Profil fourrager

République-Unie de Tanzanie
Sebastian Sarwatt et Esther Mollel 

 

1. INTRODUCTION

2. SOL ET TOPOGRAPHIE

3. CLIMAT ET ZONES AGROÉCOLOGIQUES

4. SYSTÈMES D’ÉLEVAGE

5. RESSOURCES PASTORALES

6. AMÉLIORATION DES RESSOURCES PASTORALES

7. ORGANISMES DE RECHERCHE ET DÉVELOPPEMENT IMPLIQUÉS DANS LE PASTORALISME  

8. RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

9. CONTACTS


 

1. INTRODUCTION

La République-Unie de Tanzanie se trouve juste au sud de l’Equateur, entre 10 et 110 de latitude Sud et entre 290 et 400 de longitude Est, entièrement sous les Tropiques. Elle est limitée, dans sa partie continentale, par l’océan Indien à l’est, le Malawi et le Mozambique au sud, la Zambie, le Zimbabwe et le Rwanda à l’ouest et l’Ouganda et le Kenya au nord. Zanzibar et Pemba sont juste en face de la côte nord (voir figure 1). 

Figure 1. Carte de la République-Unie de Tanzanie

La République a été constituée en 1965 par l’union du Tanganyika et de Zanzibar. A l’époque pré-coloniale, la plus grande partie du pays se trouvait sous des régimes tribaux traditionnels et il n’y avait de structure ‘nationale’ identifiée; Zanzibar et quelques zones côtières se trouvaient sous l’autorité du sultan de Zanzibar et étaient considérés comme un fief du sultanat d’Oman. Le pays continental devint part de l’Afrique de l’Est allemande en 1886 puis, après le Traité de Versailles, un protectorat britannique sur mandat de la Société des Nations, jusqu’à son indépendance en 1961. Zanzibar était un protectorat britannique depuis 1873 et l’est resté jusqu’à son indépendance en 1963. La population est principalement bantoue, mais avec une grande richesse ethnique: on compte en effet quelque 120 groupes différents. Les peuples nilotiques sont très importants dans l’élevage, notamment les Masai et les Samburu, qui constituent aussi une grande partie des pasteurs au Kenya. La population, d’un peu plus de 17 millions d’habitants en 1978, était estimée à plus de 27 millions en 1993. Les groupes parlent chacun sa propre langue; le kiswahili est la langue officielle et l’anglais est largement utilisé.

La République-Unie de Tanzanie couvre quelque 945 087 km2, dont 59 050 km2 d’eaux intérieures et les îles de Zanzibar et de Pemba (1 656 km2 et 983 km2), qui ne sont pas comprises dans ce rapport; en effet, les ruminants sont négligeables dans ces îles humides, infestées par la mouche tsé-tsé  [la mouche tsé-tsé , Glossina spp., est le vecteur de Trypanosoma spp., qui provoque une maladie grave chez les bovins]. La partie continentale du pays couvre environ 900 000 km2, dont 100 000 km2 de montagnes et de surfaces non utilisables; par ailleurs, 150 000 km2 sont des parcs nationaux et des réserves de chasse.  Les 650 000 km2 restant peuvent servir à des usages productifs. Chaque année, quelque 50 000 km2 sont disponibles pour servir de pâture (PLDPT, 1984). La qualité des pâturages est déterminée par les précipitations – en terme de quantité et de répartition saisonnière -, le sol, les niveaux d’évapotranspiration, les conditions pastorales, l’état de dégradation et l’incidence de la mouche tsé-tsé. La zone  humide est principalement recouverte de forêt, de café et de thé, mais le fourrage parvient d’autres zones (PLDPT, 1984). La superficie des pâturages en fonction des zones climatiques est exposée au tableau 1:

Tableau 1. Pâturage selon les zones climatiques

Zone

Km2

Capacité de charge potentielle:
ha par UA

Effectifs potentiels du

bétail

Aride

195 000

Plus de 4

4 300 000

Semi-aride 

175 000

2-4

5 800 000

Sèche - sub-humide

165 000

1-3

8 300 000

Humide

50 000

0,5-2

1 600 000

Afro-alpine 

15 000

-

-

Total

600 000

-

20 000 000

Les ovins et les caprins se trouvent principalement dans la zone aride et les bovins dans la zone semi-aride. La zone sèche sub-humide est gravement infestée par la mouche tsé-tsé et de peu d’intérêt fourrager pour le bétail local. La compétition pour la terre va continuer à augmenter, la lutte contre la mouche tsé-tsé va acquérir de plus en plus d’importance et la programmation de l’occupation des sols va devenir essentielle pour garantir un usage adéquat des terres défrichées (PLDPT, 1984).

Le bétail ruminant est une ressource nationale essentielle, selon le recensement du cheptel le plus récent, mené en juin et juillet 1984. On comptait alors environ  1 250 000 bovins, 6 millions de caprins et 4 millions d’ovins (recensement du cheptel MOAC, 1984). Parmi les bovins, quelque 142 000 têtes sont des animaux laitiers améliorés et 86 000 des animaux de boucherie améliorés. La majorité sont des zébus à petites cornes, et 200 000 Ankole se trouvent dans la région de la Kagera. On comptait 836 000 bœufs de trait, principalement dans les zones en bordure de lac et dans les hautes terres du sud-ouest. 

Les effectifs du cheptel ont augmenté au cours des 75 dernières années (tableau 2). Les bovins ont augmenté de 2,7 pour cent par an de 1965 à 1978, mais seulement de 0,75 entre 1978 et 1984. Les annuaires statistiques de la FAO indiquent que les populations animales sont désormais presque statiques, bien que la redistribution régionale continue de constituer une caractéristique importante et que les migrations incontrôlées, du nord surpâturage vers le sud-ouest, se poursuivent. Les produits de l’élevage des ruminants commercialisés en 1988 étaient estimés ainsi: lait, 457 millions de litres; bœuf, 184 000 tonnes; viande de mouton et de chèvre, 28 800 tonnes. La plupart provenait du secteur traditionnel (PLDPT, 1984). Les statistiques de la République-Unie de Tanzanie en matière d’effectifs du cheptel, de production de lait et de viande et d’exportations, pour la période 1992-2001, sont montrées au tableau 3.    

Tableau 2. Effectifs du cheptel 1912-1984 (millions)

 

1912

1921

1965

1978

1984

Bovins

2,06

3,15

10,00

12,03

12,51

Ovins 

Caprins

}4,39

}

}3,41

}

2,85

4,25

3,57

5,53

3,08

6,04

D’après les estimations du MOAC, 1984

Tableau 3. Statistiques de la République-Unie de Tanzanie: effectifs du cheptel,
production de lait et de viande et exportations pour la période 1992-2001

 

1992

1993

1994

1995

1996

1997

1998

1999

2000

2001

Bovins
(millions)

13,2

13,6

13,8

13,9

14,0

14,2

14,3

14,4

14,4

14,4

Ovins
(millions)

3,6

3,8

4,0

4,0

4,0

4,1

4,1

4,2

4,2

4,2

Caprins
(millions)

9,1

9,4

9,7

9,7

9,8

9,9

9,9

9,9

9,9

10,0

Prod. de bœuf et de veau (milliers de tonnes)

199

203

205

206

209

211

218

223

224

225

Prod. de viande ovine (milliers de tonnes)

10,2

10,6

10,9

11,2

11,3

11,4

11,5

11,6

11,8

11,8

Prod. de viande caprine (milliers de tonnes)

22,9

23,6

24,4

24,5

24,6

24,7

24,8

25,0

25,1

25,1

Prod. de lait (milliers de tonnes)

627,9

635

648

683,6

679

694,4

764,8

755,2

780,6

780,6

Exportations de bovins (têtes)

n.r.

n.r.

n.r.

n.r.

n.r.

1 200

n.r.

n.r.

n.r.

n.r.

Exportations de bœuf et de veau (tonnes)

n.r.

n.r.

n.r.

n.r.

n.r.

80

80

80

80

n.r.


