MALAWI
Len Reynolds

1.  INTRODUCTION

2. CLIMAT, RELIEF ET SOLS
     2.1  Climat
     2.2  Relief, zones agroécologiques et sols

3.  SYSTÈMES D’ELEVAGE
     3.1  Secteur du petit élevage
     3.2  Secteur des exploitations modernes

4.  RESSOURCES PASTORALES
     4.1  Végétation naturelle 
     4.2  Légumineuses et cultures fourragères
     4.3  Résidus de récolte
    4.4  Contraintes de la production fourragère  

5.  PRODUCTION DE SEMENCES FOURRAGÈRES

6.  ORGANISMES DE RECHERCHE ET DÉVELOPPEMENT IMPLIQUÉS DANS LE PASTORALISME
     6.1  Structure institutionnelle
     6.2  Personnel

7.  RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES 

8.  CONTACTS


1.  INTRODUCTION

Le Malawi est un pays tropical enclavé entre la Zambie à l’ouest, le Mozambique au sud et à l’est et la Tanzanie au nord et à l’est; il est situé entre  9o 45' et 17o 5' de latitude S et entre 30° et 36o de longitude E (voir figure 1). Les frontières nationales comprennent les lacs Malawi et Chilwa qui couvrent 2 440 km2, les terres représentant ainsi une superficie de 9408 km2. La région septentrionale couvre 2 690 km2, la région centrale 3 559 km2 et la région méridionale 3 176 km2.

Figure 1. Carte du Malawi

40 % de la superficie des terres est cultivable (Tableau 1).

Tableau 1: Occupation des sols au Malawi (ha x103 )

Forêts et boisements 

3 700

Pâturages permanents

1 850

Cultures permanentes

125

Terres cultivables

1 875

Superficie agricole totale

3 850

Terres non cultivables et cultures non permanentes

7 408

Lacs Malawi et Chilwa

2 440

Superficie totale des terres

9 408

Superficie totale

11 848

Source: NSO, 2000

En l’an 2000, la population agricole est estimée à  11 millions d’habitants, 85% de la population totale vivant dans des zones rurales. Le Malawi est l’un des pays les plus densément peuplés de l’Afrique sub-saharienne. La densité de population va de 46 habitants/km2 dans le nord à 144 hab./km2 dans le sud, les districts les plus peuplés, tels que Shire Highlands, comprenant plus de 265 hab./km2. La population s’est accrue à un taux de 3,7% par an entre 1977 et 1987, mais ce taux de croissance démographique est tombé à  1,9% par an (tableau 2) au cours des dix années suivantes.

Tableau 2: Population agricole au Malawi, 1988-2000

Millions d’habitants

1988

1990

1992

1994

1996

1998

2000

Population agricole

7,59

8,17

8,79

9,37

9,88

10,42

10,99

Source: NSO, 2000

La plupart des terres cultivables relèvent d’un système foncier traditionnel/coutumier. Les droits de culture, plus que la propriété, sont concédés par le chef de terre par l’intermédiaire du chef de village. Le système matrilinéaire courant dans le centre et le sud tandis que le système patrilinéaire est plus courant dans le nord. Dans le système matrilinéaire, où le mari quitte son foyer pour aller vivre avec son épouse, les droits de culture sont hérités par celle-ci. A la fin des années 80, plus de 56% des exploitations faisaient moins de 1 ha, et 20% faisaient entre 1 et 1,5 ha. En raison de la pression sur les terres, il est difficile d’avoir recours à la jachère et aux rotations pour restaurer la fertilité des sols. Les petits producteurs ont étendu leurs mises en culture vers des sols marginaux moins fertiles, souvent situés sur des pentes de collines peu appropriées à l’agriculture intensive, favorisant ainsi le défrichement des boisements, la dégradation des sols et l’érosion. L’agriculture pluviale prévaut, et dépend d’une unique saison des pluies comprise entre novembre et avril. La durée de la saison végétative varie, allant de 120 à plus de 210 jours (figure 2). Seuls 10 000 ha de terres sont couramment irrigués, soit 5% du potentiel irrigable, principalement sur les plantations de canne à sucre. Parmi les autres cultures irriguées, on compte le riz et le maraîchage.

 

Figure 2: Durée de la période végétative au Malawi
(Source: Moriniere et Chimwaza,1996)

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Au même moment, la production alimentaire par habitant a chuté, passant de l’indice 100 en 1978-81 à 75 en 1991, atteignant ainsi seulement 87% de la consommation calorique quotidienne recommandée. Le maïs est le produit de base du régime national, et couvre 76% des terres des petites exploitations. A la fin des années 60, on pratiquait les cultures associées sur 94% de la superficie plantée en maïs, mais cela a chuté brutalement avant 1980. Parmi les autres cultures alimentaires, on compte le riz, le sorgho et le mil. Les petits producteurs cultivent traditionnellement des légumineuses, des haricots, pois d’Angole (Cajanus cajan) et des arachides (tableau 3). Le pois d’Angole, en particulier, est une culture importante dans le district de Blantyre, à la population dense, car il constitue une source d’alimentation pour les hommes et de fourrage pour le bétail et est bénéfique pour la fertilité du sol. Le manioc, la pomme de terre et la patate douce ont une base plus locale. La superficie plantée en manioc, souvent en association avec le maïs, a nettement augmenté dans les dix dernières années, notamment dans les zones très peuplées du sud. Le tabac est la culture commerciale dominante, pour les petits producteurs comme pour les grands, et fournit 71% des recettes de l’exportation. Parmi les autres cultures commerciales, on trouve le coton, le sucre, le thé et le café. 

Tableau 3: Superficies cultivées et production agricole au Malawi, 1995

Superficie (103 ha), production (tonnes)

Karonga

Mzuzu

Kasungu

Salima

Lilongwe

Machinga

Blantyre

Shire Valley

Terres de culture

124

374

351

80

522

454

521

389

Maïs*

24,5

(n. r.)

88,9

(64348)

203,8

(123187)

78,1

(n. r.)

