habitant est tombée de 168 litres en 1968 à 37 litres en 1994. La production laitière industrielle s’appuie essentiellement sur le lait en poudre importé. Bien que les chiffres soient incertains, on estime que, en 1995, environ 200 000 bovins, 30 000 camelins, 600 000 ovins et 1,3 million de caprins ont été abattus pour être consommés. Un autre secteur important de la commercialisation des produits de l’élevage est constitué par les cuirs et les peaux, notamment ceux de caprins. En 1994, les cuirs et peaux étaient estimés à 188 000 pour les bovins, 85 000 pour les ovins et plus de 1,6 million pour les caprins.
Tableau 1. Effectifs du cheptel par Département
nd = non déterminé, MCN = municipalité de Niamey [Source: Ministère des ressources animales]
Le commerce du bétail est organisé à travers de solides réseaux traditionnels reliant producteurs, intermédiaires et commerçants. La plupart des ventes faites par les producteurs adviennent sur les marchés locaux. Les centres urbains nigériens sont des pôles de consommation de produits de l’élevage, mais la plupart sont destinés à l’exportation, principalement au Nigéria. Les principaux points d’accès au Nigéria suivent les grands cours d’eau et routes, mais les bêtes sont souvent menées clandestinement à travers les frontières pour éviter les agents des douanes. Milieu ethnique et transhumance. Au Niger, les éleveurs appartiennent surtout à deux groupes ethniques, les Peulhs (Fulani) et les Touaregs. Les Peulhs sont présents dans tout le Sahel et dans presque tout le Niger (ils représentent 8 pour cent de la population) mais ils ne sont nulle part la majorité. On les trouve principalement dans les zones suivantes: dans le sud-ouest, une zone circonscrite par Dakoro, Agadez, Arlit et Tchin-Tabaraden, entre Zinder et Gouré et, dans le sud-est, la région manga au nord de Diffa. Les migrations de nomades peulhs dans la zone pastorale sahélienne du nord – il serait plus précis de parler d’infiltrations – sont relativement récentes. Il faut distinguer les Peulhs ayant des activités agropastorales des Peulhs exclusivement éleveurs, qui vivent en général plus au nord. Les éleveurs nomades sont habituellement qualifiés de Bororo, mais ils se désignent eux-mêmes sous le nom de Wodaabes. Durant la saison sèche, les Wodaabes sont dispersés autour de nombreux points d’eau, assez éloignés les uns des autres. Avec les premières pluies, les camps se déplacent vers les premiers puisards, avant de se rassembler autour des mares et de l’herbe nouvelle pour leur grande assemblée annuelle ('worso'). L’étendue de ce mouvement n’est pas très significatif et dépasse rarement les 150 km. Il s’agit donc d’une petite transhumance visant à mieux exploiter les ressources hydriques et fourragères, et qui permet des concentrations de bétail plus ou moins importantes: autour des mares pendant les pluies, parfois jusqu’en décembre, autour de certains puits alimentés par une nappe d’eau de surface, entre décembre et février. Ensuite, du mois de mars au retour de la pluie, ils se déplacent vers des lieux équipés de puits plus profonds et disposant d’instruments de pompage. Durant les mois difficiles (de février au début des pluies), la division du cheptel devient une importante stratégie de survie. Les Peulhs sont avant tout des éleveurs de bovins mais ce sont les petits ruminants qui fournissent la viande rouge destinée à la consommation familiale: les bovins, eux, constituent un capital d’investissement et de prestige. Au sein de la famille, les responsabilités en matière d’élevage sont réparties en fonction de l’âge et du sexe. D’habitude, la gestion du troupeau est confiée aux hommes et aux enfants, tandis que les responsabilités culinaires et le traitement alimentaire reviennent aux femmes, qui apprennent cependant aussi à conduire le bétail. La plupart des Peulhs continuent à garder les bêtes à un âge avancé. La famille possède le troupeau mais chaque animal a un propriétaire désigné. La viande en excédent, une fois les besoins immédiats satisfaits, peut être séchée, pour un usage ultérieur ou pour la vente. La viande est coupée finement, puis battues et étendue sur des buissons. Les Peulhs ont un comportement particulier ('pulaaku') qui les relie au-delà des différences économiques. Par exemple, la pratique de “la vache attachée” (habbanae), un système de solidarité, permet de reconstituer un troupeau perdu. Le prêteur permet à l’emprunteur de prendre l’une de ses génisses, trois ans en général, jusqu’à ce que celle-ci ait mis bas entre une et trois fois, selon des clauses définies auparavant. Ces veaux appartiennent à l’emprunteur, qui ramène la vache à son propriétaire après le sevrage du dernier veau. Les agropasteurs Peulhs occupent le sud de l’espace sahélien. Mais même les groupes peulhs transhumants ne se limitent pas strictement à l’élevage: ils sèment habituellement du mil aux bords des terres de culture durant leur