 

2. SOLS ET TOPOGRAPHIE 

Caractéristiques topographiques principales: 

A l’exception  d’une étroite bande côtière, la République-Unie de Tanzanie est pour l’essentiel située au dessus de 200 mètres. De vastes plaines et plateaux contrastent avec des reliefs et des formations physiques spectaculaires: le Kilimandjaro s’élève à 5 895 m d’altitude; le lac Tanganyika est le deuxième lac le plus profond du monde (1 436 m); la vallée du Rift, dans sa partie est, s’étend du nord au sud, formant de nombreuses dépressions étroites et profondes, souvent occupées par des lacs. Un bras occidental du Rift court le long de la frontière ouest et se distingue par la présence des lacs Tanganyika et Rukwa. Le bras oriental forme la grande vallée du Rift, de la frontière kenyane, dans la région des lacs  Eyasi, Natron et Manyara, jusqu’au lac Nyassa à la frontière mozambicaine. Le plateau central, qui couvre plus d’un tiers du pays, s’étend entre les deux bras du Rift.

Le pays compte de nombreux lacs; le lac Victoria, le deuxième lac d’eau fraîche du monde en termes de taille, ne fait pas partie de la vallée du Rift. Il n’y a pas de grands cours d’eau mais les trois grands fleuves d’Afrique naissent en République-Unie de Tanzanie: le Nil, le Congo et le Zambèze, qui s’écoulent respectivement vers la mer Méditerranée, l’océan Atlantique et l’océan Indien. Les bassins de ces rivières ne se rencontrent pas et sont séparés par le plateau central. Tous les cours d’eau principaux - Ruvuma, Rufiji, Wami et Pangani – coulent vers l’océan Indien. Le  Kagera se jette dans le lac Victoria. Des cours d’eau secondaires coulent vers des dépressions dans la vallée du Rift.

Principaux types de sol

Selon des données du PLDPT de 1984, les sols tanzaniens sont très variés. En voici une classification simplifiée:

a) Sols volcaniques: ils ont un potentiel agricole élevé et la pratique d’élevage tend à s’y limiter à la stabulation. Ils prédominent dans les zones suivantes: Arusha, Kilimanjaro, hautes terres du sud-ouest, plateau de Kitulo. En haute et moyenne altitudes, ils sont propices aux cultures fourragères destinées à la production laitière. 

b) Sols sableux légers: ils prédominent dans les zones côtières. Ils fournissent de la pâture durant les pluies mais sèchent rapidement ensuite et le fourrage n’est pas de grande qualité. 

c) Sols d’origine granitique/gneissique: ces sols pauvres se trouvent principalement dans le centre-ouest, notamment dans les régions de Mwanza et Tabora.

d) Sols rouges: ils occupent la plupart du plateau central. Ils produisent de bonnes terres de pâture durant les saisons pluvieuses limitées, et les herbages restent de bonne qualité en saison sèche. 

e) Sols ferreux: on les trouve à l’extrême ouest, surtout dans les régions de la Kagera, Kigoma et Sumbawanga. Ils sont pauvres et acides mais peuvent devenir productifs si on y ajoute du mulch (paillie) et du fumier.

f) Les vertisols noirs mbuga sont très répandus et constituent une importante ressource fourragère en saison sèche.


 

3. CLIMAT ET ZONES AGROÉCOLOGIQUES 

Effets climatiques généraux de la topographie

Le climat est varié et résulte des facteurs suivants (PLDPT 1984): a) la proximité de l’océan et des lacs intérieurs; b) l’altitude, qui gouverne la température; c) la latitude. La diversité du relief et des autres composantes donne lieu à une fourchette de précipitations allant de 200 à 2 000 mm par an. La plus grande partie du pays reçoit moins de 1 000 mm, sauf les hautes terres et l’extrême sud et ouest, qui peuvent s’attendre à 1 400 - 2 000 mm de pluies. Dans les zones centrales arides, il tombe en moyenne 200 - 600 mm. La pluviosité est  unimodal au nord de la ligne ferroviaire centrale, et bimodale au sud. Le tableau 4 donne un aperçu des saisons dans les zones principales.

Table 4: Saisons en République-Unie de Tanzanie

   

Saison

Zone

Mois

Direction du vent

 

Nord

Centre

Sud

décembre - mars

NE

Kaskazi

Sèche

Sèche

Humide

mars - mai

Variable

Masika

Humide

Humide

Humide

juin - septembre

SE

Kusi

Sèche

Sèche

Sèche

octobre -novembre

NE

Vuli

Humide

Humide

Humide

Deux facteurs supplémentaires jouent sur l’effet de la pluviosité: celle-ci est peu fiable, même dans les zones à précipitations moyennes élevées; la très forte évapotranspiration réduit son impact, notamment dans les zones semi-arides (PLDPT, 1984). La sécheresse a une incidence considérable sur l’élevage, surtout dans les régions d’Arusha, Dodoma, Singida, Shinyanga, Tabora et Mwanza.

Zones agroécologiques et principales activités agricoles

L’influence combinée de l’altitude, de la latitude, de la pluviosité et des sols détermine les zones climatiques en Afrique de l’Est. Selon Pratt et Gwynne (1977), la République-Unie de Tanzanie peut être répartie en cinq  zones. Le vaste éventail des altitudes se traduit, sur le plan de l’agriculture, par une grande diversité des systèmes de culture, qui vont des plantations de cocotiers de la côte aux cultures de climat frais comme le pyrèthre et le blé. 

a) Afro-alpine: 1 pour cent de la superficie; lande afro-alpine et pâturage, au-dessus de la ligne des forêts; potentiel et utilisation limités, sauf pour le recueil des eaux et le tourisme. 

b) D’humide à sèche sub-humide: 9 pour cent de la superficie; terres de pâture et broussailles dérivant de la forêt, constituant un potentiel pour la foresterie et l’agriculture (pyrèthre, café et thé). Les pâturages naturels répondent bien à une utilisation intensive et peuvent supporter une unité animale par hectare.

c) De sèche sub-humide à semi-aride: 30 pour cent de la superficie; zone sans potentiel forestier, comprenant un couvert variable de boisements humides, broussailles et savanes; arbres principaux, Brachystegia et Combretum. Le potentiel agricole est élevé, de vastes superficies sont soumises à la pâture extensive; la capacité de charge animale peut être importante, de l’ordre de moins de deux ha par unité animale. Il peut être nécessaire de procéder régulièrement à des mises à feu.

d) Semi-aride: 30 pour cent de la superficie; terres au potentiel limité pour les cultures marginales, comme le sisal ou les céréales à maturation rapide; végétation naturelle associant Acacia-Themeda  mais comprenant aussi des boisements secs de Brachystegia. C’est un pâturage potentiellement productif, avec une capacité de charge de moins de 4 ha par unité animale,  qui doit ses limites à l’invasion par les buissons, aux sols lessivés, à l’inadéquation des ressources hydriques et à la virulence de la mouche tsé-tsé. 

e) Aride: 30 pour cent de la superficie; zone ne convenant pas à l’agriculture, sauf sur les sols fertiles et dans les zones de fort ruissellement d’eau de pluie. Sur les pâturages dominés par  Commiphora, Acacia et des graminées pérennes comme Cenchrus ciliaris et Chloris spp., il faut plus de 4 ha par unité animale; la faune sauvage est importante. Il faut procéder aux mises à feu avec prudence, mais celles-ci peuvent être très efficaces dans la lutte contre les broussailles.


 

4. SYSTÈMES D'ÉLEVAGE 

La République-Unie de Tanzanie dispose d’une large variété de systèmes d’élevage  (PLDPT, 1984), influencés par le climat, l’alimentation à disposition, les cultures et les systèmes de production. Il y a de manière générale deux grands types d’élevage: 

- les systèmes traditionnels, où la plupart des produits sont consommés;

- les systèmes commerciaux, où la plupart des produits sont vendus.

SYSTÈMES TRADITIONNELS

Les systèmes d’élevage sont presque entièrement traditionnels; ces derniers produisent 93 pour cent du lait et 99 pour cent de la viande rouge consommés dans le pays. Ils sont subdivisés en quatre types:

Systèmes pastoraux. Nomadisme ou semi-nomadisme. Les cultures sont négligeables ou absentes. Plus de 20 pour cent du troupeau national bovin et une grande partie du troupeau ovin et caprin relèvent de ce secteur, et sont élevés pour la production laitière. Les animaux âgés ou en excès sont vendus, des bêtes sont abattues pour les occasions spéciales. Les bovins sont saignés pour l’alimentation humaine, bien que cette pratique soit en déclin. La steppe maasai était la zone pastorale principale mais les bergers se déplacent maintenant vers les zones centrales et méridionales; les cultures, inconnues auparavant, acquièrent de l’importance en terre maasai, car elles constituent aussi bien une source de nourriture qu’une façon d’établir des droits sur la terre. Ce système est sous pression pour les raisons suivantes: 

1. Expansion des mises en cultures qui réduisent la superficie des pâturages;

2. Surpâturage et culture itinérante qui réduisent la productivité des pâturages;

3. Absence de droits fonciers chez les éleveurs.

Agropastoralisme extensif: il concerne environ 25 pour cent des bovins et touche aussi les ovins et les caprins. On rencontre ce système, qui associe cultures et élevage, dans les zones à faible pluviosité de l’ouest (Shinyanga et Tabora) et du centre (Dodoma et Singida), où l’on pratique la culture itinérante du sorgho. Les troupeaux de bovins comptent en général 10 à 25 têtes.

