TUNISIE
Chedly Kayouli

1. INTRODUCTION
2. SOLS ET TOPOGRAPHIE
3. CLIMAT ET ZONES AGROÉCOLOGIQUES
4. SYSTÈMES D’ÉLEVAGE
4. 1.  Systèmes extensifs ou traditionnels
4. 2.  Système intensif intégré
4. 3.  Systèmes semi-intégrés et systèmes intensifs “sans terre”  
4. 5.  Contraintes des systèmes d’élevage des ruminants
5. RESSOURCES PASTORALES
5. 1.  Pâturages naturels
5. 2.  Jachères
5. 3.   Chaumes
5. 4.  Résidus de récoltes et sous-produits  
6. AMÉLIORATION DES RESSOURCES PASTORALES
6. 1.  Cultures fourragères
6. 2.  Pâturages semés
6. 3.  Amélioration des pâturages dans le centre du pays
6. 4.  Rotations céréale – légumineuse fourragère
7. ORGANISMES DE RECHERCHE ET DÉVELOPPEMENT IMPLIQUÉS DANS LE PASTORALISME – INSTITUTIONS-CLEFS ET PERSONNEL
8. RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
9. CONTACTS

APPENDICE 1


1. INTRODUCTION:

La République tunisienne est limitée par la Méditerranée au nord et à l’est, la Libye au sud et l’Algérie à l’ouest (voir figure 1). Elle couvre une superficie de 162 155 km2 pour une population de 10 millions d’habitants et est une entité politique ancienne du Maghreb. Sa capitale est Tunis. La Tunisie a une position géographique privilégiée, au carrefour entre l’est et l’ouest du Bassin méditerranéen, entre l’Europe et l’Afrique. L’histoire du pays remonte à la fondation de Carthage par les Phéniciens en 814 av. J.-C., qui devint vite un important centre d’échanges commerciaux et régna sur la région jusqu’en 146 av. J.-C., date à laquelle Carthage fur conquise par Rome et devint une partie de la province romaine d’Afrique. Au cours de ses 3 000 ans d’histoire, la Tunisie a connu un grand nombre d’envahisseurs et de civilisations, tels que Puniques, Romains, Berbères, Byzantins, Arabes et Ottomans. La conquête arabe date de 647; de nombreuses dynasties arabes ont régné sur le pays, comme les Aghlabites et les Fatimides. Au seizième siècle, la Tunisie devint une province de l’Empire ottoman Empire et, en 1881, un protectorat français. Elle est devenue indépendante en mars 1956 et une république  le 25 juillet 1957.

Figure 1. Carte de la Tunisie


2. SOLS ET TOPOGRAPHIE

La chaîne de montagnes de la Kroumerie et des Mogods qui s’étend sur le nord du pays est une continuation du Tell atlasique. Au sud, on trouve les plaines fertiles de la vallée de la Mejerda, le seul cours d’eau tunisien permanent. Le Haut Tell ou dorsale est une continuation de l’Atlas saharien; le sommet le plus haut du pays est le Jebel Chambi (1 544 m). La région centrale consiste pour l’essentiel en un  plateau situé à environ 500 m d’altitude; plus au sud on trouve une zone de drainage intérieur, les chotts, et encore plus au sud la zone saharienne, dont la plus grande partie est située dans le Grand erg oriental. On trouve aussi de vastes plaines sur la côte est, la plaine du Sahel au sud de Sousse et la plaine de la Jefara au sud de Gabès.

SOLS

On distingue clairement quatre zones physiographiques, avec une remarquable diversité de sols: 

Le Nord
Le nord  se divise en deux parties, le nord-est et le nord-ouest. Le premier est une mosaïque de collines et de plaines avec des sols fertiles et d’importantes ressources hydriques souterraines, ce qui permet de pratiquer l’agriculture intensive et extensive. Le second consiste en collines et vallées ayant des ressources en eau souterraine limitées.  

Le nord-ouest se compose d’une zone méridionale (le Tell), comprenant des sols "calci-magnésiques" et des vertisols sur des substrats marno-calcaires, et d’un secteur septentrional, appelé "Mogods-Kroumirie", caractérisé par des sols bruns foncés sur des couches de grès ou des substrats argileux non calcaires. Dans les Mogods-Kroumirie, les pentes sont plus raides et irrégulières. En raison de la pauvreté de ses sols, cette région a un potentiel agricole faible. En effet, lors d’expériences sur les fourrages menées dans la zone, les sols ont été analysés (voir tableau 1) et les résultats ont montré qu’ils sont très acides (pH KCl = 4 – 4,3) et pauvres en azote (0,06 – 0,07 pour cent), avec un très faible contenu en phosphore (1 mg / 100 g) et une concentration d’humus marginale (1,5 – 1,9 pour cent). 

Tableau 1: Analyse des sols dans deux horizons (0-20 cm et 20-40 cm) dans le nord-ouest de la Tunisie (Mogod-Khroumirie)  

Horizon

pH KCl

Humus (%)

P(mg/100g)

P  - solubilité dans l’eau - (mg/100g)

 

(0 - 20 cm)

4,3

1,9

1

0,1

   

(20 - 40 cm)

4

1,5

1

0,1

   
             

Horizon

K(mg/100g)

Mg(mg/100g)

Na(mg/100g)

Ca (mg/100g)

Mn(mg/100g)

Fe(mg/100g)

(0 - 20 cm)

5

2

2

8

7

116

(20 - 40 cm)

4

2

2

3

4

132

             

Horizon

N(total)(%)

C/N

Chlore(mg/100g)

Conc. saline (microsiemens)

 

(0 - 20 cm)

0,07

14,0

5,27

46

   

(20 - 40 cm)

0,06

13,6

6,20

43

   

Granulométrie  (en pourcentage)

Horizon

Argile

Alluvion fine

Alluvion grossière

Sable fin

Sable grossier

(0 - 20 cm)

7,59

2,89

2,17

13,47

73,88

(20 - 40 cm)

7,57

2,88

3,60

13,98

71,98

Source: SEDENOT: 1999 

Bien que le Tell soit dominé par les pentes marneuses, c’est une région fertile grâce à ses plaines alluviales aux sols profonds. On rencontre différents types de sols:

- sols alluviaux: se limitant pour l’essentiel aux sédiments alluviaux, ces sols couvrent une superficie restreinte, dans la vallée de la Medjerda. Ils se caractérisent par une part de matière organique relativement élevée (2%) dans l’horizon superficiel, mais celle-ci décroît au fur et à mesure que l’on descend en profondeur. Grâce à la composition de leur matière non organique, à leur faible contenu de calcaire et, surtout, à leur structure perméable favorable, ils conviennent à toutes les cultures, en particulier aux arbres fruitiers.

- sols alluviaux jeunes ou récents: développés dans les alluvions récentes des plaines d’épandage; en général, divers sédiments apparaissent dans le profil sous forme de strates. Ces sols caractérisent toutes les plaines alluviales. Dans les plaines très arrosées disposant d’un mauvais drainage, ils peuvent donner lieu à des marécages salins (vallée de la Medjerda, plaine de Mateur).

- vertisols : des sols bruns foncés apparaissent sur des roches calcaires tendres, des marnes et des argiles, qui, en s’altérant, se transforment en argile saturée. Habituellement, on les trouve dans des zones plates; ils se rétractent en été et font des fissures profondes qui forment des polygones caractéristiques. Ils contiennent une grande part argileuse, ce qui cause des problèmes dans la préparation de la terre: secs, ces sols sont durs et difficiles à travailler, mouillés, ils sont très gluants. Cependant, l’expérience montre que les vertisols donnent les meilleurs rendements de céréales et conviennent très bien aux cultures annuelles. En revanche, ils ne conviennent pas à l’arboriculture en sec, les racines des arbres risquant d’être endommagées par les mouvements du sol et les fissures saisonnières profondes de ce dernier.

- sols calci-magnésiques, rendzines et sols calcaires bruns. On distingue nettement deux types de sols, les rendzines et les sols calcaires bruns. Les premiers se sont développés directement, sans transition, sur un substrat calcaire dur. Les seconds sont plus profonds et disposent, en plus de l’horizon organique, d’un horizon structurel sur un substrat calcaire, en général une marne tendre ou une couche calcaire.

La Dorsale

La Dorsale se caractérise par son relief collinaire et ses plaines aux sols fragiles.  La partie orientale est dominée par de vastes montagnes séparées par des plaines. Les plaines sont irriguées et les montagnes sont couvertes de forêts et de Stipa tenacissima (alfa). A la base des montagnes, on trouve des sols calci-magnésiques encroûtés de calcaire brun et dégradés.  Ces sols se sont formés dans des conditions climatiques plus arides, ils sont pauvres en matière organique, rocheux, et souvent érodés. Ils conviennent à la pâture et, par endroits, aux plantations d’oliviers. Dans les plaines alluviales, ils ont connu une évolution récente et sont souvent légèrement salés; ils conviennent à de nombreuses cultures, notamment en irrigué.

Le centre

Le centre se caractérise par son aridité. La partie orientale se distingue par son absence de relief, et offre un espace plat entrecoupé de nombreuses dépressions salines appelées "sebkhas", qui recueillent les eaux de ruissellement; les sols sont profonds et légers. La partie occidentale a de grandes montagnes reliées, par de vastes glacis, à des plaines alluviales contenant d’importantes ressources hydriques. 

Le sud

Le sud de la Tunisie se caractérise par:

(1) Des zones montagneuses (Matmatas), où l’agriculture s’appuie sur l’irrigation de décrue. Dans les montagnes, on trouve des sols calcaires et marno-calciques, sur lesquels se sont développés des lithosols avec un horizon superficiel très peu profond (de 10 à 15 cm), la roche affleurant ça et là à la surface ; ils n’ont aucun potentiel agricole. On rencontre aussi des zones significatives de fluviosols dans les lits de rivières principaux et dans les cônes de déjection au pied des escarpements. Les fluviosols sont en général fertiles car ils reçoivent des limons réguliers grâce aux crues.

