La motorisation présente beaucoup d'avantages. Les caractéristiques d'un système agricole détermineront ce que seront les avantages principaux susceptibles de persuader l’exploitant à utiliser des machines dans son champs.
Le mérite le plus évident est le potentiel de travail des tracteurs par rapport au travail manuel et à la traction animale. Ceci est beaucoup plus avantageux dans les communautés où la main d’oeuvre est rare ou coûteuse. Ce qu’il faut en termes de main d’oeuvre pour préparer un hectare de terre en utilisant la traction animale ne représente que 12% de ce qui est requis quand on utilise le travail manuel. Quand on utilise un tracteur avec une charrue, ce pourcentage descend à moins de 1%, ce qui accroit énormément la productivité en termes de main d’oeuvre. Comme la main d’oeuvre est une contrainte dans beaucoup de communautés agricoles, l'emploi de tracteurs et de la traction animale permet d’augmenter la superficie cultivable. Au Burkina Faso, au Mali et au Togo les champs des planteurs de coton qui utilisent la traction animale sont de 1,3 à 3,6 fois plus grands que les exploitations qui dépendent uniquement du travail manuel (Caumont, 1995). La motorisation offre plus sûrement une plus grande possibilité d’expansion des champs tant que la terre est disponible. La productivité de la main d’oeuvre va s’accroître considérablement. Un exploitant qui possède un tracteur serait, normalement, à mesure d'accroître son revenu grâce à une production accrue et en entreprenant des travaux contractuels pour d’autres agriculteurs.
Les travaux de l’auteur sur l’utilisation spontanée des tracteurs dans des communautés rurales en Gambie prouvent que les exploitants considèrent l’économie de la main d’oeuvre et la diminution de la corvée comme étant les plus grands mérites de la motorisation. (Van der Meijden, 1994). Un chef de village exprimait une opinion largement tenue, confirmant que "le fait de posséder un tracteur rend l’agriculture plus facile et qu’avec les tracteurs plus de travail est accompli et on cultive beaucoup plus que ce qu’une personne pourrait jamais faire. Les gens travaillent plus. C’est bon, nous avons maintenant une production accrue". Le propriétaire d’un tracteur peut souvent générer un revenu considérable en faisant des travaux contractuels, tel que le labour et le transport pour les autres. Bien que les agriculteurs dans le village soient conscients du risque accru d'érosion associé à l’utilisation du tracteur, ils sont toujours en faveur de l’utilisation du tracteur. Ainsi, en dépit du fait que l’utilisation du tracteur dans ce village particulier soit un procédé spontané, il n’est point surprenant que cela semble se poursuivre sans aucun soutien ou promotion externe. Ceci prouve qu’il est possible que l’utilisation des tracteurs et un degré accrû de mécanisation, se poursuivent en tant que procédé spontané, où et quand les agriculteurs ont assez de pouvoir d'achat pour s’acheter des tracteurs et si les gouvernements ne limitent pas la mécanisation en imposant des taxes d'importation ou d’autres mesures.
Les pénuries de main d’oeuvre, plus sérieuse pendant la période de préparation du sol au début de la saison pluvieuse, (FAO, 1995a) entraîne des opérations inopportunes, et limitent à la fois l’expansion de la superficie arable et la production alimentaire en général. Il en est surtout ainsi dans les cas où la saison de culture est courte. Cela explique pourquoi souvent les agriculteurs mécanisent seulement la préparation du sol, puisque c’est l'opération dans le cycle de culture qui exige une main d’oeuvre intensive; ils investissent rarement dans d’autres machines puisque le travail manuel pour ces opérations coûte sûrement moins cher et les ouvriers abondent d’habitude. Ce genre de mécanisation ‘incomplete’ se rencontre aussi bien en Gambie qu'ailleurs en Afrique de l'Ouest. Quelques agriculteurs Gambiens ont investi dans deux tracteurs pour le premier labour seulement, au lieu d’utiliser un tracteur avec un ensemble d'instruments supplémentaires pour les semis et le sarclage. (Van der Meijden, 1994) Un exploitant a expliqué, "Je n'ai jamais eu un ensemble ‘complet’ d’outils. La raison pour laquelle j'ai deux tracteurs au lieu d’en avoir, par exemple, un seul avec un semoir et un sarcleur est que la demande en main d’oeuvre est très importante durant les deux ou trois premières semaines de la saison pluvieuse. Il faut labourer et semer le plus vite possible. Avec un seul tracteur je n’aurais pu faire que la moitié du travail que je fais maintenant".
Les résultats du questionnaire confirment que l’aspect potentiel de travail/productivité accrue constitue le plus grand mérite du labour motorisé. Les deux tiers des sondés ont évoqué cet aspect. Un autre avantage étroitement lié à ce dernier est l'extension de la superficie cultivée, comme l’ont signalé la moitié des sondés. Personne n’a parlé d’augmentation du rendement par hectare, quoique ceci pourrait être lié à la croissance de la productivité. Un quart des sondés ont trouvé que la diminution de la corvée était importante. D’autres avantages signalés sont: un bon travail, un meilleur labour, une augmentation du niveau de vie, des revenus accrus, un accroissement de l'exportation, l’urbanisation des zones rurales et l’opportunité du labour pour une agriculture qui dépend de la pluie. Une réponse remarquable est venue de la Gambie: un risque minimum d’érosion. La suppression de la croissance des mauvaise herbes, considérée comme un mérite majeur de la motorisation, n'était pas mentionnée comme étant un atout.
La question de savoir si l'intensification du labour grâce à la motorisation a un effet positif sur les rendements dépend dans une grande mesure du système de culture adopté, de la zone agro-écologique concernée, etc. Supposons que la motorisation du labour augmente le volume du sol perturbé par la suite, il est important de noter qu'il y a une régression linéaire positive et considérable entre le rendement de maïs et le volume total de sol perturbé par le premier et le second labour dans les conditions sémi-arides de l’Afrique de l’Ouest (Dunham, 1988, dans Van der Meijden, 1994). Cependant, la question est de savoir dans quelle mesure cette augmentation du rendement peut être durable pour des terres qui ont souvent un faible niveau de fertilité naturelle et dans quelle mesure un accroissement à court terme de la production sera annihilé par la dégradation et la déstabilisation qui sont les effets à long terme du labour intensif. Les exploitants déclarent eux-mêmes que l'emploi de tracteurs augmente le rendement des cultures (Van der Meijden, 1994).