Agropastoralisme intensif: il concerne environ 35 pour cent du cheptel bovin national. L’emploi de la force animale est courant pour les cultures de maïs et de coton (Shinyanga et Mwanza). Les systèmes banane, café, élevage de la Kagera sont de ce type. La taille des troupeaux varie de 10 à 100 têtes et les ovins et les caprins sont nombreux. Le bétail fournit du fumier pour les cultures.

Petit élevage de bovins laitiers et de boucherie: l’élevage bovin sous les cocotiers pratiqué dans les régions côtières, l’élevage laitier de bovins de races croisées gardés en stabulation, l’association de cultures arboricoles et d’élevage sur les hautes terres (Arusha et Kilimanjaro) et l’élevage péri-urbain à temps partiel (Dar-es-Salaam) relèvent de ce système. Le nombre d’animaux par famille varie de 1 à 8, et ceux-ci sont associés aux cultures et au petit bétail. 

SYSTÈMES COMMERCIAUX

Ce secteur fournit 7 pour cent du lait et 1 pour cent de la viande de bœuf commercialisée. La distinction entre systèmes traditionnel et commercial est désormais difficile dans la mesure où, de plus en plus, les produits de l’élevage sont vendus et non consommés par les familles. Les systèmes de production commerciaux sont classés de la manière suivante:

Grandes fermes d’élevage spécialisées: elles appartiennent à des sociétés privées para-étatiques, au gouvernement ou à des particuliers. Elles sont spécialisées dans la production de lait ou de viande, et ont recours à des races exotiques. Dans ces ranchs, la taille des troupeaux (de race boran) varie entre 1 000 et 10 000 têtes. Les anciennes fermes de production laitière gouvernementales (DAFCO) comptaient entre 300 et 400 vaches exotiques, mais les effectifs ont été réduits pour faciliter la gestion.

Elevage en association avec cultures arboricoles ou sisal: dans ce système, on pratique dans une mesure limitée une forme d’élevage où l’alimentation provient des résidus de récolte et de la pâture sur les terres laissées libres.

Exploitations mixtes de taille moyenne: ce sont des unités privées comprenant 100-200 bovins et caprins.

Petite production laitière: elle se répand rapidement, notamment dans les régions de Mbeya, Tanga, et dans le Kilimandjaro et autour des centres urbains. La taille des troupeaux est de l’ordre de 1-10 têtes, les animaux étant de races croisées (boran x frisonne), voire de race frisonne pure (là où une bonne gestion de l’élevage le permet). Les effectifs peuvent augmenter là où le fourrage est adéquat. Ceci permet de passer au système commercial et les profits sont susceptibles d’être plus élevés là où existe une bonne gestion. D’autres sous-secteurs commerciaux se concentrent sur du bétail monogastrique, comme les porcins dans le secteur para-étatique et les volailles dans le secteur privé. 

CONTRAINTES DE L’ÉLEVAGE

Alimentation: la pâture varie en fonction des saisons, quantitativement et qualitativement, et l’alimentation peut  être limitée, surtout en saison sèche, dans les zones surpâturées ou soumises à une charge animale trop élevée et dans les zones arides. Les carences sont aggravées par la dégradation de la terre, les feux incontrôlés, le manque d’eau, la mouche tsé-tsé et la mauvaise gestion (PLDPT, 1984). Pendant une grande partie de l’année, les herbages sont pauvres en minéraux; en particulier, le phosphore, est une substance nutritive qui manque dans toute la sous-région.

Eau: le caractère saisonnier des précipitations accentue la rareté de l’eau potable. Les barrages, les puits superficiels et les forages susceptibles de stocker l’eau pour les animaux et leurs propriétaires font défaut. L’absence d’entretien constitue un autre problème.

Maladie: La trypanosomiase et les maladies dues aux tiques, notamment la fièvre de la côte est (theileriosis), sont les principales maladies affectant les ruminants. Parmi les autres maladies causant une mortalité élevée et ayant un impact sur la production, on compte la fièvre aphteuse, la babesiose (red water), l’anaplasmose et les vers internes. La peste bovine est désormais sous contrôle. 

Manque de bétail amélioré: le manque d’animaux de reproduction constitue un problème dans le secteur laitier.

Contraintes sociales et organisationnelles:

Qualité: Traditionnellement, la qualité du lait et de la viande n’est pas un objectif essentiel, aussi la commercialisation des produits en provenance du secteur traditionnel est-elle problématique.

Système foncier: la législation est complexe et parfois conflictuelle. La garantie qu’ont les occupants de pouvoir bénéficier d’une certaine sécurité pendant un certain laps de temps est minime. Les lois coutumières sont confuses, elles empirent la situation et demandent à être revues.

Usage des terres: les pâturages sont exploités de manière collective. Cela conduit au surpâturage et à l’absence d’investissement et d’amélioration. Ces problèmes sont très répandus dans les systèmes pastoraux traditionnels de nombreux pays, et la solution est sociale et politique, non technique. Les tentatives visant à établir des associations pastorales pour rationaliser l’usage et le développement des pâturages ont échoué pour la plupart, mais demeurent une nécessité fondamentale.

Contraintes des services d’appui

Services vétérinaires: la lutte contre les maladies (quarantaine, vaccination, prophylaxie), le traitement clinique et d’autres services sont en voie de diminution, ce qui contribue à une faible production et à des mortalités élevées. 

Vulgarisation : elle est peu développée dans le secteur de l’élevage.

Commercialisation, transformation et transport : la détérioration des infrastructures de marché primaires et secondaires, des parcs de stationnement, des routes du bétail, des services de manutention et des contrôles vétérinaires a contribué à restreindre les produits de l’élevage officiellement commercialisés. Les problèmes engendrés par l’apport en matières premières, le transport, l’entretien des unités de traitement, l’organisation, la gestion et les finances, ont entravé le développement du commerce des produits de l’élevage. En République-Unie de Tanzanie, cette activité suppose un transport du bétail sur une longue distance, des zones de production vers les centres de consommation. Le système de transport est défaillant.

Approvisionnement en intrants: l’approvisionnement en produits importés essentiels à l’activité d’élevage, notamment les médicaments, les acaricides, les vaccins et les biens d’équipement, a récemment été favorisé par la libéralisation du commerce, mais les problèmes liés aux devises, à l’organisation et au suivi du bétail demeurent.

Contraintes économiques générales

Contraintes financières: l’activité d’élevage engendre peu de recettes du commerce extérieur et les perspectives d’augmentation à court terme sont réduites. Le financement des importations essentielles continuera donc à dépendre du gouvernement central ou de bailleurs de fonds.

Crédit: auparavant, le crédit passait essentiellement à travers des coopératives ou des institutions para-étatiques, les emprunts individuels n’étant pas favorisés. Aujourd’hui, des prêts individuels limités sont possibles, mais le processus est lent, désavantageux et coûteux. Une source de crédit accessible - et bénéficiant d’une supervision - est indispensable pour les petits producteurs qui dépendent, pour leur survie, de l’agriculture et de l’élevage, si on veut les encourager à adopter de nouvelles idées.


 

5. RESSOURCES PASTORALES

Pâturages

Les pâturages naturels répondent à plus de 90 pour cent des besoins alimentaires du cheptel ruminant. Cet apport varie considérablement, eu égard à la grande diversité des situations écologiques du pays. On a distingué, en fonction des zones écologiques, cinq grands types de pâturages (TSAP 1978.)

Tableau 5: Pâturages en République-Unie de Tanzanie.