migration. Il est difficile de définir exactement la part d’agriculture et d’élevage et l’activité de chaque groupe social est variable. Dans certains cas, les hommes âgés et les adultes cultivent, tandis que les jeunes gardent les troupeaux. Dans d’autres cas, des familles entières conduisent les troupeaux tandis que la tête de la tribu reste sur les champs. Dans tous les cas, les éleveurs doivent déplacer leurs troupeaux loin des zones cultivées durant les pluies, sauf quelques veaux et vaches laitières qui restent au village. Il est aussi essentiel pour les agropasteurs d’ôter les bêtes des terres de cultures que de quitter les zones de marais infestés par les moustiques et les moucherons et de laisser les pâturages de saison sèche se reconstituer. Les Touaregs (ou mieux, les Kel Tamachek , ainsi qu’ils se dénomment eux-mêmes en fonction d’un critère linguistique) ont une société véritablement féodale, avec des nobles, un clergé, des vassaux, des artisans et, autrefois, des esclaves. Ils forment un groupe aussi important (8 pour cent) que les Peulhs, mais, à la différence de ces derniers, ils forment la majorité dans toute la zone pastorale, peu peuplée, à l’ouest d’une ligne joignant la frontière est du massif de l’Aïr à Gouré (à l’est de Zinder). Les Touaregs vivent habituellement en petits clans qui, en cas de défense ou pour cause d’intérêt commun, peuvent s’assembler assez facilement. L’agriculture n’était à l’origine pratiquée qu’en période de besoin et était considérée comme une activité dégradante. Aujourd’hui, les Touaregs sont divisés en de nombreux groupes: certains sont encore transhumants et exclusivement éleveurs; d’autres s’inscrivent encore dans une économie pastorale mais restent dans les villages ou les camps près de leurs camps et jardins; d’autres encore ajoutent les caravanes à leurs activités. Les éleveurs occupent en général la terre inapte aux cultures en sec, au nord des agropasteurs. Les Touaregs vivant encore dans le massif de l’Aïr ('Kel Owey') sont une exception car ils peuvent pratiquer l’agriculture irriguée grâce à une nappe d’eau située dans les vallées principales. Plus à l’est, les Touaregs (appelés ' Iouellimden Kel Dennek') occupent un territoire allant de la zone agricole au désert, selon un transect sud-nord, sans l’obstacle d’une frontière. Durant la saison sèche, les familles se déplacent vers divers endroits dans le sud mais, durant les pluies, la plupart d’entre eux convergent vers la zone de Tegidda et ses sources. Ainsi, l’étendue de la transhumance est variable mais en général plus longue que pour les Peulhs, atteignant parfois les 1 000 km. Cependant, de plus en plus fréquemment, les familles restent près des champs et seuls quelques bergers et jeunes gens se déplacent avec le troupeau. Les Touaregs qui vivent dans la zone sédentaire de Birni n’Koni, Madoua et Dakoro (les 'Kel Geress') possèdent parfois de grands troupeaux d’ovins et camelins, qui sont parfois amenés, en saison sèche, sur les jachères du Nigéria (zone de Sokoto) et, durant les pluies, aux sources de Tegidda. Ceux qui vivent au nord (voir section 5 infra) de la zone de ‘cure de sel’ (Abangarit, Tamesna) possèdent souvent de gros troupeaux qui, durant la saison sèche, sont sur des pâturages contenant de l’'alwat' (Schouwia thebaica), ce qui permet de ne pas les abreuver. Durant les pluies, ils se déplacent dans la direction opposée, vers le sud, dans la zone de Tegidda. Les Touaregs des Départements de l’ouest (Niamey et Dosso) ne sont plus mobiles et vivent dans une économie agropastorale. La transhumance de leurs troupeaux est de plus en plus entravée et limitée par l’extension des terres cultivées et la présence de frontières nationales. Les Toubous sont un groupe marginal d’éleveurs qui vivent à l’est et au nord-est du Niger. Ils sont numériquement faibles et n’atteignent pas un pour cent de la population native. Ils se désignent eux-mêmes du nom de Teda, s’ils élèvent principalement des camelins, et du nom de Daza, s’ils élèvent surtout des bovins. Parmi les autres éleveurs, il faut aussi mentionner les Arabes. Ils forment une petite communauté à l’est du Niger et au nord-ouest de Tchin-Tabaraden, mais jouent un rôle important dans l’élevage de camelins. Elevage Races bovines présentes au Niger:
On rencontre trois races courantes d’ovins (avec de nombreux croisements) au Niger.
Les caprins constituent une importante source de viande pour les nomades. Ils sont également importants pour leurs peaux. On distingue deux races: a) La race sahélienne (avec les variétés bouzou et peulh) se trouve dans la plupart du pays. Le mâle mesure quelque 80 cm et pèse aux alentours de 25-35 kg (la femelle 75 cm et 30 kg). Cette race est de trois couleurs: noir, blanc et rouge. Le poil est très court, sauf sur le garrot du mâle. La production de viande est faible. La lactation dure environ 6 mois et la chèvre produit une moyenne de 0,6 litres par jour.
