Profil fourrager


Mauritanie

English


par

Ahemedou Ould Soule



1. Introduction
2. La Topographie et le Sol
3. Le Climat et les Zones Agro-écologiques
4. Les Systèmes d'élevage
5. Les Ressources pastorales
6. Amélioration des Ressources Pastorales
7. Les Organismes de Développement et de Recherche impliqués dans le Pastoralisme
8. References Bibliographiques
9. Contacts
10. Annexe 1


1. INTRODUCTION

La Mauritanie est située dans le nord ouest du continent africain entre le 15e et 27e degré de latitude nord et les 5e et 17e de longitude ouest. Elle est limitée au nord par le Maroc et l’Algérie, au sud par le Sénégal, à l’ouest par l’Océan Atlantique, à l’est et au sud par le Mali (Figure 1). C’est un vaste pays d’une superficie de 1 030 000 km2, peuplé de 2 548 157 habitants (Ould Ekeïbed M. A. 2001) vivant sur moins de 40 pour cent de la superficie globale du pays. L’espace désertique saharien couvre les trois quarts du pays, tandis que le dernier quart appartient au domaine sahélien.

La population se compose en majorité d’arabo-berbères (maures blancs et maures noirs ou haratins) et d’une importante part de négro-africains : halpoularen, soninkés, wolofs et bambaras. La religion est l’islam et la langue officielle est l’arabe. Elle est indépendante depuis le 28 novembre 1960.

Les principales ressources nationales proviennent du commerce, du secteur minier et de la pêche. Elle dispose également d’un potentiel important en terme d ‘élevage et dans une moindre mesure d’agriculture.

Figure 1a : Carte de la Mauritanie

Figure 1b : Carte administrative de la Mauritanie

2. La Topographie et le Sol

Plus de la moitié de la superficie du pays constitue une partie de la plaine africaine, le reste étant un ensemble de vastes plaines parsemées çà et là de plateaux de l’Adrar, du Tagant, de l’Assaba et l’Affolé dont les élévations varient environ de 200 mètres à 800 mètres au-dessus du niveau de la mer, avec un point culminant situé à 917 mètres à Kédia d’Idjil. Les plus basses altitudes se rencontrent le long de la ligne côtière de l’Océan Atlantique où elles s’élèvent à moins de 50 mètres . A l’est du littoral on rencontre les dunes continentales de 50 à 100 mètres . Entre les dunes continentales et les plateaux de l’Assaba, du Tagant et de l’Adrar, on rencontre des regs parsemés de buttes caillouteuses dont l’altitude est généralement inférieure à 100 mètres. Dans l’ensemble les variations topographiques ne sont pas importantes pour affecter la température et par la suite le développement de la végétation.

Sols
La connaissance des sols en Mauritanie, leurs associations et distribution revêtent un intérêt particulier dans tout processus de mise en valeur, de conservation ou de gestion rationnelle des ressources naturelles. Les sols de Mauritanie sont classiquement divisés en régions climatiques comme suit (Wa Nsanga 1982):

La région de sol A : située dans l’extrême sud du pays, c’est la zone la plus arrosée du pays. Elle reçoit des précipitations supérieures à 500 mm. Elle correspond à la limite septentrionale de la savane sèche. Cette zone climatique de sol offre le meilleur potentiel pour la culture sous pluies et les pâturages.

La région de sol B : englobe l’ensemble des zones à précipitations comprises entre 225 et 500 mm. Dans l’ordre de prédominance, les pâturages sont les dunes de sable ou autres sables éoliens, les terres rocheuses, les pédiments ou affleurements de désert, les terres hautes indifférenciées les terres alluviales, les dunes côtières, les sebkhas et les sols complexes. La pâture et l’agriculture sont les principales utilisations de cette zone.

La région de sol C : englobe tout le reste du pays où la pluviométrie moyenne est généralement inférieure à 225 mm. Dans cette région on y rencontre les trois formes principales de relief ; le groupe le plus important est composé de dunes de sable, suivi par les terres rocheuses et les pédiments qui sont moins nombreux.


3.Le Climat et les Zones Agro-écologiques

Climat
Le climat de la Mauritanie est régi par trois centres d’action (Diagana M. Y. 1998) :

  • Anticyclone des Açores, centré au sud-ouest de l’archipel des Açores ; l’alizé maritime issu de cet anticyclone souffle de manière permanente sur le littoral mauritanien de direction nord, nord-ouest.
  • Anticyclone de Sainte Hélène ou mousson : centré sur l’Atlantique sud, il souffle de direction sud ou sud-ouest. Il est responsable des pluies estivales.
  • Les cellules anticycloniques qui s’installent sur le Sahara en hiver et migrent vers le nord en été donnent naissance à une dépression saharienne. L’Harmattan issu de ces cellules anticycloniques est frais et sec pendant l’hiver et chaud et sec pendant l’été.

L’action de ces différents courants d’air engendre une grande variabilité annuelle des précipitations. En tenant compte de la pluviosité et de sa répartition au cours de l’année, on distingue en Mauritanie :

  • un climat tropical sec de type sahélo-soudanais caractérisé par huit mois secs dans l’extrême sud du pays (pluviométrie supérieure ou égale à 400 mm) ;
  • un climat subdésertique de type sahélo-saharien au centre caractérisé par une forte amplitude thermique et une pluviosité comprise entre 200 et 400 mm ;
  • un climat désertique de type saharien au nord caractérisé par une pluviosité inférieure à 200 mm/an.

La dégradation des conditions climatiques, causée par les sécheresses, a entraîné un déplacement des isohyètes vers le sud et est à l’origine du phénomène de désertification. Toute la partie nord du pays (environ les trois quarts du territoire national) est désertique (Figure 2). Elle est faiblement peuplée (tableau 3) La zone sahélienne s’étend d’ouest en est sur une bande de 200 kilomètres.