343,8

(233 367)

262,7

(143795)

282,1

(211863)

73,2

(n. r.)

Arachide

4,7

(2492)

14,8

(8858)

33,8

(29 222)

8,5

(8137)

37,0

(26 642)

20,0

(15 034)

17,4

(10974)

3,1

(2314)

Haricot

5,5

(2683)

50,1

(8813)

25,4

(9470)

0,5

(486)

71,7

(21811)

11,8

(6385)

23,1

(9 444)

1,5

(1368)

Pois d’Angole

0,9

(442)

0,1

(31)

n. r.

(n. r.)

2,2

(1590)

0,1

(55)

33,3

(28 415)

78,5

(46 347)

7,5

(6335)

Niébé

0,3

(81)

0,2

(56)

0,6

( 178)

2,2

(875)

2,6

(898)

20,9

(9 280)

27,1

(8 595)

14,7

(8784)

Soja

0,4

(286)

5,0

(3 446)

11,6

(10 689)

1,0

(707)

16,9

(12 051)

1,6

(1 033)

4,0

(1 778)

0,1

(48)

Pois de  bamabra

0,4

(239)

0,5

(263)

2,7

(1 797)

0,4

(249)

1,9

(1 058)

0,3

(520)

1,3

(73)

0,2

(4759)

* Estimation de la production  de maïs pour 1993/94, Heisey et Smale, 1995

n. r.: non renseigné.

Source: Moriniere et Chimwaza, 1996


2. CLIMAT, RELIEF ET SOLS

2.1  CLIMAT

Au Malawi, le climat varie: il est semi-aride dans la basse vallée du Shire, de semi-aride à sub-humide sur les plateaux, et sub-humide dans les hautes terres. La plus grande partie du pays reçoit entre 763 et 1143 mm de précipitations par an. Trois zones principales ont des précipitations supérieures à 1524 mm: Mulanje, Nkhata Bay et la limite nord du lac Malawi (figure 3). Presque 90% des pluies tombent entre décembre et mars, et il ne pleut pas du tout de mai à octobre sur presque la totalité du pays. 

Tableau 4: Précipitations annuelles moyennes, 1975/76–90/91 

Précipitations

mm/a

Karonga

Mzuzu

Kasungu

Salima

Lilongwe,

Chitedze

Machinga,

Liwonde

Blantyre,

Chileka

Shire Valley,
Ngabu

1975-76

1184

1476

379

1894

1014

915

729

847

1980 -81

887

894

1031

1252

905

728

893

745

1985 -86

1026

1566

1086

1479

956

1248

1028

911

1990 -91

825

1048

771

1073

656

736

833

800

Source: NSO,   2000

 

Figure 3: Précipitations annuelles moyennes au Malawi
(Source: Moriniere et Chimwaza,1996)

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Les températures moyennes annuelles varient avec l’altitude, allant de 25 oC dans la basse vallée du Shire à 13 oC sur le plateau du Nyika. Il peut geler occasionnellement sur les parties basses des plateaux, mais ce n’est pas un facteur restrictif significatif pour la production pastorale. 

2.2  RELIEF, ZONES AGROÉCOLOGIQUES ET SOLS

On distingue cinq grandes zones associées à un relief particulier: les hautes terres, les escarpements, les plateaux, les rivages de lac  et la haute et basse vallée du Shire:

Les hautes terres: Il s’agit de montagnes isolées, à 1320-3000 m d’altitude. On trouve de vastes hauts plateaux  dans les régions du Nyika, du Viphya et du Mulanje, tandis que celles du Dedza et du Zomba sont plus compactes. Les pentes peuvent être escarpées et les sols sont surtout constitués de latosols lessivés.

Les escarpements: Il sont associés au relief des grandes lignes de faille, le long de la vallée du Rift, s’échelonnant du Karonga dans le nord au Nsanje dans le sud. On les trouve aussi autour des hauts plateaux et des montagnes. Les sols consistent essentiellement en latosols fins.

Les plateaux: Les trois quarts du Malawi consistent en plateaux situés à 750-1300 m d’altitude. Le relief est plat ou ondulé, avec des pitons rocheux dispersés (inselbergs). Les sols consistent en latosols profonds bien drainés sur les parties hautes de la  catena, et en sables argileux mal drainés dans les creux. On désigne localement les creux mal drainés sous le nom de  dambos (équivalent des vleis au Zimbabwe et en Afrique du Sud).

Les rivages de lac et la haute vallée du Shire: Les plaines en bordure de lac occupent 8% de la superficie totale, et sont situées à  465-600 m d’altitude. Le relief est plat ou légèrement ondulé, avec des sols calcimorphiques profonds dans les creux. Le Haut Shire  coule, à travers une large vallée plate, du sud du lac vers le sud du pays. Les sols sont semblables à ceux que l’on trouve au bord du lac. On trouve des mopanosols à certains endroits le long du fleuve.

La basse vallée du Shire: Elle s’étend des cascades du Kapachira au Nsanje, dans le bas du pays, pour l’essentiel à moins de 180 m d’altitude. La rivière passe à travers deux marécages, au milieu de vastes zones de sols hydromorphes. A l’est du fleuve, vers l’escarpement du Thyolo, on trouve des sols alluviaux et colluviaux, de texture moyenne ou grossière. A l’ouest, se trouve une vaste plaine avec des vertisols et des terres marron gris, qui monte vers l’escarpement occidental. On trouve quelques zones de sols salins.