L’élevage camelin joue un rôle essentiel dans la vie des populations vivant dans le nord du Niger. On distingue plusieurs races de chameaux: chameaux de la rivière, du Tibesti, du Manga, de l’Aïr et chameau toubou. Les camelins ne sont pas employés uniquement comme moyens de transport, ils sont aussi une source de viande et de cuir, et sont souvent exportés vers les pays voisins (Libye, Algérie). Le nombre d’équins au Niger est considérable, en comparaison d’autres pays d’Afrique de l’Ouest. La plupart des races dérivent de chevaux barbes, arabes ou dongolo. Les plus courantes sont les races djerma, haoussa, songhoïand et bozzan, de la région autour de l’Aïr. Les chevaux sont utilisés presque exclusivement pour le transport. Au Niger, on utilise aussi pour le transport les asins, qui servent aussi à la traction dans l’agriculture. L’élevage de porcins est, pour des raisons religieuses, très limité, et essentiellement destiné aux étrangers. La production de volaille joue un rôle prépondérant dans l’approvisionnement quotidien en viande. Le poulet et le poule de Guinée sont les espèces les plus importantes. Les races de poules d’Afrique de l’Ouest sont innombrables, mais en général elles sont petites et de faible poids. Durant les dernières décennies, de nombreuses races américaines et européennes (Sussex , New Hampshire ou Rhode Island Red) ont été introduites et croisées avec des races locales. Santé animale. Le bétail et les volailles nigériens sont frappés par de nombreuses maladies, dont les plus importantes sont les suivantes: - parasites: parasites internes (différents types de vers – nématodes , vers solitaires, ancylostamatoidea ( hookworms), coccidiose, etc. -); parasites externes (gale, poux, tiques, etc.); parasites du sang (trypanosomose, cowdriose, babésiose, spirochétose aviaire, etc.); - infections bactériennes: péripneumonie contagieuse bovine et caprine, pasteurellose de bovins et ovins, charbon et charbon symptomatique, brucellose bovine et tuberculose, salmonellose aviaire; - infections virales: peste bovine et autres, maladies de Newcastle, rage, fièvre catarrhale ovine, virus de la variole des ovins, caprins et camelins, la dermatose nodulaire des bovins (lumpy skin disease), fièvre aphteuse. On lutte contre ces maladies par traitement médical (parasites), prophylaxie (trypanosomose) ou prophylaxies médicale et sanitaire (parasitoses, péripneumonie, infections, salmonellose). Jusqu’à récemment, les questions de santé animale étaient exclusivement aux mains des services gouvernementaux. La prophylaxie contre les principales maladies animales était obligatoire et gratuite. En 1979, avec la création d’une pharmacie vétérinaire centrale (VETOPHAR, maintenant LABOCEL), le propriétaire du bétail a dû prendre en charge ces coûts. Mais, malgré les actions intensives de vulgarisation, les éleveurs n’ont pas accepté ce changement. Aussi y a-t-il eu des vaccinations gratuites jusqu’en 1991. Aujourd’hui, la vaccination est largement subventionnée mais encore très fortement rejetée par les éleveurs. La situation actuelle de la santé animale au Niger se caractérise de la façon suivante: - une menace persistante des maladies contagieuses (péripneumonie, pasteurellose, autres infections); - une prophylaxie contre la pasteurellose et autres infections; - l’absence de prophylaxie contre les maladies aviaires; - l’absence d’un réseau de cliniques vétérinaires et d’un réseau de distribution efficace de produits vétérinaires; - le refus des éleveurs de contribuer aux coûts de la santé animale. |
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Les pâturages permanents occupent approximativement 60 millions d’hectares et sont le plus étendus dans la zone sahélienne, la zone pastorale nigérienne par excellence. Ils sont limités, au nord, par la zone semi-aride (isohyète 100 mm) et, au sud, par la limite nord de l’agriculture, marquée par l’isohyète 350 mm. La localisation des isohyètes varie considérablement d’une année sur l’autre. Les conditions écologiques font des cultures une activité risquée mais sont favorables à l’élevage, malgré la variabilité des précipitations. L’eau constitue le facteur clé de survie et de développement, car elle permet la croissance des pâturages naturels et le maintien des troupeaux: on a inventorié plus de 3 000 points d’eau sur le territoire pastoral (1970). Ainsi, au Niger, la gestion pastorale est essentiellement une question de gestion de l’eau, à savoir comment équilibrer la taille du troupeau avec la capacité des points d’eau et celle de la main d’œuvre familiale, de façon à abreuver les animaux en un minimum de temps et dans les meilleures conditions possibles. Le caractère variable des précipitations rend la production