Dans l’ensemble le climat mauritanien peut être subdivisé en trois saisons :

- une saison de pluie de juin à octobre,

- une saison sèche froide d’octobre à mars,

- une saison sèche chaude de mars à juin.

La saison des pluies est très hétérogène dans le temps et dans l’espace. Elle s’étend sur une période de quatre mois, de juin à septembre, selon un gradient nord-sud et ouest-est de quelques millimètres à 450 mm/an (Figure 3). L’instabilité inter-annuelle des pluies est d’autant plus forte que les pluies sont peu abondantes (Nation Unies 2001).

Figure 2 : Répartition des isohyètes de la normale 1961-1990
(Carte établie à partir des relevés pluviométriques de l’AGRYMET/RIM)

Figure 3: Gradients pluviométriques nord-sud et ouest-est
(Source :Ministère du Développement Rural et de l’Environnement)

a. Gradients pluviométriques méridiens (moyennes pluviométriques en mm)

b. Gradients pluviométriques est-ouest (moyennes pluviométriques en mm)

Les zones agroécologiques
En Mauritanie, l’agriculture est fortement tributaire de la situation géographique du pays. Elle est concentrée dans le sud du pays particulièrement le long du fleuve Sénégal, entre le 16e et 18e parallèle. Quatre systèmes de cultures sont pratiqués selon les régions et les potentialités hydrauliques et donnent lieu à des productions agricoles spécifiques. Il s’agit de : la culture pluviale (ou dièri), la culture irrigué, la culture de décrue (ou oualo) et la culture oasienne. On estime que le pays dispose d’un potentiel de terres aptes à des activités agricoles de 502 000 ha (Tableaux 1 et 2) soit environ 0,5 % de la superficie totale du pays (Nations Unies 2001). Les potentialités agricoles peuvent varier considérablement d’une année à l’autre.

Tableau 1 : Potentiel agricole de Mauritanie (Nations Unies 2001).

Wilaya

Superficie (km2)

Potentialités (milliers d’hectares)

TOTAL

(Milliers ha)

Pluviale

Décrue

Oasis

Irrigué

District  Nouakchott

120

-

-

-

-

-

Hodh Chargui

182 700

70

8

0

0

78

Hodh Gharbi

53 400

42

16

0,5

0

58,5

Assaba

36 600

15

8,5

1,5

0

25

Gorgol

13 600

25

25

0

38,3

88,3

Brakna

33 000

13

19,1

0

49,7

81,8

Trarza

67 800

0

18

0

47,3

65,3

Adrar

215 300

0

28

2

0

30

Dakhlet Nouadhibou

17 800

-

-

-

-

-

Tagant

95 200

0

12,5

1,5

0

14

Guidimakha

10 300

55

4

0

2,1

61,1

Tiris Zemmour

258 580

-

-

-

-

-

Inchiri

46 300

-

-

-

-

-

TOTAL

1 030 700

220

139,1

5,5

137,4

502

Le potentiel agricole est inégalement reparti sur le territoire: les quatre wilaya du sud (Trarza, Brakna, Gorgol et Guidmakha) dont la superficie totale représente environ 12 % du territoire national, totalisent 59 % des superficies cultivables et la quasi-totalité du potentiel irrigué.

Tableau 2 : Répartition du potentiel en terres agricoles selon les wilaya en 2000 (Nations Unies 2001).

 

Superficie (ha

 

Total

Cultivée

Potentielle

Cultivée sur potentielle (% )

Nouakchott

12 000

-

-

-

Hodh Chargui

18 270 000

40 205

78 000

54,54

Hodh Gharbi

5 340 000

25 693

58 500

43,92

Assaba

3 660 000

20 426

25 000

81,70

Gorgol

1 360 000

53 030

88 300

60,06

Brakna

3 300 000

14 952

81 800

18,28

Trarza

6 780 000

31 603

65 300

48,40

Adrar

21 530 000

337

30 000

1,12

Dakhlet Nouadhibou

1 780 000

-

-

-

Tagant

9 520 000

3 725

14 000

26,61

Guidimakha

1 030 000

18 516

61 100

30,30

Tiris Zemmour

25 858 000

-

-

-

Inchiri

4 630 000

-

-

-

TOTAL

1 03 070 000

208 487

502 000

41,53

  • La culture pluviale : elle désigne les cultures qui dépendent directement du régime des pluies. Elle est étroitement liée à la pluviométrie et peut varier considérablement d’une année à l’autre. Aux principales spéculations sorgho, mil et maïs sont associés le niébé (Vigna unguiculata), pastèques (Citrullus lanatus), oseille de Guinée (Hibiscus sabdariffa), arachide etc. Prépondérantes dans la production nationale, les cultures pluviales ne couvrent cependant selon les années que 13 à 30 pour cent des besoins du pays. On estime que 80 % de cette production est auto-consommée. Sa contribution au PIB est insignifiante et tend à décroître.
  • La culture irriguée : le rythme des aménagements hydro-agricoles a connu une évolution considérable dans la vallée au cours des dernières décennies, grâce à l’accroissement rapide des périmètres privés. Ce développement spectaculaire de l’agriculture irriguée quoique prometteur d’espoirs, s’est traduit par l’expansion de techniques culturales modernes et l’usage d’éléments polluants : engrais et pesticides. La principale spéculation est le riz. Toutefois, quelques cultures de contre-saison (sorgho, maïs et produits maraîchers) sont pratiquées.
  • La culture de décrue : le système de production de cette culture se fonde sur l’exploitation des zones inondables par la crue du fleuve Sénégal et de ses affluents, les zone de retenues en amont des barrages et diguettes, et des dépressions topographiques. Cette forme de production est aujourd’hui menacée par les règles de gestion de l’eau qui s’imposent après la mise en service de la centrale hydroélectrique de Manantali. Les principales cultures qui y sont pratiquées sont le sorgho et le maïs auxquels s’ajoutent traditionnellement les pastèques et le niébé.
  • La culture oasienne : les oasis sont célèbres pour leurs palmiers-dattiers. On rencontre les palmeraies essentiellement dans les régions de l’Adrar, le Tagant, l’Assaba et les deux Hodhs. On estime à 1 870 780 le nombre de palmiers-dattiers recouvrant une superficie moyenne de 5 500 ha. Dans ces palmeraies, le palmier-dattier est cultivé en association avec les légumes et les cultures fourragères (surtout la luzerne, Medicago sativa). Les principales productions des oasis sont : les dattes, les cultures maraîchères, la luzerne et accessoirement le blé, l’orge, le sorgho et le niébé.