3.  SYSTÈMES D'ÉLEVAGE

L’élevage représente environ 7% du PIB agricole au Malawi. La population animale actuelle est numériquement faible, et compte 710 000 zébus du Malawi, 12 000 bovins laitiers (vaches frisonnes et de races croisées), 110 000 ovins et 1 260 000 caprins. Il faut noter toutefois que les chiffres publiés à propos du cheptel sont presque toujours des extrapolations, aussi différentes sources peuvent-elles présenter des résultats différents, selon les hypothèses considérées. Le tableau qui se dessine montre un nombre relativement statique de bovins mais un nombre croissant de petit bétail (tableau 5). Seuls 4% des ménages ont des enclos à bovins, 15% ont des enclos à caprins et 55% ont de la volaille (en liberté ou en élevage clos). Cela indique une diminution marquée de la propriété de bovins de puis le début des années 90, quand il apparaissait que 13% des producteurs possédaient des bovins  (Munthali et al, 1993). Le cheptel est plus nombreux dans la région du nord (tableau 6). Les trois districts de développement agricole (Agricultural Development Districts: ADD) du nord - Karonga, Mzuzu et Kasunga -   contiennent presque 80% des bœufs nationaux. Au cours des 15 dernières années, il y a eu un net déclin du nombre de bœufs de trait dans les régions du centre et du sud, et une augmentation croissante de la main d’œuvre manuelle (Kumwenda, 1988; FAO, 2000). Peu d’animaux sont gardés en stabulation; on en a enregistré moins de 600 pour tout le pays dans un recensement récent (source NRI, 1998). En revanche, on fournit à de nombreux animaux des résidus de récoltes locales en complément de la pâture. Quoi qu’il en soit, le fumier fourni par les enclos (kraals) est très limité par rapport à la superficie cultivée. La plus grande densité de bovins se trouve à l’extrême nord, 1,4 bovin/ha de terre cultivée, tandis que dans presque tout le reste du pays, on compte moins de 0,25 bovin/ha de terre cultivée (figure 4). On peut estimer que, dans presque tout le Malawi, on ne dispose que de 1 tonne de fumier pour 10-25 ha de terre cultivée (NRI, 1998).

 

Figure 4: Nombre de bovins par hectare de culture
(Source: Moriniere et Chimwaza, 1996)

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La production de viande et la quantité par habitant  sont présentées aux tableaux 7 et 8. On estime qu’il y a 12 000 bovins laitiers dans le pays, pour la plupart concentrés autour des centres urbains de Blantyre, Lilongwe et Mzuzu (Mpofu, 1998). La consommation de protéines animales est très faible au Malawi, même en comparaison d’autres pays de l’Afrique sub-saharienne, conséquence du petit nombre de familles possédant des animaux et du pouvoir d’achat limité des consommateurs, même dans les zones urbaines. 

Tableau 5: Effectifs du cheptel au Malawi, 1990-1999

Cheptel ruminant

Année

 

1990

1991

1992

1993

1994

1995

1996

1997

1998

1999

Bovins

835 550

899 050

967 380

800 000

680 000

690 000

700 096

750 000

740 000

750 000

Caprins

836 510

877 170

919 870

900 000

1 000 000

1 100 000

1 257 340

1 260 000

1 250 000

1 260 000

Ovins

147 600

154 800

162 300

100 000

100 000

100 000

100 750

110 000

105 000

110 000

Source: Base de données FAO, 2000

Tableau 6: Répartition géographique du cheptel au Malawi en 1998
Source: NRI, 1998
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NB. Noter les différences entre les données NRI et les données FAO

Tableau 7: Production de viande au Malawi, 1994-1999

Production de viande (tonnes)

Année

1994

1995

1996

1997

1998

1999

Bœuf et veau

14 000

14 000

16 400

18 180

17 170

17 630

Viande caprine

3 600

3 960

4 500

4 536

4 500

4 536

Mouton et agneau

350

350

364

406

364

378

Source: Base de données FAO 2000

Tableau 8: Quantité de viande et de lait par habitant et par an au Malawi, 1990-98

Quantité/hab/an (kg)

Année

1990

1991

1992

1993

1994

1995

1996

1997

1998

Viande bovine

1,8

1,8

1,8

1,9

1,5

1,4

1,7

1,8

1,7

Viande caprine et ovine

0,4

0,4

0,4

0,4

0,4

0,4

0,5

0,5

0,5

Lait entier

4,9

6,0

5,7

5,5

4,5

3,7

3,7

4,1

4,0

Source: Base de données FAO 2000

3.1  Secteur du petit élevage:

Le zébu d’Afrique de l’Est (zébu du Malawi), un petit animal à croissance lente, est la race bovine prédominante. Dans les années 80, des bovins canadiens Holstein ont été importés pour stimuler l’activité de production laitière. Les petites chèvres d’Afrique de l’Est sont les plus nombreuses; il s’y ajoute de petits effectifs de race Boer pure et croisée, et une toute petite quantité de caprins de races croisées, dérivant de races laitières européennes et de races natives.

Presque tout le cheptel ruminant se nourrit sur les terres collectives traditionnelles. Durant la saison pluvieuse, dans le centre et certaines parties du sud, la pâture se limite aux dambos et aux bords de route, ou bien aux collines si la plupart des terres sont cultivées. Les bovins sont gardés tandis que les caprins sont attachés le long des routes ou autour des dambos. Dans le nord, moins peuplé, les bovins sont menés sur les pâturages naturels situés en altitude durant la saison pluvieuse, et déplacés vers les  dambos durant la saison sèche. Après la récolte, ils ont librement accès aux résidus sur les champs. Durant la saison sèche, ils reçoivent des résidus de récolte en complément de la pâture. On estime à 2,7 millions ha les pâturages naturels disponibles au Malawi. Les résidus de récolte sont pâturés sur place sur les quelque 385 000 ha cultivés, aussi des excrétions sont-elles déposées directement sur les terres de culture. On fournit aussi en complément au zébu local du son de maïs mais, en l’absence de bovins, celui-ci est donné à la volaille plutôt qu’aux petits ruminants. On nourrit les animaux laitiers gardés en stabulation avec des herbages frais coupés le long des routes, auxquels s’ajoutent en complément du son de maïs et d’autres résidus à disposition. Autour de Blantyre, ces derniers consistent en tiges de maïs, fanes d’arachide, feuillages de patate douce et de canne à sucre, paille de riz et résidus de bananier. La superficie disponible pour la pâture augmente du nord au sud au Malawi, reflétant les changements en matière de densité démographique.