fourragère imprévisible, en termes d’étendue dans l’espace et de valeur nutritive des pâturages. Il faut prendre aussi en considération d’autres facteurs, comme l’influence de la pâture sélective, les feux naturels ou appliqués par l’homme et le mode d’exploitation des parcours. L’action de l’homme joue un rôle déterminant dans la composition de la végétation, selon qu’il protège ou non les sols, et donc favorise ou au contraire limite la croissance de certaines plantes ligneuses. En raison des précipitations variables, les espèces annuelles sont plus compétitives, en particulier sur les sols sableux. Alors que c’est la disponibilité en eau qui constitue un facteur déterminant dans la productivité des pâturages dans le nord de la zone sahélienne, c’est la fertilité du sol qui agit comme facteur contraignant dans le sud, où l’approvisionnement en eau est meilleur. Les quantités de fourrage varient selon les zones et, de manière générale, augmentent du nord au sud. Dans la zone saharo-sindienne, le fourrage est souvent constitué d’espèces pérennes, complétées à l’occasion par l’apparition irrégulière d’espèces annuelles, selon le hasard des précipitations. Seuls les gros troupeaux de petits ruminants et camelins transhumants peuvent exploiter cette végétation sporadique ('acheb' des Touaregs). Certains Poaceae jouent un rôle essentiel dans l’alimentation du bétail, notamment Panicum turgidum, Lasiurus scindicus, Chrysopogon plumulosus, Centropodia forskalii, Stipagrostis vulnerans et Stipagrostis acutiflora. D’autres espèces annuelles semblent être très significatives: Schouwia thebaica (Brassicaceae), Citrullus colocynthis (Curcubitaceae) et Astragalus vogelii (Leguminoseae). A la différence du Hoggar algérien, où les pâturages comportent de nombreuses plantes riches en sel, l’Aïr n’en a pas. Les Touaregs conduisent leurs troupeaux vers le sud-ouest du massif, où ils se rencontrent au moment de la “cure salée” (terrain salifère pour les animaux) à Ighazer, au nord d’InGall. Les terre salées de cette zone sont couvertes d’une couche herbacée dense durant la saison pluvieuse: Ipomoea verticillata (Convolvulaceae), une espèce dominante au sein du tapis herbacé, est considéré comme le meilleur fourrage pour caprins, ovins et camelins. Les terres
pastorales de la zone sahélienne s’étendent d’ouest
en est sur 1400 km à travers le Niger, et atteignent 250 km de large.
Selon la pluviosité et la géomorphologie, la zone pastorale peut être
divisée en trois sous-zones: le nord, le sud et le centre. Sur les sols argileux, on trouve d’importantes formations de Sorghum arundinaceum et Sporobolus helvolus qui, à Ighazar (au nord d’InGall), forment d’immenses pâturages sur terre salée durant la saison pluvieuse. L’évaporation significative liée à l’eau endoréique (drainage interne) a amené à une accumulation de sels (chlorure et sulfate de sodium) sur les strates superficielles du sol. C’est en raison de la richesse des pâturages sur ces sols que s’y rassemblent de nombreux troupeaux: cela constitue un véritable rite social à cette époque de l’année, lorsque les difficultés de la saison sèche disparaissent avec l’arrivée des pluies. (Chaque année, les Touaregs et d’autres nomades sahariens se retrouvent lors d’un célèbre rassemblement, mélange de festival, réunion et marché, à In Gall, un village oasien à deux heures de route d’Agadez. On dit que c’est le plus ancien et le plus important rassemblement de ce type de tout le Sahara). Cette cure salée constitue en effet une sorte de convalescence pour le bétail après des mois difficiles: elle contribue à un apport nutritionnel significatif en sel, elle a une action purgative et soigne l’intestin attaqué par les vers. La zone sahélienne centrale se trouve entre l’isohyète 100 mm au nord et l’isohyète 200 – 350 mm au sud. Les espèces annuelles prévalent dans cette sous-zone, non seulement en raison des faibles précipitations mais aussi à cause des feux de brousse et de la pâture. La couche ligneuse apparente est constituée principalement de divers Acacia et des espèces mentionnées dans la zone précédente. Sur les sols sableux, le couvert herbacé est désormais plus ou moins continu, les plantes les plus courantes étant Panicum turgidum, une graminée pérenne, et des espèces annuelles telles que Aristida mutabilis, Cenchrus biflorus, Eragrostis tremula, Brachiaria xantholeuca et Schoenefeldia gracilis. D’autres familles de plantes annuelles sont représentées, comme Indigofera spp., Blepharis linariifolia, Gisekia pharnacioides, Borreria spp., Mollugo spp. et d’autres. La productivité de ces pâturages atteint 1-1,5 tonne de matière sèche / ha. Sur les sols plus riches en argile et limon, les dépressions essentiellement, la distribution