7. Conclusions et recommandations

Le niveau de mécanisation

Le niveau de mécanisation en général, et de motorisation du labour en particulier, en Afrique de l'Ouest est bas. La superficie moyenne de sol cultivé par tracteur est d’environ 4,000 ha pour l’Afrique de l'Ouest, comparé à environ 1.000 pour l’Afrique Sub-Saharienne, et 278 et à 116 pour les nations de la révolution verte comme l’Inde et la Chine, respectivement (Mrema, 1996). Toujours est-il qu’en ce moment, seul un quart de la superficie du sol africain capable d’une production soutenue de cultures à sec est exploité (Kaul, 1991). Le faible niveau de mécanisation peut être considéré comme une contrainte majeure à la croissance agricole d'une part. D’autre part, compte tenu de l'abus des équipements de motorisation du labour et des risques inhérents, cela limite les dommages causés aux ressources naturelles.

Les formes de motorisation

En général, la forme la plus courante de motorisation est le tracteur agricole ordinaire avec la charrue à disques pour le premier labour du riz irrigué, suivi de près par le pulvériseur à disques, qui est aussi utilisé pour la culture de plateau. Les motoculteurs sont employés dans une moindre mesure et surtout pour la riziculture sur les terres humides.

Bien que certains sondés aient signalé l'emploi d'outils spécifiques pour des types spécifiques de sol, les résultats du questionnaire ne suggèrent aucun modèle distinct de mécanisation pour les diverses zones agro-écologiques en Afrique de l'Ouest, ceci peut signifier que les modèles et moyens de mécanisation sont importés et employés sans égard aux conditions locales et à la nature appropriée de l'équipement. Dans le cadre de la mécanisation spontanée à petite échelle, mais surtout dans le cas de la mécanisation à grande échelle menée par le gouvernement ou un bailleur, les documents contiennent de nombreux exemples des equipments importées qui n'étaient pas adaptées aux conditions locales. Dans beaucoup trop de cas c’était le bailleur de fonds qui décidait du genre d’équipement à donner (i.e. produits du pays du donneur) plutôt que de rendre les fonds disponibles pour l’achat de la marque et du type d'équipement qui conviendrait le mieux aux situations locales. Il faut davantage de connaissances sur les systèmes de mécanisation qui prédominent dans les différentes zones agro-écologiques de l'Afrique de l'Ouest en vue de déterminer le rapport entre les divers moyens de mécanisation et les conditions climatiques et agricoles. Les systèmes de travail minimum du sol, le zéro labour n'excluent pas nécessairement l'emploi de tracteurs et devraient en tout cas être considérés puisqu’ils peuvent être utilisés pour inverser le processus d'érosion accélérée.

Dans la plupart des cas aucun second labour n'est fait après le premier. Surtout là où les sols sont légers et sablonneux, une seule opération de labour est effectuée pour préparer le lit de semailles. Le sarclage n'est guère fait avec un tracteur ou un motoculteur. La culture généralement la plus mécanisée est le riz cultivé aussi bien sur terre sèche que sur terre humide. Les moins mécanisées sont les cultures de base, surtout sur plateau.

Le mécanisation incomplète

Sachant que pratiquement toutes les opérations du cycle cultural pourraient être mécanisées, on pourrait dire que les équipements motorisés très coûteux sont sous-utilisés, et reviennent donc très cher en matière d’heure de travail. En Afrique de l'Ouest le premier labour est la seule opération mécanisée dans le cycle de la culture. La préparation du sol requiert la plus haute intensité de main d’oeuvre et l’on subit beaucoup de pression due au fait de devoir semer au cours des premières semaines de la saison après les premières pluies. Après le premier labour la pénurie de main d’oeuvre semble moins sérieuse et les paysans n’ajoutent presque jamais d’autres outils au tracteur pour les semis et le sarclage. En dehors du fait que les agriculteurs ne sentent pas la nécessité de mécaniser ces activités parce qu’ils ont assez de main d’oeuvre pour s’en occuper, il y a aussi l'investissement requis pour se procurer un ensemble d'outils supplémentaires. De plus, pour mécaniser le sarclage, il faut que les semis se fassent très probablement à l’aide d’un semoir tiré par un tracteur. Dans l’ensemble cela représente un changement considérable dans le système agricole.