Occupation des sols

(milliers ha)

Semi- aride à sub- humide

Plateaux humides

Basse terre humide

Haute terre très humide

Basse terre  très humide

Total

Superficie totale

22 560

32 208

20 062

12 235

1 324

87 389

Cultures

1 026

1 697

1 160

472

168

4 523

Pâturages 

15 684

15 022

8 464

3 813

896

43 879

a) Pâturages semi-arides à sub-humides: ils couvrent environ 30 pour cent des terres de pâture et on les trouve principalement dans les plaines centrales, notamment dans les systèmes pastoraux d’Arusha, Dodoma, Shinyanga et Singida. Quelque 40% du troupeau national bovin se trouvent ici, avec une densité de moins de 3 ha/tête. Le caractère saisonnier de la production, la sécheresse et le surpâturage constituent les problèmes essentiels. Les principaux arbres sont Brachystegia et Combretum spp., et les principales graminées Chloris gayana, Cenchrus ciliaris, Brachiaria brizantha, Cynodon spp. et Andropogon gayanus. Sporobolus spp. domine dans les zones surpâturées.

b) Plateaux humides: ils représentent 30 pour cent des terres de pâture et contiennent presque 50 pour cent du cheptel bovin. Ils sont caractéristiques des zones  agropastorales de Mwanza, Mara et Mbeya. Ces deux types représentent 60 pour cent de la superficie et contiennent 90 pour cent du bétail. Les espèces de légumineuses les plus courantes dans cette zone sont Desmodium spp., Clitoria ternatea, Macroptilium atropurpureum., Neonotonia wightii et Stylosanthes guianensis. Les graminées dominantes sont Chloris gayana, Pennisetum purpureum et Setaria sphacelata.

Les trois types restant:

c) Basses terres humides: elles représentent 20 pour cent des terres de pâture, mais seulement 2 pour cent du bétail se trouvent dans cette zone. Les régions à plus fort potentiel sont celles de Mtwara et Lindi. Parmi les espèces les plus communes, on trouve Hyparrhenia spp. et Cynodon spp.

d) Hautes terres très humides: elles couvrent 9 pour cent de la superficie et abritent 5 pour cent du cheptel bovin. Elles se trouvent dans certaines parties du Kilimanjaro, des régions de Mbeya, Ruvuma et Kagera; la plupart des bovins exotiques et de races croisées se trouvent là. Cette zone a un bon potentiel pour la foresterie et l’agriculture intensive, notamment pour le pyrèthre, le café et le thé. Les pâturages naturels réagissent bien à une gestion intensive et peuvent supporter une unité animale sur moins d’un hectare. Les graminées que l’on trouve dans cette zone sont Cenchrus ciliaris, Setaria sphacelata var. splendida, Panicum spp., et Pennisetum purpureum, et les légumineuses Centrosema pubescens, Desmodium intortum, Neonotonia wightii et Medicago sativa.

e) Basses terres très humides: il s’agit d’une zone restreinte, circonscrite à la région de Tanga, mais le bétail, en particulier les animaux laitiers de races croisées, y est en augmentation. Parmi les graminées courantes, on trouve Panicum spp., Pennisetum purpureum, et Chloris gayana. Neonotonia wightii et Centrosema pubescens sont les légumineuses principales.

Types de pâturages naturels

Les principaux types de pâturages de la Tanzanie sont décrits dans une publication de la FAO (1960); ils sont synthétisés ci-dessous. 

Le pâturage à Chloris est associé à une steppe arbustive ou buissonnante, dont les arbres principaux sont Commiphora, Acacia et Adansonia. On le trouve entre 450 et 1 140 mètres d’altitude, là où la pluviosité est comprise entre 380 et 640 mm. La densité des buissons réduit habituellement les possibilités de pâture, mais arbustes et broussailles contribuent dans une large mesure à l’alimentation du bétail en saison sèche. La capacité de charge est faible et le manque d’eau ainsi que la présence de la mouche tsé-tsé limitent l’accès à certaines zones. Les graminées principales sont les suivantes: Chloris roxburghiana, Latipes senegalensis, Enteropogon macrostachyus, Tetrapogon sp., Cenchrus ciliaris et, dans certains endroits, Cymbopogon aucheri et Aristida ascensionis.

Le pâturage à Eragrostis est une savane ouverte, presque dénuée d’arbres, dérivant de mises en culture intensives; on le trouve le long de crêtes gréseuses sur des sols peu fertiles. Le couvert herbacé est largement secondaire. Il apparaît à 1 400 mètres d’altitude, dans des zones à précipitations relativement élevées, 1 500 - 1800 mm. Les graminées deviennent vite dures et non appétibles. Ce pâturage est typique des zones gréseuses du Bukoba. La capacité de charge, de l’ordre de 3,25 ha par tête, est relativement élevée. Les graminées principales sont les suivantes: Eragrostis blepharoglumis, E. milbraedii, Hyparrhenia spp., Cymbopogon sp. et Setaria spp.

Le pâturage à Hyperthelia dissoluta est essentiellement composé de hauts herbages, en général associés à des boisements de Brachystegia  ou à des formations arborées plus ouvertes de Commiphora ou Acacia spp. Les sols sont habituellement pauvres, sableux et granitiques. On trouve ce pâturage dans des zones entre 450 et 1500 mètres d’altitude, avec des précipitations de 760 - 1200 mm tombant entre novembre et mai. La plupart des graminées sont comestibles quand elles sont jeunes mais, si elles ne sont pas pâturées intensivement, elles deviennent vite ligneuses, en particulier Hyparrhenia et Andropogon. Ce type est caractéristique de vastes zones de l’ouest de la Tanzanie et de certaines parties de l’est et du sud. Il est très employé dans le système d’exploitation agricole mixte. Les graminées principales sont les suivantes: Hyperthelia dissoluta, Hyparrhenia filipendula, Pennisetum polystachyon, Eragrostis chaplieri, E. patens, Setaria sphacelata et Chloris gayana.

Le type Hyparrhenia rufa - Bothriochloa insculpta est un pâturage édaphique entretenu par les inondations périodiques et les feux fréquents. Les sols sont variables mais fertiles; on le trouve du niveau de la mer jusqu’à  1200 mètres d’altitude, dans des zones recevant 760 - 1140 mm de pluies entre novembre et juin. Il est typique de la ceinture côtière et convient à l’agriculture mixte. Les graminées principales sont les suivantes: Hyparrhenia rufa, Bothriochloa glabra, Andropogon schirensis, Pennisetum polystachyon, Setaria sphacelata, S. marginatus, Ischaemum afrum, Chloris gayana et Hyparrhenia filipendula. Dans les zones demeurant humides de façon plus permanente, Echinochloa pyramidalis, Leersia hexandra, Phragmites communis et Imperata cylindrica sont courants.

Le pâturage à Panicum - Hyparrhenia est associé à des boisements de densité variée et à Acacia spp. (A. nigrescens est courant). On le trouve le long de la côte, là où il tombe 1 000 mm de pluies entre novembre et juin. On trouve aussi ce type à des altitudes plus élevées, jusqu’à environ 670 mètres, dans des zones à sols très fertiles, mais il est alors en général plutôt utilisé pour les cultures. Dans de bonnes conditions de gestion, sa capacité de charge est d’environ cinq hectares par tête. Les graminées principales sont les suivantes: Panicum maximum, Hyparrhenia rufa, Pennisetum purpureum, Cymbopogon excavatus, Brachiaria mutica, Bothriochloa glabra, Echinochloa pyramidalis et Chloris gayana.

Le pâturage à Panicum - Cenchrus consiste en sortes de poches au sein de bosquets comprenant essentiellement des espèces de Combretum, Grewia, Maerua, Boscia et Acacia. On le trouve entre 750 et 1 350 mètres d’altitude, dans des zones recevant 380 - 760 mm de pluies entre décembre et avril. C’est un pâturage très appété qui contient aussi de nombreuses plantes arbustives consommées par le bétail et la faune sauvage. Ce type est caractéristique de vastes zones du plateau central. Les graminées principales sont les suivantes: Panicum maximum, Cenchrus ciliaris, Bothriochloa insculpta, Brachiaria brizantha et Cynodon nlemfuensis. On rencontre, dans les premiers stades après défrichement, de nombreuses espèces annuelles qui persistent longtemps après, notamment Chloris virgata, C. pycnothrix, Setaria pallida-fusca, Dactyloctaenium aegyptium et Urochloa panicoides.