des espèces est plus hétérogène et le couvert herbacé consiste surtout en Schoenefeldia gracilis, Aristida funiculata et Cymbopogon schoenanthus. Ces dernières formations sont très saisonnières, elles sont relativement productives au début de la saison pluvieuse mais sèchent très rapidement à la fin. La sous-zone sahélienne du sud s’étend vers le sud jusqu’à la limite nord de l’agriculture, ce qui correspond à l’isohyète 350 mm. Elle comprend des jachères d’anciennes terres cultivables, qui avaient pu s’étendre vers le nord lors d’années suffisamment pluvieuses. Les sols sableux des dunes ou des plateaux sont dotés de formations, propres à la savane, de Mimosaceae et Combretaceae, qui montrent la dégradation due à la surutilisation de ces terres pour l’agriculture. Pourtant, le couvert herbacé contient une grande part de thérophytes (plantes annuelles qui persévèrent sous formes de semences dans des conditions climatiques défavorables) comme Schoenefeldia gracilis, Aristida mutabilis et Cenchrus biflorus. La productivité de ces pâturages peut dépasser – selon la composition floristique – deux tonnes de matière sèche par hectare. Sur les sols plus riches en argile et limon, le couvert végétal diffère peu de celui de la sous-zone précédente. Sur les sols hydromorphes – le long du lac Tchad – des espèces telles que Panicum repens, Panicum porphyrrhizos, Sporobolus spicatus et Sporobolus helvolus dominent et, sur les sites plus sablonneux, Schoenefeldia gracilis et Echinochloa colona. Ce sont d’excellents pâturages pouvant être exploités toute l’année. Toute la partie sédentaire de la zone sahélienne est occupée par l’agriculture, sur les sols glaiseux comme sur ceux plus sablonneux. La pâture n’est donc possible qu’après novembre, après la récolte, ou sur les jachères: dans les deux cas, elle est réservée principalement aux troupeaux locaux. La composition floristique des jachères varie en fonction de leur âge et de leur productivité mais ne dépasse pas une tonne de matière sèche / ha. Tout d’abord, les jachères sont envahies par des Poaceae annuels, mais ensuite la productivité augmente et l’on trouve un nombre croissant d’espèces pérennes: Eragrostis tremula, Aristida mutabilis, Aristida funiculata sont ainsi remplacés par Andropogon gayanus, Aristida sieberiana, Cymbopogon schoenathus et Hyperthelia dissoluta. Sur les sols ferralitiques sableux des savanes de la zone soudanienne, les plantes prédominantes dans le couvert végétal sont Panicum nigerense et Loudetia hordeiformis, sur les pentes du dallol (vallée) Maouri, Aristida mutabilis, Aristida sieberiana, et sur certaines dunes isolées, Andropogon gayanus. On les trouve en compagnie de Eragrostis tremula, Diheteropogon grandiflorus, Aristida stipoides, Cenchrus biflorus, Digitaria gayana et d’autres graminées. Sur les sols plus argileux des savanes boisées le long du fleuve Niger, on rencontre des espèces telles que Hyparrhenia involucrata, Hyparrhenia cyanescens, Brachiaria xantholeuca, Andropogon gayanus, et, sur les sols hydromorphes, Hyperthelia dissoluta et Andropogon pseudapricus. Sur les plateaux, où l’on trouve la formation dite “brousse tigrée”, le couvert herbacé consiste pour l’essentiel en espèces annuelles comme Elionurus elegans, Andropogon pseudapricus, Andropogon fastigiatus, Pennisetum pedicellatum, Eragrostis tremula, Eragrostis pilosa, Dactyloctenium aegyptium, Aristida adscensionis, Schoenefeldia gracilis, Tripogon minimus, Brachiaria xantholeuca, ainsi qu’en quelques espèces pérennes - qui parfois dominent - comme Loudetia simplex ou Loxodera lermannii. Le lit du Niger et les mares temporaires sont, localement, des pâturages importants. On appelle 'bourgoutières' les pâturages temporairement inondés par le fleuve Niger. Les 'bourgoutières' nigériennes les plus importantes se trouvent près de la frontière malienne. Ces formations sont sujettes à deux inondations annuelles: une première (“eau blanche”) entre la mi-septembre et la mi-octobre, et une seconde (“eau noire”) entre la mi-février et la mi-mars. On distingue divers types de bourgoutières: celles avec Brachiaria mutica, celles avec Echinochloa stagnina ('bourgou'), et celles avec Oryza longistaminata et Echinocloa stagnina. Au moment où “l’eau blanche” se retire (mi-octobre), les animaux pénètrent sur les bourgoutières à Brachiaria mutica et ne les quitte qu’en décembre. Les tiges sèches sont ensuite brûlées afin de les faire repartir. Le bétail revient ensuite sur les lieux dès que “l’eau noire” s’est retirée, en mars. La bourgoutière à Echinochloa stagnina est pâturée plus tard, en avril, et les troupeaux y demeurent jusqu’à l’arrivée de l’eau blanche. La productivité des bourgoutières est en général élevée: pour les