Avec un clic de la souris, la page charge des données clés sur le système agricole "mixte axé sur céréales et tubercules" en Afrique, représenté par une ceinture orange foncée qui couvre le nord de l'Afrique, depuis la côte de l'Atlantique jusqu'au sud de la Libye et l'Egypte en passant par le Mali et le Tchad. Elle couvre également des superficies importantes en Angola et au Mozambique. "Ici, la principale source de vulnérabilité est la sécheresse," observe M. Dixon. "Mais il y a aussi une faible densité de population, une abondance de terres arables potentielles et de très grandes possibilités de croissance durable."
La série complète des cartes des systèmes de production agricole de la FAO ne sera pas en ligne - et sur CD-ROM - avant le milieu de l'année. En revanche, la méthodologie et les données sur lesquelles s'appuie ces cartes sont déjà disponibles - dans une Etude globale des systèmes de production agricole commandée par la Banque mondiale dans le cadre d'un examen approfondi de sa stratégie de développement rural. Cette étude a utilisé des informations biophysiques et socio-économiques très détaillées pour établir le profil des 70 principaux systèmes de production agricole rencontrés dans le monde en développement. Grâce à cette étude, déclare M. Dixon, coauteur de l'étude, la Banque, d'autres organismes de développement et les gouvernements disposent d'un nouveau instrument pour cibler les politiques, l'assistance technique et les investissements visant à atténuer la faim et la pauvreté rurale...
...Pourquoi cela? "Parce qu'un système de production agricole est la représentation qui s'approche de la réalité dont nous disposons sur la manière de penser et de décider des agriculteurs. Et l'expérience acquise ce dernier demi siècle montre, sans ambiguïté, que sans ces informations, les programmes de développement agricole peuvent être un échec total. Cette notion va bien au-delà de l'approche traditionnelle de produit ou de discipline qui était axée sur les moyens d'accroître les rendements, comme s'il s'agissait du seul paramètre important pris en compte par les agriculteurs. Considérer l'agriculture comme un 'système' signifie intégrer les dimensions bio-physiques - comme par exemple, les nutriments du sol et les bilans hydrologiques - et les aspects socio-économiques au niveau de l'exploitation, où sont prises la plupart des décisions concernant la production et la consommation. Cette étude a appliqué l'analyse des systèmes de production agricole à une échelle mondiale, ce qui nous a permis de définir des grands systèmes régionaux, les obstacles actuels à leur développement et leur potentiel."
Comment avez-vous défini ces systèmes? "Deux grands types de critères généraux ont été utilisés: d'une part, les bases de ressources naturelles disponibles, le climat, la typographie, la taille des exploitations et le régime foncier; d'autre part, les modes de subsistance des ménages, les technologies, et la gestion et l'organisation des exploitations. Ces critères nous ont aidé à identifier 72 systèmes de production agricole différents dans l'ensemble des six régions en développement, avec une population agricole moyenne d'environ 40 millions de personnes. Et ceci n'a pas été chose facile: presque tous les systèmes de données existants reposent sur des découpages administratifs au niveau national et sous-national, et non sur des systèmes agricoles de production qui débordent de ces frontières. L'expérience de la FAO en matière de zonage agro-écologique a été d'une valeur inestimable pour créer une base de données des systèmes de production agricole qui étaye notre principale tâche qualitative - émettre des avis d'expert sur l'évolution des systèmes de production agricole et leur priorités de développement."