En fonction des caractéristiques climatiques la Mauritanie peut être subdivisée en cinq zones écologiques (Figure 4) dont les principales caractéristiques sont présentées dans le tableau 3.

Tableau 3 : Caractéristiques des zones écologiques de Mauritanie (Banque Africaine de Développement 1997).

Zones écologiques

Territoires
Concernés

Superficie

Population

Densité

Km2

%

Habitants

%

Aride

Tiris Zemmour, Adrar, Tagant, Oualata, Magta Lahjar, Boumdeid,  Boutilimitt.

810 000

78

300 000

13

0,4

Sahel Ouest

Assaba plus une partie des régions du Trarza, Brakna, Gorgol et Guidimakha.

75 000

7

440 000

19

6

Sahel Est

Les deux Hodhs moins le département de Oualata.

100 000

10

420 000

18

4

Fleuve

Quelques départements des régions du Trarza, Brakna, Gorgol et Guidimakha.

22 000

2

450 000

19

20

Façade maritime

Littoral de Nouadhibou à Keur Macène.

25 000

3

700 000

31

28

  • Zone aride : elle couvre toute la zone située au nord de l’isohyète 150 mm à l’exclusion de la bande du littoral. Elle correspond au climat saharien.
  • Zone sahélienne Est : elle est comprise entre l’isohyète 150 mm au nord et la frontière des deux Hodhs avec le Mali. Cette zone renferme 50 % des potentialités sylvo-pastorales du pays.
  • Zone sahélienne Ouest : elle est comprise entre l’isohyète 150 mm au nord et la vallée du fleuve Sénégal au sud.
  • Zone du fleuve : c’est dans cette zone qu’est concentré l’essentiel de l’activité agricole mauritanienne.
  • Façade maritime : c’est une étroite bande de 50 km de profondeur en moyenne qui s’étend de Nouadhibou à N'diago.

Dans ces zones écologiques, on rencontre des zones humides servant de transit aux oiseaux migrateurs et dont certaines hébergent une riche avifaune. Les principales zones humides du pays sont :

- le fleuve Sénégal,

- le lac de Rkiz,

- le lac d’Aleg,

- le lac de Mâl,

- la Tamourt N’nâj,

- le Parc National du Banc d’Arguin,

- Parc National de Diawling.

Figure 4 : Localisation des zones écologiques (Banque Africaine de Développement 1997)

Les Systèmes d'élevage

Autrefois, le secteur de l’élevage était séparé de l’agriculture, mais une évolution s’est produite au cours des dernières décennies et les animaux se retrouvent maintenant dans tous les systèmes de production agricole. Ainsi, on distingue en Mauritanie les principaux systèmes de production suivants : les systèmes pastoraux nomades, les systèmes pastoraux et agropastoraux transhumants, les systèmes agropastoraux à élevage sédentaire associé à l’agriculture, les systèmes extensifs urbains et les systèmes semi-intensifs.

L’élevage constitue la principale activité du secteur rural en Mauritanie. Il est dans la majorité des cas de type extensif, mais on assiste depuis quelques années à une évolution vers d’autres formes. Malgré les graves années de sécheresse qui ont considérablement réduit les ressources fourragères et hydriques, et décimé le cheptel mauritanien au cours des années 70 et 80, l’élevage continue d’être une activité économique importante. La contribution officielle du secteur de l’élevage à la valeur ajoutée nationale se situe pour l’année 2000 aux alentours de 68 milliards d’Ouguiya (1US$ = 258.750 (MRO)Oguiya in 2003), soit approximativement 25 % du PIB (FAO 2001). Il est pratiqué essentiellement dans une zone à climat sahélien qui couvre tout le sud du pays entre le 15e et 18e parallèle nord. La répartition du cheptel est fonction des espèces :

- Le troupeau bovin est cantonné essentiellement sur la partie comprise entre l’isohyète 150 mm et la frontière sud du pays.

- Le cheptel ovin-caprin est dispersé sur tout le territoire avec de fortes densités dans le sud et sud-est.

- Le troupeau camelin nomadise pour la plus grande part au nord de l’isohyète 400 mm avec les plus fortes densités sur les côtes du fait de la présence de pâturages salés très appréciés par le dromadaire.

En Mauritanie, il y a une spécialisation des zones agroécologiques en matière d’élevage :

- Le Sahel Est est la zone d’élevage la plus importante avec 64 % du cheptel bovin, 49 % du cheptel ovin-caprin et 40 % du cheptel camelin.

- Le Sahel Ouest est la seconde zone d’élevage avec 33 % du cheptel bovin, 44 % du cheptel ovin-caprin et 22 % du cheptel camelin.

- La zone aride est la zone d’élevage la moins importante avec 3 % du cheptel bovin, 7 % du cheptel ovin-caprin et 38 % du cheptel camelin.

Il n’existe aucune base fiable qui permettrait de connaître les effectifs de différentes espèces animales présentes en Mauritanie. D’après les statistiques publiées par le Ministère du Développement Rural et de l’Environnement (MDRE), les effectifs seraient en 2000 de :

· 1 657 000 bovins

· 12 555 000 petits ruminants (ovins et caprins)

· 1 247 000 camelins

· 212 000 équins et asines.