(2) Les plaines côtières (la Jefara): les sols dans les zones arides ont une pédogénèse faible.  Les processus les plus visibles sont la dégradation et la sédimentation sous l’action de l’eau et du vent. Ainsi, dans la haute Jefara, on peut observer des glacis encroûtés, où le sol n’est formé que d’un horizon à texture légère (paléorthide calcique). Dans la basse Jefara, les sols sont plus ou moins encroûtés, mais avec une présence localisée du substrat cristallin (gypse) autour des  "sebkhas" et des grandes dépressions formées de sols salés  (salorthides). Ces sols encroûtés (paléorthides, calciorthides, cypsiorthides) peuvent être profonds et servent de réservoir d’eau. Quand ils sont bien protégés de l’érosion par le vent, ils constituent les sols les plus fertiles de la région pour l’agriculture sous irrigation (oasis et zones irriguées).

(3) Vastes dépressions ou "chotts" : les ressources hydriques souterraines sont à l’origine de certaines oasis. Les sols de la région des "chotts" sont marqués par la présence d’éléments salifères. Les horizons superficiels sableux qui entourent les oasis sont très sensibles à l’érosion éolienne. On rencontre deux types de sols:

- sols sableux dans le chott du Jerid méridional: la surface consiste en une succession de toutes petites dunes, plus ou moins envahies par un type de végétation appelée "nebkas".

- sols très salifères des chotts: en surface, ces sols sont couverts d’une couche salée reposant sur des sédiments engorgés d’eau salée. Ces sols sont complètement stériles. Aucune végétation ne peut y pousser; c’est le véritable désert.

(4) zone désertique, ou "Erg", formée de dunes de sable séparées par de petites dépressions sablonneuses où peut se développer une très rare végétation.


3. CLIMAT ET ZONES AGROÉCOLOGIQUES:

La Tunisie a un climat méditerranéen, caractérisé par des étés secs et chauds et des hivers frais et humides, ce qui limite la période végétative; les précipitations sont très irrégulières et la pluviosité varie considérablement du nord au sud. Le pays se divise en quatre grandes unités géographiques: les régions du nord, de l’est, du centre et du sud (figure 2).

 

Figure 2. Carte des zones bioclimatiques de la Tunisie
[Cliquer ici pour agrandir l’image]

 

Selon Emberger (1960), il y a cinq zones bioclimatiques, allant de la  plus aride à la plus humide en fonction des précipitations (tableau 2). Mais la pluviosité n’est pas le seul facteur bioclimatique déterminant; les températures, notamment les températures hivernales, sont aussi importantes. Celles-ci ne dépendent pas que de l’altitude mais aussi de la situation plus ou moins continentale; les zones à l’intérieur des terres ont des étés plus chauds et des hivers plus froids que celles qui bénéficient des effets adoucissants de la mer. Sur le plan du bioclimat, le pays se partage donc aussi en zones à hivers doux, frais et froids.

Tableau 2: Les cinq zones bioclimatiques de la Tunisie:

Précipitations annuelles (mm)

Zone bioclimatique

800 - 1200

Humide

600 - 800

Sub-humide

400 - 600

Semi-aride

100 - 400

Aride

20 - 100

Désertique (Saharienne)

On rencontre quatre régions agricoles principales, classées en fonction des précipitations annuelles, et que l’on peut synthétiser de la manière suivante (tableau 3):

Tableau 3: Zones agroécologiques:

Zone

Précipitations annuelles (mm)

Agriculture et occupation des sols 

Nord

500 <précipitations <1000 

Forêt naturelle, maquis et pâturages; agriculture pluviale possible: cultures annuelles et maraîchage

Dorsale

400 < précipitations <500

Forêt, maquis et parcours naturels, mais fragiles; possibilité de cultures annuelles et d’arboriculture, en fonction des conditions édaphiques et topographiques, mais avec un fort risque climatique. 

Centre

200 < précipitations <400

Forêt et maquis très fragiles, dans des conditions édaphiques et topographiques favorables. Parcours naturels fragiles.  Possibilité de cultures annuelles et d’arboriculture mais avec un fort risque climatique.

Sud

précipitations < 200

Steppe très fragile des conditions édaphiques et topographiques favorables. Parcours naturels très facilement dégradés. Agriculture en sec possible localement avec une bonne gestion des eaux de ruissellement.

Des données météorologiques provenant de quelques stations représentatives sont données à l’Appendice 1: Tabarka, sur le littoral nord, dans la partie la plus arrosée du pays; Jendouba, à l’intérieur des terres, dans la vallée de la Mejerda; Kairouan, dans la plaine centrale; Skanes et Sfax, aux limites nord et sud du Sahel; et Tozeur, bien à l’intérieur de la bordure désertique. 


4. SYSTÈMES D'ÉLEVAGE

L’agriculture tunisienne a été marquée, comme celle d’autres pays africains, par la colonisation, qui en a déterminé la structure et, en partie, les types de production. Sur une superficie totale de 125 000 km2 , quelque 76 000 km2 sont considérés comme des terres agricoles, dont 47 000 km2 de terres cultivables, 28 000 km2 de pâturages et forêts, et 6000 km2 de jachères.

L’élevage représente une part importante de la production agricole; il contribue à hauteur de 40 pour cent environ au produit agricole total, ce qui est à l’évidence inférieur à la part des céréales et des oliviers, qui dominent traditionnellement le secteur. Ces dernières années, le gouvernement a cependant encouragé l’élevage afin d’accroître le niveau d’autosuffisance national en produits animaux (viande et lait). On compte 380 000 exploitations en Tunisie, dont 65 pour cent pratiquent l’élevage. La plupart sont de petite taille (moyenne inférieure à 20 ha) et représentent 80 pour cent de l’élevage en 1998 (voir tableau 2). Soixante-cinq pour cent des bovins se trouvent dans le nord, 60 pour cent des ovins et caprins dans le centre, et 80 pour cent des camelins dans le centre et le sud. 

La plupart des bovins, de race locale et améliorée, appartiennent à de petits éleveurs possédant peu ou pas de terre. Bien qu’on les désigne sous le nom de "race brune de l’Atlas", plus de la moitié des bovins locaux présentent des caractéristiques propres à des races importées successivement, telles que la normande, la pie noire, la suisse brune et la tarentaise. Après avoir augmenté entre 1970 et 1975 (ils représentaient 95 pour cent du total), les bovins de races locales et croisées ont baissé de 32 pour cent entre 1975 et 1990. Ce déclin a été principalement dû à l’importance croissante de la race frisonne dans le secteur laitier.

Tableau 2: Effectifs des ruminants, production de lait et de viande - 1986, 1994 et 1999 -
( Ministère de l’agriculture)

 

1986

1994

1999

Bovins de race frisonne (milliers)

83

124

185

Bovins de races locales et croisées (milliers)

265

250

240

Ovins (milliers)

3 000

3 500

3 800

Caprins (milliers)

500

700

800

Camelins (milliers)

70

40

55

Viande de bœuf et de veau (milliers de tonnes)

30

42

52

Viande ovine et caprine (milliers de tonnes)

40

50

58

Lait (milliers de tonnes)

330

520

1000

Comme le montre le tableau 2, les bovins de race pure ont crû rapidement entre 1986, où ils étaient 83 000 (et ne représentaient que 24 pour cent des bovins), et aujourd’hui, où l’on en compte 185 000. La plupart des bovins laitiers de race pure sont de race frisonne-holstein;  leur augmentation est essentiellement due aux importations massives de génisses pleines. Depuis 1975, la Tunisie a importé plus de 100 000 vaches laitières pleines. Durant la dernière décennie, le secteur laitier a connu une évolution remarquable grâce aux encouragements de l’Etat, notamment des prêts avantageux, des subventions, et l’organisation de la collecte de lait (désengagement du secteur public en matière de collecte du lait et transfert des centres laitiers à des organismes privés ou à des coopératives). La production laitière a triplé depuis 1986, et la Tunisie est récemment (1999) devenue autosuffisante en lait (78 kg / habitant / an); elle ne l’était qu’à 60 pour cent en 1987. La production laitière a traditionnellement été concentrée dans le nord où les conditions climatiques sont favorables. Depuis quelques années cependant, elle apparaît dans d’autres régions telles que le Sahel, qui n’avait aucune tradition de ce type mais qui, selon les dernières statistiques, contribue pour moitié au total du lait collecté sur le territoire national.

La production de viande de ruminants a aussi considérablement augmenté, passant de  70 000 à 110 000 tonnes entre 1986 et 1999. La viande bovine, ovine et caprine constituent 95 pour cent de la production nationale, les 5 pour cent restant consistant en viande cameline et équine. La consommation totale de viande est de 30 kg par habitant et par an: volaille (15), bœuf (7), viande ovine et caprine (8). En raison du prix élevé de la viande de ruminants, la Tunisie est presque autosuffisante en la matière, la production nationale couvrant  95 pour cent de la consommation.

Les systèmes d’élevage des ruminants varient en fonction de la variété de l’alimentation, qui baisse avec l’aridité. Dans la plupart des zones sub-humides et semi-arides, les revenus des exploitations proviennent des céréales, de la vigne, des plantations arboricoles et de l’élevage, alors que les petits ruminants constituent la source de revenu fondamentale dans les zones arides. Comme dans d’autres pays méditerranéens, les systèmes d’élevage, surtout ceux intensifs, sont en général fragiles. Le fourrage manque au cours de deux longues périodes: 3 - 4 mois en hiver, lorsque la croissance des plantes est inhibée par les basses températures; durant la saison sèche estivale, qui dure au moins 3 mois, et durant laquelle les herbages deviennent secs en raison des hautes températures et du manque de pluie. On distingue trois systèmes d’élevage laitier selon le type de gestion et d’alimentation du bétail, comme cela est résumé dans le tableau 3.

4. 1.  Systèmes extensifs ou traditionnels

Ces systèmes ont une productivité limitée, se trouvent pour la plupart sur les terres marginales et concernent le bétail de races moins productives, essentiellement des ovins, caprins et bovins locaux. Le problème principal réside dans la faible fertilité des animaux, due à leur mauvaise alimentation saisonnière et à leur forte mortalité. Ces problèmes sont souvent liés à la surcharge animale et à l’insuffisance saisonnière des ressources fourragères.   Ces systèmes sont peu rentables sur le plan économique mais ils sont très bien adaptés à l’environnement et sont très efficaces sur le plan écologique. 