formations comprenant Echinochloa stagnina, elle varie de 6 à 17 tonnes de matière sèche / ha (au Mali, elle peut atteindre 30-40 tonnes). Malheureusement, à cause du manque d’eau –dû aux changements climatiques -, du surpâturage, de l’exploitation des touffes d’herbe (les herbages sont utilisés pour engraisser les animaux domestiques, qui sont ensuite vendus sur les marchés), de l’augmentation des rizières et des cultures le long des rivières, on observe une régression nette des bourgoutières et une évolution de leur composition floristique marquée par une réduction drastique des ressources fourragères. Les jachères de la zone soudanienne constituent, comme celles de la zone sahélienne, des ressources en fourrage complémentaires. Au début, la jachère est dominée par Eragrostis tremula, associée à Ctenium elegans, Loudetia hordeiformis et Schizachyrium exile. Elles sont ensuite partiellement remplacées par des espèces comme Pennisetum pedicellatum et Diheteropogon hagerupii. La productivité de ces jachères peut aller jusqu’à 4 tonnes de matière sèche / ha. Tableau 2. Productivité et capacité de charge des diverses zones pastorales
Fourrage. Pour les producteurs, les mauvaises herbes sont plus un mal qu’un bien si elles ne sont pas contrôlées, et la lutte contre les mauvaises herbes requiert un gros effort de main d’œuvre. Mais l’élevage joue un rôle clé dans l’économie traditionnelle des familles et de nombreuses herbes sauvages sont commercialisées, pour servir d’aliment du bétail, de nourriture ou de matériau de construction. Dans les systèmes d’exploitation mixtes notamment, les besoins en nourriture des animaux durant la saison pluvieuse peuvent être satisfaits par des graminées fraîches et des plantes herbacées. Dès l’arrivée de la saison sèche, les animaux préfèrent les feuilles de mil et les herbes aux tiges de mil. Durant la saison sèche, l’alimentation se limite pour l’essentiel à la rare biomasse provenant des pâturages naturels et de la décomposition des tiges. Sur les marchés ruraux, on vend des herbes sauvages fourragères comme Alysicarpus ovalifolius, Zornia glochidiata (tous deux Leguminoseae), Commelina forskalaei (Commelinaceae) ou Eragrostis tremula (Poacea). Des analyses de laboratoire ont révélé qu’elles contiennent deux fois plus de protéines que les fibres de basse qualité telles que les tiges de mil. Les éleveurs montrent une préférence pour certains herbages sauvages comme Eragrostis tremula, Commelina forskalaei, Cenchrus biflorus (Poaceae) et Merremia tridentata (Convulvaceae), une espèce rampante pérenne. La graminée Eragrostis tremula peut être coupée plusieurs fois durant la saison sèche et elle est consommée par tous les animaux. Elle peut être ensilée (on l’emploie aussi pour fabriquer des balais). Commelina forskalaei est un bon fourrage et convient à la préparation de l’ensilage. Dans des conditions humides, elle se régénère vite. Eragrostis tremula et Commelina forskalaei émergent tous deux après le premier désherbage. Cenchrus biflorus est difficile à arracher et plutôt persistant en conditions humides. Cette espèce est pâturée par la plupart des animaux en début de croissance et en paille dressée par la suite. Le processus de fermentation durant l’ensilage ramollit les poils qui peuvent ensuite être mangés par les animaux sans douleur. C’est un aliment fiable car il dure jusqu’à la saison pluvieuse suivante. Avec les graines concassées de Cenchrus biflorus, les femmes préparent une bouillie. Merremia tridentata est apprécié par tous les animaux et demeure sur les pâturages pendant environ quatre mois après les pluies. Cette plante est adaptée à la préparation de foin et à l’ensilage. Une autre source d’amélioration du régime du cheptel est constituée par Mitracarpus scaber (Rubiaceae) et Ceratotheca sesamoides (Pedaliaceae). On ne peut pas en faire du foin mais on peut les ensiler. Les feuilles de Ceratotheca sesamoides sont utilisées comme légumes. Mitracarpus scaber reste vert environ trois mois encore après la saison des pluies. Dans la zone sahélienne, la plupart des herbages sont consommés par les animaux, même si certains sont préférés à d’autres. En général, ceux qui poussent sur terrain humide ont des feuilles plus grandes et sont plus tendres (Echinocloa colona, Panicum laetum). Certaines graminées sont plus ou moins “ligneuses” et sont dédaignées, surtout quand elles sont sèches (Aristida hordeacea, Elionurus elegans). Dans le nord de la zone sahélienne, des graminées comme Panicum turgidum, Stipagrostis vulnerans ou Lasiurus scindicus sont pâturées par tous les animaux et parfois transformées en foin pour nourrir les bêtes des caravanes de passage. Le degré d’acceptation
des mauvaises herbes par les animaux dépend de divers facteurs, dont