Les données de la FAO sur le nombre du bétail, des exportations de bétail et de la viande et des importations de lait sont données dans le tableau 4.

Tableau 4. Statistiques de la Mauritanie pour les nombres de bétail, le boeuf, le veau, les moutons, la viande de chèvre et la production laitière, les importations de bétail et les importations de viande bovine pour la période 1993-2002 (base de données 2003 de la FAO)

Item

1993

1994

1995

1996

1997

1998

1999

2000

2001

2002

Numéros de bétail (,000,000)

1.20

1.10

1.11

1.12

1.35

1.40

1.43

1.48

1.50

1.50

Numéros de camelins (,000,000)

1.09

1.10

1.11

1.11

1.16

1.19

1.21

1.23

1.23

1.23

Numéros de moutons (,000,000)

5.28

5.28

5.29

6.20

6.30

6.84

7.18

7.54

7.60

7.60

Numéros de chèvre (,000,000)

3.52

3.52

3.53

4.13

4.20

4.56

4.78

5.02

5.10

5.10

Boeuf et veau prod. (,000Mt)

9.2

9.4

9.6

10.2

10.2

10.2

10.3

10.4

10.5

10.5

Viande de moutons prod. (,000Mt)

12.2

12.6

12.7

14.9

15.0

16.3

17.1

18.0

18.0

18.0

Viande de chèvre prod. (,000Mt)

8.1

8.4

8.5

9.8

9.9

10.8

11.4

12.0

12.0

12.0

Lait prod. (,000Mt)

284.2

278.3

283.6

300.9

3003.4

314.4

318.7

320.7

322.4

322.4

Exportations de bétail nos (,000)

73

34

63

70

60

50

50

50

50

n.r.

Importations d'équivalent de lait (,000Mt)

68.65

68.06

54.35

52.78

58.66

41.28

53.43

35.19

35.19

n.r.

Importations de boeuf et de veau (Mt)

21

10

12

12

12

12

28

n.r

n.r.

n.r.

Lait, importations fraîches (,000 Mt)

4.73

5.56

6.70

5.50

8.30

6.20

4.02

5.06

5.06

n.r.

Exportations de moutons nos. (,000)

230

230

200

200

200

200

200

200

200

n.r.

Importations de mouton et d'agneau (Mt)

n.r.

18

10

10

10

10

10

10

10

n.r.

Source: FAO statistics 2003
n.r. = no record

Les effectifs de ce cheptel ont subi des variations importantes depuis 1964 (date des premières statistiques disponibles). Les baisses des effectifs sont la conséquence des différentes sécheresses qui ont affecté le pays. Les petits ruminants et les camelins ont beaucoup moins souffert de la sécheresse que les bovins (Figure 5). Actuellement, les troupeaux se sont reconstitués et leurs effectifs sont supérieurs à ceux existants avant les cycles de sécheresses commencés en 1968. L’évolution récente de ces effectifs est liée à la bonne pluviométrie que le pays a connu.

Figure 5 : Evolution du cheptel ruminant en milliers de têtes
(Source : Direction de l’élevage)

Les animaux domestiques

Les animaux domestiques élevés en Mauritanie appartiennent aux différentes espèces indiquées dans le Tableau 5.

Tableau 5 :  Les ruminants élevés en Mauritanie (Kane M. 1995)

Espèce

Race

Poids

Production laitière

Bovins

Zébu maure

Mâle de 350 à 500 kg

Femelle de 250 à 300 kg

600 à 1 000 litres par lactation qui dure de 6 à 7 mois.

Zébu peul

Mâle de 350 à 450 kg

Femelle de 250 à 300 kg

300 à 500 litres par lactation qui dure de 6 à 7 mois.

Ovins

Mouton maure à poils ras

40 à 50 kg

50 à 100 litres par lactation qui dure de 5 à 6 mois.

Mouton maure à poils long

Mâle de 30 à 45 kg

Femelle de 25 à 35 kg

30 à 60 litres par lactation qui dure de 5 à 6 mois.

Mouton peul

Mâle de 30 à 50 kg

Femelle de 25 à 40 kg

30 à 90 litres par lactation qui dure de 5 à 6 mois.

Caprins

Chèvre du Sahel

25 à 35 kg

100 à 300 litres par lactation qui dure de 5 à 6 mois.

Chèvre du Sahara

30 à 40 kg

300 à 400 litres par lactation qui dure de 5 à 6 mois.

Chèvre naine de l’est

15 à 20 kg

200 à 300 litres par lactation qui dure de 5 à 7 mois.

Camelins

Dromadaire de l’Aftout

300 à 600 kg

900 à 2 000 litres par lactation qui dure de 6 à 18 mois.

Dromadaire du Sahel

900 à 2 000 litres par lactation qui dure de 6 à 18 mois.

¨        Les bovins (Bos indicus) : en Mauritanie on rencontre deux races distinctes :

·         Le zébu maure: représente 75 %  des effectifs. C’est un animal rustique qui peut remonter assez loin dans le nord parfois au-delà de l’isohyète 150 mm. Il est très résistant et peut ne boire que tous les deux jours.

·         Le zébu peul: se rencontre exclusivement dans le sud du pays (surtout dans le Gorgol Assaba et Guidimakha).

¨        Les ovins (Ovis aries) : en Mauritanie on rencontre trois races de mouton :

·         Le mouton maure à poils ras (Touabir ou Ladem) : il est très apprécié pour ces qualités bouchères.

·         Le mouton maure à poils long : il est nettement plus petit que le type précédent. Il est apprécié pour son poil de couleur noire assez long pour être tissé.

·         Le mouton peul ou poulfouli : il a des caractéristiques assez voisines de celles des moutons maures à poils ras. Il se rencontre uniquement dans le sud du pays.