Le pâturage à Pennisetum clandestinum (souvent associé à Themeda triandra et Pennisetum schimperi) est un pâturage ouvert avec des herbages de 45 - 90 cm de hauteur ou parfois des herbages courts et denses, associés à Trifolium semipilosum; les espèces dominantes dépendent du feu, de la fertilité du sol et de l’intensité de la pâture. On le trouve à moyenne et haute altitude, 1 500 - 2 400 mètres, dans des zones de pluviosité bimodale de l’ordre de 750 - 1 500 mm. Il s’agit d’un excellent pâturage mais, du fait qu’il se trouve dans des endroits à fort potentiel agricole, il a été en grande partie mis sous culture. Les espèces principales sont Pennisetum clandestinum, P. schimperi, Themeda triandra, Exotheca abyssinica, Pennisetum catabasis, Panicum trichocladum, Andropogon pratensis, Digitaria scalarum et Eleusine jaegeri. Dans les zones cultivées, Digitaria scalarum peut être particulièrement nuisible.

Le pâturage à Themeda - Loudetia, dérivant des forêts de hautes terres, se constitue souvent sur des limons profonds rouges au-dessus de 1 400 mètres d’altitude, dans des zones recevant plus de 760 mm de pluies entre décembre et juin. La qualité de la pâture est bonne mais ces terres ont un potentiel élevé pour la mise en culture. Les graminées principales sont les suivantes: Themeda trianda, Loudetia simplex, Hyparrhenia nyassae, H. hirta, Melinis minutiflora, Trachypogon spicatus, Eragrostis racemosa et Elyonurus argenteus.

On trouve une savane ouverte, presque sans arbres ou avec quelques Acacia drepanolobium éparpillés, sur des sols rouges et noirs et dans certaines plaines inondables, entre 450 - 1 200 mètres d’altitude, dans des zones recevant 640 - 900 mm de pluies. Cette savane peut procurer une bonne pâture si elle est bien gérée. Les graminées principales sont les suivantes: Themeda triandra, Bothriochloa insculpta, Heteropogon contortus, Hyperthelia dissoluta, Cynodon nlemfuensis et Pennisetum mezianum.

SYSTÈMES D’USAGE DES PÂTURAGES

Les principaux systèmes

On peut identifier trois principaux systèmes pastoraux, à savoir:

a. Le nomadisme dans les zones semi-arides où les éleveurs se déplacent avec leurs troupeaux à la recherche de fourrage (ce qui est encore le cas des terres maasai, dans une mesure significative).

b. Le semi-nomadisme, où les éleveurs sont sédentarisés mais conduisent leurs troupeaux vers des zones de pâture et des points d’eau éloignés. 

c. L’élevage commercial de type ranching et la production laitière, qui relèvent d’associations de propriétaires terriens, villages, sociétés ou particuliers. Dans ce système, les innovations en matière pastorale peuvent être (ou ont pu être) introduites avec succès (Kidunda et al., 1990).

Fourrage provenant des systèmes de production agricole 

Herbages naturels: Les herbages naturels (une vaste gamme d’espèces, l’Afrique de l’Est étant le centre de diversification génétique de nombreux fourrages tropicaux) constituent la principale ressource en alimentation du bétail de la Tanzanie. Les pâturages couvrent quelque 51 pour cent de la superficie du pays (Kidunda et al., 1990) et ont évolué sous l’effet des ruminants, sauvages et domestiques, au cours de nombreux millénaires. Il est probable qu’ils continueront à offrir leur support à ces animaux pendant longtemps encore (Kidunda et al. 1990). Cependant, s’ils sont amenés à devoir répondre aux besoins d’une activité d’élevage croissante, ils doivent être bien gérés et utilisés d’une façon qui garantisse une production, durable, de grandes quantités de fourrage. La composition floristique de ces pâturages est telle que, comme pour tous les pâturages tropicaux, leur valeur nutritive est, au mieux, médiocre et, la plus grande partie de la saison, faible, car les espèces mûrissent et se lignifient rapidement. Le fourrage arbustif constitue cependant une importante ressource alimentaire de haute qualité dans de nombreuses zones de pâture extensive, surtout en saison sèche; les travaux de recherche pilote à ce sujet sont décrits par French (1949).

Environ 99 pour cent des ruminants relèvent du secteur traditionnel de conduite d’élevage, qui est caractérisé par la pâture communautaire et qui n’encourage pas la mise en pratique des améliorations techniques (Kidunda et al., 1990). L’élevage contribue beaucoup moins à l’économie monétaire du pays que les cultures commerciales (Anon, 1984). Les premiers efforts d’amélioration de l’élevage se sont concentrés sur le contrôle des maladies et l’amélioration génétique, mais il faudrait se tourner maintenant vers l’augmentation quantitative et qualitative de l’alimentation du cheptel.

Résidus de récolte: les résidus de maïs, sorgho, mil et haricots représente environ huit pour cent de l’alimentation du bétail. Par ailleurs, les résidus de blé, manioc, arachides et bananes ainsi que ceux issus du traitement du sucre, du café, du sisal et de la noix de cajou, sont significatifs localement. En général, les résidus de céréales restés sur les champs sont pauvres en protéines (trois pour cent) et en énergie (1,90 Mcal/kg), aussi faut-il les traiter ultérieurement ou les compléter par d’autres aliments. 

Céréales: les céréales servent à l’alimentation humaine; les graines endommagées ou de mauvaise qualité sont données aux cochons, à la volaille et aux vaches laitières. Si la production s’accroît, il sera possible d’en avoir davantage pour l’alimentation du bétail.

Tubercules: la production de manioc est d’environ 1,5 million de tonnes par an et celle de patates douces de 34 000 tonnes; on en utilise peu pour alimenter le bétail.

Sous-produits de moulin: les sous-produits céréaliers sont directement administrés aux animaux ou vendus pour faire des concentrés.

Résidus oléagineux: les tourteaux de coton, arachide, tournesol, noix de coco et sésame sont les sources complémentaires de protéines et d’énergie pour le bétail les plus importantes.

Molasses: elles constituent un complément énergétique non négligeable et augmentent l'appétibilité des autres aliments. Leur prix connaît une augmentation en raison de la concurrence avec le secteur de la production d’alcool dans certaines zones, comme le  Kilimanjaro et Arusha.

Farines de sous-produits animaux: le sang, la viande et les os provenant des abattoirs procurent la matière pour faire des farines. Selon les estimations, il en est produit 200 tonnes chaque année.

Farine de poisson: cette activité a en Tanzanie une capacité de 5 000 tonnes annuelles mais n’a jamais produit plus de 1 500 tonnes. Il s’agit d’un produit très demandé. 

Minéraux: la plupart des compléments alimentaires en minéraux et vitamines sont importés. 

Systèmes d’alimentation du bétail et intégration de l’élevage dans les systèmes de production agricole

Dans le secteur de la petite agriculture mixte, le bétail est alimenté principalement d’herbages naturels en produits de fauche. Dans un autre système, on emploie aussi des résidus de récolte, des feuilles d’arbres fourragers et des feuilles et tiges de bananes (pratique courante dans le nord). On a parfois recours à la supplémentation et aux concentrés pour les femelles pleines et les vaches laitières.  

Les aliments complémentaires peuvent comprendre des mélanges de minéraux et vitamines et des résidus de brasserie dans certaines zones - Arusha, Kilimanjaro et Mbeya. Le son de maïs, le tourteau de graine de coton et le tourteau de tournesol sont les principaux concentrés utilisés par les petits éleveurs. On observe une variation saisonnière dans la quantité et la qualité de l’alimentation disponible, qui affecte la production animale: ainsi, en saison pluvieuse, quand il y a du fourrage et qu’il est de bonne qualité, la production (de viande et de lait) est élevée; en saison sèche, la situation est à l’opposé. Les éleveurs doivent se déplacer pour chercher du fourrage et doivent parfois acheter du foin auprès de gros éleveurs ou de petits entrepreneurs. La plupart des petits producteurs ont recours aux molasses pour accroître l'appétibilité du foin.


 

6. AMÉLIORATION DES RESSOURCES PASTORALES                                     

Traditionnellement, l’intérêt officiel se concentrait sur les cultures de subsistance telles que maïs, sorgho, manioc, et les cultures de rente telles que coton, café, pyrèthre et thé. Une grande partie des terres consistent en pâturages naturels, mais on en a souvent abusé. Les résultats de la mauvaise gestion apparaissent évidents si l’on en juge les terres surpâturées et érodées, souvent envahies par les broussailles. Les modalités de l’agriculture sont lentement en train de changer, au fur et à mesure que les producteurs se rendent compte de la valeur de leurs terres de pâture. Cette prise de conscience de l’importance des pâturages et des fourrages augmente notamment chez les petits producteurs laitiers commerciaux. Devant l’augmentation du prix du lait, les producteurs ont tendance à chercher des concentrés moins coûteux, souvent difficiles à obtenir; mais selon Urio et Ekern (1990), les pâturages, utilisés de façon appropriée, constituent l’aliment du bétail le plus économique. 