3.2  Secteur des exploitations modernes:

Celui-ci est orienté vers la production de tabac et d’autres cultures commerciales. Dans les plantations de tabac, on pratique une rotation avec du maïs et du fourrage (grass ley) pour éviter que n’apparaissent des nématodes dans le sol  et pour fixer l’azote contenu dans le sol à un niveau approprié pour le tabac. On a souvent planté de l’herbe de Rhodes dans les champs de tabac, pour la donner en pâture aux bovins après qu’ils ont consommé des tiges de maïs durant la saison sèche. 

Ce qui existe d’activité de production laitière commerciale relève du secteur moderne. Les vaches de races holstein pure et croisée pâturent et reçoivent en complément des aliments concentrés. Le système est fondé sur un travail intensif, qui repose sur la main d’œuvre. On a recours à l’insémination artificielle, en plus de la reproduction naturelle.


4.  RESSOURCES PASTORALES

4.1  Végétation naturelle:

La figure 5, qui montre les types de végétation, ainsi que beaucoup d’autres matériaux de cette section sont empruntés à Rattray (1960) et à Moyo et al (1993). La production de matière sèche des pâturages naturels est estimée à  1,0 tonne/ha/an pour le pays dans son ensemble  (Hodges, 1983). Dans le nord, la pâture se fait surtout dans les forêts ou lors de la repousse après la mise en culture. La productivité de l’herbage comestible sous la repousse arbustive est faible.

 

Figure 5: Végétation du Malawi
(Source: Moyo et al, 1993)

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Forêts de montagne, brousses buissonnantes et pâturages: On les trouve au-dessus de 1500 m d’altitude. Ces formations comprennent des restes de forêt primaire dans les vallées et des individus isolés, entrecoupés de pâturages ondulés et de buissons. Cette association semble être contrôlée par des feux de brousse réguliers et par l’humidité des zones basses où la végétation est plus verte et plus résistante au feu que dans la forêt. Les précipitations sont supérieures à 1500 mm ; elles consistent en partie en une sorte de/bruine qui se forme durant la saison sèche et froide, qui fournit de l’humidité en dehors de la période pluvieuse principale. La composition des forêts varie et comprend des peuplements dominés par Widdringtonia whytei et Juniperus procera (genévrier africain).

Entre 1500 et 2100 m d’altitude, on trouve des pâturages variables, allant de courtes touffes à de denses herbages entremêlés. Les espèces comprennent Themeda triandra, Exotheca abyssinica, Monocymbium ceresiiforme, Elionurus argenteus, Brachiaria serrata, Andropogon schirensis, Hyparrhenia lecomtei et Loudetia simplex. Sur les pentes plus arrosées et les meilleurs sols, on trouve aussi Hyparrhenia cymbaria, Rhynchelytrum stolzii, R. nerviglume, R. stuposum et Melinis maitlandii. Les espèces de Protea résistantes au feu envahissent ce type de pâturage ainsi que de nombreux arbustes ligneux tels que Tephrosia aequilata et Humularia descampsii.

Au-dessus de 2000 m d’altitude, le pâturage est surtout composé de Exotheca, et se présente sous forme d’un couvert végétal à courtes touffes apparemment dense. Les espèces rencontrées dans les pâturages de montagne du Malawi comptent Exotheca abyssinica, Loudetia simplex, Trachypogon spicatus, Helictotrichon elongatum, Agrostis spp, Monocymbium ceresiiforme, et Elionurus argenteus. Festuca schimperiana est courant dans les zones les plus arrosées, et Danthonia davyi dans les situations exposées. M. ceresiiforme n’occupe que les sols peu profonds dans la zone montagneuse, tandis qu’à plus basse altitude cette espèce est confinée dans les pâturages marécageux. La valeur nutritive des pâturages montagneux diminue durant la saison froide.  

Boisements de Brachystegia (miombo): Les boisements de Brachystegia, connus aussi sous le nom de miombo ou de savane boisée, se trouvent presque partout, et comprennent de façon caractéristique une ou plusieurs espèces de Brachystegia ainsi que Julbernadia globiflora. Le couvert herbacé est écrasé par des arbres à ramure assez légère, capables de reformer facilement des taillis après la coupe. Le boisement varie, pouvant être haut et ouvert ou dense et broussailleux selon le traitement subi. On trouve en général le miombo entre 600 et 1500 m d’altitude, là où les précipitations sont comprises entre 510 et 1530 mm. Parmi les espèces de graminées, on compte Hyparrhenia filipendula, Themeda triandra, Andropogon schirensis, Bewsia biflora et Andropogon amplectens. Sur les sols peu profonds, en particulier dans le nord, on trouve aussi Anthephora acuminata, Tristachya inamoena, Sacciolepis transbarbuta, Rhynchelytrum nyassanum et Homozeugos eylesii

Les graminées varient en fonction de l’habitat, mais sont généralement de taille moyenne et couvrent peu le sol. Quand les arbres sont défrichés, les herbages deviennent plus vigoureux et un couvert végétal dense se forme jusqu’à ce que les buissons repoussent. La valeur nutritive du pâturage est peu élevée et présente des variations saisonnières marquées, et le couvert espacé a une capacité de charge faible. Bien que les graminées réagissent aux feux et produisent une poussée d’herbages frais après ceux-ci, la raison essentielle pour laquelle sont pratiqués les feux de brousse est la maîtrise des broussailles.