¨        Les caprins (Capra hircus) : on rencontre en Mauritanie les races suivantes : la chèvre du Sahel ou chèvre bariolée que l’on rencontre dans tout le pays, la chèvre du Sahara ou chèvre espagnole ou Gouéra et la chèvre naine de l’est ou Djouguer.

¨        Les camelins (Camelus dromedairus) : on rencontre en Mauritanie les deux races suivantes : le dromadaire du Sahel ou Rgueïbi et le dromadaire de l’aftout ou chameau de Brabiches.

¨        Les équins (Equus caballus) : on distingue la présence de deux races en Mauritanie : le cheval barbe et le cheval arabe ou race des deux hodhs.

¨        Les asins (Equus asinus) : on rencontre une seule race, la race locale (l’âne de Mauritanie) dans tout le pays.

¨        Les volailles : elles sont représentées essentiellement par des races locales (Gallus gallus) ou exotiques. Les estimations des dernières années font état de 3 500 000 poules de souche locale en élevage traditionnel. L’aviculture traditionnelle concerne également les pintades et les canards.

 La production animale

Les productions animales étant largement tributaires du disponible fourrager des pâturages naturelles, sont caractérisées en général par des périodes courtes de gain de poids et d’augmentation de la production laitière en hivernage (3-4 mois) suivies par des périodes plus longues de pertes de poids et baisse de la production laitière en saison sèche (8-9 mois).

La vente du bétail sur pieds, des produits dérivés tels que : lait, viande beurre, peaux, laines etc. est la principale source de revenu de l’éleveur. Les prix du bétail sur les marchés s’établissent selon le libre jeu de l’offre et de la demande. Les transactions se font à la tête de bétail. Les animaux commercialisés sont en général des mâles âgés ou des femelles de reforme (femelles âgées ou stériles). Les petits ruminants connaissent une forte exploitation de jeunes surtout les chevreaux. Les femelles sont en général capitalisées.

¨        La filière lait :  le lait est un aliment extrêmement important dans l’alimentation des mauritaniens. Il est consommé soit à l’état frais ou transformé en lait caillé ou en beurre. L’alternance des saisons conditionnant une alternance des conditions d’alimentation est un facteur important de variation de la production. Pendant l’hivernage la production de lait est beaucoup plus importante que celle de la saison sèche. La saisonnalité de la production laitière s’explique par la qualité des fourrages et la disponibilité de l’eau au cours de l’année. La variation de la valeur nutritive des pâturages se traduit non seulement par la variation de la production laitière, mais encore par d’importantes variations dans la composition du lait. Le lait d’hivernage étant de qualité meilleure.

Les deux usines de pasteurisation ont organisé un système de collecte de lait produit par les élevages semi-intensifs et péri-urbain (transhumants ou sédentaires). Ces systèmes de collecte sont organisés avec des moyens modernes (camionnettes, camion-citernes etc.). En vue d’une rationalisation et d’un développement de la production laitière, les usines de pasteurisation ont organisé les éleveurs ; ce qui a permis, outre l’augmentation des revenus des éleveurs, une meilleure gestion des troupeaux qui sont mieux nourris et soignés.

¨        La filière viande : la production annuelle de la viande est estimé à environ 75 426 tonnes, dont  16 215 tonnes de bovins, 38 745 tonnes de petits ruminants, 18 046 tonnes de viande cameline et 2 420 tonnes de viande de volailles. La Mauritanie est autosuffisante en viande et écoule la production excédentaire (cheptel sur pied) vers les pays voisins : Sénégal, Mali, Côte d’Ivoire et les pays de l’Union du Maghreb arabe. Les exportations sur pieds sont de l’ordre de 30 000 à 70 000 têtes de bovins et 300 000 ovins. On estime l’excédent exportable à 43 300 bovins, 327 600 petits ruminants et 31 600 camelins soit 17 110 tonnes d’équivalent carcasses (Marchés Tropicaux et Méditerranéens 1998).

¨        Autres produits de l’élevage: le potentiel exportable en peaux équivaut à 78 000 bovins et 1 800 000 petits ruminants. Les peaux et cuirs des petits ruminants et bovins sont employés par l’artisanat local tandis que ceux des dromadaires ne sont pas utilisés. Les exportations des peaux et cuirs sont limités. Elles sont constituées essentiellement de peaux d’ovins; selon les statistiques douanières, elle est de l’ordre de 20 %  des abattages contrôlés et 2,5 %  des abattages totaux (Marchés Tropicaux et Méditerranéens 1998). La collecte de peaux brutes est principalement réalisée  à Nouakchott. La laine de mouton, très appréciée est utilisée pour la confection des tentes. La laine de chameau est également utilisée pour les mêmes fins. Les bouses de vaches sont utilisées comme source d’énergie de chauffage. Elles sont également utilisées dans les constructions en banco. Les déjections d’animaux pâturant sur les champs de culture sont des fertilisants du sol. Les cornes et ongles sont très peu exploités en Mauritanie.

¨        Production d’une force de travail : dans les zones sahariennes et saharo-sahéliennes où la profondeur des puits peut atteindre quelques dizaines de mètres, l’exhaure de l’eau est effectuée à l’aide de chameaux ou plus rarement avec des ânes. Dans ce cas le puisage se fait à l’aide d’un seau (delou) réalisé à partir de peaux de vaches d’une capacité pouvant dépasser les 50 litres. Dans la vallée, on pratique la culture attelée. Les animaux les plus fréquemment employés sont les bœufs et les ânes. Les charrettes très utilisées dans le transport interurbain d’eau, marchandises et même de personnes sont tirées par des ânes ou des chevaux.