Amélioration des pâturages naturels L’amélioration des pâturages naturels grâce à l’intervention sur la pression animale, l’emploi d’espèces appropriées (y compris les troupeaux mixtes), le contrôle du feu et du défrichement et la lutte contre les plantes ligneuses adventices, constitue toujours une base pour un accroissement de la productivité. Quelles que soient les améliorations, cela ne peut se réaliser que là où la terre et sa gestion peuvent être sous contrôle.  De nombreux travaux de recherche ont été lancés sur ces aspects fondamentaux en République-Unie de Tanzanie, notamment dans le Mpwapwa, entre les années 30 et les années 60 (voir par exemple Staples 1942 et van Rensburg 1969). On dispose de grandes connaissances sur les techniques d’amélioration pastorale mais, malheureusement, dans la mesure où la pâture extensive est essentiellement gérée de manière traditionnelle - la propriété étant souvent définie de façon imprécise -, les améliorations sont rarement effectuées. Les conditions d’application d’une meilleure gestion des pâturages naturels sont présentées par Strange (1980a et 1980b).

PÂTURAGES SEMÉS ET CULTURES FOURRAGÈRES

Pâturages semés

Les pâturages semés sont peu importants dans les systèmes de production, bien qu’ils aient été largement utilisés ailleurs en Afrique de l’est, en particulier au Kenya. La République-Unie de Tanzanie a été à la pointe de la recherche pastorale dans cette sous-région de 1930 aux années 50, notamment pour ce qui est de la zone semi-aride. Ce travail est synthétisé par Van Rensburg (1969) et on trouve aussi une bibliographie complète chez Boonman (1993). Cependant, les pâturages semés n’ont pas pris d’importance car ils ne conviennent pas à la petite agriculture – pour une bonne gestion de ceux-ci, il faut clôturer et posséder des champs de grande taille -; de même, le ressemis de pâturages collectifs n’est pas envisageable si l’on ne dispose pas d’une gestion organisée et communément acceptée et si l’on ne procède pas au contrôle de la charge animale. Un travail considérable a été effectué dans la région de Kongwa au démarrage du programme arachidier avec des semis à grande échelle de Cenchrus ciliaris; voir Brzotowski (1962), Brzotowski et Owen (1964), Owen et Brzotowski (1966). Les matériaux initialement sélectionnés en Tanzanie ont eu un retentissement bien plus important hors du pays: parmi les cultivars développés en Australie, à partir de plantes tropicales pastorales tanzaniennes, on compte par exemple  Cenchrus ciliaris ‘Biloela’, Chloris gayana ‘Callide’ et Neonotonia wightii ‘Clarence'.

Les pâturages naturels en République-Unie de Tanzanie, sous conditions tropicales en général, ont deux grandes caractéristiques: 

(1) Ils sont dominés par des graminées qui parviennent rapidement à la floraison et se lignifient rapidement, et qui contiennent donc beaucoup de fibres, peu de protéines et de minéraux, et sont peu digestibles.   

(2) Les légumineuses herbacées sur le couvert végétal sont négligeables. 

De nombreuses tentatives ont été faites pour introduire des légumineuses sur les pâturages d’Afrique de l’Est, pour améliorer les terres de pâture naturelles ou pour être intégrées dans des pâturages semés mixtes. Le premier modèle est venu d’influences d’Europe occidentale; le second a été encouragé par les travaux mené en Australie tropicale et sub-tropicale sur les légumineuses. Aucun des deux n’a réussi, malgré les nombreux essais faits à travers l’Afrique de l’Est.

Partant d’une série d’expériences faites dans divers sites, Naveh et Andersen (1967) ont recommandé d’introduire des graminées et légumineuses améliorées, le dernier dans l’intention d’augmenter le contenu en protéines des pâturages. En effet, même lorsqu’elles sont mures, les légumineuses contiennent un degré élevé de protéine. Pour obtenir de hauts niveaux de production animale, le contenu en protéines des pâturages doit être supérieur à 7 pour cent, ou l’absorption d’aliments par le bétail décline, se traduisant par une perte de poids vif.  L’amélioration pastorale est la méthode la plus économique pour s’assurer que le bétail a accès aux quantités adéquates d’énergie, de protéines, de vitamines et de minéraux. Toutefois, les légumineuses semées et les mélanges de légumineuses ne sont pas entrées dans les pratiques de production. C’est un phénomène général en Afrique de l’Est, où les légumineuses introduites rivalisent mal avec une flore graminéenne vigoureuse.

Avec l’élimination presque totale des deux légumineuses tropicales les plus résistantes, Stylosanthes guianensis et S. humilis, par l’anthracnose (Colletotrichum spp.) au début des années 80, l’introduction de légumineuses dans les pâturages tropicaux est devenue encore plus difficile (Stylosanthes capitata est une légumineuse native utile mais elle n’est devenue nulle part une composante importante du couvert végétal). Travaillant avec cinq légumineuses fourragères mêlées à Cenchrus ciliaris, Walker (1967) a comparé les rendements en matière sèche et le contenu de protéines à quatre taux de fertilisation azotée. Il a ainsi observé une augmentation linéaire des rendements en matière sèche et protéines, jusqu’à 21 kg d’azote par acre, mais le contenu en protéines n’a pas été affecté. La production de matière sèche la plus élevée a été observée chez Phaseolus atropurpureus, Stylosanthes guianensis et Centrosema pubescens. Dolichos formosus a augmenté la productivité de Cenchrus ciliaris tandis que Stylosanthes guianensis a réduit de façon notable la productivité des herbages. Les mélanges de Neonotonia wightii ont montré le rendement le plus bas. Les graminées qui poussent sous des arbres à usages multiples tendent à avoir des valeurs nutritives plus élevées (Rupindo, 1998). Par exemple, quand Pennisetum purpureum et Panicum maximum poussent avec Leucaena leucocephala et Gliricidia sepium , leurs valeurs nutritives s’améliorent, à la différence des peuplements purs des graminées (voir tableau 6)

Tableau 6: matière sèche, protéines et fibres de  P. purpureum et P. maximum,
sous arbres à usages multiples et en dehors

 

Pennisetum purpureum

Panicum maximum

 

MS

P

F

MS

P

F

Sous arbres

Moyenne

21,7

13,7

27,4

31,4

12,8

40,1

En dehors

Moyenne

19,9

11,7

37,5

28,3

10,8

41,3

Source: Rupindo 1998.

Herbages fourragers

De nombreuses graminées indigènes sont largement cultivées à travers l’Afrique de l’Est pour servir de fourrage en produit de fauche. L'herbe à éléphant , Pennisetum purpureum, est de loin la plus courante, même si l’herbe de Guinée, Panicum maximum, est aussi utilisée, de même que la Setaria géante, Setaria sphacelata var. splendida. Setaria est connue pour être la favorite des producteurs de café dans la zone du Kilimanjaro (van Rensburg 1969). Ces graminées, sur lesquelles ont été effectuées des recherches locales, sont utilisées en République-Unie de Tanzanie depuis de nombreuses années et sont adaptées aux petites exploitations; on les emploie en général comme supplémentation pour le bétail laitier, dans la mesure où elles se propagent par multiplication naturelle, et sont faciles à récolter et à administrer – elles n’ont aucune des contraintes d’autres fourrages en matière de taille des champs. S’il est bien entretenu, Pennisetum purpureum  peut rester vert tard au cœur de la saison sèche.

