Profil fourrager  


 

Ethiopie

Alemayehu Mengistu


 

1. Introduction

2. Sols et topographie

3. Climat et zones agroécologiques

4. Systèmes d’élevage

5. Ressources pastorales

6. Amélioration des ressources pastorales

7. Organismes de recherche et développement impliqués dans le pastoralisme

8. Références bibliographiques

9. Contacts


 

1. INTRODUCTION

La République démocratique fédérale d’Ethiopie (Federal Democratic Republic of Ethiopia: FDRE) est un pays enclavé à l’intérieur de la corne de l’Afrique, bordé au nord par l’Erythrée, à l’ouest par le Soudan, au sud par le Kenya et à l’est par la Somalie et Djibouti; elle s’étend, sous les tropiques, entre 3°24` et 14°53` de latitude Nord et entre 32°42` et 48°12` de longitude Est (voir figure 1).  Elle couvre une superficie de 1 120 000 kilomètres carrés et est subdivisée en neuf Etats régionaux, une administration et un conseil urbains. Les petits agriculteurs cultivent 8 pour cent (environ 10 millions d’hectares) des terres nationales et environ 3,1 millions d’hectares sont en jachère. La superficie totales des pâturages est, selon les estimations, de l’ordre de 61 à 65 millions d’hectares, dont 12 pour cent relevant de l’agriculture mixte et le reste consistant en zones pastorales (Alemayehu, 1998a; Ministry of Agriculture - MoA, 2000). La population est estimée aux alentours de 63 millions d’habitants, ce qui en fait le troisième pays le plus peuplé d’Afrique, derrière l’Egypte et le Nigéria. Le rapport mâle-femelle est presque de un homme pour une femme. 85,3 pour cent de la population vit en zone rurale, le reste en zone urbaine (CSA, 1999).

Figure 1. Carte de la situation géographique de l’Ethiopie.
Source: Ministry of Agriculture (MoA), 2000

L’Ethiopie est culturellement et biologiquement diversifiée, parmi les quatre pays d’Afrique ayant le plus de vertébrés indigènes différents; 15 pour cent des 7 000 plantes vasculaires identifiées sont considérées endémiques. L’Ethiopie a aussi un arrière-plan ethnique et linguistique mêlé et divers: en effet, elle fait partie des 25 premiers pays du monde en matière de diversité linguistique locale. On y rencontre plus de 80 groupes ethniques, chacun avec sa propre langue, et environ 200 dialectes, cultures et traditions. Les quatre groupes linguistiques principaux sont les suivants: le sémitique, le kouchite, l’omotique et le nilo-saharien. L’un des champs les plus significatifs de la culture éthiopienne est sa littérature, principalement des textes religieux en grec ancien et hébreu traduit en ancien ge'ez, en langue ahmarique moderne et en tigrigna. Le ge'ez, l’une des langues les plus anciennes du monde, est encore utilisée par l’église orthodoxe éthiopienne, qui a ses propres coutumes et traditions et a été influencée par le judaïsme. 

Le secteur agricole joue un rôle central dans l’économie et la vie sociale de la nation et constitue la pierre angulaire de l’économie. 80 à 85 pour cent de la population est employée dans l’agriculture. Le secteur contribue à hauteur de 40 pour cent au PIB; l’élevage et les produits dérivés représentent environ 20 pour cent du PIB agricole. Les petits exploitants, pivot du secteur, cultivent  95 pour cent des terres cultivées et produisent 90 à 95 pour cent des céréales, des légumineuses et des graines oléagineuses. L’agriculture de subsistance est essentiellement pluviale et les rendements sont en général faibles. 

Au sein de  l’agriculture, quelque 60 pour cent de la production provient des cultures, 30 pour cent de l’élevage et 7 pour cent de la sylviculture. Les céréales sont dominantes (84,55 pour cent), suivies par les légumineuses (11,13 pour cent) et d’autres types de cultures (4,32 pour cent). Cinq types de cultures représentent pratiquement la totalité de la production de céréales: le maïs (15,75 pour cent), le teff (Eragrostis tef) (25,78 pour cent), l’orge (12,29 pour cent), le sorgho (12,39 pour cent) et le blé (10,76 pour cent) [CSA, 1995-1999]. Toutefois, d’autres cultures ont une valeur nutritive et commerciale importante: les légumineuses telles que pois chiche, haricots et petits pois;  les cultures oléagineuses comme le tournesol, le carthame (Carthamnus tinctorius), le colza, le neug (Guizotia abyssinica), l’arachide; et des tubercules et cultures comme la pomme de terre, la patate douce, l’igname, le manioc, l’enset (Ensete ventricosum), et la canne à sucre.

L’agriculture d’autosubsistance est faite de manière traditionnelle et sous pluies, des zones très restreintes étant irriguées. Sur 166 000 hectares irrigués environ, quelque 64 000 hectares sont de petites parcelles; par ailleurs, le potentiel des terres d’irrigation est estimé aux alentours de 3 millions d’hectares (EPA, 1997). La petite irrigation traditionnelle est pratiquée depuis des décennies sur les hautes terres où, de façon saisonnière, de petits cours d’eau sont détournés pour arroser des cultures circonscrites de saison sèche. Les périmètres de moyenne et grande dimensions sont plus récents, notamment dans le Rift Valley (la vallée de la grande faille).

Les effectifs du cheptel éthiopien sont les plus importants d’Afrique, avec 30 millions de bovins, 24 millions d’ovins, 18 millions de caprins, 7 millions d’équins, 1 million de camelins et 53 millions de volailles. Environ 70 pour cent des bovins et ovins et 30 pour cent des caprins se trouvent dans les hautes terres au-dessus de 1500 mètres. Tous les camelins se trouvent dans les plaines (Alemayehu, 1998a). [Les bases de données statistiques de la FAO présentent des chiffres un peu divergents pour 2002: 35,5  millions de bovins; 11,4  millions d’ovins; 9,6 millions de caprins; 5,3 millions d’équins; 0,33 million de camelins; 38 millions de volailles].

Les produits dérivés des bovins a été estimée à 620 000 tonnes de viande, 244 000 tonnes de lait, 24 millions de tonnes de fumier et 2,4 millions de peaux par an [Les bases de données statistiques de la FAO présentent des chiffres un peu différents pour 2002; la raison de ces disparités doit être vérifiée]. La consommation annuelle par habitant est évaluée à 19 litres de lait et 13,9 kilos de viande, dont 64 pour cent de bœuf et veau; les moutons, chèvres, poulets et chameaux fournissent le reste. Les cuirs et peaux contribuent de manière notoire aux industries locales et représentent 12 à 16 pour cent des exportations commerciales (MoA, 1997; Alemayehu, 1998a).

Les chiffres moyens officiels avancés pour les exportations d’ovins et caprins est de 500 000 [Les bases de données statistiques de la FAO présentent des totaux bien inférieurs; cela est à vérifier]; elles sont dirigées essentiellement vers le Proche Orient, notamment l’Arabie saoudite. Il y aussi des exportations non enregistrées avec les pays frontaliers, Djibouti, la Somalie et le Kenya. La demande intérieure a largement dépassé l’offre, entraînant des prix locaux du bétail supérieurs aux prix mondiaux, ce qui constitue un goulot d’étranglement pour les exportations. 

Le système foncier en vigueur, en vertu du texte sur les terres rurales nationales n° 89/1994, offre certaines garanties aux droits coutumiers des usagers. La terre est une propriété commune des diverses entités nationales et ne doit pas être vendue ni transférée par d’autres moyens. La reconnaissance des droits d’usage a permis à de petits agriculteurs d’être propriétaires de terres de culture et de pâturages. Les éleveurs ont des droits de propriété communautaires sur les parcours. Leur redistribution périodique a constitué un frein notable aux mesures d’amélioration et de lutte contre l’érosion. 

Les exploitations sont petites et souvent fragmentées en de multiples parcelles. Celles de moins d’un hectare représentent plus de 26 pour cent des terres agricoles; plus de 60 pour cent de ces dernières est représenté par des exploitations de moins de 2 hectares et le reste par des exploitations comprises entre 2 et 2,5 hectares. La population éthiopienne, 63 millions environ à l’heure actuelle, est la deuxième d’Afrique sub-saharienne et augmente rapidement. Les effectifs élevés du bétail et de la population humaine exercent une pression sur la terre et forcent les agriculteurs à ouvrir de nouveaux terrains de culture, au détriment des pâturages et de la forêt. La commercialisation des produits est presque entièrement privée, le secteur public ayant une implication minimale à cet égard. Il n’y a pas de restrictions légales ni de contrôles sur les marchés, mais les autorités locales font œuvre de régulation et font payer des taxes. 

De par ses conditions agro-climatiques extrêmement variables, l’Ethiopie a plusieurs grands systèmes écologiques, disposant de ressources génétiques vastes et diversifiées. Malgré ces immenses ressources, la dernière estimation du PIB réel par habitant effectuée s’élève à 1010,08 Birr (118,00 dollars EU selon le taux de change de juin 2003). 60 pour cent de la population est considérée comme vivant en-dessous du seuil de pauvreté absolue. L’espérance de vie moyenne est de 49 ans.

La faible performance de l’agriculture se reflète dans le déficit alimentaire national annuel. Le secteur a été frappé par des calamités naturelles, en particulier de sévères sécheresses périodiques, de sorte que le potentiel naturel substantiel des hautes terres, leur sol fertile et leur bonne pluviométrie, n’ont pu être exploités. Le manque d’intrants modernes, notamment les engrais, dans le secteur familial, le manque de crédits adaptés et de recouvrement du crédit ainsi que l’étendue des désordres et de la guerre civile, constituent les principales contraintes. Cette situation a détourné des ressources d’une utilisation productive dans le secteur agricole.

Les problèmes principaux tirent leur origine de la faiblesse des politiques sectorielles, notamment en matière de contrôle des prix et d’insécurité de la propriété foncière. Dans les plaines, la pluviométrie peu abondante donne lieu à des pâturages qualitativement faibles et inadéquats; les éleveurs gardent leur cheptel essentiellement pour le prestige, aussi la faible production en matière d’élevage est-elle aggravée par la faible part commercialisée. Récemment, des ajustements gouvernementaux structurels et des politiques de libéralisation commerciale ont été examinées; cela pourrait se traduire en lignes directrices visant à changer les prix et la commercialisation de divers produits agricoles, y compris ceux de l’élevage. On a tenté d’encourager les agriculteurs afin qu’ils adaptent leurs cultures et leur type d’élevage aux demandes du marché et s’appliquent à conserver les ressources naturelles; cette mesure devrait apporter un soutien au secteur agricole. 


 

2. SOLS ET TOPOGRAPHIE

Caractéristiques topographiques principales
L’Ethiopie a une topographie extrêmement variée (FAO, 1984d). Son histoire géologique complexe, démarrée il y a bien longtemps et toujours en cours, accentue l’irrégularité du relief; un ensemble de hautes terres fait de montagnes et de plateaux coupés en deux caractérise le paysage. Selon certaines estimations, 50 pour cent environ des montagnes africaines, soit 371 432 kilomètres carrés au-dessus de 2 000 mètres, sont en Ethiopie. L’altitude va de 126 mètres au-dessous du niveau de la mer dans la dépression du Dalol (Afar) à la frontière nord, à  4 620 mètres, sommet de la montagne la plus élevée, le Ras Dejen, dans les monts Semen au nord du lac Tana. Le plateau situé dans la moitié septentrionale du pays est coupé en deux par le Rift, qui s’étend sur plus de 600 kilomètres, du nord-nord-est de la frontière kenyane jusqu’au barrage de Koka sur le fleuve Awash, au sud d’Addis Abeba. Le Rift descend alors vers le nord-est, ses escarpements latéraux commencent à se séparer et traversent la dépression d’Afar en direction de la mer Rouge. 

Les plaines, les pâturages les plus importants d’Ethiopie, forment comme un grand tablier autour du massif des hautes terres et d’une partie du Rift. Cette zone aride et très chaude, avec jusqu’à 90 jours de période végétative par an, convient principalement aux pâturages extensifs. Cela comprend la surface la plus basse du pays, située à 126 mètres en-dessous du niveau de la mer. Les plaines constituent presque 61 à 65 pour cent des terres et sont les principales zones pastorales et agropastorales. La diversité topographique du pays s’est traduite par la formation d’une multitude de zones agroécologiques et de sous-zones avec des systèmes d’exploitation variés (voir section 3).

Sols
Le vaste éventail de facteurs topographiques et climatiques, de roches mères et d’utilisation de la terre s’est traduit par une extrême variabilité des sols (FAO, 1984e). Dans des régions du pays différentes, des facteurs de formation des sols différents ont prévalu. Selon le Ministère de l’agriculture, on identifie environ 19 types de sols à travers le pays. La majeure partie du pays est couvert de lithosols, nitosols, cambisols et regosols, par ordre d’importance (voir tableau 1). Un ensemble de facteurs de formation des sols ont en premier lieu influencé la répartition des types de sol (MoA, 2000).
La répartition des principaux types de sol est montrée à la figure 2.

Figure 2. Principaux sols et zones agroécologiques
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On dispose de peu d’informations sur l’état de fertilité des divers sols. Selon des recherches, le contenu de potassium et d’azote, la capacité d’échange des cations et la part de matière organique de la plupart des sols des hautes terres éthiopiennes est en général élevé, selon les normes internationales (EARO, 1998), tandis qu’il y a peu voire très peu de phosphore. En comparaison des standards africains, la plupart des sols des hautes terres éthiopiennes sont fertiles (FAO, 1984c). Contrairement à la plupart des autres sols africains, ils demeurent relativement fertiles en profondeur. Toutefois, ils ont pour la plupart des carences en substances nutritives importantes et nécessitent des engrais pour donner de bonnes récoltes. La recherche a montré que les sols éthiopiens ont généralement peu d’azote et de phosphore à disposition et ne sont pas à même de produire de bons rendements sans apport de ces derniers.

Tableau 1. Types de sols et leur répartition en Ethiopie

Type de sol

Superficie (km2)

Pourcentage

Acrisols

55 726,5

5,0

Cambisols

124 038

11,1

Tchernozioms

814

0,07

Rendzines

16 348

1,5

Gleysols

5 273,5

0,47

Phaeazems

32 551

2,9

Lithosols (Leptosols)

163 185

14,7

Fluviosols

88 261,5

7,9

Luvisols

64 063,5

5,8

Nitosols

150 089,5

13,5

Histosols

4 719,5

0,42

Arénosols

9 024

0,81

Regosols

133 596

12,0

Solonetz

495

0,04

Andosols

13 556

1,2

Vertisols

116 785

10,5

Xerosols

53 171

4,8

Yermosols

34 950

3,1

Solonchaks

47 217,5

4,2


 

3. CLIMAT ET ZONES AGROÉCOLOGIQUES

Climat
Les composantes climatiques telles que précipitations, températures, humidité, ensoleillement, vents, sont étroitement liées à la situation géographique et à l’altitude. Se trouvant près de l’équateur et ayant des niveaux d’altitude très diversifiés, l’Ethiopie présente un large éventail de profils climatiques, convenant à différents systèmes d’exploitation agricole. L’hétérogénéité climatique est une caractéristique générale du pays.

La température et la pluviométrie sont les facteurs climatiques les plus importants pour la production agricole éthiopienne. L’altitude détermine la répartition des facteurs climatiques et l’adéquation des terres: elle a en effet une influence sur le type de cultures adaptées, la vitesse de croissance de celles-ci, les types de végétation naturelle et la diversité des espèces végétales. Si l’on prend les deux altitudes extrêmes, la température moyenne annuelle est de 34,5 °C dans la dépression du pays danakil, tandis que les températures minimales et moyenne tombent en-dessous de 0 °C dans les parties les plus élevées du mont Ras Degen (4 620 mètres), où l’on enregistre de légères chutes de neige chaque année. Entre ces deux extrêmes, les vastes zones des plateaux et des pentes latérales ont des températures moyennes annuelles comprises entre 10 et 20 °C.