Les dépressions peu profondes, inondées de manière saisonnière, situées près de ou à la tête d’un réseau de drainage, sont appelées dambos au Malawi. On reconnaît facilement les dambos grâce au contraste fort entre les boisements secs typiques, les miombos, ou les terres agricoles défrichées, et la végétation herbacée ouverte de ceux-ci. Les dambos sont des zones presque sans arbres, dominées par les graminées ou les joncs, avec formation de matière organique; l’horizon supérieur du sol, hydromorphe, est parfois tourbeux. La composition botanique des  dambos varie des bords vers la zone centrale, plus inondée (tableau 9). Tandis que les graminées prédominent sur les marges, les roseaux, les joncs et les fougères sont plus courants aux abords du centre. Un dambo sert aussi de réserve hydrologique, car il retient l’eau et la restitue en aval durant la saison sèche. Du fait qu’ils retiennent l’eau, les dambos montrent une croissance vigoureuse d’herbages au moment où d’autres pâturages manquent de fourrage. Les dambos sont particulièrement importants dans le centre et le nord du Malawi, et fournissent une ressource en aliment du bétail non négligeable en saison sèche. On utilise aussi les bords des dambos pour faire des jardins qui fournissent une récolte plus fiable que les cultures en sec et étalent la demande de travail sur toute l’année. Les jardins sont clôturés pour éviter les dégâts causés par les animaux qui rivalisent pour l’espace dans les zones plus densément peuplées. La pâture limitée dans les dambos empêche que de hautes graminées comme  Hyparrhenia ne forment des graines, garantissant ainsi une croissance continue presque tout au long de la saison sèche (Roberts, 1988). Sur les meilleurs sols, comme ceux de la station de recherche de Chitedze, la production de matière sèche des herbages des  dambos est en moyenne de 5,9 tonnes/an. Cette production de matière sèche peut cependant tomber à des niveaux aussi bas que 0,2 tonnes/an  là où une mauvaise gestion des terres se traduit par la formation de denses taillis de Uapaca kirkiana, comme dans l’ouest du Mzimba. La production globale moyenne de matière sèche dans les dambos est estimée à 3,2 tonnes/ha/an (Hodges, 1983). 

Tableau 9:  Espèces végétales non arbustives typiques des dambos  d’Afrique australe

Zone marginale de lessivage
(Marginal wash zone)
Zone centrale d’infiltration
(Central seepage zone)

Alloteropsis semialata (g)

Andropogon eucomus (g)

Aristida sp. (g)

Arundinella nepalensis (g)

Brachiaria filifolia (g)

Eragrostis namaquensis (g)

Hyparrhenia rufa (g)

Eragrostis stapfii (g)

Loudetia simplex (g)

Hyparrhenia bracteata (g)

Monocymbium ceresiiforme g)

Sporobolus subtilis (g)

Setaria sphacelata (g)

Cladium mariscus (r)

Cassia mimosoides (h)

Scleria hirtella (r)

Emilia integrifolia (h)

Dissotis canescens (h)

Impatiens sp. (h)

Gladiolus sp. (h)

 

Typha latifolia (j)

g = graminée; r =roseau; h = herbage; j = jonc; f = fougère

Source: Roberts 1988

Boisements à larges feuilles caduques: Sur les sols limono-argileux rouges de la plaine centrale, ainsi que sur les pentes colluviales et les plaines du Malawi situées entre 600 et 1200 m d’altitude avec des précipitations comprises entre 510 et 1530 mm, on trouve un mélange de hautes graminées et de boisements à larges feuilles caduques, connu sous le nom de chipeta. On y rencontre des quantités variables de Acacia polyacantha, Piliostigma thonningii et Combretum molle. L’abattage sélectif des arbres a conduit à des peuplements comprenant une seule espèce d’arbre dominante, tandis que la mise en culture et le surpâturage ont produit des taillis et des fourrés. Le mélange de graminées comprend Hyparrhenia variabilis, H. filipendula,H. gazensis, H. nyassae, Setaria sphacelata, S. longiseta, Digitaria setivalva, D. diagonalis, Panicum maximum, et Themeda triandra. Ces zones sont soumises à des feux annuels violents, et la tolérance au feu est une caractéristique typique des espèces ligneuses qu’on y rencontre. Les pâturages ont une faible capacité de charge. Le surpâturage de ces zones et des terres marécageuses associées les conduit à être colonisées par  Urochloa pullulans, une plante appétée mais couvrant peu le sol, et par Sporobolus pyramidalis, qui donne lieu à un couvert végétal à touffes non comestible. 

Escarpement de la vallée du Rift et piémonts: Ces zones, situées entre 900 et 1500 m d’altitude et caractérisées par un vaste éventail de précipitations (350-1500 mm), se distinguent par des boisements de basses terres comprenant  Brachystegia manga, Pterocarpus angolensis, et, sur les pentes plus basses, Sterculia quinqueloba. Au pied des collines moins élevées, les baobabs (Adansonia digitata) sont fréquents, souvent au-dessus de bambous (Oxytenanthera abyssinica). Les graminées comprennent Hyparrhenia gracilescens, H filipendula, Themeda triandra, Andropogon amplectens, Schmidtia bulbosa, Euclasta condylotricha, Eustachys paspaloides, Eragrostis superba, et Thyrsia undulatifolia. Les graminées forment un couvert végétal bas sur des sols rocheux fragmentés. Ces zones ont peu d’intérêt sur le plan pastoral en raison des difficultés du terrain et du manque de pâturages de saison sèche.

Boisements et parcs de basse altitude: On les trouve en dessous de 600 m d’altitude, notamment dans la vallée du Shire et le long des berges des lacs. Les sols sont soumis à des glissements et à des effets de colluvion, et les précipitations peuvent varier considérablement sur de courtes distances (de 350 mm à 2500 mm au sein d’une même zone). On trouve par conséquent une vaste variété floristique. Les hautes graminées sont associées aux espèces ligneuses de basse altitude, notamment Hyparrhenia gazensis, H. variabilis, H. dichroa. Andropogon gayanus, Setaria palustris, et Panicum maximum. Dans les endroits très habités et cultivés, les hauts herbages rouges sont remplacés par Urochloa pullulans et U. mosambicensis. Les boisements sont caractérisés par Sterculia africana, Colophospermum mopane, Acacia tortilis et Faidherbia albida, selon les endroits. Les gousses d’Acacia fournissent un complément non négligeable aux graminées durant la saison sèche. Les arbres adultes s’élèvent au-dessus d’un couvert dense de Commiphora spp, Bauhinia tomentosa et Popowia obovata. L’étage sous-jacent est probablement influencé par l’homme puisque l’on trouve des arbres adultes isolés ailleurs, sur des terres cultivées ouvertes; dans certains cas, les arbres sont menés de manière sélective jusqu’à maturité par les agriculteurs (Faidherbia albida). Dans certaines zones, les boisements et les bosquets peuvent être dominés par  Mimosaceae. Les boisements de Terminalia sericea se forment sur des sols sableux, et les boisements et bosquets de Pterocarpus antunesii, Fagara spp. et Grewia spp. autour de la basse vallée du Shire. Les sols riches donnent lieu à des fourrés de Euphorbia ingens et Commiphora, tandis que les palmiers de Hyphaene ventricosa, H. crinita et Borassus aethiopium se trouvent la où la nappe phréatique est proche de la surface.