Tableau 3: Présentation simplifiée des principaux systèmes de production laitière

 

EXTENSIF

INTÉGRÉ

“SANS TERRE”

Localisation principale

nord

nord

Sahel (centre)

Superficie fourragère

>1 ha/vache

0,25 ha – 0,75 ha/vache

0 – 0,20 ha

Race bovine

locale / croisée

holstein- frisonne

holstein- frisonne

Taille du troupeau

1- 20 vaches

100 -1600 vaches (sociétés) 1-40 vaches (exploitations individuelles)

1- 20 vaches

Rendement laitier (l/vache/an) 

<2000

3000 - 6500

3000 - 6500

Alimentation principale

parcours naturels

fourrage/concentrés

concentrés

Origine du fourrage

pâture

exploitation/marché

marché

Origine des pailles et foin

exploitation

exploitation /marché

marché

Origine des concentrés

(marché)

marché

marché

Niveau d’investissement

nul

élevé

limité

Origine des financements

fonds propres

crédit

fonds propres

Principaux revenus

agriculture

élevage/cultures

autres activités

Type de main d’œuvre

familiale

rémunérée

rémunérée / familiale

Mode de rétribution

familial

salarié

familial

Force

coût limité

disponibilité du fourrage

grande flexibilité

forte demande de lait

Faiblesse

  • production saisonnière
  • manque de  supervision technique
  • investissement élevé
  • activité principale
  • mauvaise qualité du fourrage
  • prix élevé du fourrage
  • dépendance par rapport au marché (fragilité)

Tendance

décroissante

emploi élevé de concentrés

organisation de la profession

Les systèmes d’élevage extensifs se trouvent principalement dans le nord pour les bovins, et dans le centre et le sud pour les petits ruminants. La production laitière est saisonnière et liée à la disponibilité du fourrage; elle concerne des troupeaux de taille modeste (1 à 5) et implique un main d’œuvre familiale. Deux tiers des ovins et des caprins se trouvent dans le centre de la Tunisie; ils jouent un rôle très important car, outre leur propre production, ils constituent pour les producteurs une forme d’épargne. Dans les zones arides et semi-arides, l’élevage traditionnel est fondé sur l’adaptation à une pluviosité faible et variable et à des sols pauvres et fragiles, et sur la pâture extensive comme dans le Sahel de l’Afrique sub-saharienne (Speirs et Olsen, 1992). Traditionnellement, l’élevage ovin était transhumant mais, ces dernières décennies, les sécheresses récurrentes, la technologie moderne et les nouvelles règles économiques ont changé de manière radicale les systèmes d’élevage ovin et les conditions socio-économiques. La sédentarisation croissante des nomades, l’augmentation des effectifs du cheptel ovin dans les zones marginales, l’expansion des mises en culture et la réduction des jachères, ont lourdement accru la pression sur les terres disponibles et réduit la fertilité des sols. Les pâturages, de plus en plus rares, s’appauvrissent, tandis que de plus en plus de terres sont mises en culture. Traditionnellement, les ovins et les caprins pâturaient sur les collines et dans les steppes en hiver, et se nourrissaient de chaumes en été dans le nord au cours de la transhumance. Ce phénomène se poursuit, mais s’est considérablement réduit. La hausse du pouvoir d’achat a augmenté la demande en produits de l’élevage, aussi les producteurs se réorientent-ils vers l’élevage ovin intensif, avec recours à des compléments alimentaires, essentiellement fondés sur l’importation de céréales. 

4. 2.  Système intégré intensif

Ce système concerne principalement l’élevage laitier et les activités d’embouche intégrés au sein d’exploitations agricoles cultivant, exclusivement ou partiellement, du fourrage. La taille des exploitations varie, allant des exploitations familiales possédant 1 à 40 vaches, aux grandes exploitations commerciales détenant souvent plus de 100 vaches. Les fourrages sont cultivés en sec dans le nord, ou en irrigué.  Une part importante du fourrage est cultivé, tandis que les concentrés sont achetés. On achète aussi un peu de foin et de paille. Le fourrage vert et l’ensilage constituent toutefois la plus grande part de la ration alimentaire, ce qui signifie que les pailles et les concentrés ont une grande importance.   Bien qu’il soit possible de cultiver du fourrage, les exploitations intégrées emploient de grandes quantités d’aliments concentrés. Cela est dû en partie à la mauvaise qualité du fourrage produit localement (Kayouli et al., 1988).

4. 3.   Systèmes semi-intégrés et systèmes intensifs “sans terre”:

Il s’agit essentiellement de producteurs laitiers familiaux concentrés dans les zones irriguées et péri-urbaine. La superficie cultivable est souvent limitée en regard du nombre d’animaux, de l’ordre de  0 à 0,3 ha / vache (Kayouli, 1995). La plupart de l’alimentation (fourrage et concentrés) est achetée. La main d’œuvre est familiale et les éleveurs ont souvent une autre source de revenu. Les investissements sont réduits au minimum, avec des financements externes limités. Le nombre d’animaux est très variable, mais va généralement de 1 à 20 vaches. Ce système s’est développé de manière spectaculaire dans le Sahel (Sfax, Mahdia, Monastir, Sousse) et se rencontre fréquemment dans d’autres régions, notamment dans la zone péri-urbaine de Tunis et dans les régions horticoles (Bizerte, Cap Bon).

Le mode d’alimentation du bétail dans le Sahel et à Sfax s’appuie sur la petite irrigation intensive et sur l’alimentation achetée; dans de nombreux endroits, ce type de conduite d’élevage peut être qualifié de “sans terre” et a connu une expansion considérable ces dernières années en raison de l’augmentation du prix du lait, de la forte demande en provenance des zones urbaines et touristiques ainsi que des infrastructures de qualité (routes, centres de collecte). L’exemple le plus surprenant est le développement de la production laitière dans le Sahel (Sfax, Mahdia et Monastir), où elle n’existait pas traditionnellement. A Sfax, on collectait seulement entre 237 250 et 365 000 litres de lait frais en 1976; le chiffre s’élevait à plus de 100 millions de litres en 1999. Le Sahel détient aujourd’hui 40 000 vaches laitières de race pure, la plupart dans des exploitations familiales disposant d’une superficie de culture fourragère de l’ordre de 0,12 à 0,5 ha/vache. Les principales cultures fourragères de ces régions sont les suivantes: cultures annuelles d’hiver (orge, avoine, ray-grass et bersim) et d’été (Sorghum,); fourrages pérennes (luzerne essentiellement) et carottes fourragères. Les producteurs achètent de la paille et du foin dans le nord, des briques de luzerne et des concentrés commerciaux. On fournit souvent aux animaux des sous-produits, provenant notamment des plantations d’oliviers tels que grignon, feuilles et tiges ainsi que des résidus horticoles.

Dans les zones irriguées (zone côtière de Bizerte, Ariana et Nabeul), les exploitations intégrées sont rares et l’alimentation du bétail principalement achetée. Les superficies fourragères sont réduites et se sont peu développées en comparaison du maraîchage et des plantations arboricoles. Sur les terres publiques irriguées d’Ariana, la superficie fourragère n’est que de 3 000 ha (sur un total de 38 000 ha). On emploie souvent du fourrage cultivé tel que sorgho, luzerne, bersim et céréales (orge, avoine). Le déficit en fourrage est comblé par l’achat de paille, de foin et de concentrés. Les producteurs utilisent quelques sous-produits comme la pulpe de tomate et les résidus de récolte. L’élevage intégré à l’agriculture autour des zones urbaines est insignifiant. Tunis, la capitale, a  6 000 vaches dont 85 pour cent de race pure; pour la plupart, elles se trouvent dans des exploitations “sans terre” et sont nourries de foin, paille, concentrés et sous-produits tels que le pain rassis recueilli dans les restaurants et les institutions publiques ou les résidus de brasserie.

4. 4.  Contraintes des systèmes d’élevage des ruminants:

Bien que l’élevage s’intensifie de manière croissante en Tunisie, son intégration avec l’agriculture est limité. L’introduction du fourrage dans la culture pluviale n’a pas vraiment réussi. Le superficie de cultures fourragères est demeurée constante au cours des 15 dernières années et la contribution de ces dernières à l’alimentation du bétail est limitée   (Colson et al, 1995), alors que les effectifs du cheptel ont augmenté de manière significative, surtout pour le cheptel laitier. Les fourrages en irrigué ont suscité peu d’enthousiasme; on compte quelques cultures fourragères d’été (sorgho, maïs); pour des raisons économiques, les producteurs ont opté pour les cultures maraîchères et les plantations arboricoles. Par ailleurs, au niveau national, les statistiques montrent que la contribution des pâturages et des parcours dans le calendrier alimentaire chute de manière dramatique, à cause des sécheresses fréquentes et du surpâturage. Pour faire face aux besoins des animaux, des quantités croissantes d’aliments (maïs, orge, farine de soja, ...)  sont importés, ce qui exerce une forte pression sur la balance des paiements. Le système extensif mis à part, l’alimentation des ruminants se caractérise par un emploi important de céréales et de concentrés, à tel point que ce sont les concentrés, et non le fourrage, qui constituent la base de la ration alimentaire. Il y a plusieurs raisons à cela: 

Le caractère limité des superficies de cultures fourragères. Comme cela est montré dans le tableau 4,  celles-ci ont peu évolué malgré l’augmentation des effectifs du cheptel. Les facteurs qui limitent le développement des cultures fourragères sont les suivants:  

  • Les céréales fourragères (avoine, orge), seules ou mélangées à des vesces (Vicia sativa), prévalent, sous forme de foin,  occupant au moins deux tiers de la superficie totale. Cependant, ce manque de diversité a un énorme impact sur la qualité du fourrage. Le foin d’avoine est généralement fait de manière grossière, les producteurs vont à l’essentiel et ne visent pas la qualité, le marché ne récompensant pas le foin de qualité nutritive supérieure; ce foin a ainsi une valeur nutritive faible  (5-8 pour cent de protéines  et 45 - 55 pour cent de matière sèche digestible). Dans la plupart des cas, les rations fondées sur le foin de céréales ont du mal à subvenir aux besoins de maintien des animaux dans les systèmes intensifs  (Kayouli et al., 1988). Le mélange avoine – vesce pour ensilage  est courant, notamment dans les grandes exploitations dans le nord, où il a été développé par le projet FAO/GCP/TN/010/SWE (1975 - 1980).  Cependant, depuis la fin du projet, ce type de culture s’est peu étendu.
  • La taille limitée des petites exploitations rend la mécanisation difficile. En outre, les petits producteurs n’aiment pas que le fourrage occupe la terre plus d’une année. Ils préfèrent les cultures à cycle court telles que les primeurs. 
  • L’alimentation des ruminants, notamment des vaches laitières, s’appuie essentiellement sur les concentrés importés, qui concurrencent ainsi le fourrage local et influencent négativement le développement des cultures fourragères..
  • La recherche sur les fourrages est limitée, aussi la Tunisie utilise-t-elle souvent des semences importées, qui ne sont souvent pas adaptées aux conditions locales. 

