4. Domaines critiques perçus en ce qui concerne le labour motorisé

Les inconvénients et les risques associés au labour mécanisé sont plus complexes et parfois moins évidents que les avantages. Cette question a donc été étudiée à fond au niveau du questionnaire. Selon les experts qui ont répondu, la dégradation des ressources en sols constituait le plus grand danger de la motorisation. D’autres estiment que le faible niveau de mécanisation constituait en soi le problème fondamental, et ils ont porté leur attention sur les causes et les conséquences qui en découlent. Le Tableau 3 énumère les problèmes soulevés par les sondés.

Tableau 3: Questions soulevées à propos des principaux domaines critiques du labour mécanisé

Questions et nombre de fois signalées:

Le plus souvent évoqué (par ordre d’importance):

Ressources en sol (signalé 30 fois par tous les sondés)

  • érosion
  • dégradation de la structure (surtout sur les sols légers)
  • instabilité des sols
  • baisse de la teneur en matières organiques
  • appauvrissement du sol/faible fertilité
  • érosion éolienne
  • tassement
  • formation de semelles de labour
  • diminution de la fertilité sur les plateaux et sédimentation des terres basses-
  • absence d’aménagement des ressources en sols (pas de couverture du sol, pas de protection contre le vent)
  • diminution de la capacité de retention d’eau

Utilisation et gestion de la motorisation (signalé 17 fois)

  • mauvaise gestion et abus des équipements
  • pannes fréquentes et sous-utilsation des équipements
  • labourage dans le sens de la pente
  • labour trop profond
  • les opérateurs sont mal formés
  • diminution de la vie des équipements
  • médiocrité des travaux
  • labour effectué avec un niveau d’humidité inadéquat

Appui à la mécanisation (signalé 13 fois)

  • les opérateurs mal formés
  • mécaniciens sont insuffisamment formés
  • approvisionnement insuffisant en pièces de rechange/service après-vente inadéquat
  • manque de connaissance général en matière de mécanisation
  • méfiance des exploitants à l’égard de la motorisation
  • accès insuffisant aux équipements
  • aucun appui de la part des experts et du gouvernement

Contraintes signalées (soulevées 13 fois)

  • petites pacelles éparpillées
  • les champs ne sont pas entièrement défrichés ou dessouchés
  • pourcentage élevé d’utilisation non-productive
  • exploitations trop petites
  • fortes pentes
  • mauvaises routes d’accès et champs mal défrichés augmentent les risques de pannes

Contraintes financières (signalées 13 fois)

  • manque de crédits
  • équipements coûteux
  • faibles revenus/manque de capitaux

Niveau de mécanisation médiocre, et ses conséquences (signalé 10 fois)

  • mécanisation insuffisante
  • exploitation insuffisante de terres arables
  • opérations inopportunes
  • après le labour mécanisé, les autres opérations se font toujours à la main
  • insuffisance d’équipements

Conséquences sur le rendement , le revenu et la productivité ( signalées 10 fois)

  • faible rendement, dû à la dégradation du sol
  • faible revenu
  • faible productivité
  • malnutrition
  • beaucoup plus de travail
  • abandon des parcelles à cause de l’érosion et de la présence de mauvaises herbes

Moyens de mécanisation inadaptés (signalé 6 fois)

  • l’utilisation d’équipements inadaptés ou mal adaptés aux situations locales
  • aucune évaluation des besoins n’est faite avant l’introduction des équipements
  • l’utilisation des disques pour le labour (charrues à disques et pulvériseur à disques)

1): Les sondés se sont en général concentrés sur le labour motorisé (puissance du moteur) plutôt que sur le labour mécanisé (ce qui comporte aussi la force animale).

4.1 Dégradation des ressources en sols

Ce qui inquiète le plus à propos de la motorisation est ses effets négatifs sur les ressources en sols et eaux. En général, la motorisation du labour entraîne une perturbation intense du sol. Ceci est dû à une augmentation à la fois d’une part de l'intensité de mouvement et d’émiettement quand on utilise des tracteurs de haute puissance et d'autre part, du volume de sol perturbé à cause de la profondeur du labour. En raison de cette intensification du labour la motorisation risque d’augmenter les pertes de sol et d’eau, l’érosion et la dégradation des ressources en sol, ce qui pourrait éventuellement aboutir à la perte de la fertilité, de la stabilité et d’autres propriétés du sol favorables à la croissance végétale. La FAO estimait en 1984 que si l’érosion du sol continue de manière incontrôlée entre l’an 1975 et 2000, près de 18% des terres arables en sec des pays tropicaux seront perdues et que la productivité des cultures en sec baissera d’environ 29% (FAO, 1984).

Pour les sondés l’aspect le plus inquiétant du labour motorisé est rélatif au sol. Presque tous les sondés ont signalé la dégradation des ressources en sol causé par la motorisation, notamment: érosion, dégradation de la structure du sol, la baisse du niveau des matières organiques, la perte de la fertilité du sol, l’érosion éolienne, etc. Le tassement du sol et la formation de semelles de labour, deux problèmes beaucoup plus sérieux qu’on ne croit en général, n’ont pourtant été signalés que quelquefois.