Becker et Lohrmann (1992) ont étudié les petites chèvres d’Afrique de l’Est sur un site sur les berges du lac Salima. La végétation verte couvrait 79% de ce site en saison humide, et donnait 40% de matière sèche en saison sèche. Durant la saison humide, un temps égal était consacré à la pâture d’herbages et d’arbustes, tandis qu’en saison sèche 93% du temps était consacré à la pâture d’arbustes secs. Andropogon schirensis était l’espèce de graminée la plus courante, et Markhamia acuminata, Bauhinia petersiana, Combretum fragans et Friesodielsia obovata les espèces arbustives les plus courants. L'appétibilité des graminées diminuait nettement entre la saison humide et la saison sèche, mais l'appétibilité des espèces arbustives restait inchangée. Les acacias épineux (A. polyacantha, A. nilotica et A. nigrescens) étaient très appétés. Les feuilles de Friesodielsia obovata et Combretum apiculatum restaient comestibles, tandis que les fleurs de Cordyla africana et Lonchocarpus bussei et les fruits de A. polyacantha étaient très appréciés. Dans les zones plus arrosées, sur des pâturages naturels constitués sur des vertisols, une croissance vigoureuse de Ischaemum brachyatherum permet à l’horizon de surface de rester compact grâce à ses rhizomes enchevêtrés, ralentissant ainsi et répartissant le ruissellement des eaux (Mitchell, 1987).

Marécages: Les bords des marécages et des lacs sont garnis de roseaux et d’herbes, notamment  Cyperus papyrus, Echinochloa pyramidalis, Typha australis, Vossia cuspidata et Pennisetum purpureum

4.2  Légumineuses et cultures fourragères:

L’introduction et l’évaluation de germoplasme dans les années 60 et 70 ont été effectuées essentiellement pour chercher des alternatives à l’herbe de Rhodes (Chloris gayana), l’espèce commerciale établie largement utilisée dans les plantations de tabac pour supprimer les nématodes comme pour fournir du fourrage au cheptel bovin. Un certain nombre d’espèces et de cultivars des genres Panicum, Chloris, Cynodon et Cenchrus ont ainsi été essayées, car ils semblaient avoir un bon potentiel fourrager. Durant la même période, les coûts croissants des engrais azotés non organiques ont favorisé la recherche de sources biologiques peu coûteuses aptes à fixer l’azote, comme les légumineuses herbacées, notamment les genres Stylosanthes, Macroptilium, Macrotyloma, Neonotonia, Centrosema et Desmodium (Thomas, 1976). A l’époque, on visait en même temps un double objectif, en cherchant à identifier des fourrages adéquats pour la stabulation comme pour la pâture. Pennisetum purpureum v. Gold Coast et Panicum maximum v. Ntchisi Panic ont été recommandés dans les systèmes utilisant les produits de fauche, comme dans le district de développement agricole de Lilongwe, dans la région centrale (Dzowela, 1985; Munthali and Dzowela, 1987).

Cenchrus ciliaris s’est révélé plus productif que l’herbe de Rhodes, Chloris gayana (Anon, 1975) en terme de rendement en matière de sèche et de capacité de charge. En outre, Cenchrus ciliaris a produit des semences viables, à la différence d’autres espèces comme Panicum coloratum, cv Bushmans mine et Cynodon nlemfuensis. Des études ont été menées pour étudier l’adaptation  de différentes variétés de Cenchrus ciliaris, et d’associations Cenchrus ciliaris / légumineuse, dans des sites contrastés situés dans diverses zones agroécologiques  - Chitala représentant le milieu des bords de lac et de la vallée du Shire, et Chitedze les plateaux de moyenne altitude -; des variétés appropriées ont ainsi été identifiées. 

Dans le Pasture Handbook for Malawi, Hodges (1983) a recommandé différents fourrages et associations de fourrages pour la pâture, la constitution de foin ou l’alimentation par produit de fauche dans divers milieux à travers tout le pays. 

De nombreuses variétés de graminées et de légumineuses qui se sont montrées prometteuses au Malawi ont déjà été testées et introduites au Zimbabwe. Un travail effectué dans les années 70 pour trouver une graminée apte à persister sous la pâture a permis d’identifier Cynodon nlemfuensis cv Henderson No 2, une plante en mesure de supporter la pâture en saison humide et sèche mieux que Chloris gayana (Anon, 1975). Chloris gayana et Desmodium uncinatum cv Silverleaf sont compatibles, ce qui s’est traduit par des gains pondéraux plus importants, en comparaison des pâturages de Cynodon, bien que ces derniers aient été soumis à davantage de jours de pâture (Dzowela, 1985). 

De nombreuses tentatives ont été faites pour introduire des légumineuses sur les pâturages naturels. Un projet PNUD/FAO de la moitié des années 70 a montré que S. guianensis cv Cook permettait d’améliorer les gains pondéraux des bovins en saison sèche dans l’ouest de Mzimba. L’introduction de stylo sur les pâturages naturels du ranch de Dzalanyama, dans la région centrale, s’est traduite par des bénéfices similaires. Les semences ont été semées dans des bandes labourées à travers le pâturage naturel, la dispersion s’effectuant par la suite grâce à l’ingestion et à la restitution des semences par les ruminants. Cependant, les bénéfices se sont révélés transitoire car il s’est montré impossible de maintenir une proportion adéquate de légumineuses sur des pâturages sous gestion collective. 