Les systèmes de production

Les systèmes pastoraux nomades

Jadis très important dans les systèmes de production en Mauritanie, le nomadisme a souffert d’une forte régression au cours des trois dernières décennies principalement à cause de la sécheresse. Les principaux animaux domestiques de ce système sont le chameau et la chèvre. Ce système d’élevage est caractérisé par une très grande mobilité des troupeaux. Les mouvements des troupeaux sont tributaires de la disponibilité des pâturages naturels et des points d’eau.  Pendant la saison d’hivernage (mi-juillet-septembre) les troupeaux remontent le plus au nord possible généralement dans leurs terroirs. Par contre, pendant la saison sèche froide (octobre-février) les nomades progressent lentement vers le sud. Pendant la saison sèche chaude (mars-mi-juillet), ils se fixent généralement près des points d’eau. Dans le nord, les nomades sont parfois obligés de conduire les troupeaux de dromadaires très loin des points d’eau (parfois plus de 30 km) à la recherche des pâturages. Dans ce cas l’abreuvement a lieu une fois par un à trois mois. De même si les dromadaires sont conduits sur des pâturages riches en eau, ils peuvent se passer d’eau pendant des semaines voire un à trois mois. Les troupeaux nomades sont gardés par des bergers qui sont souvent des anciens nomades ayant perdus leurs troupeaux lors des années de sécheresses ou leurs fils. Ils gardent des troupeaux généralement appartenant à des propriétaires urbains contre une numération. Les troupeaux de caprins à faible effectif appartiennent souvent au berger.

Les animaux parcourent quotidiennement des longues distances à la recherche de la nourriture constituée principalement d’arbres, d’arbustes et d’herbes. Seuls les animaux affaiblis peuvent recevoir une alimentation complémentaire constituée essentiellement de concentrés, blé, tourteau d’arachide. Les nomades connaissent très bien les plantes et les animaux. Le savoir-faire des pasteurs permet d’utiliser au meilleur moment les parcours de telle ou telle zone. A partir d’enquêtes menées auprès d’autres éleveurs, de missions de prospection qu’ils effectuent à dos de chameau, ils apprécient la capacité fourragère et la répartition spatiale des pâturages ; ce qui leur permet de gérer leurs parcours. Le nomadisme a l’avantage de permettre aux animaux d’explorer les zones qui ne sont pas à la portée des autres systèmes d’élevages. La diversité des espèces appétées joue un rôle important du point de vue sanitaire et nutritionnel.

Pendant la saison sèche, l’abreuvement des caprins se fait tous les deux jours tandis que celui des camelins n’a lieu qu’une seule fois tous les quatre à cinq jours ou même plus. Le troupeau dromadaire reçoit du sel de cuisine deux à trois fois par mois.

Le lait de chamelle est l’aliment de base des populations nomades ; il constitue la principale source d’approvisionnement en eau de leurs organismes. Il est sous-exploité car la plupart des chamelles laitières ne sont pas traites, ce qui constitue une perte importante de lait pendant toute la saison sèche ; par contre pendant la saison d’hivernage, le lait est valorisé car les populations urbaines profitent des vacances scolaires pour pratiquer des cures de lait. Quant au lait de chèvres, (faible quantité) il est souvent réservé à la production de beurre. Comme pour les autres systèmes d’élevage, la viande de camelins n’est consommée par les éleveurs qu’à l’occasion de cérémonies importantes. Celle des caprins est plus fréquemment consommée surtout à l’occasion des fêtes et visites d’étrangers.

La laine de chameaux est utilisée pour la confection de tentes. Cependant elle est moins appréciée que celle de mouton. Les peaux de chèvres sont tannées par les femmes et sont utilisées pour la confection d’outres, de nattes et diverses autres activités. Les peaux de chameaux ne sont pas exploitées. Le chameau, qui était le seul moyen de transport adapté au milieu, continue encore à être utilisé dans ce domaine. Il est également très utilisé pour l’exhaure de l’eau.

Les systèmes pastoraux et agropastoraux transhumants

L’élevage transhumant est caractérisé par le fait que le troupeau, ou une fraction du troupeau, transhume durant sept à huit mois. Ces déplacements peuvent entraîner les éleveurs hors du pays (Mali ou Sénégal) et sont caractérisés par un retour à un point d’attache où réside la famille du propriétaire du troupeau.  Les troupeaux sont conduits parfois par des bergers familiaux mais ils sont souvent confiés à des bergers salariés qui sont fréquement accompagnés par au moins un membre de la famille qui est chargé de la gestion. Les principaux animaux de ce système sont les bovins, les ovins et quelquefois de caprins et camelins.

On assiste depuis quelques années à une réduction sensible de la mobilité des troupeaux. Les déplacements sont limités à deux ou trois mois pendant la période de soudure (mai-juillet). Pendant cette période les troupeaux progressent lentement vers des zones généralement situées plus au sud où l’eau et les pâturages naturels sont plus abondants.

L’élevage ovin est très important dans le sud-est du pays notamment les régions des deux Hodhs. Les déplacements sont importants dans le temps et dans l’espace. Les mobiles de cette transhumance sont à rechercher dans la nécessité de placer les animaux sur des pâturages verts de façon à pouvoir intensifier le rythme de reproduction à fin d’obtenir deux agnelages par an. Les troupeaux du sud-est exploitent les pâturages du Mali pendant toute la saison sèche et remontent vers le nord pendant l’hivernage pour fuir les insectes piqueurs et séjourner avec sinon au voisinage de leurs propriétaires. L’élevage des caprins est secondaire.

L’élevage camelin à propriétaires urbains, proche de celui nomade du point de vue mobilité a connu un développement récent au cours des dernières années. Il ressemble à l’élevage semi-intensif péri-urbain du fait que certaines femelles laitières sont gardées aux environs de Nouakchott pour la production de lait au moins pendant l’hivernage.