Selon la FAO (1984 a), la pluviométrie en Ethiopie est en général corrélée à l’altitude. Les hauteurs moyennes et plus élevées (au-dessus de 1 500 mètres) sont globalement mieux arrosées que les plaines, à l’exception de celles de l’ouest où les précipitations sont plus importantes. En général, la pluviométrie moyenne annuelle des zones au-dessus de 1 500 mètres dépasse les 900 mm. Dans les plaines (en-dessous de 1 500 mètres), la pluviométrie est irrégulière et les moyennes sont inférieures à 600 mm. Il y a une forte variabilité inter-annuelle en la matière dans tout le pays. Bien que cela entraîne des difficultés dans la programmation agricole, une part conséquente du pays est suffisamment arrosée pour permettre les cultures pluviales (FAO, 1984b). La répartition de la pluviométrie est montrée à la figure 3.

Figure 3. Pluviométrie moyenne annuelle en longue période (mm.)
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Dans le nord du pays, le schéma pluviométrique est double, avec une première saison des pluies courte autour de mars-avril et une seconde qui commence souvent vers juin-juillet. Dans certaines zones, les deux saisons se fondent pour former un schéma unique, en particulier dans l’ouest et certaines parties au nord du pays où les précipitations sont généralement élevées. Entre les extrêmes, sur les hautes terres du centre, les deux saisons ont tendance à se confondre. Les plaines de l’est et du sud-est contrastent avec le reste du pays car leurs précipitations se répartissent sur deux saisons et les cultures pluviales y sont marginales. (MoA, 2000; FAO, 1984b).

La température et la pluviométrie, en combinaison avec la topographie et les sols, déterminent la part d’humidité, qui détermine à son tour la végétation et la productivité agricole. En fonction du degré d’humidité, la FAO (FAO 1984a) a déclaré 50 pour cent du pays suffisamment humide pour les cultures annuelles et 16 pour cent adapté aux cultures pérennes.

Végétation
La végétation naturelle varie en fonction de cinq types de zones: la savane, la zone montagneuse, la broussaille tropicale, la steppe ligneuse et la zone désertique  (Encyclopedia Britannica, 1996). Selon la classification de la végétation par White (1983), le pays comprend quatre des zones d’endémisme de la région: les zones endémiques soudanaise, somalo-masaaï, afro-montagneuse et afro-alpine. La végétation naturelle relève de huit types principaux allant des formations afro-alpines jusqu’à la savane, à la brousse et au désert, en passant par la dense forêt montagneuse. Une carte simplifiée de la répartition de la végétation se trouve à la figure 4.

Figure 4. Carte de la végétation en Ethiopie
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Selon Zirihun Woldu (1999), l’Ethiopie était autrefois très boisée, avec 34 pour cent de sa superficie et 57 pour cent des terres au-dessus de 1 500 mètres couvertes de forêts denses, et encore 20 pour cent constituées de savane ligneuse. La déforestation massive a ramené ces chiffres à  3,6 pour cent de la superficie totale et 9 pour cent des terres au-dessus de 1 500 mètres. Le déboisement de grande ampleur a commencé, en particulier sur les hautes terres, à la fin du XIXème siècle avec l’expansion de l’agriculture. Le taux actuel est estimé à 200 000 ha par an, la forêt survivante se trouvant dans des poches dans des zones enclavées inaccessibles.

Le principal plateau éthiopien est caractérisé par de vastes étendues, une intense mise en culture et de bons sols. De juin à septembre le paysage est vert. En décembre, il est jaune doré du fait des grains mûrs et des chaumes. En mars, labouré par les petits agriculteurs, il est gris-noir. 

Les pâturages éthiopiens se trouvent dans les zones arides, semi-arides et sub-humides, qui recouvrent entre 61 et 65 pour cent des terres, et qui sont divisées en sous-zones agroécologiques correspondant à différents types de cultures et d’élevage. L’altitude de la zone aride varie de 126 mètres en-dessous du niveau de la mer à 1 200 mètres; la pluviométrie annuelle moyenne va de 100 à 600 mm et l’évapotranspiration potentielle (ETP) est estimée entre 1 700 et 3 000 mm. La température moyenne est supérieure à 27 °C. Comme les précipitations sont irrégulières, les cultures sont irriguées.

Les plaines en zone aride sont couvertes par la brousse, à l’exception de quelques poches boisées. Le Rift et ses escarpements sont couverts des ligneuses. L’élevage ne se trouve que prés des cours d’eau (fermes d’Etat irriguées). Le coton, le maïs et le sorgho sont les cultures annuelles prédominantes et les cultures pérennes comprennent les agrumes, les bananiers et des manguiers. L’élevage (caprin, ovin, camelin et bovin) constitue le principal utilisation de la terre. Parmi les arbres et arbustes principaux, on rencontre: Prosopis juliflora, Tamarix aphylla, Calotropis procera, Parkinsonia aculeata, Balanites aegypitiaca, Dodonaea angustifolia, Rumex nervosus, Acacia spp., Combretum molle, Azadirachta indica, Salix subserrata, Carissa edulis, Tamarindus indica, et Euclea schimepri. La faune sauvage compte des ânes, des zèbres, des antilopes, des lions, des léopards et des autruches. Le pastoralisme nomade et semi-nomade est le système d’élevage le plus courant dans la zone aride. 

La zone semi-aride (400 – 2 200 mètres) a une pluviométrie moyenne annuelle de  300 – 800 mm; l’ETP varie de 1 900 à 2 100 mm, et la période végétative est de 46 à 60 jours. Les zones de collines et les terrains rocheux sont couverts de végétation ligneuse ou arbustive; les terres plates sont en culture pluviale (souvent mécanisée). Le pâturage extensif est le principal utilisation de la terre et le bétail est essentiellement constitué de bovins, caprins, ovins et ânes. Parmi les arbres, on trouve: Boswellia papyrifera, Acacia seyal, Acacia senegal, Acacia nilotica, Ziziphus spp., Diospyros mespiliformis, et Balanites aegyptiaca. Le gibier sauvage le plus courant comprend les animaux suivants: girafe réticulée; gazelle de Grant; oryx; zèbre de Burchell; buffle; éléphant; lion; antilope; petit koudou, grand koudou, et buffle.

L’ensemble du Rift éthiopien se trouve en zone aride et semi-aride; le Rift est une zone d’activité agricole intensive; le peuplement croissant et progressif a entraîné la disparition des pâturages et leur remplacement par des exploitations agricoles de petite ou moyenne dimension, parfois mécanisées.  A l’origine, la végétation était constituée d’espèces ligneuses telles que Balanites, Combretum et diverses espèces d’Acacia. Les terres ligneuses dominées par Combretum, Olea spp., Celtis, Dodonaea viscosa et Euclea occupent les escarpements à mi-hauteur. Les bords de lacs du Rift sont couverts d’espèces hydrophiles de Typha, Phragmites, Cyperus, ainsi que de Suaeda monoica sur sols alcalins.

Zones agroécologiques
Les nombreuses zones agroécologiques (ZAE) sont habituellement regroupées en cinq catégories dépendant de l’altitude et de la température, chaque zone étant désignée par son nom traditionnel: bereha, kola, weinadega, dega et wurch. Cependant, l’importance et la répartition de la pluviométrie affectent aussi la classification  (voir tableau 2).

Tableau 2. Zones agroécologiques traditionnelles éthiopiennes

 Zone

Altitude(m)

Pluviométrie moyenne (mm)

Température (oC)

Bereha (sec – chaud)

500-1 500

<900

>22

Weinadega (sec – assez chaud)

1 500-2 500

<900

18-20

Erteb Kola (sub-humide – assez chaud)

500-1 500

900-1 000

18-24

Weinadega (sub-humide - frais)

1 500-2 500

900-1 000

18-20

Erteb Weinadega (humide - frais)

1 500-2 500

>1 000

18-20

Dega (froid)

2 500-3 500

900-1 000

14-18

Erteb dega (humide - froid)

2 500-3 500

>1 000

10-14

Wurch (très froid ou alpin)

>3 500

>1 000

<10

Source: MoA, 2000

 Note: Le désert extrême (de 500 à –126 mètres) n’entre traditionnellement pas dans la classification

Il est courant d’associer les zones traditionnelles à l’altitude et à la température et d’essayer de reconnaître les zones agro-climatiques et leurs végétation. Certains auteurs ont identifié différentes zones agro-climatiques et les ont associées au système traditionnel. De nombreux chercheurs ont fait une classification de la végétation et des zones écologiques (Zerihun, 1999; MoA, 2000). Les caractéristiques générales des différentes zones sont présentées au tableau 3.

Selon le MoA (2000), de nombreuses classifications et caractérisations sont restrictives et trop influencées par les disciplines. La classification ZAE actuelle (MoA, 2000) s’appuie sur les éléments écologiques de base, à savoir le climat, la physiographie, les sols, la végétation, les systèmes d’exploitation, etc. Le souhait d’une meilleure caractérisation répond au désir de s’adapter à la diversité naturelle et culturelle unique du pays. Les ZAE actuelles sont fondées sur les températures et l’humidité. Dix-huit ZAE principales ont été identifiées et désignées par des termes décrivant le degré d’humidité générale et l’altitude de ces zones (Encadré 1). Au total, 49 sous-zones agroécologiques ont été identifiées, en fonction de leur homogénéité en termes de climat, physiographie, sols, végétation, usage des terres, système d’exploitation agricole et système d’élevage (voir figure 5).

Encadré 1. Principales zones agroécologiques en Ethiopie

 No.                    Code                         Zone

 1.                  A1                    de très chaud à assez chaud – basses terres arides

 2.                  A2                   de tiède à frais – hautes terres de moyenne altitude arides

 3.                  SA 1                de très chaud à assez chaud –  basses terres semi-arides

 4.                  SA 2         de tiède à frais – hautes terres de moyenne altitude semi-arides

 5.                  SA 1               de très chaud à assez chaud – basses terres assez arrosées

 6.                  SM 2     de tiède à frais – hautes terres de moyenne altitude assez arrosées

 7.                  SM 3                de froid à très froid - zone sub-afro-alpine arrosée

 8.                  M1                  de très chaud à assez chaud – basses terres très arrosées

 9.                  M2              de tiède à frais – hautes terres de moyenne altitude arrosées

 10.                M3                      de froid à très froid - zone sub-afro-alpine à afro-alpine

 11.                SH 1                de très chaud à assez chaud – basses terres sub-humides

 12.                SH 2       de tiède à frais – hautes terres de moyenne altitude sub-humides

 13.                H3      de froid à très froid-  zone sub-afro-alpine à afro-alpine sub-humide

 14.                H1                          de très chaud à assez chaud – basses terres humides

 15.                H2        de tiède à frais – hautes terres de moyenne altitude humides

 16.                H3             de froid à très froid-  zone sub-afro-alpine à afro-alpine humide

 17.                Ph 1           de très chaud à assez chaud – basses terres toujours humides

 18.                Ph 2                       de tiède à frais – hautes terres toujours humides

Source: MoA, 2000 

Tableau 3. Caractéristiques générales des zones agroécologiques

Zone traditionnelle

Caractéristiques générales
 

Altitude (m)

Pluviométrie

(mm)

Type de sol

Végétation naturelle

Principales espèces végétales

Cultures

Elevage

Haut wurch (zone alpine)

> 3700

> 1400

noir, peu endommagé

 steppe afro-alpine

pâturage montagneux (Artemisia, Helichrysum, Lobelia)

aucune, limite du gel

ovins, bovins

Wurch pluvieux (zone sub-alpine)

3700-3200

> 1400

noir, très dégradé

subalpine

Erica, Hypericum

orge (2 récoltes/an)

ovins, bovins, ânes

Wurch humide (zone sub-alpine)

3700-3200

1400-900

noir, dégradé

subalpine

Erica, Hypericum

orge (1 récolte/an)

ovins, caprins, bovins, volailles, équins, abeilles

Dega pluvieux (haute terre)

3200-2300

>1400

argile brun foncé

forêt de bambous de montagne

Juniperus, Hagenia, Podocarpus, Arundinaria

orge, blé, neug, légumineuses (2 récoltes/an)

ovins, bovins,  caprins, équins, abeilles, volailles

Woyna dega pluvieux

(altitude moyenne)

2300-1500

> 1400

Sols à drainage généralisé

 

Acacia, Cordia, Ficus, Arundinaria

teff, maïs, enset (dans l’ouest ) neug, orge

bovins,  caprins, ovins, équins, mules, ânes, abeilles, volailles

Woyna dega humide

(altitude moyenne)

2300-1500

1400-900

Sols marrons-rouges drainés

 

Acacia, Cordia, Ficus

maïs, sorgho, teff, enset, (rare) blé, neug, légumineuses, mil (Eleusine coracana), orge

bovins,  caprins, ovins, équins, mules, ânes, abeilles, volailles

Woyna dega sec

(altitude moyenne)

2300-1500

<900

 brun clair à jaune

savane

Acacia

blé, teff, maïs (rare)

bovins,  caprins, ânes, abeilles

Kola pluvieux (basse terre)

1500-500

>1400

argile rouge oxydée

 

Millettia, Cyathea, Albizia

mangue, taro, sucre, maïs, café, orange

bovins,  caprins, ânes, abeilles

Kola humide (basse terre)

1500-500

1400-900

limon jaune

 

Acacia, Erythrina, Cordia, Ficus

sorgho, teff (rare), neug, légumineuses, mil (Eleusine), arachide

bovins,  caprins, abeilles, ânes, volailles

Kola sec (basse terre)

1500-500

<900

sable jaune

 

Acacia spp.

sorgho (rare), teff

caprins,  bovins,  camelins, ovins, ânes, volailles

Bereha (basse terre désertique)

Note: dans le tableau précédent, cette unité  est à plus de 500 m!

<500

<900

sable jaune

Brousse d’Acacia-Commiphora

Acacia, Commiphora

uniquement sous irrigation

camelins, caprins

 Source: MoA /National Livestock Development Program, 1998, Ethiopie, Working Paper 4 - National Resources and the Environment

Figure 5. Zones agro-écologiques d’Ethiopie – Centres et sous-centres de recherche
(Source: MoA, 2000)
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Activités agricoles principales dans les différentes zones agroécologiques
Les agriculteurs éthiopiens savent depuis longtemps que l’altitude, le climat, les ressources hydriques disponibles, la végétation et d’autres facteurs bio-physiques sont étroitement liés au potentialités et à la production agricoles. La classification traditionnelle, qui s’est développée sur des milliers d’années, divise le pays en groupes agroécologiques principaux et secondaires, en fonction tout d’abord de l’altitude et de la pluviométrie. Chaque zone et sous-zone se distingue ensuite selon les activités économiques, la densité de la population et d’autres facteurs socioculturels tels que les modes de mise en culture et de conduite d’élevage.

Les activités agricoles dominantes dans l’intégralité des zones agroécologiques sont la petite agriculture de subsistance sur les hautes terres et l’élevage dans les plaines. Les grandes exploitations étaient d’anciennes fermes d’Etat en cours de privatisation. Les investissements privés actuels concernent principalement le secteur agro-industriel, notamment les cultures commerciales et l’élevage. Les systèmes de production en Ethiopie sont aussi complexes que les zones agroécologiques, cela étant encore amplifié par la diversité culturelle de la population. Voici une description générale  des principales activités agricoles, agropastorales et pastorales.

Production agricole des petites exploitations
Dans le haut des montagnes, la zone afro-alpine proprement dite (‘Wurch’), les plantes sont exposées à une intense radiation, la température des parties aériennes s’élevant beaucoup plus que celle des parties souterraines; la transpiration est plus élevée que l’absorption de l’eau par les plantes aussi, bien que la terre soit bien arrosée, la plupart d’entre elles sont-elles bien adaptées au manque d’humidité. Le sol est souvent peu profond, quoique très riche en matière organique non décomposée. En raison des pentes du terrain et des pluies denses et fréquentes, la zone est sujette à l’érosion s’ensuivant des activités humaines. Dans la zone sub-afro-alpine, le ‘wurch’ inférieur, (3 200-3 700 mètres), la seule culture est l’orge, avec parfois deux récoltes annuelles quand la pluviométrie est supérieure à 1400 mm par an; une seule récolte n’est possible là où les précipitations sont aux alentours de  900 – 1 400 mm. Les ovins constituent le cheptel principal mais on trouve aussi des bovins pour contribuer à la solidité de l’exploitation. Le système d’exploitation mixte à petite échelle est le plus répandu. La densité de la population est relativement basse mais les zones à sol noir sont dégradées, du fait de milliers d’années de cultures sans protection.