Tableau 4 : Evolution des cultures fourragères en Tunisie (milliers d’hectares)

Années

1991 - 1992

1998- 1999

Fourrages d’hiver:

263

258

Avoine/avoine-vesce (foin)

162

156

Avoine/avoine-vesce (ensilage)

20

15

Produits de fauche

50

66

Production de semences fourragères

31

21

Culture fourragère en irrigué

23

39

Fourrages d’été (en irrigué)

7,5

18

Total

270,5

276

Le prix croissant du fourrage. En raison de la situation en matière de pluviosité, la  Tunisie connaît régulièrement un déficit en fourrage; les sécheresses fréquentes ont provoqué une chute de la production céréalière et fourragère, ce qui s’est traduit par une augmentation spectaculaire du prix du foin et de la paille. Le foin (même de production locale) est en général la source d’alimentation la plus chère en termes d’unités énergétiques.  Le prix moyen d’une balle (18-22 kg) est de 4 - 5 dinars dans le nord, davantage dans le centre et le sud. Dans la pratique, comme cela est indiqué ci-dessous, une unité énergétique de foin d’avoine est plus chère que des concentrés ou du fourrage vert. 

Tableau 5: Quelques indicateurs sur le coût de l’alimentation du bétail en Tunisie

PRODUIT

prix du marché

coût de production

prix

millimes1/kg

MFU2/kg 

millimes

/MFU

Foin d’avoine

0

 

200-250

0,50

400-500

Foin d’avoine

 

0

150

0,50

300

Orge

0

 

210

1,0

210

Concentré

0

 

280

0,90

311

Son de blé

0

 

140

0,75

187

Bersim, ray-grass anglais

 

0

25

0,12

208

11 dollar des Etats-Unis = 1350 millimes (août 2000)

2 MFU = Milk Feed Unity. Unité d’alimentation laitière pour le calcul de la ration des ruminants (1 MFU = 1750 Kcal)

Enfin, le manque d’alimentation du bétail au niveau national semble être plus structurel que circonstanciel. Durant la dernière décennie, les effectifs du bétail ont fortement augmenté alors que la production fourragère a stagné, comme le montre le tableau 4. Du reste, il y a une séparation entre producteurs et consommateurs de foin et de nombreuses exploitations (en particulier celles de petite taille et celles “sans terre”) l’achètent de manière systématique. Les grandes exploitations des zones sub-humides trouvent plus avantageux de vendre du foin que de faire de l’élevage.

4. 5.  Emploi des concentrés

Le manque de fourrage et sa mauvaise qualité ont pour conséquence un emploi très répandu et massif de concentrés pour les ruminants, en particulier pour les bovins laitiers. Les subventions accordées aux matières brutes servant aux concentrés expliquent la forte croissance d’unités d’aliments du bétail en Tunisie (plus de 300). Cela a entraîné un usage traditionnel de concentrés et a, probablement, réduit l’intérêt des éleveurs à l’égard des concentrés. Ces subventions ont été discontinues pendant quelques années. Les entreprises de concentrés ont augmenté de façon continue depuis 1973; entre 1972 et 1994, elles ont décuplé. Jusqu’en 1987, les progrès principaux ont concerné la volaille, qui a bénéficié largement des encouragements gouvernementaux. Entre 1987 et 1999, les entreprises de concentrés ont beaucoup augmenté, surtout pour les ruminants; cela est dû principalement aux importations de vaches laitières de race pure, au manque de fourrage et à la faible qualité nutritive de ce dernier.

En raison de l’inadéquation ou du manque de matières premières locales, les concentrés dépendant lourdement d’ingrédients importés (figure 3). Le maïs et le tourteau de soja sont entièrement importés. Les importations d’orge varient considérablement en fonction des événements climatiques; lors des sécheresses, elles augmentent, et le pays importe aussi du foin et de la luzerne. La Tunisie manque de céréales pour l’alimentation humaine et  30-50 pour cent du blé est importé (figure 3).


5. RESSOURCES PASTORALES: 

On compte quatre sources de fourrage principales en Tunisie: les pâturages naturels, les jachères et les chaumes, les fourrages semés et les résidus de récoltes.

5. 1.  Pâturages naturels

La flore pastorale en Tunisie est très riche, en particulier dans les zones humide, sub-humide et semi-aride.  Malheureusement, dans les zones mieux arrosées, la plupart des terres ont été converties en cultures et les quelques terres marginales laissées pour la pâture sont soumises à un tel surpâturage que les meilleures espèces sont difficilement visibles. Ces dernières reviennent toutefois rapidement avec une bonne gestion, notamment si l’on réduit la pression sur le pâturage et/ou si on le met en défens, en rotation, au début de la saison végétative. De nombreuses plantes pastorales tunisiennes appartiennent à des espèces qui ont été introduites et cultivées ailleurs; ainsi, les légumineuses annuelles et Lolium rigidum sont devenus particulièrement importants en Australie.

Figure 3:

Parmi les graminées pastorales importantes, on trouve: Ampelodesma mauritanica ("diss"; ses grandes touffes caractérisent de nombreuses collines), Aristida spp. (courante sur les collines dégradées et dans la steppe), Avena bromoides, Cynodon dactylon, Dactylis glomerata, Festuca arundinacea, Hyparrhenia hirta, Imperata cylindrica, Koeleria spp., Lolium multiflorum, Lolium perenne, Lolium rigidum (une composante importante des jachères), Lygeum spartum (“alfa”; une importante formation herbacée de la steppe dont on recueille les fibres), Oryzopsis miliacea, Phalaris aquatica, Phalaris coerulescens, Phalaris truncata (les Phalaris sont importantes sur les sols lourds marno-argileux, souvent en association avec Hedysarum), Phleum pratense, Sorghum halepense et Stipa spp. (très importants dans la steppe).

Les légumineuses fourragères sont aussi riches que les graminées, comme cela est courant dans les conditions méditerranéennes. Anthyllis tetraphylla, Anthyllis vulneraria (là où les hivers sont cléments), Astragalus hamosus, Astragalus caprinus, Hedysarum coronarium (très répandu sur les marnes), Hedysarum spinosissimum, Lotus spp., Medicago sativa, Medicago falcata, Medicago spp. (pour la plupart annuels, et particulièrement utilisés dans les jachères), Trifolium fragiferum (dans des endroits en permanence humides, souvent en association avec Festuca arundinacea), Trifolium isthmocarpum, Trifolium resupinatum et Trifolium subterraneum.

Parmi les autres fourrages herbacées importants, on compte Bupleurum balansae, Moricanda arvensis et Sanguisorba minor. On rencontre aussi de nombreux arbres et arbustes fourragers; Artemisia herba-alba (une composante essentielle des pâturages de steppe), Fumana spp., Globularia alypum, Olea europea, Phillyrea angustifolia, Quercus spp. (notamment Q. coccifera , rencontré sous forme d’arbuste de petite taille), Rosmarinus officinalis et Thymus spp.

Malgré leur net déclin, les pâturages naturels jouent un rôle important dans l’alimentation du bétail. Durant les vingt dernières années, leur superficie a diminué de 20 pour cent. Celle-ci varie en fonction des zones climatiques  (Tableau 6). Les zones humide, sub-humide et semi-aride ne représentent respectivement que 2, 2 et 9 pour cent des pâturages naturels. On trouve ces derniers surtout dans les zones arides (45 pour cent) et sahariennes (42 pour cent). Dans les régions du centre et du sud (zones écologiques arides et semi-arides), la végétation est une steppe composée surtout de: Stipa tenacissima, Artemisia herba-alba, Artemisia campestris, Aristida pungens et Cynodon dactylon.

Tableau 6: Superficie (ha) des parcours  selon les zones climatiques de Tunisie
(Sarniguet J. et al., 1995).

   

humide

sub-humide

semi-aride

aride

saharienne

Total des parcours (ha)

3 989 986

79 391

89 155

347 731

1 791 429

1 682 280

%

100

2

2

9

45

42

Usage du "maquis" dans le nord-ouest de la Tunisie:

Dans les zones montagneuses, la forêt et le maquis, avec leurs différentes strates, constituent les principales ressources sylvo-pastorales pâturées par le bétail. Les boisements des zones  humides et sub-humides sont souvent composés de diverses associations: Quercus suber, Myrtus communis, Smilax aspera, Erica arborea, Quercus coccifera, Pinus halepensis, Pistacia lentiscus, Phillyrea angustifolia, Calicotome villosa et Arbutus unedo. La production fourragère annuelle varie entre 865 et 650 unités fourragères / ha, respectivement pour les boisements denses et les terres érodés.  L’utilisation relative des différentes espèces varie avec la saison et la charge animale (Mill-E; Steinbach-J, 1984 et SEDENOT Project, 1999). Lors d’une étude de terrain menée dans une forêt de chêne liège (Quercus suber)  dans le nord-ouest (climat humide avec des précipitations annuelles de 850 mm), on a remarqué que la valeur nutritive des espèces les plus appétées (Tableau 7) est supérieure à celle du foin d’avoine traditionnel tunisien.

