Fèces

Références utiles: 25 et 184

Le fait d'alimenter les animaux avec des fèces ne constitue nullement une nouveauté, et la coprophagie (ou consommation des excréments) est un trait courant chez divers animaux. L'élevage à la ferme fait souvent suivre les baeufs par des porcs et ceux-ci par la volaille. Dans un tel système, l'alimentation des porcs et de la volaille se compose en partie de déjections. L'intéret suscité au cours des dernières années par les fèces, considérées comme aliment, vient en grande partie des difficultés éprouvées par les élevages intensifs de bétail et de volaille pour se débarrasser de ces déchets. Par ailleurs, on sait que les éléments nutritifs sont en grande partie perdus dans les déjections. Leur recyclage est donc une façon de fabriquer des protéines consommables à partir de déchets dont il est souvent coûteux de se débarrasser et qui, de plus, sont polluants. Les quantites de fèces produites sont considérables. Une poule de 2 kg donne 800 g de fiente par semaine, une vache de 650 kg, 150 kg de bouses, un porc de 80 kg fournit jusqu'à 40 kg de fèces, et un porc de 45 kg jusqu'à 22 kg par semaine.

Ces fèces peuvent être utilisées de plusieurs fasons. Elles peuvent servir de substrat, tant pour la culture d'algues que de levures, et on a aussi essayé de s'en servir comme milieu pour la culture d'asticots destinés à l'alimentation de la volaille. La facon la plus simple consiste cependant à les utiliser directement comme aliment.

Toxicité. Les fèces semblent, à l'état frais, ne pas contenir de composés toxiques, ceux-ci ne se créant qu'au cours de la putréfaction. Certaines maladies et des parasites peuvent être propagés par les fèces, mais ce risque est moindre si les fèces sont ensilées. Des fèces où des oeufs de nématodes sont présents en sont totalement exemptes après quatre semaines d'ensilage. Le chauffage et la cuisson ont le même effet. La transmission de maladies, de la volaille aux bovins, est très improbable. De meme, il semble que les résidus médicamenteux dans les fientes de volaille ne posent pas de problèmes, à l'exception de ceux contenant du cuivre ou de l'arsenic. Comme les bovins, et surtout les ovins, sont sensibles au cuivre, il faut être prudent dans l'utilisation à des fins alimentaires des déjections d'animaux dont la nourriture en contiendrait beaucoup.

Fumier de porc. Il constitue un maillon important de la chafne alimentaire porcs-légumes-poissons-canards, spécifique du Sud-Est asiatique. Ce système intégré, exploité avec profit depuis longtemps par les paysans chinois, est décriré en la référence 306.

Le fumier de porc contient plus de 20% de protéines brutes, raison pour laquelle on tente expérimentalement de l'utiliser à l'alimentation de la volaille. Cela n'a pas d'inconvénients pour la qualité de la chair ou des oeufs. On l'emploie également avantageusement pour la finition de l'engraissement des porcs eux-mêmes, à raison de 15% de la ration, ainsi que pour les moutons, sous forme de granulés dans lesquels il entre pour 40%, également avec de bons résultats.

Bouses de vaches. Leur faible valeur énergétique et leur teneur relativement basse en protéines brutes sont leurs points faibles essentiels et réduisent leur possibilité d'utilisation comme source de protéines alimentaires. Leur dessiccation ne présente donc, du point de vue économique, aucun intérêt.

Les fèces de bovins figurent dans les rations de finition des boeufs à l'engrais, soit à l'état frais, mélangées à d'autres aliments, soit ensilées. Les bouses fraîches recueillies quotidiennement dans l'étable sont mélangées à la ration à raison des deux tiers. Ce mélange est mis à l'abri la nuit dans un récipient clos et servi le lendemain. Pour l'ensilage, les bouses sont mélangées à du foin de graminées haché dans les proportions de 57:43; elles sont ensuite emmagasinées dans un silo, où le produit fermente et acquiert une odeur d'ensilage. Un ensilage réalisé de cette facon à partir de foin de Cynodon dactylon a une teneur en protéines brutes de 13% et renferme 60% de matières digestibles. On l'utilise en mélange avec des concentrés pour achever l'engraissement de bovins ou, seul, pour les brebis et les vaches laitières. Une ration complète, recommetée en stabulation libre, est constituée de 40% de bouses fraîches, de 42% de maïs concassé et 18% d'ensilage de maïs. Ce mélange est ensilé dix jours à l'avance. Si l'on donne de l'ensilage de bouses pendant une longue période, il peut être utile d'ajouter de la vitamine A et du phosphore, ou des aliments en contenant. Pour les vaches, le fait de consommer des bouses est sans effet sur la lactation ou le goût du lait. Les bouses séchées ont la même odeur que les aliments composés. Les bouses desséchées sont moins appétées, mais l'ensilage fermenté est bien accepté. Une fois que le bétail y est habitué, la consommation ne diminue pas. Il faut éviter de le conserver dans des matériaux susceptibles de rouiller.