Petite et moyenne production agropastorale. Les zones les plus productives sont situées entre 3 200 et 1 500 mètres dans les hautes (‘dega’ ) et les basses terres (‘woina dega’). Dans cette zone agroécologique, on trouve un vaste éventail de cultures et de nombreuses espèces d’animaux élevés pour divers usages. Les systèmes de production sont en effet mixtes (culture-élevage), avec un accent important sur la puissance de traction. La pluviosité est en général abondante à l’exception de l’extrême nord, et les périodes de croissance sont souvent très longues, avec deux récoltes par an dans certaines zones. En raison de la population élevée, l’agriculture est dominée par les petites exploitations. La production agricole privée de moyenne dimension est en train de démarrer, du fait de la récente privatisation des fermes d’Etat et de la nouvelle politique d’investissement. La grande ou moyenne production laitière se trouve autour des grandes villes.

Systèmes de production animale composites. Dans de nombreuses zones agroécologiques de basse altitude, comprises entre 1 500 et 500 mètres (kola), les périodes de croissance sont courtes voire très courtes, aussi y a-t-il seulement des cultures résistantes à la sécheresse, sauf si l’irrigation est possible. L’élevage y est important. Les conditions défavorables pour les cultures et le système d’élevage extensif impliquent une population humaine peu nombreuse. On trouve de grandes fermes d’élevage, notamment pour les opérations d’embouche en direction du marché intérieur et des exportations; la société ELFORA Pvt. Ltd. Company (ex Livestock/Meat Development Corporation) est l’une des grandes entreprises opérant dans le secteur. 

Les plaines abritent toute une série de populations pastorales qui dépendent de l’élevage et s’alimentent grâce aux espèces végétales indigènes; la productivité nette y est très variable selon le temps et l’espace. On trouve dans les plaines 29 groupes ethniques, dont plus de 90 pour cent d’éleveurs. L’élevage constitue une source de subsistance et d’emploi pour plus de 10 millions de personnes, et fournit viande, produits laitiers ainsi que poils et laines aux habitants de quelque deux douzaines de villes à l’intérieur ou près des plaines. Les petits éleveurs nomades et semi-nomades sont les principaux utilisateurs des parcours. Les Afar, Somali et Borana sont les principaux groupes pastoraux dans le nord-est, l’est et le sud des pâturages. Les systèmes de production et la gestion de l’élevage sont décrits à la section 4. 


 

4. SYSTÈMES D’ÉLEVAGE

Ressources génétiques du bétail: Avec ses conditions climatiques et topographiques variées, sa composition ethnique et la taille de son troupeau national, l’Ethiopie est un dépositaire essentiel de ressources animales et de diversité génétique, mais peu a été fait jusqu’à présent pour les décrire autrement qu’en termes superficiels. Les “races”  sont appelées en fonction de leur morphologie, ou plus souvent par le nom d’un groupe ethnique ou d’une localité. Il y a encore beaucoup à faire au niveau génétique pour avoir une meilleure compréhension des relations entre types, classes, races et troupeaux.

Bovins: La plupart des bovins locaux sont des zébus; les races reconnues, notamment Boran, Fogera, Horro, Sheko (Gimira), Abigat (Adal), sont indigènes et portent le nom de régions particulières. Les Fogera et les Horro sont connues pour être des races laitières, la première étant élevée autour du lac Tana dans l’Etat d’Amhara et la seconde à l’est du Welega, dans l’ouest de l’Etat d’Oromiya. La race Boran, renommée pour sa viande bien au-delà des frontières de l’Ethiopie, est aussi “indigène” au Kenya et en Somalie, où ses propriétaires tribaux réclament des territoires; on la trouve au sud et à l’est du pays dans deux Etats régionaux (Southern Nation Nationalities and Peoples' Regional State (SNNPRS) et Somali Regional State). La race Nuer, dans le sud-ouest, est caractérisée par sa forte capacité de résistance à la mouche tsé-tsé. Des races européennes comme la frisonne et la Jersey ont été importées pendant de nombreuses années et croisées avec des races locales pour améliorer la production laitière.

Ovins: Presque tous les ovins d’ Ethiopie sont de races indigènes; plusieurs races ont été identifiées mais sont moins clairement différenciées que les bovins. Elles ont évolué sur place dans des conditions variées, mais partout dures, de soins sanitaires, d’alimentation, de gestion, voire de climat. Leur production est faible mais susceptible d’être améliorée si de meilleures circonstances sont aménagées. D’autres organismes de recherche internationaux et l’Institut international de recherche sur l'élevage (ILRI) ont effectué quelques caractérisations préliminaires des races. Les croisements de races formels ont été cantonnés dans la station de Debre Berhan du Ministère de l’agriculture (Ministry of Agriculture: MoA), à quelque 2 800 mètres d’altitude, à 120 kilomètres au nord d’Addis Abeba. Les races Awassi et Corriedale se sont révélées les plus aptes à l’amélioration, mais le transfert des résultats au secteur des petits éleveurs a connu un succès plus que limité. 

Caprins: Jusqu’à très récemment, la situation était fort semblable à celle rencontrée pour les ovins; cette immense ressource génétique était très méconnue en termes de races et de composition du cheptel, et il y avait une grande confusion dans la terminologie. Parmi les types identifiés dès lors, on trouve une chèvre à poil court dans le désert danakil, les chèvres blanches et bigarrées des hautes terres du Hararghe, une chèvre Bati du Wello recherchée pour ses peaux, la chèvre Arusi ainsi que d’autres types dans les plaines de l’ouest. Plus récemment, a eu lieu un inventaire exhaustif du cheptel caprin, pour lequel ont été inspecté physiquement plus de  14 000 animaux. Un certain nombre de variables qualitatives et quantitatives ont été utilisées dans cette étude pour classer les caprins en quatre catégories principales et 14 types distincts; des estimations sur la répartition géographique et la taille du cheptel ont aussi été menées. Des informations complémentaires ont ensuite été acquises au sujet des systèmes de production, des pratiques de gestion, de la structure des troupeaux et du mode de reproduction. 

Systèmes de production sédentaires
Les systèmes d’élevage éthiopiens peuvent être répartis en trois grandes catégories:
• agriculture de subsistance liée à l’élevage
• système d’élevage pastoral pur
• production commerciale privée ou para-étatique.

Dans les deux premiers systèmes, il s’agit essentiellement de petites exploitations, tandis que le dernier comprend des unités de production moyennes et grandes orientées vers le marché. Les systèmes d’élevage commercial et para-étatique, avec une production animale plus intensive, se trouvent principalement dans les zones péri-urbaines et urbaines et, dans une moindre mesure, autour des anciennes coopératives  ou de quelques sites ruraux privés. Les activités les plus répandues sont la production laitière et l’embouche de bœufs et petits ruminants.  .

Petite agriculture de subsistance. Dans ce système, où les cultures destinées principalement à la consommation familiale constituent l’activité agricole principale, la taille des exploitations se situe entre 0,5 et 1 hectare. Le maintien de la fertilité du sol est un problème essentiel. L’élevage sert à la traction et à la production de lait et de viande, et représente une source d’alimentation et de revenus. Les bovins sont les animaux principaux. Leur alimentation provient des pâturages naturels, des résidus de récoltes et, dans une moindre mesure, de pâturages et fourrages améliorés. La production laitière est de 1 litre par jour et la surface moyenne de terre par animal de 0,25 hectare.

Activités d’embouche et de production laitière intensives de dimension moyenne. Les agriculteurs utilisent tout ou partie de leurs terres pour cultiver des pâturages et fourrages améliorés, certains achètent des sous-produits agro-industriels et utilisent leur terre pour des cultures destinées à la consommation et à la vente. On emploie du fumier sur les cultures. Le lait est la principale source de revenus; les fermiers ont recours à la main d’œuvre familiale et louent parfois les services de personnes externes pour les opérations de production laitière et d’embouche. L’alimentation provient de pâturages et fourrages améliorés ainsi que de concentrés achetés dans le commerce. La production laitière des animaux de races croisées (zébu local croisé avec race frisonne) est continue, et se situe aux alentours de 5-8 litres par jour; un animal de race croisée occupe de 0,5 à 1 hectare, sur des exploitations de 1-2 hectares. Les vaches de race croisée, l’insémination artificielle, le crédit, les services vétérinaires et la formation constituent les apports principaux.

Production laitière commerciale péri-urbaine. On la trouve autour des villes, où la demande de lait est élevée. Les sources d’alimentation principales sont les sous-produits agro-industriels (concentrés), le foin acheté dans le commerce, les pâturages et fourrages améliorés et les résidus de récolte. Le lait, souvent vendu directement aux consommateurs, est la principale source de revenus. Les vaches croisées de races sélectionnées sont nourries d’aliments concentrés commerciaux et de fourrages grossiers; il s’agit d’entreprises commerciales. La production laitière est continue et varie de 10 à 15 litres par vache de race croisée; une vache occupe entre  0,25 et 0,5 hectare. Les principaux apports à la production comprennent les aliments concentrés, les fibres, le bétail de race sélectionnée, l’amélioration génétique, le crédit, la vulgarisation, la formation et les services vétérinaires.

Systèmes d’alimentation. Le bétail tire essentiellement son alimentation des pâturages naturels, des mauvaises herbes poussant sur les terres de culture, des jachères et des résidus de récolte. Les bas-fonds sont réservées au foin qui est utilisé durant les périodes difficiles. Dans les zones élevées, les agriculteurs clôturent de petites aires de pâture, où viennent les bœufs durant la période de labour et qui servent aussi à nourrir les jeunes veaux. La plupart des animaux vont paître au sommet des collines, près des marais, en bordure des forêts et des routes et sur les terres rocailleuses ou incultes. 

Les animaux broutent les jachères et les résidus de récolte le matin et le soir, alors qu’ils rejoignent ou quittent la zone de pâture pendant la journée. Les jeunes veaux, qui ne peuvent se déplacer sur de longues distances, se nourrissent de jachères et de résidus de récolte. L’alimentation par produits de coupe et la complémentation en saison sèche au moyen de résidus de récolte et de produits agro-industriels constituent une pratique courante dans les systèmes mixtes de moyenne et haute altitude.

Dans les zones à potentiel élevé, les éleveurs de bétail laitier cultivent des pâturages et fourrages améliorés; les animaux se nourrissent de produits de coupe et de foin. Des associations de producteurs laitiers ont commencé des opérations d’ensilage à destination de leurs vaches laitières. Ceux qui s’adonnent à l’embouche à petite échelle ont recours aux produits de coupe et au foin (issus de pâturages naturels et de résidus de récolte). Les résidus de sous-produits céréaliers locaux et de boissons, mélangés à du sel, sont donnés aux vaches laitières, aux bœufs de trait et aux animaux à l’embouche. Dans les plaines (zones pastorales), les animaux pâturent.

Système de production intégré cultures-élevage. Dans les systèmes de production mixtes, les bovins jouent un rôle important par leur force de traction, mais les équins sont les meilleures bêtes de somme des hautes terres. Les petits ruminants et les volailles sont les principales sources de revenus en espèces et de consommation pour les ménages. Dans les zones de plus haute altitude (au-dessus de 3 000 mètres), l’orge et les ovins prédominent. Ce système couvre des parties du nord du Wollo, les montagnes à l’est du Gojjam et les monts Semen du Gonder.

Cultures annuelles et élevage des hautes terres. On rencontre le système d’élevage étroitement lié aux cultures entre 1 500 et 3 000 mètres d’altitude, sur une superficie estimée à 12,5 millions d’hectares. On y trouve un vaste éventail de céréales, cultures oléagineuses et légumineuses. Les bovins sont utilisés pour la traction et le combustible, et un petit nombre d’ovins et caprins fournissent des revenus en argent. Le système est le même sur les hautes terres du Tigray, du Wollo, du Gonder, du Gojjam, du Shewa et des portions du Wellega. Les exploitations sont très petites et souvent fragmentées. En raison de la forte densité de population et de l’étendue des mises en culture, les zones de pâture sont cantonnées sur les terres inadaptées aux cultures, en jachère ou inondées et sur les pentes escarpées. Les ressources alimentaires y sont précaires et constituent un défi pour le développement.

Cultures pérennes des hautes terres. C’est un autre système mixte que l’on trouve entre 1 500 et 3 000 mètres. C’est une zone de culture intensive, où les effectifs du cheptel et les parts de terres cultivées sont plus élevées; il est prédominant dans le sud de l’Ethiopie, notamment dans les zones de culture de qat (Catha edulis) et de café du Harerge, et dans les plantations d’enset (Ensete ventricosum) du Walaita, du Sidamo et du Gurage. Il touche aussi la zone de café de Jima et Wellega. Le bétail ne sert pas pour la traction  car on cultive à la houe. L’alimentation provient des pâturages naturels et des résidus de récolte.

Systèmes pastoraux
Les éleveurs exploitent les pâturages dans les zones arides et semi-arides. Parmi les pasteurs les plus connus, il y a les Borana, les Somali et les Afar, respectivement dans le sud, l’est et le nord-est du pays.  Les populations pastorales sont estimées aux alentours de 12-15 millions. Ces nomades n’ont pas de demeure permanente et se déplacent avec leurs troupeaux à l’intérieur de leur territoire traditionnel. Le bétail est utilisé pour l’autoconsommation et la production de lait saisonnière. Le rendement par vache et par jour est de 0,5-1 litre. La superficie moyenne par animal se situe entre 5 et 10 hectares. Le cheptel comprend des bovins, des ovins, des caprins et des camelins. Les apports extérieurs comprennent les produits vétérinaires (médicaments et vaccins), l’eau et le développement des routes. Ces zones vendent de jeunes taureaux aux agriculteurs des hautes terres (pour la traction) en les échangeant contre des céréales (essentiellement du maïs); cette zone fournit aussi le plus grand nombre d’animaux à l’exportation.

Système pastoral extensif. Les plaines au-dessous de 1 500 mètres sont arides ou semi-arides. L’élevage y est la principale activité et pourvoit à la subsistance des populations, directement, par le lait, les produits laitiers, la viande et le sang, ou indirectement, par la vente d’animaux permettant l’achat de céréales. Les cultures sont limitées. C’est un système extensif; on s’y approvisionne en eau et nourriture grâce à la mobilité constante ou partielle du troupeau. Le système social et juridique traditionnel permet d’avoir une gestion durable des ressources. Les parcours d’Ethiopie se trouvent sur les régions frontalières et les groupes ethniques sont souvent transfrontaliers. Ainsi, on trouve les pasteurs afars en Erythrée, en Ethiopie et à Djibouti; les éleveurs Somali de l’est de l’Ethiopie se trouvent aussi à  Djibouti, en Somalie et au Kenya, et la terre d’attache borana est entre l’Ethiopie et le Kenya.

Le système pastoral nomade suppose une économie tirant l’essentiel de son alimentation de l’élevage et utilisant pour cela un grand nombre de pratiques d’élevage sur parcours naturels, ce qui implique un certain degré de mobilité. Le système transhumant permet à des membres de la communauté de pratiquer quelques cultures dans les zones d’attache. Malgré les efforts faits pour intégrer l’agriculture et l’élevage autour des zones sédentaires, les cultures sont restées ponctuelles. Le pastoralisme demande un équilibre durable entre les populations humaine et animale et les pâturages. Un tel équilibre est précaire et est rarement atteint, même lorsque l’on dispose d’une organisation sociale locale très forte (Alemayehu Mengistu, 1998b).

Les éleveurs parviennent à garder leur bétail dans des conditions environnementales de risques et d’incertitude grâce à certaines stratégies traditionnelles. Dans les systèmes éthiopiens nomade et semi-nomade, celles-ci consistent à:

 
• élever des troupeaux composés de diverses espèces et compléter les ressources pastorales par des sous-produits agricoles; 
• répartir spatialement le troupeau sur des aires appropriées, de façon à minimiser l’impact d’un éventuel surpâturage localisé, des maladies et d’autres facteurs environnementaux; 
• instaurer et conserver le système social de partage, emprunt, don et préservation des ressources communes. Il existe des cadres institutionnels bien définis quant au partage des ressources et à la reconstitution du cheptel après une période de crise;
• avoir le plus d’animaux possibles pour minimiser le risque de tous les perdre ou de n’en avoir plus que quelques-uns en cas de calamité;
• réduire le nombre des membres du ménage en période difficile, comme une sécheresse ou une maladie, en envoyant toutes les personnes valides non nécessaires au fonctionnement du système travailler dans les zones agropastorales et agricoles.