Tableau 7: Composition chimique et digestibilité de la matière sèche (MS) des espèces forestières les plus appétées par les caprins dans le nord-ouest de la Tunisie:

Espèces

Protéines
(g/kg MS)

Fibre
(acid detergent fibre)
(g/kg MS)

Digestibilité de la matière organique sur l’animal
(%)

Foin d’avoine

53

420

52

Quercus suber

87

415

60

Pistacia lentiscus

76

295

43

Phillyrea angustifolia

79

348

52

Viburnum tinus

66

284

62

Pâturages et arbustes dans les zones désertiques. Dans les régions sahariennes, on rencontre de nombreuses espèces fourragères tolérantes au sel, qui sont pâturées par les camelins et les caprins. Les plus courantes sont les suivantes: 1) arbres: Tamarix, 2) arbustes: Salicornia, Salsola, Suaeda et Atriplex, 3) espèces pérennes: Aeluropus, Sporobolus, Puccinellia, 4) espèces annuelles: Hordeum maritimum, Lepturus cylindricus, Frankenia et Melilotus. La végétation halophyte a été étudiée par Le Houerou-HN- et al. (1995), qui ont déterminé les éléments suivants: la productivité primaire de la biomasse aérienne l’ Atriplex halimus (10-15 tonnes de matière sèche/ha) et la productivité annuelle (2-5 tonnes de matière sèche/ha); la valeur nutritive  (matière sèche digestible de l’ordre de 40-70 pour cent); les capacités de mise en culture (Atriplex nummularia, A. semibaccata, A. canescens et A. lentiformis). 

5. 2.  Jachères

Les jachères ont toujours constitué une part très importante des rotations des céréales en culture pluviale. A l’origine, une année sur deux ou trois, une parcelle était laissée en jachère (bour) , fournissant un excellent pâturage de l’automne au printemps. L’intensification des cultures dans certaines zones est en train de réduire les surfaces en jachère mais il s’agit toujours d’une source importante de pâture saisonnière de très bonne qualité pour les petits ruminants. De nombreuses espèces des jachères méditerranéennes ont été implantées en Australie et incorporées dans des rotations jachère-céréales dans les régions au climat méditerranéen. De nombreuses tentatives ont été faites pour ré-importer ces plantes, avec la technologie associée, en Afrique du Nord, mais elles ont connu un succès très limité. Davantage d’engrais phosphaté au cours de la rotation, notamment sur la céréale,  et une gestion de la pâture attentive aiderait à améliorer considérablement le recours à la jachère – mais les grands producteurs de céréales ne sont pas des éleveurs et les jachères sont souvent laissées aux troupeaux transhumants de passage, qui pâturent les terres à ras.  La riche flore pastorale des jachères comprend les espèces suivantes: Avena sterilis, Lolium rigidum, Hippocrepis spp., Lathyrus aphaca, Lotus spp., Medicago ciliaris (particulièrement bien adapté aux sols lourds), Medicago littoralis, Medicago orbicularis, Medicago polymorpha (le plus courant, avec de nombreuses formes très productives) Medicago rugosa, Medicago scutellata, Medicago truncatula, Melilotus spp., Scorpiurus spp. et Trifolium cherleri.

5. 3.  Chaumes

Il s’agit d’une importante source fourragère d’été pour les petits ruminants; là où la lutte contre les mauvaises herbes n’a pas été très intense, il est possible de trouver des quantités considérables d’herbages autres que les tiges de blé. On rencontre de fréquents cas de toxicité due à Hypericum spp., qui affectent les ovins.

5. 4.  Résidus de récolte et sous-produits:

Comme cela a été observé précédemment, l’approvisionnement en alimentation du bétail constitue une contrainte majeure de l’élevage en Tunisie. Les aliments importés, qui conduisent à un déficit dans les échanges commerciaux , sont traditionnellement utilisés. On assiste à un regain d’intérêt pour toutes les ressources locales. De grandes quantités de résidus de récolte, de sous-produits et de déchets animaux  sont produites et on a étudié comment mieux utiliser ces produits (Tableau 8). Les résidus de récolte et sous-produits qui ont été étudiés et qui sont fréquemment utilisés par les éleveurs sont les suivants:  paille de céréales, tourteau d’olive, feuilles et ramilles fraîches d’olivier, grains de raisins, pulpe de betterave sucrière, pulpe de tomate, résidus de brasserie, son de blé, résidus de dattes, fruits et déjections de volaille. 

Tableau 8 : Composition chimique, matière sèche digestible dans le rumen et valeur énergétique des résidus de récolte et sous-produits en Tunisie. 

Sous-produit

Matière sèche (%)

Cendres
( % matière sèche )

NC6.25
( % matière sèche)

ADF
( % matière sèche)

MS digestible
(48 heures)

MFU

Paille de blé

89,0

7,4

3,7

40,7

40,1

0,38

Tourteau d’olives

45,5

11,5

4,0

46,5

36,3

0,34

Feuilles d’olivier

56,8

3,6

10,5

29,9

60,3

0,65

Pépins de raisin

37,1

9,2

13,8

45,7

52,2

0,35

Pulpe de betterave sucrière

17,2

6,2

9,1

31,6

86,2

0,85

Pulpe de tomate

25,5

4,5

21,5

35,0

59,9

0,61

Résidus de brasserie

24,3

4,0

28,5

22,1

75,4

0,80

Son de blé

89,1

7,0

16

13,7

71,9

0,73

Résidus de dattes

87,6

2,5

3,2

7,8

93,8

1,11

Déjections de volaille

70,6

15,4

23,5

24,9

65,9

0,68

MO : matière organique; MS: matière sèche; ADF: Acid Detergent Fibre; MFU = Milk Feed Unity. Unité d’alimentation laitière pour le calcul de la ration des ruminants (1 MFU = 1750 Kcal) ;N : Kjeldahl Nitrogen

Environ 1,5 million de tonnes de paille sont produites chaque année à partir de blé, d’orge, d’avoine et de triticale. La paille était une ressource alimentaire traditionnelle pour les ovins et les bovins en hiver. Un gros effort de recherche a été fait pour connaître l’usage de la paille dans l’alimentation des ruminants et améliorer sa valeur nutritive, notamment grâce à l’emploi de NaOH au début et d’ammoniaque et d’urée  plus tard. Il y a quelques années, le traitement de la paille par l’ammoniaque (3 pour cent d’anhydride d’ammoniaque)  était largement employée dans les grandes comme dans les petites exploitations. Cette technique a ensuite été abandonnée à cause de la hausse du prix de l’anhydride d’ammoniaque et du danger encouru en l’employant; elle a été remplacée de manière efficace par l’application de 5 pour cent d’urée. Le traitement par l’urée convient bien aux petits éleveurs dont l’accès à la mécanisation est limité. Des expériences ont été menées pour mesurer l’effet de l’administration de paille de blé traitée à l’urée à des ovins durant 4 mois de saison sèche (Nyarko-Badolu et al, 1993). Les résultats (Tableau 9) montrent que  le traitement par l’ammoniaque (5 pour cent d’urée) a accru de manière significative le contenu d’azote, la digestibilité dans le rumen et l’ingestion de paille. Les résultats sur les variations de poids vif montrent que les brebis nourries de paille non traitée perdent du poids tandis que celles alimentées avec de la paille traitée en prennent.

Tableau 9 : Teneur en azote, digestibilité dans le rumen, ingestion d’aliments et variation du poids vif des brebis nourries avec des pailles de blé traitées et non traitées et des blocs à nutriments multiples (30 animaux par traitement ; essai de 120 jours)
(Nyarko-Badolu et al., 1993)

Fourrage

NC6.25

72 h de digestibilité dans le rumen

Ingestion (g MS / kg P0.75)

Variation du poids vif ( kg )

Paille de blé non traitée

5,0 a

45,0 a

43,0 a

- 2,8 a

Paille traitée à l’urée  ( 5% )

11,0 b

55,0 b

56,0 b

+ 4,0 b

Paille traitée à l’anhydride d’ammoniaque ( 3,5% )

12,0 b

57,0 b

58,0 b

+ 5,7 c

Paille non traitée  complétée par des briques alimentaires*

   

60,0 c

+ 6,4 c

a, b, c : les moyennes indiquées par des lettres montrent des différences significatives dans chacune des colonnes ( P < 0,05 ). *Les briques à nutriments multiples sont composées de (ingrédient brut en pourcentage) : molasses (10), urée (8), déjections de volaille (20), son de blé (20), grignons d’olive (15), ciment (15), sel (6), minéraux (6).

Pour faire un meilleur usage des résidus de récolte et des sous-produits locaux, une stratégie a été adoptée afin de les associer entre eux, et obtenir ainsi des compléments alimentaires ou des rations de base à bas prix et équilibrés sur le plan nutritionnel. Cette pratique a pris de plus en plus d’importance auprès d’un certain nombre de producteurs tunisiens. Certains sous-produits, surtout ceux à fort contenu d’azote, sont considérés comme de bon suppléments stratégiques car ils permettent un meilleur usage des résidus de récolte et d’autres aliments pauvres en azote et/ou riches en cellulose. Ainsi, les tourteaux d’olive, la paille de blé, les pépins de raisin et les feuilles et ramilles d’olivier sont semblables à la pulpe de tomate, aux résidus de brasserie  et aux déjections de volaille;   la pulpe de betterave sucrière et les dattes sont des sources énergétiques intéressantes.

Le tourteau d’olive a été ensilé avec succès avec des déjections de volaille et du son de blé (45 :45 :10 pour cent w/w/w, matière sèche). Les résultats indiquent qu’un ensilage de six semaines est efficace pour conserver les déjections de volaille  à  bas prix et éliminer les risques sur la santé. L’ensilage a remplacé les concentrés commerciaux et la farine de soja et a été donné aux agneaux pendant 66 jours  ( Kayouli et al., 1993 ). D’après les résultats montrés au tableau 10, la prise de poids journalière et l’ingestion d’aliments sont plus élevés avec les concentrés mais l’alimentation coûte moitié moins avec l’ensilage de déjections de volaille.