Des bouses de bovins en fin d'engraissement ont été données à des porcs pour tirer parti des grains non assimilés qu'elles contenaient. Cependant, les bouses, produit de fermentation, contiennent des facteurs de croissance, notamment des vitamines du groupe B et certains acides aminés essentiels. Les bouses fraîches, desséchées, incorporées à l'alimentation de poulets d'élevage (à l'exclusion des pondeuses), ont, dans certains cas, notablement accéléré leur croissance, cela du fait des hormones que contiendraient ces bouses.

Fientes de volaille. L'intensification récente des élevages de volaille fait que ceux-ci disposent rarement d'assez de terrain pour y épetre les fientes. De nombreux essais indiquent que les fientes desséchées peuvent etre incorporées, avec de bons résultats, dans l'alimentation tant des ruminants que des monogastriques.

La fiente fraiche contient environ 30% de protéines brutes (base matière sèche), dont environ 50% sont constitués de dérivés de l'acide urique. Leur digestibilité est voisine de 80% et celle des matières organiques de l'ordre de 65% pour les ruminants. Les fientes de volaille sont également riches en sels minéraux, ce qui supprime la nécessité d'en enrichir les rations à base de fientes.

Les fientes de volaille fermentent rapidement. Il est donc capital de les dessécher sans délai si on veut les utiliser pour l'alimentation. Au cours du processus, la température ne doit ni dépasser 90 C ni être inférieure à 70 C, afin de ne pas endommager les protéines, tout en stérilisant les fientes. Il faut ensuite les pulvériser afin de faciliter l'élimination des plumes.

L'acide urique est transformé en protéines par la flore rnicrobienne du rumen (voir Azote non protéique (ANP)). Il ne se dissout pas facilement dans les liquides stomacaux et l'ammoniaque n'est libérée que lentement, ce qui fait que l'acide urique est utilisé avec plus d'efficacité que d'autres sources d'azote non protéique. Le temps nécessaire à l'adaptation de la flore du rumen avant qu'elle ne soit apte à assimiler totalement l'acide urique semble être de l'ordre de trois semaines. Les ruminants tirent parti des fientes sèches comme de tout autre aliment proteique concentré. Si la valeur énergétique d'une ration à base de fientes est maintenue à un niveau normal elle assure un gain de poids, ou une lactation, normaux. La faible valeur énergétique des fientes, analogue à celle du foin, peut faire qu'elles soient peu appétées à forte dose, mais il est possible d'y remédier de différentes facons. L'une d'elles consiste à ajouter aux fientes de la mélasse ou des matières grasses. Les fientes sèches n'ont aucune influence sur la saveur de la viete ou du lait.

Les fientes de volaille sont moins intéressantes pour l'alimentation des porcins. A raison de 5% à 10%, elles sont en général sans influence sur le rythme de croissance, mais le rendement alimentaire diminue en général avec l'augmentation du pourcentage de fientes dans la ration. A des doses plus fortes, le rythme de croissance lui-meme est affecté. La raison en est sans doute que les fientes sèches contiennent peu des acides aminés essentiels pour les porcs et sont trop riches en calcium. Les fientes sont aussi utilisées comme aliment pour la volaille. On peut en incorporer jusqu'à 5% dans les rations pour poulets de chair, jusqu'à 20% pour les poulets de type Leghorn, et jusqu'à 40% pour les pondeuses avant que la production ne soit affectée. Cependant, l'indice de consommation est en fonction inverse de la proportion des fientes desséchées dans la ration.

L'intérêt des fientes de volailles dans l'alimentation se concentre surtout sur l'utilisation des litières épaisses. Celles-ci sont constituées d'un matériau approprié et des déjections accumulées pendant une période de six mois ou plus, le tout maintenu à l'état sec et friable. Cette litière constitue sur le sol une couche épaisse de 3 à 25 cm, et son role le plus important est d'absorber l'humidité des déjections de la volaille, qui atteint environ 80% à l'état frais. Cette humidité est dissipée par evaporation et à la suite de la décomposition de ces déjections. La litière est le siège d'une vive activité microbienne, la flore proliférant sur les fientes et décomposant le matériau. Elle synthétise des facteurs de croissance, notamment de la vitamine Bl2 et des antibiotiques qui limitent le développement des bactéries pathogènes. En conséquence, le taux de croissance et l'état sanitaire des volailles élevées sur une litière épaisse sont souvent excellents. On utilise comme litière différents matériaux, comme la sciure de bois, les copeaux, les coques d'arachides, la bagasse, etc. Il faut que ces matériaux soient suffisamment absorbants, qu'ils soient assez grossiers pour ne pas s'agglomérer et susceptibles de se décomposer. L'apport de chaux aide a garder la litière sèche, et l'addition de superphosphate diminue les pertes en ammoniaque et permet de maintenir la teneur en azote à un niveau éleve. Si ces litières sont utilisées dans l'alimentation, il convient de les dessécher dès leur enlèvement, de les pulvériser et d'en retirer, en les faisant passer sous un aimant, tous les morceaux du métal qui pourraient s'y trouver. On peut les stocker longtemps à l'état sec et aussi les ensiler pour en éviter la détérioration. Comme aliment, il convient de mélanger ces litières avec des produits de haute valeur énergétique. On recommete la formule suivante: litières 65%, farine d'agrumes 25%, mélasse 9%, vitamines et sels minéraux 1%. Une fois mélangées, les litières se conservent mal et doivent être utilisées rapidement. L'épaisseur de la litière et son matériau de base affectent sa valeur alimentaire. Les litières de volaille constituent une nourriture bon marché et appétée; elles donnent de bons résultats pour l'alimentation des vaches laitières ainsi que des boeufs de boucherie.