Systèmes de pâturage extensifs. La gestion des ressources pastorales est traditionnelle; les régulations sont décidées par la communauté locale. Les responsables traditionnels décident à partir de choix collectifs faits après discussion. Les règles structurent les choix individuels et collectifs, et les pasteurs gèrent les parcours en tant que propriété commune. Les décisions, prises avec un haut degré d’implication de la part des hommes, visent une utilisation des ressources efficace et durable. 

Un point important mérite d’être mentionné, à savoir les règles de gestion des arbres. Les arbres ont une grande valeur pour les populations pastorales; ils servent de fourrage et de nourriture en période de crise et sont essentiels pour leur ombre. Les éleveurs ne sont pas autorisés à élaguer les arbres quand il y a d’autres sources de fourrage disponibles, comme l’herbe et les arbustes. Ils ne coupent pas d’arbres pour le bois de chauffe mais ramassent du bois mort, surtout le long des cours d’eau pérennes et saisonniers. Ils n’ont jamais le droit de couper des arbres fruitiers, et ne le font jamais. Un petit cercle d’hommes décide des règles de gestion des arbres et un homme est élu dans chaque famille élargie pour les faire respecter; c’est lui qui donne l’autorisation de couper les branches des arbres quand c’est nécessaire.

Les éleveurs savent comment choisir les pâturages les plus appropriés pour la saison et comment protéger celles qui ont déjà été utilisées. Ils prennent des décisions quotidiennement quant à leur usage des ressources naturelles. Ils n’ont pas de règles complexes de gestion et ne s’intéressent qu’à leur ressource fondamentale, comme les zones de pâture de saison sèche. La production pastorale y est faible. La survie des éleveurs est donc dépendante d’événements naturels aléatoires, si bien qu’ils doivent prendre des accords avec les populations des hautes terres pour qu’ils aient réciproquement accès aux ressources pastorales des uns et des autres. Les règles, bien connues, de gestion des pâturages, sont les suivantes: 
• conservation des pâturages;
• déplacement des animaux en saison sèche;
• démarcation entre parcours et zones de résidence
• division du cheptel en troupeau mobile sur parcours ('fora') et troupeau sédentaire sur zone d’attache ('warra')
• migration des membres de la famille
• contrôle des arbustes (feux),
• roulement des cultures

Les éleveurs sont soumis à des très fortes fluctuations saisonnières en termes de disponibilité et qualité de l’alimentation. Une pratique de plus en plus répandue consiste à fabriquer un enclos de foin sur pied entouré de buissons épineux (Alemayehu Mengistu, 1998b), susceptible de servir en saison sèche pour nourrir le jeune bétail et les femelles en lactation. Outre sa fonction de stockage de nourriture, cette pratique permet une croissance des plantes optimale et améliore les conditions du pâturage, dans la mesure où elle facilite l’ensemencement et la repousse des plantes. Durant les bonnes années pluvieuses, les ressources sont riches en saison des pluies pour chuter nettement  en saison sèche, aussi la fabrication de foin se répand-elle de plus en plus, en particulier chez les éleveurs partiellement sédentarisés. Les résidus de récolte sont aussi utilisé là où existent des cultures.  

Gestion du troupeau. La reproduction du bétail s’appuie sur les savoirs locaux; les animaux reproducteurs sont sélectionnés en fonction de leur capacité à survivre aux fluctuations de température, à l’insuffisance d’eau et de fourrage, aux parasites et aux maladies. On tient compte aussi des quantités de lait produites et de la fertilité. Les éleveurs des plaines sépare leur troupeau en unités distinctes, selon le type, l’âge, le sexe et la productivité. Les petits ruminants sont en général séparés des bovins et des camelins, du fait de leurs besoins différents en fourrage, eau et sel. Les camelins forment un troupeau à part, essentiellement du fait de leur moindre besoin d’abreuvement et de leurs longs déplacements à la recherche de fourrage. Les bergers coopèrent à la garde des troupeaux appartenant à des familles liées entre elles. 

La composition du troupeau est faite de façon à répondre aux besoins des populations et se conformer à l’environnement. Les ressources naturelles de la zone aride sont hautement aléatoires, aussi y trouve-t-on des troupeaux composés de plusieurs espèces. Cela permet un certain degré de flexibilité. Dans les troupeaux des Afar, les effectifs de bovins et ovins, autrefois importants, décroissent au profit des caprins et camelins. Les camelins, qui étaient rares chez les Borana, sont aujourd’hui de plus en plus courants. 

La plupart de ces populations sont nomades; quelques-une se sont sédentarisées de manière permanente (et pratiquent essentiellement la transhumance) et mêlées à d’autres groupes ethniques, et s’adonnent à l’agriculture et à des activités commerciales. La conduite de troupeaux camelins et caprins est l’activité économique principale des éleveurs. Des siècles durant, ils ont aussi guidé des caravanes de sel. 

Gestion des bovins. Les éleveurs gèrent les troupeaux bovins selon le mode pastoral traditionnel. Selon Coppock (1994), les veaux en âge de téter sont gardés loin de leur mère, sauf lorsqu’il faut stimuler la descente de lait pour deux traites par jour.  Les taureaux sont laissés avec les vaches toute l’année, aussi les accouplements sont-ils incontrôlés et la périodicité dépend-elle des fluctuations alimentaires saisonnières. Les vaches sont traites tôt le matin et le soir. 

Là où les ressources hydriques et pastorales le permettent, les éleveurs mènent une existence semi-sédentaire. Les ressources hydriques et pastorales permettent aux éleveurs de mener une existence semi-sédentaire. Le ménage peut rester sédentaire toute une année, voire plusieurs, et les résidences familiales autour d’un puits donné peuvent durer des générations. Le cheptel est réparti en groupes sédentaires demeurant au point d’attache et groupes mobiles se mouvant sur les pâturages. Cette division du troupeau se fait en fonction des conditions des ressources, de la main d’œuvre disponible, du sexe et de la classe d’âge des animaux et de l’état de lactation des vaches.

Comme cela a été décrit par de nombreux chercheurs, le premier objectif de la division des troupeaux est de répartir les animaux loin du campement durant les périodes de restrictions en fourrage et en eau. Les animaux forts et moins productifs sont envoyés sur les pâturages avec les troupeaux mobiles conduits par de jeunes hommes et de grands garçons. A l’autre extrême, il y a les troupeaux sédentaires composés de vaches allaitantes et de quelques jeunes animaux faibles ou malades qui reviennent au campement chaque nuit. Ils se meuvent à l’intérieur d’un périmètre dont  le rayon varie selon que la journée est employée pour la pâture ou aussi pour l’abreuvement. 

Le troupeau mobile est composé de vaches non allaitantes et de mâles de divers âges et types. La composition et la taille des troupeaux mobiles et sédentaires est dynamique, changeant selon les saisons, la pluviométrie moyenne, le degré de sécheresse de l’année. Des troupeaux sédentaires plus nombreux et hétérogènes caractérisent les années à fortes précipitations, et le contraire vaut pour les troupeaux mobiles. Les deux types de troupeaux sont abreuvés tous les trois à quatre jours durant les périodes sèches. Cela est considéré comme une opération de gestion visant à minimiser la main d’œuvre requise pour exhaure l’eau des puits profonds..

Gestion des ovins et des caprins. Les pasteurs élèvent de gros troupeaux d’ovins et de caprins pour la consommation, les revenus, la reproduction, la reconstitution des richesses et le prestige social. Au niveau de l’autoconsommation, ovins et caprins sont abattus occasionnellement pour fournir de la viande. Actuellement, les caprins sont élevés pour leur lait, notamment pour les enfants en saison sèche et pour les adultes en temps de disette. Les ovins sont rarement traits. Ovins et caprins sont souvent vendus pour acheter des menues marchandises et de la nourriture. On vend surtout les mâles, les femelles étant gardées pour la reproduction. Les ovins et caprins des éleveurs nomades sont très résistants à la sécheresse et bien adaptés aux plaines arbustives arides. Les caprins sont très productifs et fournissent du lait, du beurre et de la viande. Le lait est très important pour l’alimentation des enfants. Les peaux sont utilisées pour conserver le beurre ou les céréales, baratter le lait, servir de seaux à eau et pour la vente.

L’âge de première mise bas des caprins est entre 8 et 12 mois; l’intervalle entre les chevreaux est de six mois. Des chevreaux mâles de quatre à cinq jours sont souvent offerts en cadeau aux hôtes. Quelques chevreaux mâles nouveau-nés sont abattus au bout de quelques jours pour augmenter la quantité de lait familiale. En saison sèche, tous les petits sont abattus en raison du manque de fourrage et parce que les femelles ne seraient pas en mesure de survivre avec des petits en train de téter. 

Certains ovins et caprins mâles sont gardés pour la reproduction et la viande. A l’âge de 4-5 ans, ovins et caprins mâles sont castrés et mis à l’embouche et sont alors dénommés ‘sanga’. Ils grandissent vite et fournissent de la bonne viande; les sangas sont vendus à haut prix sur les marchés locaux et à l’exportation et constituent la viande préférée des occasions rituelles: vacances, naissances et cérémonies de circoncision.

Elevage camelin. Les camelins sont d’un grand intérêt pour les populations des plaines et pour les éleveurs en particulier; ils s’adaptent particulièrement bien à ce milieu et contribuent de manière significative à la sécurité alimentaire des ménages pastoraux. Ils sont surtout utilisés pour leur lait et pour le transport de personnes et marchandises. Les protéines, graisses et vitamine C contenues dans le lait de chamelle sont d’une importance vitale pour les éleveurs, qui vivent dans un environnement manquant de légumes. Les éleveurs emploient les chameaux pour se déplacer et pour les opérations commerciales; de même, ils servent à transporter les céréales, les biens achetés sur les marchés et de grandes quantités d’eau puisées dans les puits pour les hommes et les veaux en saison sèche; ils servent aussi d’animaux de trait. La plupart des campements d’éleveurs ont au moins un camelin.  

Le nombre de mâles et femelles dans les diverses communautés dépend de leur proximité avec les sources d’approvisionnement en marchandises telles que les pierres à lécher. La valeur marchande d’un camelin oscille entre 175 et 200 dollars EU. Les communautés effectuent des échanges entre elles, prenant des mâles pour le transport et des femelles pour le lait.

En Ethiopie, la conduite des camelins est traditionnelle; il existe peu d’études sur l’élevage camelin. Celui-ci est rendu difficile par les changements multiples du milieu, le manque de services vétérinaires et la faible performance de reproduction; c’est un processus plus long que l’élevage caprin. La maturité sexuelle est atteinte vers quatre ou cinq ans et il y a en général une mise bas par an. 

La gestion des chamelons est très importante aux yeux des pasteurs, qui lui consacrent une grande attention. L’apport en lait, l’approvisionnement en eau en saison sèche, de bons pâturages et une lutte efficace contre les parasites, sont jugées aussi essentiels que les soins eux-mêmes. La division des troupeaux de façon à réduire la compétition pour le fourrage, l’eau et le sel permet d’optimiser l’utilisation des ressources; cette stratégie permet aussi de garantir l’approvisionnement continu des familles en lait, et de répondre aux besoins des chamelons aussi bien qu’à ceux des hommes. La gestion du troupeau vise à assurer un flux durable de bénéfices allant des camelins vers les ménages. Avec des ressources limitées, les éleveurs investissent de façon relativement intensive dans les chamelons. Ceux-ci sont gardés en stabulation durant presque toute leur première année: cela les aide dans leur thermo-régulation face à un environnement souvent froid et balayé par le vent durant les périodes pluvieuses; cela minimise aussi les risques de prédation. Les femmes ôtent régulièrement le fumier de l’enclos des chamelons et veillent aux problèmes sanitaires, utilisant par exemple du kérosène pour enlever les tiques et des remèdes traditionnels pour soigner les blessures et les maux internes. 

L’importance  du sel pour les camelins est bien connue des bergers; les chameaux dépendent des plantes salées, des sols salés et des compléments en sel. Les bergers reconnaissent les animaux montrant des symptômes de carence en sel et leur donne une complémentation. On en donne aussi là où les plantes et sols salés sont insuffisants.

La gestion traditionnelle de la reproduction prend en compte la sélection des mâles et femelles et les pratiques de contrôle de la reproduction. Toutes les femelles sont considérées comme adaptées à la reproduction et l’attention se concentre sur les mâles. Une fois qu’un mâle a été sélectionné, il est utilisé aussi longtemps que possible, mais les géniteurs sont gardés cinq à sept ans au plus dans le troupeau. On laisse les mâles sélectionnés pâturer avec les femelles reproductrices et tous les mâles non choisis comme géniteurs vont paître séparément ou sont castrés. 

Obstacles à l’élevage des ruminants
On sait depuis longtemps que les obstacles au développement de l’élevage en Ethiopie, en termes de production et de productivité, sont multiples. Il y a des contraintes socio-économiques et techniques. Les premières sont liées aux enjeux politiques, au système foncier et institutionnel, à la commercialisation et au budget. Les secondes concernent essentiellement la santé, l’alimentation et la génétique.  .

Contraintes socio-économiques
• Enjeux politiques: L’élevage fait partie intégrante des ressources nationales. Une politique environnementale visant à gérer les ressources naturelles à long terme s’avère nécessaire. L’élevage comme la gestion des ressources naturelles sont fortement influencés par la politique gouvernementale, sur le plan économique, sociale et politique. Les principales questions politiques concernent les points suivants:
• l’absence d’une politique relative à l’élevage;
• la politique des prix;
• l’organisation et la participation des communautés;
• le système foncier: de par le passé, l’affectation discriminatoire des terres aux fermes collectives et l’absence de droits d’usage avaient découragé les petits exploitants d’investir dans l’élevage et l’amélioration du terrain. De même, l’acquisition privée des terres avait été découragée, empêchant l’émergence d’un secteur de l’élevage privé. Actuellement, l’insuffisance des terres en altitude amène au développement de terres pastorales moins productives, en zone alpine et semi-aride.
• infrastructures: l’Ethiopie est l’un des pays disposant du réseau routier le moins dense du monde, ce qui oblige le bétail à faire de longs et pénibles trajets dans presque tous les cas. La commercialisation des animaux sur pieds et de la viande est entravée par le manque d’infrastructures et d’équipement pour le transport. Lors des longs parcours effectués, du fait de l’absence de routes, d’aires de repos et de points d’abreuvement et d’alimentation, le bétail perd un poids substantiel avant même d’atteindre les marchés. L’inadéquation de la répartition des intrants et de l’accès au crédit contribue de même à la faible performance du secteur de l’élevage. Il faut aussi citer le manque d’équipement pour la formation et l’assistance technique. 
• services: Les services agricoles sont aussi importants que les infrastructures. Parmi les contraintes institutionnelles majeures, citons l’inadéquation de ceux-ci et des techniques d’élevage, due au faible lien entre la recherche et l’assistance sur le terrain, l’absence de programmation participative et de formation visant à s’adapter aux changements du pays.  .
• finances: L’insuffisance des dépenses régulièrement affectées aux services publics constitue un point critique. Parmi les problèmes, citons les difficultés liées au transport du personnel, au carburant, aux réparations et à la maintenance, aux véhicules – gardés bien au-delà de leur temps de rentabilité économique -, au manque fréquent de médicaments, vaccins et sperme.  .
• commercialisation: Le processus de commercialisation suit en général trois étapes – marchés initial, intermédiaire et final – à travers lesquelles l’animal ou le produit animal passe du producteur au petit commerçant et au grand négociant ou au boucher. Toutefois, la plupart des producteurs vendent leur bétail et les produits dérivés sur les marchés locaux, directement aux consommateurs ou aux petits commerçants, à des prix relativement bas. Les informations en matière de commercialisation à disposition des producteurs sont aléatoires et inadéquates. Sauf exception, les marchés sont des surfaces en plein air dans les villes et villages. L’éloignement des marchés, les mauvaises routes et le manque d’aires de stationnement créent des conditions défavorables, forçant les producteurs à vendre à bas prix. Les prix ne sont pas déterminés par le poids et la qualité des animaux, mais en fonction d’un éreintant marchandage entre vendeurs et acheteurs. En raison de ce système de vente et des prix décourageants pour les vendeurs, ceux-ci ne sont pas incités à améliorer la qualité et le produit du cheptel.