L’alimentation des animaux transhumants est quasi-exclusivement basée sur les parcours naturels. Cependant, une alimentation complémentaire est souvent apportée en période de soudure et surtout pour les animaux malades ou affaiblis. Le complément apporté est souvent du blé. Dans certains cas le troupeau est accompagné par des véhicules tout terrain ; ce qui permet : la détermination rapide des parcours; le transport des  animaux affaiblis, le transport de l’eau pour le ménage, le transport de l’eau pour les animaux affaiblis et le transport des aliments de bétail. L’abreuvement se fait une fois par jour pour les petits ruminants, une fois tous les deux jours pour les bovins et une fois tous les quatre à cinq jours pour les camelins.

La sécurité alimentaire du berger et parfois de sa famille l’accompagnant, est au moins partiellement assurée par le troupeau dont il a la charge. Quant aux propriétaires urbains, ils ne tirent pas un grand profit des produits de l’élevage en raison de l’éloignement du troupeau pendant au moins 10 mois de l’année. Le lait de vaches est généralement réservé à la consommation familiale ou à certains villageois démunis auxquels il est offert dans le cadre des réseaux de solidarité. Dans les zones où les débouchés commerciaux du lait se sont développés, les mécanismes traditionnels de solidarité (prêt de vaches à des familles pauvres ou mniha) ont grandement été affectés. L’excédent du lait est transformé en beurre.

Les propriétaires urbains ne consomment le lait de leurs troupeaux que pendant l’hivernage. En effet, les propriétaires de troupeaux camelins et bovins profitent des vacances scolaires pour aller à la campagne effectuer «une cure de lait» jouant un rôle très important sur le plan sanitaire et nutritionnel. Cette pratique qui a connu un développement considérable  ces dernières années a incité les fonctionnaires et commerçants à acheter des troupeaux bovins et/ou camelins sinon des laitières qu’ils exploitent pendant l’hivernage. Chez les peuls le lait de vache est traditionnellement vendu ou échangé contre les céréales par les femmes à l’état frais, caillé ou sous forme de beurre.

Le lait de brebis est très peu exploité par les bergers, il est quasi exclusivement destiné à l’allaitement des agneaux. Les chèvres présentes dans le troupeau servent principalement à l’alimentation du berger et sa famille. La production ovine est en grande partie tournée vers la production de béliers écoulés régulièrement vers les villes de l’intérieur ou commercialisés au Sénégal et au Mali.

Les systèmes agropastoraux à élevage sédentaire associé à l’agriculture

Les animaux domestiques de ce système sont les bovins et les petits ruminants. L’élevage est fixe durant toute l’année sur un même terroir où les troupeaux exploitent les résidus des cultures en plus des fourrages naturels. L’éleveur a la charge du gardiennage de nuit de ses animaux. Pendant l’hivernage les animaux sont laissés en divagation tout le long de la journée ou conduits par un berger dans les pâturages en périphérie du village ; par contre, pendant la nuit ils sont conduits par des bergers en petite transhumance à l’écart des cultures jusqu'à une heure tardive puis ils sont enfermés dans leurs enclos. Pendant la saison sèche, ils sont souvent laissés en divagation.

L’élevage bovin sédentaire est essentiellement pratiqué dans le sud (zone de la vallée et particulièrement dans les régions du Gorgol et Guidimakha) tandis que celui des petits ruminants se rencontre principalement dans toutes les zones du sud-est identifiées comme poches de pauvreté. Dans la vallée, l’embouche traditionnelle (mouton de case) est souvent réalisée. On assiste depuis quelques années à une embouche de jeunes taurillons similaire à l’embouche traditionnelle.

Pendant l’hivernage, les animaux se contentent des pâturages naturels. Pendant la saison sèche, ils exploitent les résidus de culture (surtout les chaumes restés sur les champs) en plus des pâturages naturels.

Située dans la saison sèche chaude, la période cruciale pour l’alimentation du bétail est fonction de la situation fourragère des parcours naturels. Sa durée est variable d’une année à l’autre. La supplémentation commence généralement en mars et s’arrête dès l’installation des premières pluies en juin. Au début de la période de supplémentation du bétail (mars-avril), les pâturages des parcours naturels ne sont pas épuisés. Les animaux peuvent prélever sur ces parcours au moins la moitié de leurs besoins d’ingestion quotidiens. La contribution de ces parcours dans la satisfaction de ces besoins diminue au fur et à mesure  que l’on s’approche de la prochaine saison des pluies. Cette contribution peut descendre souvent jusqu’au quart des besoins d’ingestion quotidiens en matière sèche d’une UBT.

Du mois de mai au mois de juillet tous les animaux ou au moins les animaux affaiblis et les mères en lactation reçoivent une complémentation alimentaire composée essentiellement de chaumes, de son (sorgho, mil, riz et maïs), et des graines de niébé et céréales.  Dans les zones de culture irriguée, les animaux pâturent dans les casiers rizicoles qui sont mis en eau après la récolte pour assurer la repousse des mauvaises herbes. Ils reçoivent une complémentation formée essentiellement de résidus de cultures.

Les moutons de case et taurillons mis à l’engraissement reçoivent une alimentation de bonne qualité composée de chaumes, de tiges du Cucumis ficifolius, Merremia pentaphylla, Ipomoea aquatica etc., tiges et graines de niébé, graines de céréales, déchets de cuisines, tourteau d’arachide etc.

Le lait de vaches et celui de chèvres, très exploités, jouent un rôle très important dans l’alimentation des populations de ces zones tandis que  le lait de brebis est peu exploité. Les productions laitières  variant suivant les saisons sont de l’ordre de : vache : 1 à 4 litres/jour, chèvre : 0,5 l/j et  brebis : 0,25 l/j.