Les causes de la dégradation du sol les plus signalées étaient l'abus et la mauvaise gestion des équipements. La plupart des sondés ont parlé de mauvaise utilisation des équipements en général, mais d'autres sont entrés dans les détails du problème; le labour hors contour et trop profond, les outils mal réglés ou l’opération faite à un dégré d’humidité inadéquate du sol. La formation insuffisante des tractoristes a souvent été la cause de ces problèmes.

Bien qu’il soit important d’adopter des technologies non-indigènes qui soient conformes aux conditions locales, il semble que cela n’est pas le cas en ce qui concerne le labour motorisé. Les charrues à disques sont, dans la plupart des cas, mieux adaptées aux conditions ouest-africaines que la charrue à soc parce qu’elles sont plus faciles à utiliser et plus robustes. Le fait que ces pulvériseurs à disques sont employés pour le premier au lieu du second labour constitue aussi une sorte d'adaptation. Mais étant donné que la plupart des outils et des tracteurs que l’on rencontre en Afrique de l'Ouest sont des machines d’occasion conçues et utilisées pour des systèmes de culture et de labour différents, le taux d'adaptation est donc faible. Bien que ce dernier facteur n’ait pas été souvent évoqué, les sondés confirment qu’il constitue en effet un problème. En outre, dans les cas de l'introduction à grande échelle de tracteurs par le gouvernement ou par un bailleur de fonds, des études d’évaluation des besoins sont rarement entreprises, et on compte de nombreux exemples d'échec pour cette raison. Selon un sondé par exemple, les outils à disques tels que la charrue et le pulvériseur à disques sont inappropriés parce qu'ils propagent les mauvaises herbes avec les rhizomes

4.2 Faible niveau de mécanisation

Plusieurs sondés ont avoué que le faible niveau de mécanisation dans leur pays constituait un problème en soi avec des conséquences directes comme la sous-exploitation du sol arable et l’inopportunité des opérations. Un sondé a signalé que les opérations telles que les semis, le sarclage et la récolte ne sont pas mécanisées, ce qui rend ces activités beaucoup plus exigeantes en matière de travail.

Le manque de soutien à la mécanisation est, estime-t-on, la raison principale qui explique l'utilisation limitée des outils mécanisés. Les agriculteurs ont du mal à obtenir des pièces de rechange et à accéder aux services après vente. La pénurie de mécaniciens compétents augmente les risques de panne des machines. Au niveau de l’exploitation, on sent, selon les sources, une méfiance et une ignorance générale en ce qui concerne la mécanisation. L’appui institutionnel de la part du gouvernement ou d’autres institutions à la mécanisation fait généralement défaut, sauf dans quelques cas de tractorisation à grande échelle.

La mécanisation requiert un certain système de culture qui ne se pratique pas souvent en Afrique de l'Ouest. La première contrainte majeure à cet égard est la superficie des exploitations par agriculteur et la superficie de chaque champ, ce qui entrave l'emploi efficace de tracteurs et aboutit à un pourcentage élevé d’utilisation non-productive. Deuxièmement, le défrichement des champs est un problème. Même quand on utilise des outils à disques qui peuvent éliminer plus aisément les souches et les pierres, c’est rare d’avoir des champs complètement défrichés. Les pentes abruptes étaient mentionnées comme une autre contrainte. Enfin, il a été noté que l’absence ou le mauvais état des routes d’accès contribuait aux taux élevé de panne des machines.

La mécanisation se présente comme une technologie coûteuse qui nécessite souvent des dévises étrangères importantes, ce que les exploitants à faible revenu peuvent rarement se permettre. Ensemble avec les problèmes énumérés ci-dessus, ceci constitue une contrainte importante pour la mécanisation. Dans le cadre des programmes de mécanisation, on a souvent fourni aux agriculteurs des tracteurs qui sont de loin moins chers par rapport au prix réel, ou dans le cadre d’un système de crédit avec invariablement un taux de recouvrement très faible. Une fois confrontés aux prix réels du marché des pièces de rechange et d’entretien, les agriculteurs ne seront pas à mesure d’entretenir leurs machines. Les prix des carburants et des lubrifiants peuvent aussi rendre peu viable l’utilisation des tracteurs.

4.3 L’importance des problèmes

Malgré le faible niveau de motorisation en Afrique de l’Ouest, les experts engagés dans le domaine du labour, estiment tous que les inconvénients de la motorisation sont très importants et graves. Selon la plupart des sondés, la mécanisation est indispensable pour accroître la productivité, la production et pour satisfaire les besoins alimentaires toujours croissants. En même temps ils constatent que les méthodes actuelles de la motorisation détruisent les ressources naturelles à telle enseigne qu’elle entraîne des conséquences environnementales irreversibles qui auront des effets négatifs sur la production, la sécurité et l’auto-suffisance alimentaires. Pour prévenir cela, il faut un contrôle approprié du processus de motorisation, en faisant particulièrement attention à la conservation du sol et de l’eau.

 

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