Durant les années 90, une plus grande attention a été consacrée aux légumineuses arbustives, et plus précisément à Leucaena leucocephala et Faidherbia albida, surtout pour les questions de fertilité du sol et de mise en culture (Saka et al, 1991). Malgré un nombre considérable de travaux de recherche à petite échelle et de projets de développement, peu ont conduit à l’adoption de pratiques agroforestières par les agriculteurs. La pratique la plus prometteuse semble être l’usage de l’acacia F. albida en plantation isolée dans les parcelles de culture, une pratique traditionnelle que l’on trouve naturellement dans le district de Salima. Outre les bienfaits produits par la chute des feuilles, en raison de son effet sur la fertilité des sols et les rendements des cultures (et donc sur les résidus de récolte), les animaux consomment les graines tombées par terre, très riches sur le plan nutritif. Leucaena a été promu auparavant, au milieu des années 70, par un projet d’embouche et de production laitière bovine (Addy et Thomas, 1976; Savory et Breen, 1979), mais l’intérêt à son égard s’est dissipé une fois le projet terminé. Les mérites et démérites de l’agroforesterie dans l’amélioration de l’élevage ont été commentés par Munthali (1991). Le développement de la petite production laitière, à la fin des années 80 et dans les années 90, dans les zones de Mzuzu, Lilongwe et Blantyre, a suscité un regain d’intérêt pour les fourrages aptes à être administrés en produits de fauche. Les producteurs ont toutefois continué à utiliser davantage les pâturages naturels des dambos et les herbages de bords de route plutôt que les cultures fourragères.

4.3  Résidus de récolte :

Un total de 1,2 –1,5 million de tonnes de tiges de maïs est disponible lors de chaque saison sèche en complément de la pâture naturelle. Les petits producteurs constituent des tas de maïs coupé qu’ils laissent sécher dans le champ avant de collecter les épis. On voit ainsi des amas de tiges autour du champ. Théoriquement, la totalité des tiges est pâturée sur place, mais la moitié est probablement piétinée et souillée. La contribution des tiges de maïs varie considérablement à travers le pays. La superficie de maïs/ tête de bétail varie de <0,3 ha/tête dans le district de Karonga à l’extrême nord, à 45 ha/tête dans le district de Machinga. Les résidus de légumineuses, notamment les gousses d’arachide, sont ramassés et rapportés sur les lieux d’habitation pour être conservés et administrés aux bovins de manière plus efficace. Peu de familles possèdent des bovins et on accorde peu d’attention à la supplémentation des petits  ruminants. Toute la matière sèche demeurée sur les champs (mauvaises herbes, déchets de résidus de récolte) est brûlée avant la préparation de la terre pour la saison suivante.

Dans le sud, les surfaces de  Cajanus cajan et Manihot spp. ont augmenté ces dernières années. Bien qu’il y ait peu de bovins, en raison de la longue saison de culture sur les champs, il est nécessaire de protéger ces derniers des animaux. Les bienfaits sur la fertilité du sol de l’incorporation de résidus de récolte dépend du rapport C:N contenu dans le résidu. A court terme, l’ajout de matériaux pauvres en azote a un effet négatif sur la fertilité en raison de leur effet sur les bactéries du sol. Toutefois, les résidus contenant une grande quantité d’azote sont les plus valables pour l’alimentation du bétail. Pour la plupart des petits producteurs du Malawi, la fertilité du sol (et donc le rendement des cultures) importe plus que l’alimentation du cheptel. Cela ne pourra changer que si un marché pour le commerce d’aliments du bétail se développe, ce qui dépendra probablement de la demande des consommateurs en lait et viande et de leur capacité à offrir aux producteurs des prix attractifs pour les produits de l’élevage. 

4.4  Contraintes de la production fourragère:

A la fin des années 80, plus de 56% des agriculteurs disposaient de moins de 1,0 ha et 20% d’entre eux avaient entre 1,0 et 1,5 ha. La petite taille des exploitations empêche les agriculteurs qui doivent d’abord assurer la subsistance familiale de produire des cultures fourragères. On estime que lors d’une année moyenne, quelque 60% des ménages sont à court de leur propre production alimentaire trois mois avant la récolte suivante (MALD, 1995). Les cultures fourragères ont été promues dans le cadre de projets de production laitière et d’embouche à l’attention de petits producteurs, avec des résultats mitigés.

L’accès libre aux champs après la récolte pendant la saison sèche limite les possibilités de semis sous culture ou l’emploi d’espèces agroforestières comestibles.

Il est difficile pour les petits producteurs d’obtenir des semences pastorales et fourragères, même lorsqu’ils ont l’argent nécessaire.

Bien que le personnel de vulgarisation soit formé en élevage comme en agriculture, la vulgarisation met l’accent sur les cultures. Le personnel a très peu de connaissances sur les cultures pastorales et fourragères. 

Les problèmes techniques, comme le manque d’information et de semences, ne sont qu’une partie du problème. Les investissements des petits producteurs dans l’élevage ont été anéantis  par la pauvreté, la faible demande en produits de l’élevage et les vols potentiels d’animaux. L’incidence du vol est devenue plus importante avec l’avènement d’un climat politique plus libre. L’alimentation inadéquate a contribué au mauvais état de santé des travailleurs ruraux, exacerbant les difficultés rencontrées par des familles souffrant déjà du sida. L’instruction et la diffusion de l’information sont, et seront de plus en plus, entravées par des problèmes de manque de personnel. Une évaluation de la Banque mondiale sur la situation du sida au Malawi a estimé que 40% des employés dans des secteurs spécifiques, comprenant l’instruction et la santé, allaient mourir du sida avant 2005 (Cohen, 1999). Les techniques économisant le capital et le travail destinées aux petits producteurs, qui prendraient en compte les besoins spécifiques des ménages affectés par le virus HIV, doivent être considérées comme une toute première priorité à l’avenir. Il se peut que, dans le futur, l’alimentation par produits de coupe d’un petit nombre d’animaux aura un rôle à jouer, plus que la conduite de troupeaux, ce qui se traduirait par une demande en cultures fourragères.