Contraintes techniques. La productivité de l’élevage éthiopien est inférieure à la moyenne africaine. Le produit du troupeau est de l’ordre de 7 pour cent par an pour les bovins et de 33-36 pour cent pour les ovins et caprins; les poids de carcasse correspondants sont respectivement de 100-110 kilos et de 8-10 kilos. Les vaches n’atteignent pas la maturité avant l’âge de 4 ans, elles vêlent tous les deux ans et ne produisent que 1,5 à 2 litres de lait par jour, sur 150 à 180 jours de lactation. Il en résulte une faible consommation de viande et de lait par habitant. Le mauvais état de santé, le manque d’alimentation et le faible potentiel génétique sont les principaux freins  à l’accroissement de la productivité de l’élevage dans le pays (ILCA, 1991 et MoA- NLDP, 1998).
• Parasitoses et maladies: les maladies réduisent considérablement la production du bétail indigène car elles sont un obstacle à l’introduction d’animaux plus productifs et de nouvelles techniques et parce qu’elles empêchent le pays de pénétrer le marché des exportations à haut prix. Il y a des épidémies de maladies infectieuses avec des taux de mortalité élevés, qui pourraient être contrôlées grâce à la vaccination; on trouve aussi des parasites et des maladies apportées par d’autres vecteurs. Il n’a pas encore été développé de lutte et traitements peu coûteux contre la trypanosomiase et les parasites internes, pourtant très sévères. Ainsi, seules et en interaction avec les problèmes de nutrition et de productivité, les maladies du bétail provoquent une forte mortalité et morbidité et entravent l’épanouissement du potentiel productif.
• quantité et qualité de l’alimentation: du fait des cultures de céréales croissantes pour nourrir une population humaine en augmentation incessante, les pâturages disponibles diminuent. Le manque d’alimentation et les insuffisances en substances nutritives deviennent plus aigus durant la saison sèche, dans les plaines comme dans les hautes terres. Des études ont montré qu’il y a un déficit d’environ 12,3 millions de tonnes de matière sèche en Ethiopie. Pour diverses raisons, les résidus de récolte et les sous-produits agro-industriels ne sont pas correctement utilisés. Les cultures fourragères ne sont pas largement adoptées et la production d’aliments commerciaux n’est pas développée. 
• races animales: le génotype du bétail éthiopien a beaucoup évolué à travers la sélection naturelle et sous l’influence de facteurs environnementaux. Le bétail est devenu plus à même de supporter le manque de nourriture et d’eau,  les maladies  et le climat rigoureux. En revanche, la capacité productive est demeurée très limitée. L’élevage de subsistance, non orienté vers le marché, est incompatibles avec le système d’exploitation de la plupart des zones agroécologiques. Dans les zones à haut potentiel, des croisements et remplacements de races ont été effectués pour augmenter la production de lait. Cependant, leur applicabilité dans les zones à faible potentiel, où la capacité de survivre est la question essentielle, requiert des études plus détaillées. Il existe des races indigènes avec des caractéristiques remarquables; certaines races des plaines, de bovins (Boran) comme d’ovins (Somali à tête noire), sont souvent supérieures en termes de taille, longévité et productivité, et ont la préférence des consommateurs. Il existe toutefois peu d’études sur les races indigènes.
• sécheresse récurrente et guerre: la sécheresse récurrente comme la récente guerre civile prolongée ont entravé les divers programmes et projets. Les infrastructures ont été détruites, des vies et des propriétés perdues, du fait de la guerre et des changements de gouvernement. Il est nécessaire de lutter contre l’incapacité actuelle à renforcer la production déjà existante. Durant les décennies qui ont suivi la révolution de 1974, l’économie du pays a crû lentement, au taux de  2,5 pour cent par an. La croissance dépendait nettement de la performance du secteur agricole, qui représente au moins 40 pour cent du PIB. La sécheresse de 1983-1984, suivie par celle encore plus sévère de 1984-1985, a provoqué un déclin massif de la production agricole et une dépression de l’économie globale. La reprise ultérieure a été interrompue par les sécheresses de 1987-1988 et 2002-2003. Du fait que l’économie nationale est fondée sur l’agriculture, sa faible performance a eu un impact direct sur les autres secteurs. Le ralentissement général s’est traduit par diverses baisses du PIB. Celui-ci chuta de 5 pour cent en 1991-1992, mais il y eut une forte augmentation de 12,3 pour cent en 1992-1993. En 1993-1994, le taux de croissance était plus typique, 1,7 pour cent. La chute nette était due essentiellement à la sécheresse. Dans les années qui ont suivi, la croissance du PIB fut de  4,9 pour cent et de 7,6 pour cent. Ces chiffres furent dus à la prédominance de précipitations abondantes et bien réparties, couplée à des politiques économique et agricole favorables. Le taux d’inflation était de 10 pour cent en 1992-1993, de 12 pour cent  en 1993-1994, de 13,4 pour cent en 1994-1995 et de 0,9 pour cent en 1995-1996.
• embrousaillement: le système foncier actuel ne permet pas de contrôler les parcours communautaires. La mauvaise gestion, liée au manque d’attention à  l’égard des connaissances locales, a fait de l’embrousaillement un des problèmes majeurs de nombreuses zones pastorales. L’introduction d’espèces envahissantes, sans connaissance profonde de la plante ni du milieu d’accueil, a provoqué d’importants problèmes sur les parcours à travers le pays. Dans les savanes sèches du sud, où, des siècles durant, les phénomènes climatiques épisodiques et les feux de brousse régulaient la dynamique de la végétation, l’équilibre naturel entre graminées et arbres s’est renversé, et le couvert arbustif est devenu une menace essentielle pour la gestion des pâturages. Sur 40 pour cent des parcours du sud de l’Ethiopie, le couvert arbustif  dépasse 40 pour cent (Coppock, 1994). Acacia drepanolobium, A. brevispica et d’autres Acacia spp. sont les principales espèces envahissantes dans le sud, tandis que  l’espèce introduite Prosopis juliflora prévaut fréquemment dans l’est. 

Intensification de l’élevage de ruminants 
Face à une population croissante, qui demeurera agraire longtemps encore, la demande intérieure en produits de l’élevage et force de traction constitue une opportunité de développement. La croissance de la population est élevée selon les normes de l’Afrique sub-saharienne et la demande de produits de l’élevage ne fera qu’augmenter. Le pays a aussi la possibilité de regagner sa place sur le marché de l’exportation, notamment dans le Golfe et le Proche-Orient, où son bétail, ovins et bovins tout particulièrement, est très demandé.  

Malgré la faible performance de l’élevage dans la passée , le cheptel, la biodiversité et les ressources naturelles nationaux sont potentiellement porteurs d’amélioration. Les effectifs très nombreux du cheptel, parfaitement adapté aux diverses conditions agroécologiques, peuvent représenter la base d’une augmentation des produits de l’élevage et des emplois, essentiel pour une agriculture durable. Des progrès en matière de lutte contre les maladies, la malnutrition, la mauvaise reproduction et de commercialisation et de structure des prix auraient un impact remarquable sur les performances.

Le domaine de l’amélioration du potentiel génétique des ruminants indigènes, notamment dans l’industrie laitière, devrait gagner de plus en plus l’intérêt des petits éleveurs et du secteur privé, bien que l’alimentation demeure à cet égard une contrainte majeure. Les élevages de volailles semi-intensifs ou de basse-cour sont susceptibles de se développer dans une modeste mesure, en raison des prix croissants du lait et de la viande. L’amélioration quantitative et qualitative de l’alimentation constitue un autre enjeu, notamment pour les pâturages et fourrages pour lesquels existe un grand potentiel. L’Ethiopian Agricultural Research Organization (EARO) a développé des systèmes d’alimentation et mené des recherches dans des zones spécifiques, avec une attention particulière à l’alimentation et la nutrition comme base d’un cheptel sain. Le MoA a récemment lancé divers programmes d’amélioration qualitative et quantitative de l’alimentation du bétail, qui visent à:
•Améliorer et gérer les ressources naturelles.
• Améliorer la qualité et l’utilisation des résidus de récoltes.
• Développer les pâturages et fourrages améliorés.
•Produire et diffuser des semences pastorales et fourragères.

Bien que l’on n’ait pas d’informations fiables et exhaustives, selon le MoA, plus de 100 000 hectares de parcours dégradés ont été réhabilités en l’espace de quatre ans, grâce à un programme bien coordonné d’amélioration des pâturages. C’est cependant insignifiant en regard de la superficie totale de terres dégradées, et les efforts doivent être poursuivis.

Améliorer l’approvisionnement en nourriture est possible si l’on améliore par ailleurs la production fourragère et celle des parcours, et le contrôle de l’ensemencement. La production de semences fourragères de la part de petits éleveurs sous contrat s’est montrée prometteuse. Au fur et à mesure que les cultures se font plus intensives, les résidus de récolte deviennent une source d’alimentation majeure. L’amélioration qualitative des résidus de récolte et l’utilisation efficace des sous-produits est un autre domaine de progrès possible.

Dans les plaines pastorales, existent de nombreuses possibilités d’améliorer la gestion des parcours, notamment: 
• Encourager l’instauration d’un réseau de pilotage régulier, sensible aux différences entre hommes et femmes, pour étudier les conditions pastorales et les tendances.
• Encourager la mise en œuvre d’un suivi régulier des problèmes de productivité et de gestion du cheptel et des pâturages.
• Reconnaître et renforcer les savoirs traditionnels et les pratiques de gestion des parcours des éleveurs, hommes et femmes.
• Encourager et renforcer les règles traditionnelles de gestion des parcours, de démarcation des zones sédentaires et de mobilité des troupeaux.
• Renforcer la pratique traditionnelle, très répandue, de conservation de l’alimentation sous forme de ‘Kalo’( foin traditionnel).
• Encourager les banques fourragères, sous forme de foin ou d’autre type de conservation. 
• Enquêter et encourager la sélection d’arbres comme l’Acacia et de légumineuses fourragères pouvant servir de complémentation en saison sèche. 
• Mettre en place un plan de régulation pour les feux de brousse, pour a diminution des tiques de façon à améliorer la santé animale, et pour l’amélioration qualitative du fourrage. Cela suppose une politique en la matière et une participation communautaire. 
• Faire une analyse détaillée de la détérioration des parcours pour évaluer son ampleur. 
• Rechercher des systèmes de gestion des parcours plus appropriés.

La prophylaxie et la lutte contre les maladies constituent d’autres enjeux. Bien que l’on ne dispose pas de données épidémiologiques sur la plupart des maladies du bétail et que les enregistrements effectués sont en-dessous des minimums requis, le l’éradication de la peste porcine est une indication sur le potentiel de succès du pays. Si un soutien est donné à d’autres programmes sur les maladies prioritaires, la perte économique pourra être minimisée et l’accès aux exportations potentielles rendu possible. 


 

5. RESSOURCES PASTORALES

Les ressources alimentaires du cheptel éthiopien sont pour l’essentiel les pâturages, les résidus de récoltes, les pâturages améliorés, les cultures fourragères et les sous-produits agro-industriels. Comme cela a été décrit au chapitre 4, les systèmes d’alimentation comprennent la pâture naturelle  sur terre communautaire ou privée, les produits de fauche, le foin et les résidus de récoltes. A l’heure actuelle, les animaux s’alimentent presque entièrement sur les pâturages naturels et grâce aux résidus de récoltes. Ils vont paître sur des pâturages permanents, des jachères et des terres de culture après la moisson. Le fourrage n’est pas disponible ni de bonne qualité tout au long de l’année, aussi les gains de poids obtenus en saison humide peuvent-ils être totalement ou partiellement perdus à la saison sèche. Le tableau 4 montre le bilan des ressources alimentaires du pays.

Tableau 4. Estimation des ressources alimentaires du cheptel éthiopien
[Cliquer ici pour voir le tableau 4]

A l’heure actuelle, autour des zones de production laitière et d’embouche, il y a une production insignifiante de pâturages et fourrages améliorés. La contribution des sous-produits agro-industriels est elle aussi infime et limitée aux fermes urbaines et péri-urbaines (produits laitiers, volaille et embouche). Durant les deux dernières décennies, des efforts considérables ont été faits pour tester l’adaptabilité des pâturages et des cultures fourragères aux diverses zones agro-écologiques. Les entreprises privées de moyenne et grande dimensions pourraient tirer profit de ces découvertes.

Pâturages naturels
De nombreux chercheurs et agents du développement sont d’accord sur le fait que les pâturages naturelles constituent la ressource alimentaire la plus importante, mais que celle-ci peut varier très largement. Selon Alemayehu, 1998a, 80 - 85 pour cent de l’alimentation provient des pâturages naturelles tandis que la proportion est de 88 - 90 pour cent selon d’autres estimations.  En effet, la quantité et la qualité des parcours naturels varient selon l’ altitude, la pluviométrie, le sol et l’intensité des cultures. A l’heure actuelle, avec la rapide augmentation de la population et la demande croissante pour nourriture, les pâturages rétrécissent, convertis en terres de cultures, et sont confinés dans des zones à faible potentiel d’exploitation telles que sommets de collines, marécages, bords de routes et autres terres marginales. C’est particulièrement évident dans les systèmes agricoles mixtes de moyenne et haute altitude.

Les parcours se trouvent en général dans des régions à précipitations modérées, comprises entre 250 et 750 mm. Les graminées varient selon l’altitude et la plupart sont utilisées comme fourrage. Elles sont utilisées comme pâturages mais fournissent aussi des chaumes robustes.

Les pâturages représentent environ 30,5 pour cent de la superficie du pays et sont plus extensifs dans l’ouest, le sud et le sud-est des plaines semi-arides. Dans les zones plus humides, les pâturages graminéens et partiellement arbustifs sont courants. Les graminées peuvent couvrir jusqu’à 90 pour cent de la superficie. Dans les zones plus sèches, les arbustes sont plus importants et la part de graminées est ramenée à quelque 70 pour cent. On récolte de l’encens et du miel. 
Les pâturages naturels pourvoient à plus de 90 pour cent de l’alimentation du bétail dans les plaines, et comprennent un vaste éventail de graminées, légumineuses et autres herbes. 

Superficie et productivité: On manque d’informations récentes sur la superficie et la productivité des pâturages naturels en raison du coût élevé (en temps et en argent) de la collecte de données. Les estimations antérieures sont très variables. La superficie totale serait de l’ordre de 61 - 65 millions d’hectares (Alemayehu, 1998a), mais elle se modfie du fait de l’augmentation de la population et des cultures. La productivité, quant à elle, varie probablement selon les changements  temporels et climatiques, la pluviométrie, le type de sol et l’intensité des cultures.

Les estimations précédentes sur la productivité des pâturages étaient de une tonne de matière sèche par hectare dans les plaines, de 3 tonnes de matière sèche par hectare  sur les hautes terres et en moyenne altitude, sur des sols à drainage naturel, et d’environ 4-6 tonnes de matière sèche par hectare dans les zones fertiles périodiquement inondées (Alemayehu, 1998a). Selon le MoA (1984), les chiffres étaient respectivement de 1,5 et de 0, 56 tonnes de matière sèche par hectare  pour les hautes terres et pour les plaines. Selon une autre estimation de la productivité (MoA, 1989), les chiffres étaient les suivants:
• pour les zones à fort potentiel  céréales/élevage (High Potential Cereal/Livestock Zones: HPC/LZ): pâturage de savane et pâturage tempéré humide, respectivement 2 et 2,5 tonnes de matière sèche par hectare;
• pour les zones à faible potentiel céréales/élevage (Low Potential/Cereal Livestock Zone: LPC/LZ) et à haut potentiel plantes pérennes/élevage (High potential Perennial/Livestock Zone: HPP/LZ): pâturages de savane, respectivement 1,5 et 2 tonnes de matière sèche par hectare.