La farine d'agrumes est excellente comme matériau de base et donne une litière de haute valeur énergétique. Il faut toutefois prendre soin d'en éliminer les pépins qui peuvent présenter des risques de mortalité pour la volaille.

Il est possible d'ensiler les litières en les entassant dans un silo vertical etanche et en mouillant à 35%-38%. La fermentation dure alors six semaines. Le produit obtenu est excellent pour les bovins, et les micro-organismes nuisibles sont en partie détruits.
EPANDAGES

La décomposition accélérée des eaux d'égout par fermentation, au cours de laquelle divers micro-organismes métabolisent les matières organiques grâce à une aération intense, est mise en oeuvre dans les installations modernes, qui produisent de grandes quantités de boues d'épetage. Ce sous-produit se présente comme une masse gélatineuse de micro-organismes, riche en azote et en vitamines Bl2. On peut l'utiliser à la dose de 2%, comme source de cette vitamine pour l'alimentation des animaux, ce qui suffit en général à couvrir les besoins. Comme aliment azoté, et utilisé à de plus fortes doses, ce sous-produit est moins satisfaisant car il fait baisser la consommation et provoque des diarrhées. La dose maximale se situe à 5% pour les porcs et 8% pour la volaille et les ruminants. La digestibilité des protéines brutes, pour les ruminants, est de 55% environ.

GUANO

Le guano, constitué de fientes d'oiseaux ou de chauves-souris, contient jusqu'à 10% d'azote, et il est riche en phosphore (jusqu'à 5% pour le guano d'oiseaux se nourrissant de poissons). On peut l'utiliser comme source d'azote non protéique pour les ruminants, de la même facon et en général avec les mêmes résultats que l'urée.

     En % de la matière sèche
    MSPBFBCen.EEENACaPRéf.
Bouses fraiches de
bovins nourris 
au foin  17.98.422.518.83.147.2  186
 
Bouses fraîches de bovins
nourris à l'en silage et aux
concentrés17.411.422.212.02.452.0  "
 
Fientes de volaille, sèches92.328.312.016.51.841.45.101.6023
 
Litière de volaille, sèche, à base 
de copeaux de bois88.930.614.619.02.833.02.482.2657
 
Litière de volaille,
sèche, à base de co-
ques d'arachides 89.132.015.117.92.832.22.772.86"
 
Litière de volaille, 
sèche, à base de bagasse 92.32.844.92.20.849.3  264
 
Litière de volaille, base de farine
d'agrumes  26.511.89.53.049.2  201
 
Litière de volaille,
à base de son de blé  27.217.119.91.734.1  351
 
Litière de volaille, 
à base de rafles de mais  26.516.713.94.338.6  "
 
Litière de volaille, à base de
pulpe de betterave   31.614.117.71.934.7  "
 
Fumier de lapins  20.028.514.51.238.5  516
 
Guano de chauvessouris, La Trinité91.922.941.611.22.421.9  117
 
 
       Digestibilité (%)
     AnimalPBFBEEENAMERéf.
 
Litière de copeaux Ovins70.466.162.768.62.2357
 
Litière de coques d'arachidesOvins73.066.856.369.72.31"
 
Litière de farine d'agrumes Ovins82.072.885.681.62.90201
 
 
  Teneur en acides aminés en % de protéines brutes
 
Bouses fraîches de bovins nourris à l'ensilage de maïs   Réf.24
 
ArgCysGlyHisIlsLeuLysMetPheThrTryTyrVal
2.00.83.61.52.92.64.31.0tr3.9-tr3.4
 
Litière de volaille à base de coques d'arachides     Réf.57
 
ArgCysGlyHisIlsLeuLysMetPheThrTryTyrVal
1.64.18.17.82.03.21.90.41.71.8-1.32.5
 
 

Référence

23, 24, 25, 57, 117, 184, 186, 201, 264, 351, 516

Abstracts

Availability(596), Buffaloes(235), Cattle(602), Cattle(674), Cattle(675), Composition(559), Goats(674), Goats(675), Poultry(205), Rabbits(269), Sheep(595), Sheep(674), Silage(42), Toxicity(560)