Semis sur tapis végétal dans les pâturages naturels

Certaines expériences ont montré que l’introduction de légumineuses sur les pâturages naturels permet d’augmenter les rendements en matière sèche et le contenu de protéines des herbages. Le semis de Desmodium intortum au dessus de pâturages naturels a produit une moyenne de 15,6 tonnes de matière sèche/ha/an, contre 13,0 tonnes de matière sèche/ha/an pour le pâturage naturel seul (Kusekwa et al., 1990). Deux légumineuses (Macroptilium atropurpureum et Clitoria ternatea) semées par-dessus un pâturage dominé par Hyparrhenia, ont atteint, en termes de valeur nutritive, une moyenne de 13,4 pour cent de protéines et de 69 pour cent de digestibilité de matière sèche in vitro (in vitro dry matter digestibility: IVDMD) au bout de huit semaines, contre 5,3 pour cent de protéines et 47,1 pour cent de digestibilité de matière sèche in vitro (in vitro dry matter digestibility: IVDMD) pour la graminée seule (Mkonyi, 1977). D’après les quelques expériences menées, il n’y a pas d’influence significative dans la prise de poids des génisses, durant la saison humide, selon qu’elles se nourrissent sur des pâturages naturels recouverts d’un semis ou sur des pâturages naturels laissés tels quels (Kusekwa et al., 1990; t’Mannetje, 1984, Sarwatt and Mtengeti, 1990, Tothill, 1986). 

Application d’engrais

L’application d’engrais sur des couverts végétaux naturels a produit des résultats variables (Kapinga et Shayo, 1990); les réponses ont varié en fonction des espèces mais toutes ont en général bien réagi aux engrais. A l’application de 15,9 kg/ha  d’engrais phosphoré, P. purpureum a réagi en donnant les rendements les plus élevés en termes de matière sèche et de protéines, la réponse la plus faible ayant été donnée par P. maximum. Malgré l’amélioration qui peut dériver de l’emploi d’engrais, les petits producteurs laitiers n’y ont pas recours en raison de leur coût élevé et de la croyance selon laquelle les engrais chimiques détruisent la fertilité des sols (Kapinga et Shayo, 1990).

Pâturages sous les cocotiers

En République-Unie de Tanzanie, le cocotier fait partie des principales cultures commerciales produites dans la ceinture côtière qui s’étend de Tanga au nord à Mtwara au sud (Anon, 1980, cité par Njau, 2000). Les produits principaux sont les noix de coco fraîches (madafu), la crème de noix de coco, l’huile de noix de coco, les feuillages et le bois de cocotier. La productivité annuelle est en général basse, de l’ordre de 30-40 noix pour le palmier d’Afrique de l’Est et de 45-50 noix pour le palmier hybride amélioré (palmier nain x grand palmier), contre un rendement standard de 80-100 noix (Kabonge et Temu, 1997, in Njau, 2000). Parmi les raisons expliquant cette productivité peu élevée, on compte la mauvaise gestion, notamment le contrôle des mauvaises herbes, et la faible fertilité du sol. Du fait de son coût et des faibles résultats attendus, le désherbage est rarement fait ou se fait par le feu.

Une façon d’améliorer les plantations de cocotiers de manière durable consiste à les mêler à des cultures vivrières  ou de les intégrer avec la pratique de l’élevage (Seth, 1953 et Reynolds, 1995, cités par Njau 2000). Les cultures mixtes requièrent le désherbage. L’élevage fournit du fumier, du lait et de la viande, et permet de lutter contre la croissance des mauvaises herbes. Les producteurs des districts de Tanga et Pangani ont commencé à mêler plantations de cocotiers et pâturages depuis 1965 et ont pu s’apercevoir des avantages. On s’attend à davantage d’intégration avec l’élevage dans la mesure où les activités d’élevage sont en augmentation sur la côte, du fait d’une forte demande et d’un bon réseau routier menant aux centres de commercialisation. Toutefois, peu d’attention a été portée en République-Unie de Tanzanie sur la productivité et la qualité des pâturages sous cocotiers. Njau (2000) a montré que ceux-ci ont un faible rendement en matière sèche et une faible valeur nutritive, et qu’ils mènent donc à une faible productivité du bétail. Ce type d’élevage ne pourra donc pas atteindre son plein potentiel sans amélioration pastorale. 

Les pâturages sous cocotiers sont principalement constitués de graminées, avec peu de légumineuses; l’application d’engrais améliore le couvert de base et accroît la proportion de légumineuses (Anderson, 1968). Certains fourrages semés tels que  Brachiaria decumbens et Brachiaria miliiformis disparaissent quand le couvert végétal est surpâturé, aussi faudrait-il maintenir une composition mixte, avec un juste équilibre de légumineuses et de graminées ((Njau, 2000). Une baisse de la part de légumineuses affecte l’efficacité globale des herbages. Les pâturages mêlant graminées et légumineuses favorisent l’absorption volontaire et la prise de poids vif, et améliorent la digestibilité de la matière sèche (Shem, 1993).

La croissance et le rendement en matière sèche des pâturages sous cocotiers sont diminués par l’ombrage. On observe qu’une réduction de la taille des feuilles réduit l’efficacité de la conversion de la photosynthèse en matière sèche (Photosynthetically Active Radiation: PAR) (Ludlow et Wilson, 1971, cités par Njau, 2000) aussi le taux de croissance et la production de matière sèche se réduisent-ils (Smith et Whiteman, 1983 in Njau, 2000).

Certaines espèces pastorales sont moins affectées par l’ombrage, en termes de croissance et de production de matière sèche (Partridge, 1996 cité in Njau, 2000). Cela a constitué une base pour la sélection de pâturages résistants à l’ombrage (Smith et Whiteman, 1983, cités par Njau, 2000). Parmi les fourrages résistant à l’ombrage, on trouve des graminées telles que Ischaemum indicum, Brachiaria milliiformis, B. humidicola, B. brizantha, B. mutica et des légumineuses comme Desmodium heterophyllum, Mimosa pudica et Centrosema pubescens

Pour utiliser la terre sous les cocotiers de manière efficace et obtenir davantage de revenus, on conseille aux producteurs d’intégrer l’élevage aux plantations ou de procéder à des cultures associées  sur les sols fertiles (Chipungahelo et al., 1997, cités par Njau, 2000). En République-Unie de Tanzanie, l’élevage sous cocotiers a été proposé par Sethi (1953, cité in Njau, 2000) à Tanga et, plus tard, par Childs et Groom (1964). On a observé les mérites de cette pratique lorsque la ferme laitière de Tanga a été créée au sein d’une plantation de cocotiers négligée, après la seconde guerre mondiale. Le bétail a permis de contrôler les mauvaises herbes et de restaurer la fertilité des sols. Les rendements des cocotiers a augmenté de 60 pour cent et la production de lait a doublé (Childs et Groom, 1964). On s’attend à une intégration de l’élevage accrue car, en 1992, il y avait 2 254 bovins laitiers à Tanga et que d’autres vaches étaient en train d’être distribuées par un projet de développement pour la petite production laitière (Tanga Small Scale Dairy Development project). Selon Schoepf (1997 in Njau, 2000), il y avait  25 000 vaches laitières à Dar-es-salaam et, en raison de la pression sur la terre, les agriculteurs se sont déplacés vers les  plantations de cocotiers périurbaines, dans les districts de la côte et de Bagamoyo. Le bon réseau routier et la forte demande de lait dans les villes côtières encouragent de nombreuses personnes à se lancer dans les activités de production laitière. Parmi les avantages de l’élevage bovin sous cocotiers, il faut citer la hausse des revenus dérivant de la vente des noix de coco et des produits de l’élevage, la baisse de la compétition des mauvaises herbes et des coûts de désherbage, le meilleur usage de la terre et la restauration de la fertilité des sols.

Intégration du fourrage sur les terres de culture auprès des petits producteurs 

Le travail sur les mélanges légumineuses–graminées dans le nord de la Tanzanie a commencé dans les années 60, lorsque l’on a  voulu étudier la productivité des légumineuses natives et introduites et des mélanges légumineuses–graminées, ainsi que leur adéquation possible au système café-banane et aux systèmes semi-intensifs maïs, blé, haricot, élevage. Parmi les légumineuses, seules Rhyncosia spp., Stylosanthes humilis, Melilotus alba, Desmodium uncinatum, Indigofera subulata et Dolichos formosus ont poussé convenablement dans les conditions de Tengeru (Naveh et Anderson, 1967). Les légumineuses ont été peu acceptées par les producteurs.

PÂTURAGES DANS LES AIRES PROTÉGÉES

Ceux-ci sont aussi utilisés comme pâturages par les pasteurs nomades; la pâture et le feu sont des composantes essentielles pour le maintien de l’écosystème des parcs. De manière générale, on observe une variation saisonnière des pâturages, les herbages étant plus fournis en saison humide. De fait, durant la saison sèche, les animaux migrent et se déplacent vers les points d’eau. Par exemple, à Ngorongoro, les animaux (aussi bien sauvages que domestiques) se déplacent vers le lac volcanique où se trouvent des pâturages plus verts, ce qui se traduit par un excès de charge animale, une dégradation des terres et une augmentation de plantes telles que Sporobolus spp., Hyparrhenia spp., etc.   