la saison et le manque de nourriture. En cas de disette sévère, même
les plantes toxiques sont mangées, en particulier par les caprins. Tandis
que la biomasse augmente avec l’âge des plantes, la valeur fourragère
chute brutalement après l’élongation de la tige. Durant la saison sèche,
la valeur fourragère de la paille est basse et doit être compensée par
l’absorption de feuilles et fruits arbustifs. Tableau 3. Consommation d’arbres fourragers
x = consommé, r = palatabilité limitée, ? = pas d’information, n = non consommé Tableau 4. Valeur nutritionnelle du fourrage
P = protéine (gr / kg de matière sèche), MO = matière organique (gr / kg de matière sèche), C = cellulose (gr / kg de matière sèche), MS = matière sèche (en % de fourrage), PD = protéine digestible (gr / kg de matière sèche), UF=unité fourragère (énergie obtenue par un 1 kg d’orge pour la production de lait = 1700 kcal; correspond en général à 790 gr de matière organique digestible) Ressources hydriques pastorales. Dans la zone agropastorale nigérienne, l’abreuvement du bétail se fait à des points d’eau situés près des villages où les troupeaux transhumants demeurent durant la saison sèche. Dans la zone pastorale – au nord de la zone agropastorale -, la ressource hydrique la plus importante est constituée par des mares superficielles naturelles. Depuis les années 50, le réseau de puits traditionnels et sources artésiennes – de l’ordre de 1500 dans la zone pastorale, selon les estimations – a été complété par des puits en ciment (environ 350) et des forages profonds, dans certains cas équipés de pompes. Ainsi, on peut satisfaire aux besoins théoriques du cheptel (180 000 m3 / jour pour 4,5 millions d’UBT). Cependant, le problème actuel réside dans la distribution irrégulière des points d’eau en rapport avec le potentiel fourrager de la zone. En outre, le statut juridique des points d’eau est souvent peu clair et ils sont souvent appropriés, ou bien les usagers ne subviennent pas aux coûts d’entretien. Sécheresses et élevage. Durant la longue période de sécheresse (1969-1974), les troupeaux ont connu des pertes très significatives (50 pour cent des bovins, 36 pour cent des ovins, 27 pour cent des caprins). Ces pertes, celles des bovins notamment, ont été plus sévères dans la zone pastorale que dans celle agricole, ce qui a augmenté la proportion de troupeaux présents dans le sud, en comparaison du nord. Durant cette période de sécheresse, les nomades peulhs ont abandonné leur migration habituelle, tandis que les Touaregs se sont accrochés à leurs points d’attache grâce à leurs troupeaux plus diversifiés. Ces derniers ont gardé leurs chameaux et leurs chèvres, mais ont perdu presque tout le bétail bovin et ovin. En 1977, la plupart des éleveurs ont retrouvé leur itinéraire habituel. Pour les Peulhs wodaabes, cela a consisté en un immense détour, alors que seuls quelques familles touaregs étaient allées vivre vers les villes ou les centres de distribution alimentaire. En 1981, les troupeaux ont été reconstitués, à 80 pour cent pour les bovins et à 110 pour cent pour les petits ruminants. Cette longue période de sécheresse a été suivie par quelques années meilleures, bien que toujours marquées par le manque de pluies, qui se sont achevées avec la saison de pluies catastrophiques de 1984. A la fin de l’été, il est apparu que les ressources fourragères ne seraient pas en mesure d’assurer la survie du cheptel. Encouragés par l’administration, les éleveurs - qui n’ont pas oublié les difficultés des années 1972-1973 - ont quitté la zone pastorale en octobre dans leur grande majorité. Cette fois, les Touaregs ont aussi été concernés. Seules quelques familles sont restées avec des bovins laitiers. Les éleveurs et leurs troupeaux se sont déplacés 150 à 250 km plus au sud. Les pertes d’animaux ont été très importantes et la crise a provoqué des changements fondamentaux dans la société pastorale: · une augmentation de la migration vers les villes; · une avancée des activités agricoles, souvent dans les zones marginales, où les pluies insuffisantes rendent les récoltes aléatoires; · un transfert de la propriété des bovins, en particulier pour les nomades proches des villes et les Peulhs wodaabes. Des commerçants, des fonctionnaires et des citadins ont acheté les troupeaux des éleveurs dépossédés, devenus de simples bergers. Autour de Tahoua, Maradi et Agadez, quelque 60 pour cent des animaux composant les troupeaux n’appartiennent pas aux bergers qui les gardent. Sécheresses et ressources pastorales. Les années de sécheresse, qui ont marqué toute la zone sahélienne depuis 1968, ont eu pour conséquence de réduire la biomasse et modifier la composition floristique. Dans certaines zones du