La FAO encourage l'utilisation en Afrique d'un palmier à huile tolérant au froid et à haut rendement qui pourrait aider à augmenter la production d'huile comestible dans la région. Jusqu'à récemment, la seule variété de palmier à huile cultivée dans les climats froids africains était le type dura, dont les fruits produisent un faible volume de pulpe et donc de faibles rendements en huile comestible. Les agronomes de la FAO ont noté pour la première fois le potentiel du type dura alors qu'ils travaillaient dans les hautes terres en Tanzanie et au Cameroun dans les années 70. Ils ont transféré le matériel au Costa Rica où il a été croisé avec la variété précoce tenera à haut rendement. La FAO a ensuite ramené les hybrides ainsi créés en Afrique dans le cadre d'une série de projets de démonstration au Cameroun, en Ethiopie, au Kenya, au Malawi et en Zambie.
Des essais en Ethiopie ont montré que le palmier à huile devient productif au bout de 38 mois, et pousse bien à 950 mètres d'altitude et à basses températures qui normalement limitent la production de fruits. En Zambie, l'hybride produit neuf litres d'huiles trois après plantation sur terrain libre et devraient produire de 20 à 30 litres la sixième année (le palmier dura local commence à produire aux environs de la huitième année, avec une production d'huile égale au tiers).
Importation d'huile comestible. Dans le cadre de son programme sur les systèmes agricoles intégrés, la FAO étudie à l'heure actuelle les possibilités d'augmenter la production d'huile de palme dans l'ouest du Kenya, où des plants en provenance du Costa Rica sont cultivés dans des pépinières locales et par la plus grande société de sucre de la région. Aujourd'hui la production du Kenya ne couvre qu'environ un tiers de sa demande annuelle en huiles comestibles, estimée à quelque 380 000 tonnes. Le reste est importé, pour un coût d'environ 140 millions de dollars, ce qui fait que l'huile comestible occupe le deuxième rang des importations après le pétrole.
Les hybrides de palmier à huile semblent être une solution idéale. Leur culture permettrait aux petits producteurs et aux producteurs industriels de réduire le déficit en huile comestible, et dans le même temps, constituerait une source de revenus supplémentaires dont ont un grand besoin les zones rurales à l'ouest du Kenya, où une personne sur deux vit dans la pauvreté. Le climat local est favorable à toute une gamme de cultures de graines oléagineuses annuelles et pérennes, notamment tournesol, soja, arachides, carthame, sim-sim et graine de lin, dont un grand nombre sont des cultures traditionnelles dans la zone. Les conditions climatiques pour la culture du palmier à huile sont, dans certains districts situés à l'ouest du pays, comparables - ou même supérieures - à celles de la Malaisie où se trouvent les plus grandes superficies productives de palmier à huile du monde: la répartition des précipitations est plus régulière et l'ensoleillement cumulé est plus important.
De plus, l'ouest du Kenya occidental dispose d'atouts importants pour devenir un centre de développement d'une culture industrielle. Il est au centre du pays, proche de Kisumu (un important centre commercial sur le Lac Victoria), et se trouve sur les principales routes commerciales entre la côte est, Nairobi et l'arrière-pays de l'Ouganda, du Rwanda et de la République démocratique du Congo, qui connaissent une forte croissance économique et démographique. Par ailleurs, le Kenya s'engage résolument dans la production agricole industrielle. Les investissements étrangers et les exportations sont orientés sur des secteurs relativement nouveaux, comme les fleurs coupées, certains légumes verts et plantes à usage médical et la diversification grâce à des cultures nouvelles ayant un potentiel sont accueillies avec intérêt.
Extraction de l'huile à petite échelle. Les cultures d'une telle ampleur dépassent les ressources de la plupart des agriculteurs. Mais le projet prévoit de fournir aux ménages agricoles pauvres dans l'ouest du Kenya du matériel végétal et une assistance technique qui serviront de point de départ pour la mise en place de petites industries d'extraction d'huile. Il ne s'agira pas d'une tâche facile: les agriculteurs locaux doivent faire face à la concurrence vive des régions de l'autre côté de la frontière en Ouganda - mêmes cultures et systèmes de production mais meilleures conditions de croissance, rendements plus élevés et coûts inférieurs - et des zones de production au Kenya qui bénéficient de liens commerciaux plus étroits avec les principaux centres urbains. Les agriculteurs connaissent mal le palmier à huile, et l'huile comestible qu'il produit est en général inconnue dans la cuisine locale.
Pour être compétitifs, estime la FAO, ils devront avoir accès à la petite transformation ainsi qu'aux techniques connexes de stockage, de manipulation et de services, et à des informations commerciales fiables et régulières. De plus, les petits agriculteurs et entrepreneurs doivent accepter le risque comme un élément du système commercial dans lequel ils travaillent. Pour ces nouveaux adeptes de la culture du palmier à huile relativement inexpérimentés, les risques commerciaux représentent un danger considérable, parfois sans commune mesure avec les faibles ressources disponibles.
Selon la FAO, la production rentable du palmier à huile dans l'ouest du Kenya aura d'importantes retombées sur le plan du développement socio-économique dans les communautés rurales et de la sécurité alimentaire des ménages agricoles. La question est de savoir si les effets en aval amélioreront aussi la balance commerciale des huiles alimentaires; cela dépendra largement des coûts de production locale et de la capacité des producteurs kenyans à s'aligner sur les prix compétitifs des producteurs étrangers.