Des opérations d’embouche traditionnelle sont souvent réalisées par des agro-éleveurs. Elle concerne les jeunes agneaux en général. Ils sont mis à l’engraissement grâce à une alimentation complémentaire constituée essentiellement de résidus de cuisine et de sous-produits agricoles. L’objectif majeur de cette embouche est la consommation et la vente lors de la fête de Tabaski. En effet, à la fin de la période d’embouche, un des béliers est sacrifié par la famille le jour de la fête de Tabaski alors que les autres sont vendus ; ce qui permet à la famille de s’acheter les habits de fête. Dans les zones oasiennes, les animaux reçoivent une complémentation alimentaire composée de graines de dattes broyées, luzerne, résidus de cultures etc.

Les systèmes extensifs urbains

Ce système s’est développé en corollaire avec l’urbanisation engendrée par la sécheresse. Les caprins sont les principaux animaux de ce système. Parallèlement à l’élevage des caprins, on pratique souvent en milieu urbain l’embouche ovine. L’objectif recherché à travers ces élevages est soit la production de lait de chèvres soit l’embouche des moutons. Cet élevage est pratiqué en milieu urbain par les familles à faible revenu. Ce sont les femmes qui s’occupent des animaux.

Ce système est caractérisé par la divagation des animaux dans les rues. Ils s’alimentent de déchets urbains mais reçoivent toujours une complémentation alimentaire de bonne qualité constituée de déchets de cuisine, cartons, farine de blé, tourteau d’arachide, luzerne etc. L’abreuvement est quotidien. Les caprins sont élevés pour leur lait qui est consommé de préférence à l’état caillé sous forme de boisson (zrig). L’embouche ovine est pratiquée de manière traditionnelle dans le but d’une production de brebis pour la fête de Tabaski.

Les systèmes semi-intensifs

Les animaux domestiques de ce système sont les camelins et les bovins (race maure). Ce système,qui s’est développé  au cours de la dernière décennie autour des grandes villes (Nouakchott surtout)  par des commerçants et fonctionnaires, s’étend actuellement aux axes routiers. Durant toute la saison sèche, les troupeaux camelins, constitués uniquement de femelles laitières, partent le matin à la recherche de pâturages à la périphérie de la ville. Ils reviennent très tôt dans l’après midi et reçoivent une complémentation alimentaire.

Quant aux vaches laitières, elles sont gardées en stabulation pendant toute la saison sèche. L’abreuvement des animaux d’élevage a lieu tous les jours dans l’après midi. Pendant la saison d’hivernage, (août-septembre) le troupeau laitier est transféré à une cinquantaine, voire une centaine, de kilomètres de Nouakchott tout le long de la route Nouakchott-Rosso à la recherche de pâturages. Durant cette période l’alimentation est exclusivement constituée de pâturages naturels.

Pendant l’hivernage, l’alimentation est quasi-exclusivement basée sur les pâturages naturels. Par contre pendant la saison sèche, les camelins reçoivent une ration le matin avant de partir à la recherche de pâturages dans les zones périphériques de la ville. Ils reviennent très tôt dans l’après midi où ils reçoivent l’eau et une complémentation alimentaire composée de tourteau d’arachide, son de riz, de blé etc. Quant aux vaches laitières elles sont placées en stabulation, entravées durant toute la saison sèche. Elles reçoivent une alimentation composée essentiellement de concentrés.

Les productions laitières sont meilleures du point de vue qualitatif et quantitatif pendant l’hivernage car l’alimentation est plus équilibrée.  Elles varient également en fonction du stade de lactation de 3 à 7 litres/jour (soit en moyenne 4,5 l/j) pour les vaches et 3 à 10 l/j (soit en moyenne 5 l/j) pour les chamelles. Le lait trait le soir est vendu à des clients de la ville tandis que la traite du matin est vendue à l’une des deux usines de pasteurisation. L’excédent est vendu à l’état caillé. Pendant l’hivernage beaucoup de familles s’installent tout le long de la route Nouakchott-Rosso à proximité des troupeaux laitiers pour effectuer une cure de lait  ce qui engendre une légère augmentation des prix du lait. Les femelles laitières sont achetées ou proviennent du troupeau familial nomade (ou transhumant). Après une année d’exploitation commerciale du lait, les femelles et leurs petits sont vendus aux bouchers de Nouakchott ou remis dans leurs troupeaux d’origine. Dans tous les cas elles sont remplacées par d’autres.

Santé animale

Les appuis au secteur de l’élevage depuis les trois dernières décennies ont essentiellement porté sur la santé animale. Un progrès notoire a été réalisé dans ce domaine bien que les maladies continuent à exercer une menace sur le développement du cheptel. Actuellement il n’y a pas de suivi sanitaire faute de moyens humains et logistiques. Seules les campagnes de vaccination sont régulièrement organisées à l’échelon national pour lutter contre les  principales épizooties (FAO 2001).

Les bovins jouissent d’une bonne couverture prophylactique notamment par les vaccinations contre la PPCB, botulisme, charbons symptomatique et bactérien, dermatose nodulaire. Les soins vétérinaires portent également sur le déparasitage interne et externe qui n’est souvent réalisé que sur les individus affaiblis ou présentant des signes de parasitisme. D’autres maladies contagieuses qui apparaissent de temps en temps sont préoccupantes: la fièvre aphteuse et la fièvre de la vallée du Rift . La peste bovine a été éradiquée.

Les maladies des petits ruminants sont moins bien connues que celles affectant les bovins. Les principales maladies signalées sont : la peste des petits ruminants, la clavelée (variole du mouton), le parasitisme gastro-intestinal et  l’enterotoxémie. Les traitements prophylactiques sont rares. Pour les traitements curatifs, les éleveurs ont le plus souvent recours à la tradithérapie. On réalise parfois la vaccination contre l’entérotoxémie et une vermifugation.

Chez les camelins, les soins vétérinaires visent essentiellement à lutter contre les parasitismes externes (gale et tique) et dans une moindre mesure, contre les parasites gastro-intestinaux. La trypanosomiase à T. evansi, transmis par les insectes piqueurs (taons et stomoxes) touche les animaux qui s’aventurent dans les zones sud durant l’hivernage.

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