 

7. ORGANISMES DE RECHERCHE ET DÉVELOPPEMENT IMPLIQUÉS DANS LE PASTORALISME

La plus grande partie de la recherche en matière pastorale est menée par des organismes para-étatiques et des centres de recherche relevant du Ministère de l’agriculture (Ministry of Agriculture and Corporation: MOAC). On compte diverses stations de recherche représentant les différentes zones agroécologiques du territoire, notamment:  institut de recherche sur la production animale de Mpwapwa, station de recherche pastorale de Kongwa, centre de recherche de l’ouest du Kilimandjaro, centre de recherche de Malya et centre de recherche sur l’élevage de Tanga. L’université d’agriculture de Sokoine (Sokoine University of Agriculture: SUA), l’institut de formation sur l’élevage de Tengeru et le centre agricole de Uyole sont aussi activement engagés dans la recherche sur les pâturages et fourrages et autres sources d’alimentation du bétail. La recherche actuelle porte sur les questions suivantes:

Sokoine University of Agriculture. Amélioration des pâturages de Brachiaria par l’application d’engrais et le semis de légumineuses sur tapis végétal. Department of Animal Science and Production [Contact: dasp@suanet.ac.tz ou svsarwatt@yahoo.com ].

Etablissement de Gliricidia dans les systèmes d’exploitation des petits producteurs. Turiani, Morogoro, par Sarwatt, S.V., Lekule, F.P. et Mwenda, G. (en cours) [Contact: surude@suanet.ac.tz ou svsarwatt@yahoo.com]. 

Effet des feuilles de légumineuses arbustives comme additif azoté à l’ensilage de Pennisetum purpureum. Projet de recherche MSC, par Tesha M.W. (1999). 

Effet des grandes quantités d’engrais et de longues périodes de récolte sur la production de semences, le rendement en matière sèche et la composition chimique de Stylosanthes guianensis et S. Hamata à Morogoro; Projet de recherche MSC, par Liumba, A.M.N. (1999).

Stations de recherche relevant du Ministère de l’agriculture

Tengeru Livestock Training Institute (institut de formation sur l’élevage de Tengeru), zone nord: [Contact: MATI – Tengeru, P.O. Box 3101, Mbeya]. Les projets de recherche suivants y sont menés:  recherche pastorale ILCA; projet FAO sur la production de semences pastorales; projet de recherche en agroforesterie ICRAF;  projet agroforestier en coopération avec la communauté britannique de U. K. Leominister; incorporation de légumineuses fourragères au sein des graminées, à l’attention des petits producteurs laitiers des hautes terres du Kilimanjaro; utilisation de résidus de récolte dans l’alimentation du bétail laitier sur les hautes terres du Kilimanjaro; recherche sur la valeur nutritive, le traitement, l’utilisation et les coûts de transport des résidus de récolte. 

Mpwapwa Livestock Training Institute (institut de recherche sur la production animale de Mpwapwa), zone du centre [Contact: LPRI-Mpwapwa P.O. Box 202, Mpwapwa]: Introduction et évaluation des espèces pastorales pour le semis sur couvert végétal dans les pâturages naturels et pour les semis sous culture céréalière dans les zones semi-arides du centre de la République-Unie de Tanzanie. Le tri initial est effectué dans les stations et les espèces les plus prometteuses sont ensuite testées et triées sur site, dans les exploitations. 

  • Instauration de jardins de case intensifs pour l’alimentation du bétail  (recherche participative avec les producteurs).
  • Amélioration de l’alimentation du bétail par l’introduction de légumineuses à double usage  (cultures mixtes de céréales et de ces légumineuses dans le village de Berege).
  • Semis de légumineuses sur couvert végétal dans les pâturages naturels du centre de la République-Unie de Tanzanie, comme méthode d’amélioration pastorale.
  • Graminées et légumineuses fourragères améliorées dans le centre de la République-Unie de Tanzanie. Thèse doctorale de Mero, R.N. (1997).
  • Feuilles et cosses arbustives comme aliments du bétail dans le centre de la République-Unie de Tanzanie. MSc. Thèse de Shayo, C. (1998).

Conservation des légumineuses fourragères dans la région de Singida. La recherche a été menée par le LPRI (voir adresse supra): 

  • Potentiel des arbustes locaux comme aliments du bétail et contenu minéral de certains sols dans la République-Unie de Tanzanie centrale.
  • Rôle des arbres et arbustes dans l’élevage dans la République-Unie de Tanzanie centrale: étude de leur valeur nutritive en saison sèche.
  • Evaluation des ressources hydriques de la pastèque, et des ressources en protéines des grains de pastèques et des gousses d’acacia, pour la supplémentation des vaches laitières dans la République-Unie de Tanzanie centrale. Gestion de bovins améliorés dans le système du petit élevage dans le centre de la République-Unie de Tanzanie. Emploi de résidus de récolte pour l’alimentation en saison sèche.
  • Performance des espèces pastorales dans des conditions de gestion dans les exploitations, dans les villages de Berege et Chalinze.

Uyole Agricultural Research Station (centre agricole de Uyole) et activités de recherche dans les hautes terres du sud [Contact: ARI, Uyole Mbeya, P.O. Box 400, Mbeya]: Production de semences pastorales; introduction de Leucaena dans les systèmes de production; utilisation du fourrage par le bétail; sélection d’espèces fourragères tempérées et sub-tropicales à usages multiples, pouvant s’adapter aux hautes terres méridionales en vue d’une intégration avec les céréales sur site; suivi des terres de parcours et amélioration par semis en mottes, gestion des pâturages et méthode de contrôle, station de recherche de Kongwa.

Tanga [Contact: Livestock Research Centre, P.O. Box 5016, Tanga]: Sélection de graminées et légumineuses fourragères pour la zone côtière humide.

Contraintes de la recherche pastorale en République-Unie de Tanzanie

Malgré les gros efforts de recherche faits au cours des ans, il y a eu peu de progrès en matière de développement pastoral dans la plupart des zones d’élevage du pays  (Lwoga et al., 1984). Les aspects les plus importants de ce problème sont les suivants: absence d’objectifs nationaux, de coordination et d’intégration; inadéquation de la main d’œuvre impliquée dans les activités pastorales (Edye et Boudet, 1975; Lugenja et al., 1984); contraintes financières, la recherche, autrefois fortement soutenue, ne bénéficiant plus depuis quelques années des financements nécessaires.

Vulgarisation: les vulgarisateurs agricoles aptes à conseiller les producteurs en matière de développement pastoral et de gestion des pâturages se sont révélés trop peu nombreux et, même là où ils ont été présents, ils sont peu intervenus sur ce sujet. 

Disponibilité en intrants et canaux d’approvisionnement amont-aval : Le manque de semences a constitué un obstacle majeur au développement de pâturages semés en République-Unie de Tanzanie (Lwoga et al., 1984). Plusieurs stations de recherche et fermes d’élevage para-étatiques se sont lancées dans la production de semences pastorales (non certifiées), mais le manque de fonds a donné un coup d’arrêt à l’expansion de cette importante activité. Il n’y a pas une demande suffisante pour qu’une production commerciale soit viable. 


 

8. RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

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9. CONTACTS

Ce profil a été rédigé en octobre 2000 par le Dr. Sebastian Sarwatt et Esther Mollel, qui feront des mises à jour périodiques.

[Il a été revu par J. M. Suttie et modifié par S.G. Reynolds en novembre 2002]
[Le profil a été traduit en francais por Anouchka Lazarev]

Dr. Sebastian V. Sarwatt,

Department of Animal Science,

Sokoine University of Agriculture,

P.O. Box 3004, Morogoro, République-Unie de Tanzanie,

Tél: 255-023-604576/604617 (bureau)

Fax 255-023-604576/604562

E-mail: surude@suanet.ac.tz ou svsarwatt@yahoo.com

Esther L. Mollel, 

Department of Animal Science 

Sokoine University of Agriculture,

P.O. Box 3004, Morogoro, République-Unie de Tanzanie,

Tél: 255-023-604617 (bureau)

Fax 255-023-604562

E-mail: dasp@suanet.ac.tz ou simaloi_mollel@yahoo.com

[Le profil a été traduit en francais por Anouchka Lazarev]