Les mérites et les inconvénients de la motorisation

Le plus grand mérite de la motorisation, selon les sondés, est l’aspect potentiel de travail/accroissement de la productivité. La productivité accrue est due à la fois à l’augmentation de la superficie cultivée et à l’accroissement des rendements. La plupart des sondés estiment que la mécanisation est indispensable pour augmenter la productivité et la production et pour satisfaire les demandes alimentaires rapidement croissantes. Les risques et inconvénients, cependant, sont bien reconnus à la fois par les experts sur le terrain et par les exploitants. La dégradation des ressources en sol se présente comme le risque le plus périlleux de la motorisation. Avec les méthodes actuellement utilisées, la motorisation détruit les ressources naturelles à telle enseigne qu’elle produit des effets écologiques irréversibles et a, éventuellement, un impact négatif sur la production, la sécurité et l’autosuffisance alimentaires. En général, le niveau de mécanisation est très faible. Les agriculteurs et les opérateurs sont peu ou pas du tout compétents, ce qui entraîne une mauvaise utilisation des engins et augmente l’érosion et la fréquence des pannes de la machinerie. L’absence de mécaniciens qualifiés et de pièces de rechange ou de pouvoir d'achat pour que les paysans puissent se les procurer aggrave le problème de la sous-utilisation des équipements. En outre, la motorisation est souvent inadéquate pour les systèmes de culture en Afrique de l’ouest, caractérisés par un grand nombre de petits exploitants avec des domaines éparpillés, de mauvaises routes d'accès et des champs qui ne sont pas complètement défrichés.

Un contrôle plus attentif du processus du mécanisation

Les problèmes évoqués ci-dessus soulignent la nécessité d’un contrôle attentif du processus de mécanisation en Afrique de l'Ouest. La mécanisation a reçu moins d'attention qu'elle ne le mérite sur la base des conséquences qu’elle comporte. Il y a un manque de statistiques et d’informations sur les questions de mécanisation à cause des nombreuses années de négligence, tandis que la recherche en la matière a été négligeable. Contrairement à la traction animale et la conservation du sol et de l'eau, lesquelles reçoivent une attention considérable, la motorisation ne fait actuellement l’objet d’aucune étude en Afrique de l'Ouest. En outre, les services de vulgarisation et les institutions de recherche sont souvent à court de personnel et ont besoin de renforcement des capacités. La plupart des agents de vulgarisation ont reçu peu ou pas du tout de formation qui leur permette de traiter des questions de motorisation. Le problème sous-jacent peut être le manque de stratégies et de politiques nationales à long-terme sur la mécanisation de l’agriculture dans beaucoup de pays. Cela a abouti à une climat de mécanisation discontinu, en fonction des fantaisies et des tendences qui ont régné dans la communauté des bailleurs de fonds et des gouvernements nationaux au cours des dernières décennies. En général, les institutions de recherche, les systèmes de vulgarisation et les organismes publics devraient être renforcés et inclure dans leur mandat les questions de mécanisation. Actuellement, plusieurs gouvernements ouest-africains ont élaboré des stratégies de mécanisation avec l’assistance de la FAO, mais dans beaucoup de cas ces documents ne sont pas mis en oeuvre. Mêmes dans des cas où les gouvernements se sont explicitement écartés de la motorisation en faveur de la traction animale,à cause de ses effets écologiques adverses, il est possible que les offres venant des bailleurs pour des équipements de motorisation à grande échelle ne soient pas refusés.

L’échange d’information

Il y a un manque d'échange d'information sur la mécanisation et les questions de conservation du sol à la fois entre les divers pays et à l’intérieur de chaque pays. Des réseaux qui existaient dans le passé (Kaul, 1991) ne fonctionnent presque plus maintenant, à cause des contraintes financières, manque de détermination, le changement des tendances au niveau des systèmes internationaux des bailleurs de fonds, etc. Il en est de même pour les tentatives visant à améliorer la communication par le biais de bulletins d’information, de répertoires, etc. Il est nécessaire de mettre en place une plate-forme pour la co-ordination de toutes les activités relatives à la mécanisation en Afrique de l'Ouest. Elle doit aussi servir de moyen d’échange d'information. Toutes les parties prenantes qui ont un rôle à jouer dans la mécanisation ainsi que dans la conservation du sol et de l'eau devraient être représentées sur cette plate-forme; il s’agit notamment de gouvernements, du secteur commercial, des institutions nationales et internationales de recherche, des ONGs et des institutions bailleurs de fonds.

Les questions du genre

Les questions du genre n’ont pas été abordées dans le questionnaire mais devraient certainement être considérées. Le problème le plus important est que les femmes n’ont presque jamais accès aux équipements mécanisés sur leurs champs. Mêmes dans des cas où la mécanisation augmente considérablement leur travail, elles n'ont pas un mot à dire en ce qui concerne la gestion et l’utilisation des équipements. Si, par exemple, un exploitant élargit son champ en utilisant un tracteur pour la préparation du sol mais pas pour le sarclage, le travail de sarclage, qui est la tâche des femmes dans la plupart des communautés, va considérablement s’accroître. Certaines autres tâches traditionnellement accomplies par des femmes risquent d’être reprises par des hommes quand ces travaux sont mécanisées. Cela pourrait signifier un allègement de la corvée mais aussi une perte de revenu. En général, la mécanisation a un effet sur les rôles et les tendances du travail des hommes et des femmes sur l’exploitation. Il faut donc tenir compte des questions du genre en discutant de la mécanisation, et en formulant de nouvelles politiques

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