Lors d’une expérience menée sur l’embouche de bovins (Kayouli, 1988), on a comparé une ration contenant de la pulpe de betterave sucrière et des déjections de volaille à une ration de contrôle (pulpe de betterave sucrière et concentré à haut contenu en soja), que l’on a administrée à des bovins à l’engraissement 150 jours durant; la performance des animaux (taux de croissance, transformation des aliments et qualité de la viande) demeurait semblable tandis que le coût de la ration diminuait de 20 pour cent avec la formule expérimentale.

Tableau 10 : Ingestion d’aliments et effet sur la croissance des agneaux nourris avec des déjections de volaille ou des concentrés (12 animaux par traitement ; essai de 66 jours)
(Kayouli et al., 1993)

 

Ration de déjections de volaille ensilées1

Ration de concentrés

Digestibilité de la matière organique in vivo ( % )

61,4

74,9

Azote retenu ( g / jour )

33,0

37,2

Ingestion d’aliments ( g MS / jour )

1520,0

1098,0

Prise de poids quotidienne( g / jour)

252,8

221,2

Transformation des aliments (kg MS / jour)

6,1

5,4

Rendement carcasse ( % )

47,5

45,1

Coût des aliments (dollar EU / kg additionnel )

0,4

0,8

(1): Les déjections de volaille ont été ensilées avec des grignons d’olive et du son de blé dans les proportions suivantes (base de matière sèche): 45:45:10 w/w/w, pour les trois ingrédients respectivement. De l’eau a été ajoutée pour obtenir 50 pour cent de MS dans l’ ensilage, selon le contenu de MS des divers ingrédients.

6. AMÉLIORATION DES RESSOURCES PASTORALES

6. 1.  Cultures fourragères

Les fourrages annuels sont cultivés pour l’essentiel dans les zones de culture pluviale au nord et, dans un moindre degré, en irrigué. Les cultures principales sont les suivantes:

Avoine (Avena sativa): elle est cultivée seule ou mélangée à de la vesce; c’est une culture bien enracinée dans la tradition des petits exploitants. C’est le fourrage prédominant en Tunisie et il occupe environ 172 000 ha (60 - 70 pour cent  des fourrages annuels). Les producteurs préfèrent l’avoine pour les raisons suivantes: 1) les semences sont en général produites localement; 2) les semences étant plus grandes que les autres, elles sont faciles à planter, y compris sur des champs en général mal préparés; 3) l’équipement servant au blé et aux autre céréales peut servir pour semer et cultiver l’avoine; 4) l’avoine peut permettre un rendement élevé en fourrage; 5) l’avoine offre deux avantages importants: elle s’adapte à des sols profonds et humides et elle résiste à la sécheresse. On cultive l’avoine surtout pour faire du foin, qui est en partie destiné à la vente, notamment dans le centre et sur les côtes, en quantité variable selon le temps; cela entraîne une forte spéculation sur le prix du foin.

Le projet FAO/GCP/TUN-10/SWE a développé des périmètres d’embouche semi-intensifs dans le nord de la Tunisie (450 - 650 mm), fondés sur l’ensilage des céréales (avoine et avoine-vesce pour l’essentiel). Le plus grand succès de ce projet a consisté à introduire des techniques d’ensilage qui sont toujours bien implantées sur les lieux.  Comparé au foin, le fourrage ensilé est récolté plus tôt, ce qui libère la terre et facilite ainsi le semis de cultures d’été. Par ailleurs, le fourrage ensilé étant moins mûr, sa valeur nutritionnelle est plus élevée et la performance animale meilleure avec besoin de  moins de concentrés. Au cours d’une expérience menée sur l’engraissement de bovins locaux au moyen d’avoine ensilée ou de foin  ad libitum avec 3 kg de concentrés par jour, Sansoucy et al. (1984) ont constaté une prise de poids quotidienne et un taux de transformation des aliments de 20 à 35 pour cent plus élevé avec une ration d’ensilage qu’avec une ration de foin.

On trouve en Tunisie 15 000 ha de fourrage ensilé, qui permettent une meilleure intégration de l’élevage et des cultures. L’association  céréale-ensilage, sur laquelle le système s’appuie, apparaît comme une claire amélioration par rapport aux systèmes spécialisés dans les céréales ou associés au foin. La plupart des producteurs et des techniciens sont bien conscients de l’avantage pratique de l’ensilage, qui contribue à un emploi plus efficace du fourrage. 

Orge (fourragère), Hordeum vulgare. L’orge est une culture bien connue en Tunisie et dans toute l’Afrique du Nord, souvent produite dans de petites exploitations en zone de culture irriguée et pluviale. Elle est intéressante car elle parvient vite à maturité: habituellement semée en septembre, elle fournit du fourrage vert en automne. En raison de son caractère précoce, le système d’alimentation fondé sur l’orge convient particulièrement aux zones les plus sèches (centre et sud) car il échappe à la sécheresse qui s’y manifeste souvent tôt. Dans les zones semi-arides, l’orge a souvent un double emploi, servant de fourrage en vert et en grain.

Ray-grass italienne (Lolium multiflorum). On la cultive en sec dans les zones humides et dans les zones irriguées. Non seulement elle est plus productive que l’avoine, mais elle a une valeur nutritive élevée (Ben Jeddi et al., 1992, Projet SEDENOT, 1999). Elle donne lieu à plusieurs fauches et est donc particulièrement apte à fournir du fourrage vert aux vaches laitières. Lors d’une expérience menée dans le nord-ouest de la Tunisie (Projet SEDENOT, 1999), on a appliqué 50 unités de P2O5 et 50 unités de K2O avant le semis et 50 unités de N après chaque coupe sur sol sablonneux acide; les résultats ont montré que l’ivraie vivace est bien plus productive que le bersime (Trifolium alexandrinum) et que l’avoine. Elle a produit 7,3 tonnes de matière sèche/ha  au cours de cinq coupes successives faites lorsque la croissance végétative avait atteint les 20-25 cm. Ce rendement est  2,2 fois plus élevé que celui du bersim et 1,6 fois supérieur à celui de l’avoine fourragère.

Bersim (Trifolium alexandrinum). Il est extrêmement répandu dans les zones méditerranéennes. En Tunisie, c’est un fourrage d’hiver traditionnel dans les petites exploitations en irrigué. Il est sensible au gel et préfère des sols argileux profonds ou calcaires. Certains petits producteurs cultivent du bersim pour ses rendements élevés et l’avantage qu’il offre dans les rotations du fait que c’est un bon précurseur de céréales. En tant que légumineuse, le bersim fournit une grande quantité d’azote au sol. Les rendements varient entre 4 et 8 tonnes de matière sèche/ha au niveau des petites exploitations. Le développement du bersim en Tunisie s’explique essentiellement par son rôle important dans le mode d’alimentation des vaches laitières en hiver et par la disponibilité des semences, pour la plupart produites sur place par les éleveurs. Jaritz (1982), a fait des observations, dans le nord-ouest humide, sur 25 cultivars exotiques de bersim; celles-ci ont indiqué que les cultivars locaux étaient plus productifs: respectivement 6,8 tonnes de matière sèche /ha et 8,3 tonnes de matière sèche /ha sur des sols argilo-sablonneux. Dans la ferme pilote de Frétissa, la production moyenne de semences obtenues sur six ans sans désherbage était de 439 kg/ha (Jaritz et al., 1976). Les rendements sont toutefois influencés par le moment du semis. Le meilleur moment est octobre et, selon Jaritz et al. (1976), un retard dans le semis provoque un retard dans les premières coupes et affecte considérablement la productivité. On obtient la fréquence optimale de fauche en effectuant la coupe lorsque la végétation atteint 20-25 cm.  Avec une telle pratique, on obtient de bons résultats, la première coupe étant faite 60 jours après le semis et l’intervalle entre les coupes étant de 30-40 jours.

Sorgho fourrager, Sorghum sudanense, et hybrides. Les fourrages en irrigué, surtout pour l’été, ont été développés grâce aux nouvelles ressources hydriques, obtenues  à travers les nombreux barrages. Le sorgho fourrager est d’un intérêt nutritionnel particulier dans les zones relativement sèches en été (Ben-Taamallah-S, 1989). Le sorgho est un fourrage intensif pour les bovins laitiers. On le cultive en été avec des variétés importées (variétés : super graze II, sweet sorghum, Piper).  La superficie en sorgho est d’environ 8 000 ha, plus du double de tous les autres fourrages d’été.

Les producteurs aiment le sorgho parce qu’il tolère une salinité élevée (jusqu’à 7 g/l), qu’il pousse sur une grande variété de sols (le pH variant entre 4,5 et 8,5) dans les zones recevant 500-900 mm de précipitations annuelles, et qu’il est résistant à la sécheresse. Il est apprécié dans les zones à été chaud et sec en raison de sa facilité à s’établir et de son habileté à repartir après la pâture ou la fauche. Lors d’expériences de terrain dans le nord-ouest humide, le sorgho semé en mai sur des sols sableux était coupé cinq fois, la première coupe ayant lieu 55 jours après le semis et les suivantes tous les 25 - 30 jours, les plantes ayant atteint 50 - 70 cm. Les rendements étaient respectivement de 18 et 19,5 tonnes de matière sèche/ha après application de 100 unités de phosphore et de 30 tonnes de fumier avant la plantation. Pour les deux traitements, 60 unités d’azote ont été appliquées après chaque coupe (Projet SEDENOT, 1999)

Fourrages pérennes. Ils sont peu utilisés aujourd’hui mais l’ont été beaucoup dans le passé. La luzerne, Medicago sativa, était un fourrage traditionnel des oasis qui pousse bien dans les sols bien drainés où les précipitations sont supérieures à 450 mm; il pousse aussi très bien dans les zones irriguées. Le sulla, Hedysarum coronarium, outre qu’il s’agit d’une composante importante des pâturages naturels sur les marnes, est une plante qui a été largement utilisée, en particulier grâce aux encouragements du Département des forêts; quand on la sème sur des sols où elle ne pousse pas naturellement, il est nécessaire d’inoculer sa bactérie spécifique; les types de Hedysarum coronarium cultivés (cultivar italien en général)  se comportent habituellement comme des plantes biennales. Si cette plante a l’avantage de produire une grande quantité de fourrage, elle a l’inconvénient de présenter un pic de croissance au printemps; ses tiges épaisses la rendent inadaptée être conservée sous forme de foin. 