5. PRODUCTION DE SEMENCES FOURRAGÈRES

La production de semences pastorales ne s’est pas développée au Malawi, notamment du fait de l’absence de demande. Toutefois, des études faites dans les années 70 démontrent qu’en agriculture pluviale l’environnement est favorable à la production de graminées et de légumineuses  (Hodges, 1983). Les techniques de récolte des semences adaptées aux conditions villageoises ont été expliquées, ainsi que les modalités d’application des semences. Malgré cela, l’approvisionnement en semences fourragères dépend habituellement de projets financés de l’extérieur.


6.  RECHERCHE ET DÉVELOPPEMENT

6. 1. Structure institutionnelle

La recherche agricole au Malawi  est orientée vers l’application, la production d’informations et de techniques aptes à être directement utilisées par les petits producteurs pour résoudre leurs problèmes techniques; les objectifs poursuivis concernent l’amélioration des revenus et la répartition de ces derniers, la diversification de la production et la stabilisation ou l’amélioration des ressources naturelles.

Le Département de recherche agricole (Agricultural Research Department: DAR) du MoA a pour mandat de mener des recherches sur une vaste variété de cultures ainsi que sur l’élevage. Les travaux de recherche sur des produits d’exportation de haute valeur comme le thé, le tabac et le sucre, sont menés par d’autres institutions spécialisées. Le DAR dispose de stations de recherche dans chaque district: on compte ainsi 11 stations de recherche et 20 sous-stations. La station de recherche de Chitedze, près de Lilongwe, est le centre des travaux sur les pâturages et fourrages. Le MoA a chargé l’Université du Malawi de mener des travaux de recherche spécifiques par discipline. Le Bunda College of Agriculture fait de la recherche sur les haricots, les lapins, les cochons et les questions socio-économiques. Le Chancellor College travaille avec le DAR sur les maladies du manioc. Le département de santé animale (Department of Animal Health and Industry) mène des travaux sur la reproduction des volailles et des caprins. Des financements de contrats de recherche sont en outre fournis par le Gouvernement du Malawi à d’autres organisations, là où le DAR n’a pas les ressources suffisantes. Le financement externe de la recherche peut se faire par l’intermédiaire du gouvernement ou directement auprès de l’agence d’exécution. Les détails des objectifs de recherche se trouvent dans les plans nationaux - Agricultural Research Masterplan et Action Plans -  (MALD, 1993).

Les centres de recherche internationaux sont représentés par l’ICRISAT (L'Institut International de Recherche sur les Cultures pour les Tropiques Semi-Arides),basé à la station de recherche de Chitedze, et le CIRAF/ICRAF (Centre International pour la Recherche en Agroforesterie) , à la station de recherche de Makoka. Les autres projets de recherche et développement agricole autonomes touchent les domaines suivants: vulgarisation agroforestière (Malawi Agroforestry Extension Project, financement USAID), conservation du sol et production rurale (Promotion of Soil Conservation and Rural Production, financement UE). A l’heure actuelle, aucun projet à financement extérieur ne met l’accent sur l’élevage, les fourrages, les pâturages ou les légumineuses herbacées.

Les projets des ONG sont centrés sur la production agricole et sur les moyens de stabiliser et améliorer la sécurité alimentaire. Leurs autres champs prioritaires sont l’éducation et la santé.

6.2 PERSONNEL

Elevage:

M. A Kumwenda,

Shire Highlands Milk Producers Association,

PO Box 30603, Blantyre

Tél: (+265) 631 691

Dr J Banda, Bunda

College of Agriculture,

PO Box 219, Lilongwe, Malawi

Dr J Mtimuni, Bunda

College of Agriculture,

PO Box 219, Lilongwe, Malawi

Pâturages et fourrages:

Dr H Msiska,

Chitedze Research Station,

PO Box 158 Lilongwe

Prof G Kamyana-Phiri, Bunda

College of Agriculture,

PO Box 219, Lilongwe

Tél: (+265) 277 222

Agroforesterie:

Dr W T Bunderson,

Malawi Agroforestry Extension Project (MAFEP),

Lilongwe

D A Saka,

Chitedze Research Station,

PO Box 158 Lilongwe

M. J Kamangira,

Promotion of soil conservation and rural production (PROSARP),

TEPTC Building,

PO Box 1481, Lilongwe, Malawi

Tél: (+265) 740 704

Cultures et sols:

Dr S Snapp,

ICRISAT,

Chitedze Research Station,

PO Box 158, Lilongwe

J Kumwenda,

Chitedze Research Station,

P O Box 158, Lilongwe

Tél: (+265) 767 222

Dr W Sakala,

Chitedze Research Station,

PO Box 158, Lilongwe

Tél: (+265) 767 222

Socio-économie:

Dr S Chimwaza,

FEWS Country Representative Room 216,

Agro-economic survey, MAI,

PO Box 30455, Lilongwe 3

Tél/fax: (+265) 744 083,

fewsmw@malawi.net


7.  RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

Addy B L and Thomas D. 1976. The utilisation of crop residues , madeya and leucaena for winter feeding in Lilongwe District. Research Bulletin No 2/76, MoA, Lilongwe, Malawi.

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8.  CONTACTS:

Pour contacter l’auteur de ce document:

Dr. L. Reynolds, Manor Farmhouse, Huish Champflower, Taunton TA4 2EY, UK

Tél/fax: (+44) 01984 624915 reynoldslen@aol.com

[Ce profil a été rédigé en octobre 2000 et revu par S. G. Reynolds]
[Le profil a été traduit en francais por Anouchka Lazarev]