Par exemple... "Prenons le cas du système mixte axé sur le maïs en Afrique orientale et australe. Il y a peu de temps encore l'approche de développement pour les petits cultivateurs de maïs consistait en ensemble de techniques d'urgence à composante unique - engrais minéraux et variétés améliorées. Aujourd'hui, compte tenu de l'ajustement structurel, de la fin des prix garantis et de la suppression des subventions, le maïs à forte quantités d'intrants est devenu antiéconomique et les agriculteurs se sont tournés à nouveau vers les variétés traditionnelles, et même vers des cultures de substitution comme le sorgho et les patates douces. Nous estimons, cependant, que les perspectives de croissance à long terme sont bonnes, et que le potentiel de réduction de la pauvreté est élevé. Mais le renversement de la tendance est tributaire de différents facteurs: l'investissement du secteur privé dans la commercialisation viable des intrants et de la production pour remplacer les services publics qui ont été supprimés, des technologies productives et rentables pour l'amélioration de la gestion de la fertilité des sols et de l'exploitation des terres - comme par exemple l'agriculture de conservation. Enfin, la gestion durable des terres et des nutriments du sol dépendra de la sécurité et de l'équité de l'accès aux ressources, notamment à la terre et à l'eau. Un modèle communautaire reposant sur un régime foncier coutumier et le contrôle de la communauté semble prometteur."
Les perspectives du système mixte axé sur le maïs sont "bonnes", mais l'étude semble prévoir une vague d'expansion pour les agriculteurs dans les zones de savane humide de l'Afrique "Les perspectives sont excellentes. Le système mixte axé sur céréales et tubercules partage certaines des contraintes climatiques du système mixte axé sur le maïs, et l'infrastructure des transports et des communications y est plus médiocre. Néanmoins, dans certaines zones de savane humide de l'Afrique de l'Ouest - et dans les Cerrados au centre du Brésil - les possibilités d'expansion et d'intensification de la production végétale sont importantes. Les principales contraintes sont l'absence d'infrastructure - notamment de routes jusqu'aux marchés - et des techniques de production adaptées. Mais avec les politiques et les investissements qui conviennent, le résultat essentiel pourrait être une augmentation de la production vivrière et fourragère fondée sur la demande mondiale, notamment en Asie. Il s'agit ici du maïs et du sorgho, et des légumineuses comme le soja."
Ce qui nous amène aux systèmes rizicoles en Asie du Sud et du Sud-Est... "Là, la production est encore élevée mais il y a des signes évidents de difficultés, - peu de terres disponibles pour l'expansion agricole, baisse de la fertilité des sols et, dans certains endroits, rendements en riz proches de leurs limites maximales connues. Il est raisonnable de penser que dans les 30 prochaines années, compte tenu de la croissance démographique, la région deviendra un importateur majeur de produits d'alimentation humaine et animale. Dans le système de riz de bas-fond de l'Asie du Sud-Est, la sécurité des revenus dans le secteur des petits exploitants sera de plus en plus tributaire de la diversification au profit de cultures à valeur élevée, comme les légumes, les agrumes et les espèces fourragères, et du petit élevage et de l'aquaculture sur l'exploitation. En outre, les agriculteurs auront besoin de systèmes de vulgarisation, de financement et de commercialisation améliorés et d'une plus grande intégration dans l'économie non agricole.."
Vous travaillez à l'approche des systèmes de production agricole depuis les années 80. Maintenant qu'elle est intégrée dans la stratégie de développement rural de la Banque mondiale, diriez-vous qu'il s'agit d'une "idée qui a fait son chemin"? "Nous avons connu une période où les hautes priorités en matière de développement agricole étaient l'ajustement structurel et "obtenir les jutes prix". Il y a eu la croissance économique, et la production vivrière a augmenté. Mais les niveaux de pauvreté restent élevés en Asie du Sud, et sont élevés et augmentent de manière alarmante en Afrique. Dans notre famille mondiale, une personne sur cinq vit dans une extrême pauvreté et plus de 800 millions de personnes sont sous-alimentées. C'est pourquoi la Banque mondiale et les autres organismes de développement axent à nouveau leur action sur la faim et la pauvreté. L'approche des systèmes de production agricole offre un cadre qui les aidera à déterminer leurs priorités d'investissement pour la sécurité alimentaire, la réduction de la pauvreté et la croissance économique. En d'autres termes: dans un développement agricole à large assise qui atteint et favorise les familles des petits agriculteurs les plus pauvres et qui souffrent le plus de la faim."
Publié en juin 2001