6. 2.  Pâturages semés

Comme cela a été observé plus haut, une grande part des espèces pastorales couramment cultivées poussent naturellement en Tunisie. Des travaux de recherche considérables ont été menés sur le sujet dans le passé; une grande partie de ce travail est résumé par Le Houerou (1977). Aujourd’hui, on ne sème pratiquement pas de pâturages car les grandes exploitations céréalières ne s’intéressent en général pas à l’élevage et que les petites exploitations ne sont pas aptes à cela, les pâturages semés requérant des superficies relativement importantes, des clôtures et de préférence un réseau de contrôle des eaux.  Des pâturages artificiels gérés en coopérative dans la zone de Sedjenane, dans le nord-ouest, à l’extrémité est des Mogods, ont connu un succès raisonnable, ayant donné naissance grâce à la recherche et à la vulgarisation, à une coopérative laitière commercialement viable. Le projet a reçu l’appui continu et intensif de la  GTZ. Il est situé près de la côte, dans une zone aux hivers cléments et aux précipitations relativement élevées; la zone ne s’adapte pas particulièrement bien à la culture des céréales et la population était prête à essayer d’autre façons de pourvoir à ses besoins. Les pâturages étaient largement fondés sur le trèfle  souterrain et l’ivraie vivace.

Le succès du projet de Sedjenane a éveillé l’espoir que les coopératives laitières puissent se répandre auprès d’autres petits producteurs dans le nord-ouest, avec le double objectif d’augmenter les revenus familiaux et de revégétaliser les pentes fortes sous culture annuelle. Un vaste programme a été conçu, sans expérimentation préalable, dans des zones très différentes sur le plan climatique et social. Ce programme a été mis en œuvre par l'Office de Développement sylvo-pastoral du Nord-Ouest (FAO 1984), dans le cadre d’un plan de développement rural global. Mais cette intervention n’a pas été un succès. Tout d’abord, les petits producteurs n’étaient aucunement intéressés par l’idée de convertir leurs terres en pâturages de coopérative et, en second lieu, la technique - fondée sur des cultivars importés d’Australie censés être adaptés aux diverses zones agro-écologiques du projet – “disponible” et prête à l’emploi, a échoué. La zone d’intervention de l’Office allait de la zone sub-humide à celle semi-aride avec hivers froids; les cultivars importés germaient assez bien mais ne s’implantaient pas durablement après le passage de l’hiver.  Et tout cela avec un bon niveau de supervision technique et d’apports de la Banque mondiale (l’agence de financement) et de la FAO. Hedysarum coronarium, un fourrage biennal familier et une composante importante de la végétation pastorale sur les sols marneux,  a été inclus comme alternative pour les petits producteurs – aucune communauté n’ayant opté pour les coopératives pastorales.

6. 3.  Amélioration des parcours dans le centre de la Tunisie:

Durant de nombreuses années, au travers de divers projets de développement, on s’est attaché à améliorer les pâturages et parcours du centre de la Tunisie, essentiellement dans les zones où les cultures ont des rendements faibles (Le Houerou-H-N 1977).  L’établissement de pâturages semés s’est avéré très difficile dans des zones bénéficiant de précipitations annuelles <350 mm; dans ces zones, on suggéra de planter des cultures fourragères irriguées, des cactus  (Opuntia), de l’Atriplex et des Acacia .

Comme cela a été noté précédemment, le centre de la Tunisie est la zone principale des ovins. De façon à optimiser l’équilibre entre fourrages herbacés et fourrages arbustifs dans l’alimentation du bétail, des milliers d’hectares d’arbustes fourragers ont été plantés, notamment des cactus non épineux [Opuntia ficus-indica var. inermis], Atriplex nummularia et Acacia cyanophylla. Aujourd’hui, ces arbres et arbustes fourragers jouent un rôle clef en tant que réserves de nourriture (en particulier dans les périodes de sécheresse). Leur productivité varie. Là où la pluviosité est inférieure à 350 mm, les rendements oscillent entre 1 600 et 5 000 kg de matière sèche/ha  et entre 600 et 3 700 kg de matière sèche /ha, pour l’Atriplex et le cactus respectivement (Sarniguet J. et al., 1995). Dans le sud de la Tunisie, on rencontre de nombreux hectares de plantes salifères implantées artificiellement, d’espèces aussi bien natives qu’exotiques, dans de grandes plantations. On y trouve des espèces, introduites d’Australie et d’Amérique du Nord et du Sud, qui ont réagi positivement aux tests de terrain. Durant les quarante dernières années, les grandes plantations d’Atriplex spp. sont apparues comme un des meilleurs moyens de réhabiliter les zones soumises à la désertification et à l’érosion. Ce système de production agro-sylvopastoral est bien adapté aux terres arides et aux besoins de leurs populations, et augmente le potentiel de fourrage disponible.  

6. 4.  Rotations céréale – légumineuse fourragère

Bien que de nombreuses jachères tunisiennes aient une flore pastorale naturelle riche, avec une forte proportion de légumineuses s’auto-reproduisant, il a souvent été suggéré que le manque critique de nourriture dans les zones céréalières en sec, pourrait être allégé si la période de jachère était employée pour produire des cultures fourragères ou des pâturages s’auto-régénérant. Non seulement les légumineuses fournissent-elles des aliments pour le bétail, mais elles fixent aussi l’azote atmosphérique ainsi utilisable pour les cultures céréalières suivantes. Ainsi, le recours aux cultures fourragères et aux pâturages est susceptible d’augmenter considérablement les profits de l’exploitation.  Pour être effective, une telle rotation devrait comprendre le recours à un labour peu profond  et à des engrais phosphatés adéquats, ainsi qu’un contrôle de la pâture des légumineuses.

Les jachères tunisiennes sont déjà très riches en légumineuses fourragères, mais une gestion appropriée augmenterait considérablement leur productivité sans recours au semis. Cependant, les producteurs labourent en profondeur sans raison agronomique évidente, ils utilisent peu de phosphate, en comparaison de l’azote. Plus gravement, les grands producteurs céréaliers ne possèdent en général pas de bétail et, lorsqu’ils vendent le droit de pâturer les jachères à des nomades, celle-ci est en général pâturée jusqu’à la racine en quelques jours. La rotation céréalière a été fortement encouragée par l’Office de Développement sylvo-pastoral du Nord-Ouest au début des années 80, avec l’emploi de semences australiennes, mais sans succès. Les quelques résultats positifs enregistrés sur le medicago ont en fait concerné des espèces indigènes, qui ont bénéficié d’un apport d’engrais et de techniques culturales adaptées. Dans certaines des zones les plus sèches,  Melilotus spp. a pris le dessus, grâce aux même techniques que le Medicago annuel. Beaucoup moins appété, il se reproduit très facilement.

Un système australien ovin-céréale a été testé avec succès dans les zones arides et semi-arides du centre de la Tunisie, avec divers Medicago annuels (Medicago truncatula, Medicago littoralis, Medicago rugosa, et Medicago scutellata) et légumineuses (Huss, 1978, Zoghlami et al, 1996, Bakhtri, 1977, Cocks, 1988). L’introduction d’une légumineuse en substitution d’une jachère dans la rotation traditionnelle a permis d’augmenter les cultures et l’élevage dans de nombreux pays arabes. Huss (1978) rapporte les résultats suivants: en Libye, le rendement du blé a augmenté de 0,4 tonnes de grain/ha, avec les méthodes traditionnelles, à 1,6 tonnes/ha avec une rotation Medicago [Medicago spp.]/blé, avec une charge animale de  3 ovins /ha. La vesce courante, la luzerne ou le sainfoin ont aussi accru les productivités fourragères dans des zones aux hivers froids et avec des précipitations moyennes supérieures à 350 mm. En Turquie, les rotations de blé, sainfoin et jachère ont produit 0,5 t/ha de blé supplémentaire, auxquelles s’est ajouté un supplément de 5 t/ha de matière herbacée. Les parcours ont été améliorés grâce au pâturage contrôlé en Jordanie, Tunisie et Libye, passant de 7-10 ha/brebis par an à 2-3 ha/brebis au bout de quelques années. En Tunisie, un système de rotation en 4 parcs  a permis d’augmenter la capacité du parcours, passant de 7 ha/ brebis  à 2 ha/ brebis et par an, dans une zone recevant 175 mm de précipitations; dans une zone plus arrosée, le rendement additionnel de 200 brebis s’est élevé à une production additionnelle d’agneaux équivalant à 3 tonnes, en comparaison des méthodes traditionnelles. L’ICARDA (1986), a mené des expériences sur site trois ans durant, dans les zones les plus sèches du pays, pour remplacer les jachères par une culture productive autre que l’orge; d’après les résultats, les producteurs tireraient grand profit à semer des légumineuses fourragères, notamment la vesce commune, Vicia sativa, et la vesce de type Lathyrus sativus, dans l’année séparant deux cultures d’orge.

7. ORGANISMES DE RECHERCHE ET DÉVELOPPEMENT IMPLIQUÉS DANS LE PASTORALISME – INSTITUTIONS-CLEFS ET PERSONNEL

INSTITUT NATIONAL AGRONOMIQUE DE TUNISIE, 43 AV. CHARLES NICOLE, 1002 TUNIS-TUNISIE

Prof. Chedly Kayouli: Spécialiste de l’alimentation des ruminants, il mène des travaux de recherche dans les domaines suivants: 1) stratégies pour une meilleure utilisation des ressources alimentaires locales 2) utilisation des fourrages et évaluation de leur valeur nutritive 3) amélioration des systèmes sylvo-pastoraux dans les maquis et les forêts de chêne-liège (Quercus suber) dans le nord-est de la Tunisie: a) analyse de la valeur des types les plus courants de végétation de maquis pâturée par les caprins b) potentiel des pâturages de trèfles et des semis de Lolium spp. sur les terres buissonnantes défrichées.