Composition spécifique. Les pâturages naturels graminéens sont prédominants sur les hautes terres. Outre les graminées, il contiennent 28 espèces de Trifolium dont 8 sont endémiques (Kahurananga, 1986). Les hautes terres ont été divisées en zones d’altitude différentes pour décrire la végétation des pâturages, désignée selon les caractéristiques des plantes (Alemayehu,1985; Kahurananga, 1986). La proportion de légumineuses tend à augmenter avec l’altitude; notamment, au-dessus de 2 200 mètres, on trouve un grand nombre de Trifolium spp. annuels et pérennes, et  Medicago spp. pérenne. Plus bas, les légumineuses indigènes sont moins abondantes et ont tendance à grimper ou ramper; leur densité varie énormément dans les plaines humides, ce qui n’est dû qu’en partie aux conditions édaphiques. Sur les plaines, les herbages naturels et les arbustes dominent. 

Zones au-dessus de 3 000 mètres
Les graminées les plus courantes sont des espèces de Poa, Festuca, Agrostis et, dans une moindre mesure, Andropogon. Dans les zones plus humides on trouve des espèces tels que Carex, Eleocharis et Mariscus. Parmi les légumineuses pérennes, la plus importante est Trifolium burchellianum (var. oblongum et subsp. johnstonii), à racines profondes, et Trifolium acaule qui va jusqu’à 4 000 mètres. Trifolium tembense est la plus significative, mais on ne la trouve que plus bas. Les arbustes Erica arborea et Hypericum revolutum sont courants.

Zones entre 2 000 et 3 000 mètres
Les espèces les plus courantes sont Andropogon, Cynodon et Pennisetum. D’autres graminées que l’on trouve fréquemment sont Setaria, Themeda, Eragrostis, Sporobolus, Brachiaria, Paspalum, Phalaris, Chrysopogon et Festuca aurindinacea. La productivité peut être très élevée pendant la dernière partie de la saison humide, mais il y a une faible croissance après le début octobre. Les légumineuses prolifèrent dans cette zone; les pérennes les plus courantes sont Trifolium semipilosum, de même que Trifolium burchellianum subsp. johnstonii, Trifolium polystachyum, et Lotus spp.. Trifolium rueppellianum, Trifolium decorum, Trifolium steudneri, Trifolium quartinianum et Vigna sp. Trifolium tembense est la plus prolifique. Les terres cultivables en jachère sont tout d’abord couvertes de mauvaises herbes, mais sont ensuite, sous la pâture, colonisées par les graminées, notamment Digitaria scalarum, Cynodon dactylon et Phalaris paradoxa. Dans les jachères de plus longue durée, Cynodon dactylon et Pennisetum spp. deviennent plus courantes, de même que Trifolium semipilosum et Trifolium burchellianum. Erythrina est courante parmi les arbres broutées.

Zones entre 1 500 et 2 000 mètres
Cette zone se distingue par ses graminées élevées et une plus grande proportion de légumineuses grimpantes ou rampantes, notamment dans les endroits les moins habités. Les graminées les plus courantes sont Chloris pychynothrix, Cenchrus ciliaris, Hyparrhenia spp., Setaria sphacelata, Paspalum spp., Cynodon dactylon, Pennisetum plicatulum, Eleusine floccifolia, Eragrostis spp., Cymbopogon et Andropogon spp.. Parmi les légumineuses pérennes, on rencontre Neonotonia wightii, Indigofera spp., Desmodium spp., Rhynchosia spp. et Vigna spp. qui poussent jusqu’à 1 500 mètres dans l’ouest, plus humide, et en général jusqu’à 1 800 mètres dans les régions centrales. On trouve Stylosanthes fruticosa en des endroits dispersés, pour l’essentiel en-dessous de 1 800 mètres, notamment dans des zones dégradées où peu d’autres espèces résistent. Parmi les plantes annuelles, Trifolium steudneri, Trifolium rueppellianum et Medicago polymorpha sont assez fréquentes au-dessus de 1 700 mètres. Albizia est une espèce fourragère arbustive courante et Sesbania prolifère sur les berges humides des lacs.

Zones entre 1 500 et 500 mètres
Ces zones, qui comprennent le Rift, ont un couvert ligneux d’Acacia. Une grande partie des acacias ont disparu aujourd’hui du fait de la demande urbaine croissante en charbon de bois. Au déboisement s’est ajouté le surpâturage et un mode d’exploitation agricole peu productif. Les graminées les plus courantes sont Chloris pycnothrix, Hyparrhenia anthistiriodes, Setaria acromelaena, Aristida kenyensis, Cynodon dactylon, Panicum atrosanguineum, Microchloa kunthii, Hyparrhenia dregeana, Cenchrus ciliaris, Heteropogon sp., Pennisetum spp. et Bothriochloa insculpata. Parmi les légumineuses, les plus courantes sont Neonotonia wightii et la moins appréciée Indigofera spicata. Les espèces fourragères arbustives dominantes sont Acacia etbaica, Acacia nilotica subsp. leiocarpa, Acacia tortilis, Acacia seyal var. seyal, Euclea schimperi, Grewia tembensis, G. bicolor, Balanites spp., Cadaba farinosa et Capparis tomentosa.

Conditions et tendances des pâturages
Sur les hautes terres, la croissance des plantes est lente en raison de la température. La densité du cheptel et des mises en culture est sans commune mesure avec la capacité de charge. Dans les plaines, la brève période végétative ne convient qu’aux plantes à maturation rapide; des précipitations peu abondantes et une sécheresse récurrente, des arbustes envahissants et un surpâturage constituent leurs caractéristiques principales. Le surpâturage et l’insuffisance alimentaire saisonnière sont patents dans tout le pays. Comme l’ont montré de nombreuses études, les parcours sont dans de mauvaises ou très mauvaises états (à l’exception des zones protégées) et ne vont faire que se dégrader davantage si l’on ne prend pas immédiatement les mesures adéquates.

Ressources hydriques et gestion de l’eau
Comme les zones pastorales sont arides ou semi-arides, les ressources hydriques sont cruciales. L’eau est sans doute l’élément le plus fondamental qui a façonné les sociétés pastorales. L’eau superficielle  est traditionnellement rare sur les parcours éthiopiens, en particulier aux frontières. Là, l’accent est mis sur les puits Borana qui constituent le cœur de leur organisation sociale et de leurs rituels.

L’eau servant au bétail et aux hommes provient en général de mares éphémères, de sources et cours d’eau pérennes ou saisonniers et de puits (Alemayehu, 1998b). L’approvisionnement en eau sur le plateau Borana se fait pour l’essentiel au moyen de puits profonds, moins courants dans les autres régions. Les autres groupes de la région préfèrent déplacer leur bétail sur de longues distances à la recherche d’eau en période sèche plutôt que d’investir de gros efforts dans le creusement de puits permanents. Les Borana utilisent en général les mares en saison pluvieuse et les puits en période sèche. Les mares sont facilement accessibles mais ne peuvent être utilisées que sur de courtes périodes. Quant aux puits, ils constituent une source d’eau étonnamment permanente mais requièrent un gros travail pour amener celle-ci à la surface. 

Les puits Borana peuvent être répartis en deux groupes, les superficiels (‘adadi') et les profonds ('tula’). On les trouve par groupes de quatre à 20. Les puits adadi consistent en de larges trous creusés en terrain alluvionnaire et vont jusqu’à 10 mètres de profondeur. Les puits tula et les puits-cratères (que l’on trouve au fond des cratères volcaniques) sont en général beaucoup plus profonds et exigent une excavation massive, les trous étant généralement creusés dans la roche. Les puits adadi peuvent être creusés à n’importe quel moment pour constituer une source d’eau opportune. Au contraire, les puits tula et les puits-cratères sont anciens. Souvent ils sont revendiqués par un autre groupe ethnique, qui dit les avoir creusés, en général il y a plus de 500 ans. Jusqu’à récemment, on n’a pas enregistré de nouveaux creusements de puits. Les puits tula constituent la source d’eau la plus fiable. Ils disposent d’une quantité d’eau similaire même en année de sécheresse où quand la pluviométrie est inférieure à la moyenne. 

Les puits tula sont un ouvrage technique impressionnant. Hommes et animaux pénètrent sur les lieux en descendant le long d’une étroite rampe flanquée de hauts murs de terre. Un berger contrôle l’entrée à la barrière d’accès à un vaste bassin de stockage, plusieurs mètres au-dessus, où des systèmes permettent d’abreuver plusieurs douzaines de bêtes en même temps. Entre cinq et 20 personnes, se tenant sur des plate-formes en bois ou rocheuses, forment une chaîne et se passent l’eau tirée du puits dans des seaux en cuir (d’une capacité de 2 à 5 litres). L’intégralité de l’opération est physiquement intense et commence tôt le matin. La zone d’abreuvement des animaux est une vaste plate-forme plate,  quelque 5 à 10 mètres en-dessous du niveau du sol, et le flux des bêtes et leur accès à l’eau sont sous la supervision d’un pasteur.

Cultures pastorales et fourragères
Durant les deux dernières décennies, on a essayé d’introduire plusieurs types de fourrages dans diverses zones écologiques, et des efforts considérables ont été faits pour tester l’adaptabilité de différentes espèces fourragères dans des conditions agroécologiques variées. Un certains nombres d’espèces utiles ont ainsi été sélectionnées pour diverses zones. Des pâturages et fourrages améliorés ont ainsi été utilisés dans des ranchs du gouvernement, des fermes d’Etat, des lieux de démonstration et des sites de production laitière et d’embouche. Les cultures fourragères servent en général à nourrir le bétail laitier, notamment les mélanges avoine/vesce, la betterave fourragère, la graminée Elephant grass mêlée à Siratro et Desmodium, les mélanges graminée Rhodes grass/luzerne et Phalaris/Trifolium, Sesbania, Leucaena et luzerne arborée. Dans les zones adaptées, le rendement des mélanges avoine-vesce est en général de 8-12 tonnes de matière sèche par hectare. La production des graminées et légumineuses fourragères varie respectivement entre 6 et 8 tonnes et entre 3 et 5 tonnes de matière sèche par hectare; elle est de 10-12 tonnes de matière sèche par hectare pour les légumineuses arbustives. En raison du manque de terres et de la prédominance des cultures, l’introduction spontanée de pâturages et fourrages améliorés a été très limitée. Pendant le Fourth Livestock Development Project, furent choisies diverses stratégies et espèces visant au développement des pâturages et des fourrages (Alemayehu, 2002).  La promotion en a été faite auprès des exploitations mixtes cultures-élevage, dans les zones de pâture traditionnelles et sur les parcelles, au sein des structures de conservation du sol et de l’eau, dans les plantations et auprès des activités de sylviculture. Les nouvelles espèces, leur utilisation et gestion, leur intégration dans le système d’exploitation et la production de semences locales sont détaillées ci-dessous. 

Résidus de récoltes
En haute et moyenne altitudes, on trouve divers types de résidus de récoltes: céréales (teff, orge, blé, maïs, sorgho et mil), légumineuses (fèves, pois chiches, haricots, pois, lentilles), cultures oléagineuses et résidus de légumes; celles-ci fournissent une alimentation complémentaire considérable en saison sèche dans la plupart du pays. Actuellement, avec l’augmentation rapide de la population, l’expansion des cultures et le déclin des pâturages, utilisation des résidus de récoltes ne fait que croître. Ils fournissent en moyenne de 10 à 15 pour cent de la consommation alimentaire totale. La même source indique que dans certains systèmes d’exploitation mixtes cultures-élevage, cette part peut aller jusqu’à 50 pour cent (MoA, 1997, Alemayehu, 1998a). La disponibilité des résidus de récoltes est étroitement liée au système d’exploitation, aux types de cultures produites et à leur intensité. Dans les systèmes intégrés, leur potentiel d’utilisation est plus élevé. 

Sous-produits agro-industriels
Les sous-produits agro-industriels éthiopiens proviennent de la minoterie, de l’industrie du sucre, des abattoirs et des brasseries. Ils servent surtout aux animaux laitiers et à l’embouche. Des estimations anciennes des principaux d’entre eux sont montrées au tableau 5.

Tableau 5. Sous-produits agro-industriels éthiopiens

Sous-produits

Production (tonnes)

Canne à sucre

78 000 a

Mélasses

51 000 a

Tourteaux

35 000 a

Bagasse

300 000 a

Sous-produits de minoterie

48 240 b

Graines oléagineuses

40 000 b

Résidus de sisal

2 100 b

Sous-produits de brasserie

5 970 c

Ecarts de triage des grains

30 000 a

Résidus de patate douce

60 000c

Déchets de banane

5 000d

Source: MoA, 1984 

 Note:     a. Production annuelle; b. Production 1981/82; c. Production 1978/79; d. Production 1982/83. 

Limites des ressources fourragères 
• Qualité et quantité de la ressource alimentaire: la pâture naturelle est la principale source d’alimentation du bétail et, dans les plaines, l’élevage en dépend presque entièrement. Cependant, les pâturages naturels ne répondent pas aux besoins nutritionnels des animaux, surtout en saison sèche, du fait de leur mauvaise gestion et de leur faible productivité intrinsèque. Sur les hautes terres, avec l’augmentation croissante de la population et de la demande alimentaire, les pâturages sont constamment convertis en terres de culture. Les terres marginales, inadaptées aux cultures, inondées ou escarpées, sont laissées pour la pâture et ont une productivité très basse. Il faut aussi mentionner le problème corollaire  de la dégradation de l’environnement due à la déforestation et au surpâturage, qui ont encore réduit la fertilité des sols et donc leur productivité.
• Détérioration écologique: l’intrusion graduelle des cultures dans les pâturages concerne aussi bien les hautes terres que celles de moyenne altitude. De nombreuses terres inondables ont été converties en cultures. En raison du défrichement de la végétation, de nombreuses zones escarpées sont devenues vulnérables au vent et  à l’érosion. Des espèces qui servaient de fourrage en saison sèche ont disparu, pour servir de combustible dans les villes et de bois de construction. Les pâturages naturels se détériorent rapidement et sa capacité de charge déclinent du fait du manque d’attention et du cheptel trop important, surtout dans les zones pastorales. Le pastoralisme est de moins en moins possible et de plus en plus risqué. L’écosystème étant très fragile, la mauvaise gestion des ressources a créé de graves problèmes aux populations locales; bien qu’adaptées à vivre sur des terres sèches, celles-ci font face à une crise écologique. 
• Surpâturage: Les herbivores présents sont une charge excessive pour les pâturages naturels; les zones autour des points d’eau sont en général les plus affectées et les parcours sont dominés par des plantes non comestibles. La taille du cheptel ayant une valeur socioculturelle, cela contribue à l’appauvrissement des pâturages dans de nombreux endroits. Les sols sont susceptibles de se dégrader en raison de l’infiltration limitée, de leur faible perméabilité et de la diminution de leur capacité de rétention. Il en résulte une moindre aptitude des sols à supporter la production végétale.  
• Système foncier/Changement de propriété: En Ethiopie, la propriété des pâturages est censée être communautaire là où des groupes ethniques donnés avaient l’usage des parcours. Cependant, l’Etat fédéral ou régional peut autoriser des investissements privés dans des zones pastorales. En plus de la perte en terme de pâturages, cela peut impliquer une entrave dans la libre circulation des pasteurs et un début d’urbanisation. Si le mode de vie nomade, viable, disparaît pour laisser place à une agriculture sédentarisée, et si rien n’est fait contre cela, la vaine pâture n’aura plus droit de cité.  
• Conflit frontalier: La plupart des pâturages extensifs sont délimités par des frontières ethniques et se trouvent souvent dans des zones frontalières. Il existe des conflits entre tribus à l’intérieur du pays et parfois avec les pays voisins. Cela a un impact déterminant sur les pâturages frontaliers. 
• Sécheresse: L’une des caractéristiques les plus défavorables du climat éthiopien est la grande variabilité de la pluviométrie d’une année sur l’autre. L’Ethiopie est connue pour ses sécheresses et famines récurrentes. La sécheresse est particulièrement courante dans la zone pastorale où les précipitations sont irrégulières et aléatoires. Les éleveurs nomades se sont adaptés à vivre avec cette situation mais d’autres facteurs (cités ici) les ont rendus vulnérables à la famine.
• Invasion par les mauvaises herbes et les arbustes: Suite au surpâturage, de nombreux parcours naturels sont envahis par de mauvaises herbes et des plantes ligneuses non comestibles. Dans les zones pastorales, la méconnaissance du savoir traditionnel a amené à une restriction de la gestion des parcours par le feu. Les feux de brousse sont une composante naturelle des écosystèmes tropicaux; en leur absence, les terres ont été envahies par les buissons.
• Fertilité des sols: Le déficit annuel du pays en alimentation du bétail est dû directement à l’érosion du sol et à la perte de substances nutritives. A peu près la moitié des hautes terres est vulnérable à l’érosion par l’eau et ce qui reste a été cultivé sans mesures de conservation pendant des milliers d’années. 
• Manque de semences et de plants: L’absence, quantitative et qualitative, de semences et de production de plants limite le développement des pâturages et fourrages améliorés (surtout dans les zones de production laitière et d’embouche).