Niger, la productivité des pâturages à Aristida mutabilis et Schoenefeldia gracilis est tombée de 50 - 70 pour cent entre 1968 et 1985. Dans la Tedjira (au nord-est de Zinder), par exemple, le couvert herbacé était, avant les sécheresses, dominé par l’espèce pérenne Cymbopogon giganteus, très appréciée du bétail. La productivité de ces pâturages dépassait souvent 2,5 tonnes de matière sèche / ha. Aujourd’hui, cette plante a pratiquement disparu et a été remplacée par Aristida funiculata, une petite plante annuelle dont la productivité n’atteint jamais 300 - 400 kg de matière sèche / ha. L’aspect actuel des parcours (des steppes) de la zone pastorale ne ressemble pas à celui d’avant les sécheresses. De manière générale, le nombre d’espèces a diminué et la composition floristique du couvert herbacé s’est modifiée, très souvent au détriment des graminées pérennes: Aristida sieberiana, Cymbopogon giganteus, Cymbopogon schoenanthus, Andropogon gayanus, Cyperus conglomerates ont considérablement reculé, voire presque disparu. D’autres espèces annuelles telles que Aristida mutabilis, Aristida funiculata ou Schoenefeldia gracilis ont été remplacées par des thérophytes à cycle de vie plus court, et donc plus résistants face à l’irrégularité des pluies, comme Cenchrus biflorus. Certaines plantes sont devenues toutefois plus compétitives tandis que d’autres ont disparu, par exemple Tragus racemosus or Tribulus terrestris qui sont facilement disséminés par les animaux en raison de la protection de leurs graines. Ces espèces sont quoi qu’il en soit appréciées par les animaux et leur apparition croissante n’abaisse pas nécessairement la productivité fourragère. Dans les formations dites de “brousse tigrée”, sur les plateaux du sud-ouest nigérien, la sécheresse a conduit à la disparition de Andropogon gayanus et au développement de certaines espèces bien moins productives (Michrochloa indica, Tripogon minimus). Le surpâturage a laissé de vastes surfaces totalement nues et empêché la repousse de plantes annuelles. Sur de nombreux kilomètres autour des points d’eau, le surpâturage, le piétinement et les excréments ont causé la disparition de presque toute la végétation naturelle. Les feux appliqués par l’homme et le croissant élagage des arbres sont d’autres facteurs ayant contribué à exacerber le déclin de la valeur fourragère des pâturages nigériens. |
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| 8. RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES Bernus, E. , Hamidous, S.A. (Ed) .1980. Atlas du Niger. Editions Jeune Afrique. CIRAD/CTA. 1986. Atlas de l'Elevage et potentialités pastorales sahéliennes: Niger de Fabrègues, Bernard Peyre. 2001. Les Grandes Etapes de l'Elevage en Zone Pastorale au Niger et leurs Consequences Majeures. In: Tielkes, Schlecht, Hiernaux (Eds) Elevage et gestion de Parcours au Sahel, Implications pour le Développement. Verlag U.E. Grauer Djibo, Montagne, Geesing, Peltier, Touré. 1997. L'aménagement villageois sylvo-pastoral de la formation de brousse tachetée de Tientiergou. In: Fonctionnement et gestion des écosystèmes forestiers contractés sahéliens. John Libbey Eurotext Hohenheim. 2000. Atlas of natural and agronomic resources of Niger and Benin. University of Hohenheim. Le Houérou, H.N. 1989. The Grazing Land Ecosystems of the African Sahel. Springer-Verlag MAE. 2001. Ministère de l'Agriculture et de l'Elevage de la République du Niger. Services d'Analyse de la Politique Agricole et de la Coordination Statistique MAE. 1997. Revue du secteur rural du Niger - Cellule PASA-DEP. Ministère de l'Agriculture et de l'Elevage de la République du Niger. Payne, W.J.A., Hodges, J. 1997. Tropical Cattle. Blackwell Science Ltd Poilecot, Pierre. 1999. Les Poaceae du Niger. UICN/CIRAD. Boissiera 56 Rehm, Sigmund (Ed). 1989. Spezieller Pflanzenbau in den Tropen. Eugen Ulmer Verlag. Thébaud, Brigitte. 1988. Elevage et Développement au Niger. Bureau International du Travail. Geneva von Maydell, Hans-Jürgen. 1992. Arbres et arbustes du Sahel.GTZ, Verlag Margraf |
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Ce document a été élaboré en novembre-décembre 2001 par Dieter Geesing et Hassane Djibo; Dieter Geesing fera aussi des mises à jour périodiques. Pour plus de détails, contacter: Dieter Geesing Chargé de cours et chercheur Département des sciences des plantes (Chaire de la nutrition végétale) Université technique de Munich Am Hochanger 2 85350 Freising Allemagne Tél ++0049 8161 71 5264 Fax ++0049 8161 71 4500 E-mail < geesing@wzw.tum.de and dgeesing@yahoo.com Hassane Djibo Fax (00227) 72 37 55 [Ce profil a été légèrement revu par J.M. Suttie et S.G. Reynolds en décembre 2001] [Le profil a été traduit en francais por Anouchka Lazarev] |