Prof. Mongi Zouaghi et M. Ben Jeddi Fayçal: Ils s’occupent des caractéristiques biologiques des pâturages et espèces fourragères selon leur utilisation, et s’intéressent aussi à la production de semences fourragères. 

INSTITUT NATIONAL DE RECHERCHE AGRONOMIQUE DE TUNISIE, LABORATOIRE DE NUTRITION ANIMALE, RUE HEDI KARRAY, 2049 ARIANA, TUNISIE.

Drs. Nefaoui Ali, Chermiti Amor et Ben Salem Hichem: Ils s’occupent de nutrition animale et d’évaluation nutritionnelle des arbres et arbustes fourragers dans les zones arides et semi-arides de Tunisie.

Dr. Chakroun M. et MM. Zoghlami A., Hassen H. et Mansouri M. : spécialistes en fourrage, avec un intérêt particulier pour les ressources génétiques, la recherche et l’extension des cultures fourragères.

OFFICE DE L'ÉLEVAGE ET DES PÂTURAGES, 30, RUE ALAIN SAVARY, TUNIS, TUNISIE. 

MM. Souissi M., Ben Rhouma H., Gouhis F., Ben Arif T. et Chouki: amélioration et développement des pâturages et parcours dans les zones marginales de la Tunisie centrale.

ÉCOLE SUPÉRIEURE D’AGRICULTURE DE MATEUR.

MM. Ben Taamallah Salem et Tibaoui: Recherche sur les fourrages d’été irrigués.

8. RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

Bakhtri M.N. (1977). Wheat/forage legume rotation and integration of crop and sheep husbandry in the Near East and North Africa. Proceedings of an International Symposium on Rainfed Agriculture in Semi-Arid Regions, April 17-22, 1977, Pasadena, California. 1977, pp. 520-538.

Ben Jeddi F., Zouaghi M. et Moujahed N. (1992). Qualité et productivité de 9 variétés de ray-grass. Revue de l’INAT, Tunisie, p : 59-72.

Ben-Taamallah-S. (1989). Behaviour and pastoral interest of forage sorghum grown under irrigation in a Tunisian bio-climatic environment. CA: 16. International grassland congress. 16. Congres international des herbages. Nice (France). 4-11 Oct 1989. 

Cocks,P.S. (1988). The need for seed production of pasture and forage species. Seed Production in and for Mediterranean Countries. Cairo (Egypt). 16-18 Dec 1988. ICARDA, Aleppo (Syria). Pasture, Forage and Livestock Programme.

Colson, F., C. Kayouli, J.C., Belloin, R. Nardello (1995). Study of Dairy Cattle Sector in Tunisia. TSS1-TUN/94/01T-001/AGAM-FAO ( April-May, 1995 ).

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FAO (1984). Rapport de fin de mission de l'expert en aménagement agropastoral - TUN/81/004 Rome/Béja

Houerou, H.N. le, (1977). Principles, methods and techniques for range management and fodder production in the Mediterranean. Tunisia. FAO Publication, Ed. 2, FAO; Rome; Italy

Houerou-HN-le; Le-Houerou-HN; Choukr-Allah-R (ed.); Malcolm-CV (ed.) and Hamdy-A, (1995). Forage halophytes in the Mediterranean basin. Halophytes-and-biosaline-agriculture. 1995, 115-136.

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Jaritz G. (1982). Amélioration des herbages et cultures fourragères dans le Nord - Ouest de la Tunisie : étude particulière des prairies de trèfle-graminées avec Trifolium subterraneum, 340 p GTZ. Schriftenreihe 119, Eschborn.

Jaritz G., Gachet J.P., Seklani H., Rondia G., Rondia A., Mathlouhi M., Dachet P., Khaiem H. and Baccouche H. (1976). Adaptation of forage production systems without irrigation in different climatic regions in northern Tunisia. 1976, No. 67, 105-133.

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Kayouli C., Jemmali M. et Bel Hadj T. (1988). Situation de la Production Laitiére Bovine Intensive en Tunisie. Seminaire Mediterraneen, le Lait dans la Région Mediterraneenne, Rabat: 25-27 Oct 1988. In: Options méditerranéennes CIHEAM, n° 6, pp. : 97 - 100.

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Mill-E; Steinbach-J. (1984) and SEDENOT Project, (1999). Utilization of the Tunisian maquis by goats: forage value and carrying capacity. Rangelands: a resource under siege. Proceedings of the 2nd International Rangeland Congress, Adelaide, Australia, 13-18 May 1984. Pb: Australian Academy of Science; Canberra; Australia 1986 pp 135-136.

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Sansoucy R., Ben Dhia M. and Soltane C. (1984). Supplementation of diets based on cereal forage silage for fattening of local Tunisian bulls. Fourrages. 1984, No. 97, 85-104.

Sarniguet J., Bruzon V. and Makhlouf E. (1995). Une stratégie pour le développement des parcours en zones arides et semi-arides (rapport technique: Tunisie). Word bank Document N° 14927 MNA

SEDENOT, 1999-2000. " Sustainable feeding systems through local resources in small farms in the North West of Tunisia." Inter-University Belgium and Tunisia Co-operation Project

Speirs, M. and Olsen, O. (1992). Indigenous integrated farming systems in the Sahel. Word Bank Technical Paper Number 179, Africa Technical Department Series.

Zoghlami,A., Hassen, H., Seklani, H., Robertson, L. and Salkini,A.K. (1996). Distribution of annual medics in Central Tunisia in relation to edaphic and climatic factors. Fourrages. 1996, No. 145.

9. CONTACTS.

Ce document a été élaboré par Chedly Kayouli, Professeur en nutrition animale et consultant international en ressources en alimentation du bétail. L’auteur effectuera des mises à jour périodiques de ce profil. Pour plus d’information sur les ressources fourragères en Tunisie, contacter l’auteur à l’adresse suivante: 

Chedly Kayouli

Institut National Agronomique de Tunisie

43. Av. Charles Nicole, 1082 Tunis - Tunisie

Tél: 00 216 1 883 265

E-mail: chedly.kayouli@gnet.tn

[Avec des ajouts de J.M. Suttie, qui a aussi revu ce document– octobre 2000]

[Le profil a été traduit en francais por Anouchka Lazarev]


APPENDICE 1 

Données provenant de quelques stations météorologiques

Station Tabarka

Latitude 370 14 N

Longitude 90 49 E

Altitude 4 m

 

Jan

Févr

Mar

Avr

Mai

Juin

Juillet

Août

Sep

Oct

Nov

Déc

Max C

15,0

15,5

17,1

20,0

23,2

27,7

30,5

31,0

29,3

25,0

21,0

16,0

Min C

7,7

7,7

9,3

10,5

13,2

17,7

20,0

20,5

19,3

16,0

11,6

8,8

Précip

165

132

88

69

38

22

4

10

54

125

137

178

Précipitations annuelles 1 022 mm

Station Jendouba

Latitude 360 29N

Longitude 80 48 E

Altitude 144 m

 

Jan

Févr

Mar

Avr

Mai

Juin

Juillet

Août

Sep

Oct

Nov

Déc

Max C

15,0

16,0

19,0

22,0

26,0

33,0

37,0

37,0

33,0

26,0

20,0

16,0

Min C

5,0

5,0

6,0

8,0

12,0

16,0

18,0

19,0

17,0

13,0

9,0

6,0

Précip

65

49

47

45

33

16

3

10

33

56

47

73

Précipitations annuelles 477 mm

Station Kairouan

Latitude 350 40 N

Longitude 100 06 E

Altitude 70 m

 

Jan

Févr

Mar

Avr

Mai

Juin

Juillet

Août

Sep

Oct

Nov

Déc

Max C

16,0

18,2

20,5

24,3

28,2

33,8

37,7

37,1

33,2

27,7

22,1

17,1

Min C

4,3

5,5

7,1

9,3

12,7

16,6

19,3

20,0

18,2

14,3

9,3

5,5

Précip

28

25

36

25

23

13

5

8

38

31

31

25

Précipitations annuelles 288 mm

Station Skanes

Latitude 350 40 N

Longitude 100 45 E

Altitude 3 m

 

Jan

Févr

Mar

Avr

Mai

Juin

Juillet

Août

Sep

Oct

Nov

Déc

Max C

16,0

15,5

16,8

19,0

22,7

26,3

30,7

30,5

29,3

24,5

20,2

16,7

Min C

7,6

7,2

8,8

10,5

14,0

17,5

20,0

20,7

20,2

16,2

11,6

8,6

Précip

40

32

30

30

17

7

10

7

41

45

37

35

Précipitations annuelles 331 mm

 

Station Sfax

Latitude 340 43 N

Longitude 100 41 E

Altitude 23 m

 

Jan

Févr

Mar

Avr

Mai

Juin

Juillet

Août

Sep

Oct

Nov

Déc

Max C

16,0

18,0

19,0

21,0

24,0

28,0

30,0

31,0

29,0

26,0

22,0

18,0

Min C

6,0

7,0

9,0

12,0

15,0

19,0

20,0

21,0

20,0

17,0

12,0

8,0

Précip

18

18

25

21

12

5

1

5

26

38

26

15

Précipitations annuelles 210 mm,

Station Tozeur

Latitude 330 55 N

Longitude 80 10 E

Altitude 51 m

 

Jan

Févr

Mar

Avr

Mai

Juin

Juillet

Août

Sep

Oct

Nov

Déc

Max C

15,8

19,0

22,0

25,7

31,1

34,8

39,1

38,3

32,8

27,6

21,2

15,6

Min C

4,5

6,8

9,3

12,7

17,6

21,7

24,3

24,6

20,7

15,7

10,0

5,0

Précip

14

8

6

2

15

0

0

0

22

4

8

10

Précipitations annuelles 89 mm.