 

6. AMÉLIORATION DES RESSOURCES PASTORALES

Ressources génétiques fourragères
Les  ressources biologiques sont essentielles au bien-être humain, dans l’agriculture, l’élevage et la production économique, sans oublier leur fonction écologique. L’Ethiopie offre une très grande diversité écologique et détient un patrimoine écologique très riche. Sa topographie complexe, couplée à son hétérogénéité, offre un environnement convenant à un vaste éventail de formes de vie. 
• Espèces fourragères: L’Ethiopie est connue pour être à l’origine de diverses cultures, de même qu’elle est le centre de diffusion de diverses espèces de pâturages et fourrages. Elle abrite les zones d’origine de diverses graminées cultivées (telles que Chloris spp., Panicum spp., Setaria spp., etc.). L’Afrique de l’est constitue le centre de diversité principal des espèces tropicales. En Ethiopie, le grand nombre d’espèces de graminées indigènes et la grande diversité au sein des espèces, font de ce pays une source potentielle importante en matière d’amélioration et renouvellement des espèces fourragères. Jusqu’à ce jour, on a relevé 736 espèces de graminées, appartenant à 181 genres différents, dont 164, appartenant à 68 genres, apparaissent assez, voire très importantes, en matière de pâturage.  
• Légumineuses herbacées: L’Ethiopie est un centre de biodiversité pour des légumineuses herbacées telles que  Trifolium, Vigna, Lablab, Neonotonia, et d’autres.  Au total, 358 légumineuses herbacées fourragères – appartenant à 42 genres – ont été recensées. Les rapports indiquent que 58 espèces environ – appartenant à 31 genres – sont potentiellement importantes pour les pâturages et les fourrages. A l’heure actuelle, 2076 types de plantes, provenant de 140 espèces et 35 genres, sont systématiquement collectés et conservés.
• Arbres et arbustes fourragers: Les arbres et arbustes fourragers sont une source d’alimentation animale importante en Ethiopie, notamment dans les zones aride, semi-aride et montagneuse, où se trouve une grande part du bétail. Ils fournissent des protéines, des vitamines et des minéraux, lesquels font défaut sur les pâturages durant la saison sèche ou froide, et servent de réserve alimentaire sur pied, essentielle à la survie des animaux en cas de sécheresse. Il y a en Ethiopie 179 espèces ligneuses fourragères, appartenant à  51 genres,  le chiffre n’étant pas exhaustif; parmi elles, 51 espèces, appartenant à  31 genres, sont considérées comme prometteuses. A l’heure actuelle, 185 types de plantes, provenant de 41 espèces et 18 genres, sont systématiquement collectés et conservés par l’ILRI (IBCR/E 2001).

Conservation de la biodiversité. La conservation et l’utilisation de germoplasmes contribue de manière significative au développement économique de l’Ethiopie, par l’intermédiaire du programme national de recherche sur les pâturages et fourrages. L’International Livestock Research Institute (ILRI, ex CIPEA) a beaucoup fait pour combler les lacunes en collectant des graminées de différentes régions d’Ethiopie et en accédant à des ressources extérieures de germoplasme fourrager. A l’heure actuelle, plus de 371 types de graminées, provenant de 77 espèces et 37 genres, 2076 types de légumineuses, provenant de 140 espèces et 35 genres, et 185 types d’arbustes fourragers, provenant de 41 espèces et 18 genres, sont collectés et conservés. Ces dernières années, un département ad hoc (Forage and Pasture Genetic Resource Conservation and Research Department) a été institué, sous l’égide de l’Institute of Biodiversity Conservation and Research/Ethiopia (IBCR/E), pour prendre en charge la conservation des ressources génétiques fourragères.

Réhabilitation des pâturages
En raison de la diversité climatique en Ethiopie, il y a un grand nombre de graminées, légumineuses et plantes fourragères naturelles appréciables. Les reliefs sont riches en espèces fourragères, surtout en légumineuses.  Les légumineuses herbacées tendent à augmenter avec l’altitude. Il y a une grande diversité d’espèces annuelles et pérennes de Trifolium et d’espèces annuelles de Medicago sur les hautes terres, en particulier au-dessus de 2 000 mètres. A plus basse altitude, les légumineuses annuelles sont moins abondantes, mais il y a de nombreuses plantes fourragères adaptées au conditions de sécheresse. 
Bien que la recherche sur l’amélioration naturelle soit très limitée, la plupart des résultats expérimentaux sont positifs. La recherche sur l’ensemencement intensif de légumineuses et graminées a montré l’efficacité des vesces (Vicia dasycarpa et V. atropurpurea) et les trèfles locaux (Trifolium sp.)   pour améliorer la composition végétale et la valeur nutritive des pâturages dégradés sur les hautes terres. Sur les altitudes moyennes, l’espèce pérenne Desmodium uncinatum s’est révélée supérieure, de même que la graminée Rhodes grass (Chloris gayana) et Siratro (Macroptilium atropurpureum). Les expériences de recherche-développement menées au cours des deux dernières décennies ont permis d’identifier des espèces fourragères susceptibles de réhabiliter les parcours dans de nombreuses zones agroécologiques (voir tableau 6).
Contrôle des mauvaises herbes. Les mauvaises herbes constituent un problème majeur, sur les pâturages et cultures fourragères annuels et pérennes; si l’on ne parvient pas à lutter contre elles, la productivité demeurera faible.  On a tenté la lutte par les herbicides, la faucheuse et l’arrachage manuel; le désherbage à la main apparaît comme la meilleure méthode. La main d’œuvre, familiale ou externe, étant nombreuse et bon marché, elle peut être utiliser à cela, ce qui constitue une opportunité considérable pour l’amélioration des pâturages et des cultures fourragères.

Pâturages et fourrages cultivées
Le climat et la disponibilité des terres sont propices à la production fourragère en Ethiopie. La plupart des espèces tropicales améliorées peuvent pousser dans les basses terres (1 500 - 2 000 mètres) et les espèces tempérées peuvent pousser entre 2 100 mètres et 3 000 mètres (Alemayehu, 2002). Le rendement du fourrage amélioré introduit est plus élevé que celui du fourrage local et d’une plus grande valeur nutritive. En outre, la durée de la saison productive est plus longue pour les pâturages cultivés que pour les pâturages indigènes, aussi le développement de ceux-ci représente-t-il une opportunité pour les grosses activités de production laitière et d’embouche.

Une meilleure utilisation d’arbres et arbustes fourragers à légumineuses peut aider à augmenter la fertilité du sol, à lutter contre l’érosion et à fournir du bois de chauffe. Ces légumineuses sont bien adaptées aux conditions édaphiques et pastorales actuelles, elles peuvent être intégrées immédiatement dans les systèmes d’exploitation, elles gardent leur valeur nutritionnelle en saison sèche et conviennent particulièrement aux zones à grand potentiel. Les stratégies les plus adéquates et les plantes les plus prometteuses recommandées dans les zones principales sont exposées au tableau 6. 

L’instauration des pâturages est plus difficile sur les hautes terres, en comparaison des zones plus basses, plus humides et chaudes, en raison du climat et des sols. Durant la saison pluvieuse, l’inondation des sols, leur température relativement basse et la faible exposition aux radiations entravent la croissance des pâturages sur les hautes terres. Ici, pour assurer les meilleures conditions d’ensemencement et de croissance des plantes, on sème les pâturages pérennes en général durant les courtes pluies (mars et avril), et les fourrages annuels en juin (IAR, 1983).

Les méthodes conventionnelles d’établissement des pâturages sont pénibles et demandent une grosse main d’œuvre, surtout sur les hautes terres; il existe de meilleures méthodes, moins chères, telles que semis dans les jardins de case, semis sous culture ou sur tapis végétal, plus appréciées des producteurs. Ces stratégies permettent à ces derniers un usage plus approprié de leurs terres, grâce aux associations culture/pâturage et fourrage/arbustes, qui fournissent ainsi l’alimentation humaine et animale et le bois de chauffe. Certaines graminées pérennes peuvent être plantées par éclat de souche; Festuca arundinacea, Phalaris arundinacea et Setaria sphacelata  sont bien adaptées aux conditions des terres engorgées d’eau et peuvent être facilement établies.
L’utilisation des légumineuses arbustives fourragères constitue aussi une opportunité considérable pour l’agro-foresterie. Les légumineuses ligneuses fournissent en effet une haie de fourrage autour de la concession, du bois de feu, du bois de construction pour les habitations et l’équipement de l’exploitation, des brise-vent, elles servent dans certaines cérémonies et aident à stabiliser les rigoles d’érosion. La promotion actuelle de ces légumineuses arbustives constitue une bonne occasion de développer les cultures fourragères au sein des systèmes d’exploitation, contribue à la protection de l’environnement, à la gestion des ressources naturelles, voire à la sécurité alimentaire.


Tableau 6. Stratégies et espèces fourragères améliorées recommandées

Stratégies

Basse altitude

(1 500-2 000 m )

Altitude moyenne

(2 000-2 400 m)

Haute altitude

(>2 400 m )

1. Fourrage de jardin

Leucaena leucocephala, Sesbania sesban, Cajanus cajan, Chloris gayana, Setaria spp., Panicum maximum, Pennisetum purpureum, Desmodium uncinatum, Medicago sativa

Chamaecytisus palmensis, Medicago sativa, Sesbania sesban, Cajanus cajan, Phalaris aquatica, Pennisetum purpureum, Vicia dasycarpa

Chamaecytisus palmensis, Phalaris aquatica, Vicia dasycarpa, Avena sativa, Medicago sativa,

2. Semis sous culture

Lablab purpureus, Vigna unguiculata, Macroptilium atropurpureum, Desmodium uncinatum, Stylosanthes fruticosa, Vicia dasycarpa, Cassia spp.

Vicia dasycarpa, Macroptilium atropurpureum, Desmodium intortum

Vicia dasycarpa

3. Haie fourrager

Leucaena leucocephala, Sesbania sesban, Cajanus cajan, Panicum maximum, Setaria sphacelata

  

Chamaecytisus palmensis,

Sesbania sesban, Cajanus cajan, Desmodium intortum

Macrotyloma axillare, Trifolium semipilosum, Vicia dasycarpa, Phalaris aquatica

Setaria sphacelata, Macroptilium atropurpureum, Macrotyloma axillare, Desmodium intortum ,Stylosanthes fruticosa

Chamaecytisus palmensis, Vicia dasycarpa, Phalaris aquatica

4. Semis sur tapis végétal

Stylosanthes fruticosa, Macroptilium atropurpureum, Cassia spp., Desmodium uncinatum

   

5. Zones protégées 

Cenchrus ciliaris, Leucaena leucocephala, Sesbania sesban, Macroptilium atropurpureum, Stylosanthes fruticosa, Macrotyloma axillare, Desmodium uncinatum, Paspalum plicatulum

Chamaecytisus palmensis, Sesbania sesban, Macrotyloma axillare, Macroptilium atropurpureum

Chamaecytisus palmensis, Phalaris aquatica, Vicia dasycarpa, Medicago sativa, Avena sativa

6. Pâturages  et fourrages conventionnels

Stylosanthes fruticosa, Macroptilium atropurpureum, Desmodium unicnatum, Chloris gayana, Panicum maximum, Setaria sphacelata

Phalaris aquatica, Setaria sphacelata, Desmodium intortum, Vicia dasycarpa

Medicago sativa, Vicia dasycarpa. Phalaris aquatica, Dactylis glomerata, Avena sativa

Source: Alemayehu Mengistu (2001)
Note: Diverses stratégies et espèces de fourrage ont été introduites et développées dans divers systèmes de production: a) semis dans des zones protégées pour des raisons de conservation des pâturages (900 ha); b) semis sur tapis végétal de graminées ou légumineuses dans des pâturages communaux ou sur les bords de route (911 000 ha); c) établissement de cordons fourragers  (18 600 ha); d) développement des fourrages de jardin de case à partir d’arbres à usage multiple (10 millions de plants) et de légumineuses et graminées fourragères; e) semis sous culture, notamment de légumineuses annuelles dans des champs de maïs et de sorgho (17 500 ha); f) semis/plantations d’arbres pérennes sur les pâturages (82 ha). Ces stratégies apparaissent d’un bon rapport entre coûts et retours, sont facilement acceptées par les producteurs et constituent une excellente occasion d’intégration au sein des systèmes de production culture/élevage/sylviculture.

  Intégration des pâturages et fourrages au sein des systèmes de production
L’une des meilleures façons, pour les producteurs des hautes terres, d’utiliser efficacement ces dernières, consiste à introduire des pâturages et fourrages au sein de leur système d’exploitation. Des expériences de semis sous cultures de blé et d’orge ont été menées dans ces zones, avec de la luzerne, des trèfles annuels, de la fétuque, de l’ivraie vivace pérenne, Setaria et Phalaris; céréales et fourrages y étaient semés en même temps. Tous les fourrages semés sous les cultures  s’implantèrent bien, à l’exception de la luzerne, et il n’y eut pas de réduction significative de la productivité céréalière. Les fourrages s’implantèrent mieux sous le blé que sous l’orge (IAR, 1983). Les terres de jachères étant courantes dans les hautes terres, semer du fourrage sous les céréales  pourrait soulager considérablement les problèmes alimentaires de la zone.

Dans des sites de recherche en altitude moyenne, on a semé, sous des cultures de maïs,  Desmodium, Chloris , Panicum et Cenchrus après la première coupe. Presque tous les fourrages se sont bien implantés, et le rendement du maïs n’a pas diminué (IAR, 1983). Il existe de bonnes possibilités de pouvoir intégrer les cultures fourragères et les pâturages dans le système d’exploitation existant. 

Suite à ces découvertes,  on met beaucoup l’accent en Ethiopie sur l’emploi des légumineuses fourragères dans les systèmes de production (à travers le semis sous culture, l’amélioration des jachères et l’implantation de haies de légumineuses arbustives) pour répondre partiellement aux principaux problèmes de durabilité. L’usage diffus des légumineuses arbustives, parmi d’autres stratégies (tableau 6), peut avoir un effet, sur le long terme, sur l’approvisionnement en bois de chauffe, et sur la disponibilité en fumier qui devrait sinon être brûlé. L’augmentation du fourrage et sa meilleure utilisation (production laitière et embouche) est susceptible à son tour de générer davantage de production de fumier.

De nombreuses légumineuses fourragères sont susceptibles d’être incorporées dans le système de production; les plus adaptées et recommandées sont les suivantes: niébé, pois d’Angole et Phaseolus acutifolius. Elle peuvent servir d’aliment, en particulier en saison sèche.

Production de semences fourragères
De nombreuses cultures fourragères tempérées et tropicales testées en Ethiopie n’ont manifesté aucun problème de floraison ni d’épiaison. Cela constitue donc une opportunité pour le pays de pouvoir instaurer la production de semences dans le système local. Les systèmes de production de semences fourragères actuellement adoptés sont les suivants:
• Contrat avec des producteurs:- la production de semences annuelles et pérennes se fait sous contrat, avec des agriculteurs privés ou des coopératives. 
• Production dans les ranchs:- cela concerne surtout les légumineuses pérennes et les graminées. 
• Production sur sites spécialisés:- elle est menée, dans des zones spécifiques, par des organisations gouvernementales et non gouvernementales. 
• Production de semences en fonction des opportunités:- elle dérive de la cueillette de semences sur des sites pastoraux ou fourragers.

