En quoi le mandat du Département a-t-il changé? "Fondamentalement, il a été étendu pour englober toute la chaîne alimentaire - 'de la ferme à la table' - c'est-à-dire depuis les pratiques de pré-production à la distribution des produits aux consommateurs. De sorte que, en plus des grands programmes de la FAO en matière de production agricole et de systèmes de soutien, le département est désormais chargé des travaux sur la qualité des aliments et la protection des consommateurs, y compris le programme du Codex Alimentarius conduit conjointement avec l'OMS. Ces tâches incombaient précédemment à la Division de l'alimentation et de la nutrition du Département économique et social (ESN), qui a été transférée au sein d'AG en tant que Division de la Nutrition et de la Protection des consommateurs. Notre nouveau mandat est plutôt innovant, car l'intégration de l'agriculture et de la qualité des aliments n'existe pas dans la plupart des institutions gouvernementales des pays membres de la FAO. Cela pourrait ouvrir la voie..."
Qu'est-ce qui a provoqué ces changements? "Ils font partie d'un processus de réforme visant à garantir l'efficacité et les performances de la FAO dans un environnement mondial en pleine évolution, et entendent aussi contribuer aux Objectifs du Millénaire pour le développement. Et ils confirment et consolident les faits nouveaux intervenus au cours des dernières années, tant dans le cadre des travaux de l'Organisation que dans le secteur alimentaire et agricole. "Nous observons trois grandes tendances aujourd'hui. En premier lieu, les chiffres mondiaux indiquent que la croissance démographique ralentit beaucoup plus que prévu - les peuples des pays en développement font moins d'enfants et ils les font plus tard. Deuxièmement, le développement économique augmente plus vite que les prévisions, et la demande de produits agricoles est en pleine expansion. La croissance économique s'accompagne d'une modification rapide des habitudes alimentaires et de normes de qualité des aliments de plus en plus rigoureuses. Troisièmement, il ne faut pas oublier l'impact de l'agriculture sur l'environnement, et la pression exercée par la croissance économique d'une façon générale sur nos ressources naturelles. "Ces tendances indiquent que nous devons revoir notre façon d'envisager le monde. Les enjeux d'aujourd'hui sont comment produire les types d'aliments et de produits agricoles dont les gens ont besoin (y compris sous l'optique de la santé), et comment obtenir les meilleurs systèmes de production possibles - qui limitent au minimum les effets néfastes sur l'environnement et garantissent un taux élevé de productivité. Le secteur de l'agriculture et de l'alimentation doit englober la chaîne entière, de la production à la consommation, et y incorporer les aspects liés à l'environnement. A l'avenir, l'agriculture ne sera plus autant régie par l'offre qu'elle ne l'a été au cours des dernières décennies, mais beaucoup plus par les interactions entre la demande et l'offre, par de nouveaux critères et de nouvelles normes, sans oublier les nouvelles technologies.
De quelle manière les travaux récents d'AG ont-ils ouvert la voie à cette nouvelle orientation? "Au cours des trois ou quatre dernières années, le Comité de l'agriculture de la FAO [COAG] a examiné les questions relatives à l'approche de la 'chaîne alimentaire' pour des approvisionnements salubres et nutritifs, les bonnes pratiques agricoles, et la nécessité d'une approche mondiale de biosécurité, c'est-à-dire la gestion des risques biologiques et écologiques liés à l'alimentation et l'agriculture. La sécurité sanitaire des aliments a également fait l'objet d'un document du COAG sur les impacts de la mondialisation sur la production animale. "Toutes ces lignes de force émergentes laissent entendre clairement que les chaînes alimentaires relient les pays non seulement à l'échelon national, mais aussi international. Ce qui est produit au Brésil nourrira les poulets en Chine, et des parties de ces poulets seront consommées sur place tandis que d'autres seront expédiées dans le monde entier. Ce sont ces réseaux tentaculaires qui déterminent l'avenir de l'agriculture et de l'alimentation. La chaîne alimentaire n'est pas locale, la Terre est en fait un immense réseau de chaînes alimentaires, au point que tous les jours, chacun se retrouve associé à un complexe plus vaste. Ceci signifie aussi que chaque citoyen devrait s'intéresser à ce qui se passe dans le reste du monde."
Quels changements les pays attendent des services dispensés par le Département? "Notre rôle est d'aider les pays à faire des choix importants sur l'avenir de leurs secteurs de l'agriculture et de l'alimentation. Ces décisions reflèteront