De ces différentes façons, plus de 200 000 tonnes de semences fourragères ont été produites entre 1988 et 2002, notamment les espèces suivantes : vesce, lablab, niébé, Axillaris, Siratro, Stylos, Desmodium, avoine, Rhodes, Panicum, luzerne arbustive, Leucaena et Sesbania. La grande production locale se fait par l’intermédiaire de contrats avec les agriculteurs (Alemayehu, 2001).

Irrigation
Le potentiel d’irrigation du pays est élevé, et est estimé à environ  3 millions d’hectares.  La petite irrigation traditionnelle a été pratiquée durant des décennies sur les hautes terres, de petits cours d’eau étant détournés temporairement pour permettre une culture de saison sèche restreinte. Il est donc possible de cultiver des pâturages et fourrages hors-saison. Les moyens et grands périmètres sont plus récents, essentiellement dans le Rift pour les cultures de rente. On trouve des cultures fourragères irriguées dans le Rift où un mélange de luzerne et graminée de Rhodes  est destiné à l’embouche et à la production laitière commerciale. Le potentiel de culture fourragères irriguées n’est pas encore pleinement développé et constitue une opportunité considérable. 

Amélioration de la gestion des ressources pastorales
A tous les niveaux de la gestion des ressources, du point de départ à la fin du processus, il est fondamental de prendre en compte – par l’intermédiaire du suivi et de l’évaluation - le savoir et la participation communautaires. Les agriculteurs et éleveurs éthiopiens ont des lois régissant la communauté, qui sont adoptées depuis des milliers d’années. La présence de règles communes traditionnelles sont un atout pour la gestion des parcours et autres ressources naturelles. Les politiques gouvernementales actuelles encouragent la participation des individus et de la collectivité dans la conception, la programmation, l’exécution, le suivi et l’évaluation des projets, sur la base de décisions prises par les usagers des ressources. 

En outre, la communauté exerce ses propres lois, communément acceptées, en matière de protection et de pénalisation des actes illégaux allant à l’encontre de la protection des ressources naturelles. C’est le meilleur atout pour une gestion correcte de ces dernières. Un certain nombre de règles de gestion, s’appuyant sur ces règles traditionnelles informelles, ont été élaborées pour aider à  affronter les problèmes fonciers et la gestion des terres. 

Règles de gestion des parcours recommandées en Ethiopie
• Respecter, promouvoir et encourager le mode d’usage durable des ressources pastorales, traditionnellement adopté par la communauté locale. 
• Promouvoir la mise en défens ou le pâturage contrôlé, et encourager les éleveurs à considérer leur bétail en termes économiques plutôt que sur le plan du prestige social. 
• Encourager l’alimentation par produits de la coupe et le développement du fourrage autour des villages et dans les collines.
• Promouvoir l’agro-foresterie, qui permet, outre le fourrage, d’augmenter aussi la production de bois de chauffe, de matériaux de construction et d’outils.
• Augmenter la production animale grâce à une meilleure utilisation des pâturages et fourrages. Intégrer la conservation des sols et de l’eau et une production fourragère durable. 
• Mobiliser les savoirs scientifiques et traditionnels locaux et les répandre au moyens de réseaux. 
Outre leur rôle dans l’alimentation animale, les pâturages et fourrages peuvent contribuer au développement durable de plusieurs manières: gestion des ressources hydriques, lutte contre l’érosion des sols, maintien de la fertilité des sols, gestion des ressources naturelles en général et sécurité alimentaire nationale. 


 

7. ORGANISMES DE RECHERCHE ET DÉVELOPPEMENT IMPLIQUÉS DANS LE PASTORALISME

Principales institutions
Ministère de l’agriculture (Ministry of Agriculture: MoA)
La responsabilité des activités de développement de l’élevage en Ethiopie relève d’un département du MoA: Animal and Fisheries Resources Development Main Department (AFRDMD). Ses champs d’action principaux sont les suivants:
o Reproduction animale et développement des ressources alimentaires
o Santé animale
o Commercialisation du bétail et des produits de l’élevage
o Développement des ressources des pêches
o Services de laboratoire
Les programmes de développement de l’élevage comprennent les ranchs et les centres de reproduction de génisses croisées, de béliers, coqs et poules améliorés, ainsi que de production de semences fourragères. Le  National Artificial Insemination Centre (NAIC), institué en 1981, à Kality, produit du sperme et offre des services d’insémination aux producteurs d’animaux laitiers dans diverses régions du pays. 

Institutions d’enseignement. Différentes institutions (Alemaya University of Agriculture (AUA), Faculty of Veterinary Medicine, Addis Ababa University (AAU), Agricultural Colleges) sont chargées d’enseigner et de mener des actions de recherche pour les besoins nationaux. Voici les programmes réguliers proposés dans quelques institutions d’enseignement agricole supérieures: 

Alemaya University
PhD: Plant Pathology, Plant Breeding, Animal Nutrition; Soil science; Agronomy/ Crop Physiology
PhD. (Proposed): Animal Breeding/Genetics; Agricultural Economics; Soil and Water Engineering
M.Sc.: Animal Breeding; Animal Production; Soil science; Plant Breeding; Agronomy; Crop Protection; horticulture; Agricultural Economics; Agricultural Food Marketing; Soil and Water Conservation Engineering; Post-Harvest Technology; Agricultural Extension
M.Sc.: Proposed) Range Management; Animal Nutrition
DVM: Veterinary Medicine
B.Sc.: Animal Science; Plant science; Agricultural Economics, Agricultural Engineering; Agricultural Extension;
B.Sc. (Proposed): Food Science and Post-Harvest Technology; Land Resource Management

Debub University
B.Sc.: Agricultural Engineering; Animal and Range Science; Rural Development and Family Science; Plant production and Dryland Farming
Diploma: General Agriculture; Agricultural Engineering; Rural Development and Family Science
M.Sc.: (Proposed) Animal nutrition; Animal Breeding; Animal Science; Range Land Management; Agronomy; Applied Plant Breeding; Crop Protection; Soil Science

Faculty of Veterinary Medicine, Addis Ababa University
M.Sc.: Tropical Veterinary Epidemiology; Tropical Veterinary Medicine
DVM: Veterinary Medicine
Diploma: Animal Health

Ethiopian Agricultural Research Organization (EARO)
L’ex Institute of Agriculture Research (IAR) a pour mandat de mener les programmes nationaux de recherche dans divers domaines: élevage, fourrages et pâturages, fertilité des sols, production et protection des cultures, etc. La recherche au sein de l’EARO est subdivisée dans les départements suivants:
• Department of Animal of Sciences, qui concerne surtout les bovins, les ovins et les caprins; 
• Pasture and Forage Crops Department, qui s’occupe des pâturages et des cultures fourragères; 
• Division de santé animale (Section vétérinaire).

Institute of Biodiversity Conservation and Research (IBCR)
Depuis quelques années, le Département de recherche et de conservation des ressources génétiques pastorales (Forage and Pasture Genetic Resource Conservation and Research Department) dépendant de l’Institute of Biodiversity Conservation and Research Ethiopia (IBCR/E) est chargé de la conservation des ressources génétiques fourragères. Le Département a trois tâches principales: évaluer les ressources de base du pays en matière de fourrage et pâturage (graminées, légumineuses herbacées et arbustes);  faire l’état des lieux de la collecte de germoplasme d’espèces fourragères - représentation, adéquation, évaluation et documentation – sur la base des informations disponibles à l’ILRI; établir des priorités dans la collecte et la conservation des germoplasmes. Le travail essentiel consiste à conserver le germoplasme dans les banques de gènes de l’IBCR/E  et de rapatrier d’autres pays les copies des germoplasmes qui ont été prélevés en Ethiopie.

Social Rehabilitation and Development Fund (SRDF)
Apporter un soutien aux victimes de la guerre ou aux personnes déplacées en raison de la sécheresse est une responsabilité sociale cruciale. Une des actions immédiates visant à soulager les victimes consiste à les réapprovisionner, surtout en bétail, mais aussi en d’autres choses nécessaires. Les bureaux du SRDF répartissent les dons des organisations philanthropiques pour l’achat de bovins, taureaux améliorés, bœufs de trait, ovins, ruches, poulets, semences fourragères, produits vétérinaires, etc. 

Priorités actuelles en recherche-développement
Selon les informations disponibles à cet égard, les sujets prioritaires de recherche-développement sur les ressources en fourrage et pâturage en Ethiopie sont les suivants:

Sujets de recherche:
• Conservation et recherche sur les ressources génétiques pastorales 
• Amélioration des pâturages naturels
• Tri des espèces résistantes à la sécheresse et des espèces résistantes à l’inondation 
• Semis sur tapis végétal ou renforcement à l’aide de légumineuses
• Semis de légumineuses sous cultures de céréales
• Techniques d’amélioration fourragère et production de semences
• Pâturages et fourrages dans le cadre de l’agro-foresterie
• Production, traitement et commercialisation des semences
• Composantes nutritives des pâturages et fourrages

Actions de développement:
• Amélioration et utilisation des pâturages naturels
• Développement des ressources génétiques locales en matière de fourrage et pâturage 
• Développement des cultures fourragères, dans les jardins de case et en semis sous culture et sur tapis végétal
• Usage intensif d’arbres et arbustes fourragers
• Développement des cultures fourragères dans des zones protégées
• Cultures fourragères aidant à la conservation des sols en zone cultivable
• Développement de programmes de recherche  adaptés au niveau des exploitations
• Emploi intensif des résidus de récolte et autres sous-produits
• Grande production de semences fourragères.


Personnes ressources en recherche-développement  et contacts
Les personnes ressources et les contacts dans diverses institutions éthiopiennes sont citées au tableau 7. 

Tableau 7. Contacts et personnes ressources en recherche-développement sur les pâturages et les fourrages

Nom

Institution

Adresse

Alemayehu Mengistu

Addis Ababa University (AAU)

c/o URAZ BRAHANU, P. O. BOX 62291,

Addis Ababa, Ethiopie

E-mail alemayehumengistu@yahoo.com

Getenet Assefa

Ethiopian Agricultural Research Organization (EARO) Holeta Research Centre

P. O. Box 2003,

Addis Ababa, Ethiopia

Daba Geleti

EARO, Bako Research Centre

e-mail:- bako@telecom.net.et

Mesfen Dejene

EARO, Sirinka Research Centre

e-mail:- sirinka@telecom.net.et

Tekeleyohanes Birhanu

EARO, Bale Robe Research Centre

P. O. Box 208, Bale, Ethiopia

Eshetu Janka

Institute of Biodiversity Conservation and Research (IBCR)

P. O. Box 30726, Addis Ababa, Ethiopia

E-mail eshetujanka@yahoo.com

Getahun Mulat

IBCR

P. O Box 30726, Addis Ababa, Ethiopia

E-mail Getahun2002@yahoo.com

Ali Seid

AAU and Bahirdar University

P. O. Box 3434, Addis Ababa, Ethiopia

e-mail:- nabiot@joinme.com

Getachew Tadesse

AAU and Abiadi Teachers College

E-mail:-gettades@yahoo.com

Gemechu Nemi

MoA

P. O Box 30669, Addis Ababa, Ethiopia

Hipa Feyssa

EARO, Melkassa Research Centre

e-mail:- werer@telecom.net.et

Ashnafi Mengistu

EARO, Adamitulu Resarch Centre

P.O Box 35, Ziway, Ethiopia

Amsalu Sisay

EARO, Adamitulu Resarch Centre

P.O Box 35, Ziway, Ethiopia

Tessema Zewdu

Alemaya University

P. O Box 138, Dire-Dawa, Ethiopia

Ayana Angassa

Debub University

P. O Box 05, Awassa, Ethiopia


 

8. RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

Alemayehu, M. 2002. Forage Production in Ethiopia: A case study with implications for livestock production. Ethiopian Society of Animal Production (ESAP), Addis Ababa, Ethiopia.
Alemayehu, M. 2001. Forage and Seed Production. MoA, Addis Ababa, Ethiopia.
Alemayehu, M. 1998a. Natural Pasture Improvement Study around Smallholder Dairy Areas. MoA Small Dairy Development Project (SDDP), Addis Ababa, Ethiopia.
Alemayehu, M. 1998b. The Borana and the 1991-92 Drought: Rangeland and Livestock Resource Study. Institute for Sustainable Development (ISD), Addis Ababa, Ethiopia.
Alemayehu, M. 1985. Grass Land Ecology Study. MoA, Animal and Fishery Resource Development Department. Addis Ababa. Ethiopia
Coppock L. (1994). The Borana Plateau of Southern Ethiopia, Development and Challenge, 1980 - 1991. ILRI, Addis Ababa, Ethiopia.
CSA, 1989. Time series data on area, production and yields of major crops, 1979/80-1985/86. Central Statistics Authority. Addis Ababa, Ethiopia.
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CSA, 1998. Agricultural sample survey (1997/98) report: Private peasant holding (Statistical Bulletin) Vol. IV Central Statistics Authority, Addis Ababa, Ethiopia.
CSA, 1999. Statistical Abstract of Ethiopia, Addis Ababa, Ethiopia.
Encyclopedia Britannica (1996). Encyclopedia Britannica Inc; Vol. 17 Pp. 823. Great Britain.
Environmental Protection Authority (EPA).1997. The Conservation Strategy of Ethiopia, Volume 1. EPA, Addis Ababa, Ethiopia.
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FAO 1984b. Assistance to Land use Planning in Ethiopia. Land use, Production Regions and Farming Systems Inventory. Technical Report 3. AG: DP/ETH/78/003. Rome.
FAO 1984c. Land use and Production Systems. Assistance to land use planning, Ethiopia Technical Report 4, AG: DP/ETH/781003, Rome.
FAO 1984d. Geo-morphology and soils. Assistance to land use-planning project, Ethiopia. "Field document 2, AG: DP/ETH/781003, Addis Ababa, Ethiopia.
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Institute of Biodiversity Conservation and Research (IBCR/E).2001. Stock Taking for Biodiversity Conservation Natural Strategy and Action Plan Project, Working Paper, Addis Ababa, Ethiopia.
ILCA 1991. A Handbook of African Livestock Statistics. Working document No. 15, International Livestock Centre for Africa, Addis Ababa, Ethiopia.
Kahurananga, J.1986. Studies on Trifolium Species (unpublished). Addis Ababa, Ethiopia.
MoA 1984. Livestock Sector Review (LSR). Annexe volume 1, Ministry of Agriculture. Addis Ababa. Ethiopia.
MoA 1989. Agroforestry Potential and Research needs, Addis Ababa. Ethiopia.
MoA 1997. MoA, National Livestock Development Programme(NLDP). Main working Papers 1-3, Addis Ababa, Ethiopia.
MoA 1998. MoA, National Livestock Development Project (NLDP) Working Paper 1-4, Addis Ababa. Ethiopia.
MoA, Smallholders Dairy Development Project (SDDP). 1998. Proceedings on Role of Village Cooperatives in Dairy Development. Addis Ababa, Ethiopia.
Ministry of Agriculture (MoA) 2000. Agroecological Zonations of Ethiopia. Addis Ababa, Ethiopia.
White F. (1983). The Vegetation of Africa. UNESCO, Switzerland.
Zerihun Woldu (1999): Vegetation map of Ethiopia. Addis Ababa University Addis Ababa, Ethiopia


 

9. CONTACTS

L’auteur, Alemayehu Mengistu, est un spécialiste en pâturages et fourrages et en aménagement et amélioration des parcours, ayant plus de vingt ans d’expérience. Il a été  enseignant en Pasture and Forage Science à l’Alemaya College of Agriculture, Faculty of Veterinary Medicine et à l’Awasa College of Agriculture of the Addis Ababa University, et dans divers établissements d’enseignement agricole. De 1987 à 1994, il a travaillé comme coordinateur pour le  Forage Development, puis comme coordinateur de projet pour le  Fourth Livestock Development Project (FLDP).

Contact Address:
Alemayehu Mengistu
Visiting Associate Professor,
Addis Ababa University,
Faculty of Science, Biology Department
P. O. Box Urael Branch, 62291
Addis Ababa,
ETHIOPIA

E-mail: alemayehumengistu@yahoo.com

 

[Ce document a été élaboré en juillet 2003 par l’auteur et revu par J.M. Suttie et S.G. Reynolds en  juillet/août 2003].
[Le profil a été traduit en francais por Anouchka Lazarev]