Livestock Research for Rural Development

Volume 5, Number 1, June 1993

Synthese d'observations sur le marquage coquillier chez les escargots geants africains

Corinne Stiévenart

Service de Production Animale Tropicale. Institut de Médecine Tropicale Prince Léopold. 155, Nationalestraat, B-2000 Anvers 1, Belgique

 

Resume

Le marquage coquillier au moyen de substances colorées ne présente pas une persistance suffisante. L'usage de marques pour abeilles consistant en de petits disques plastiques colorés et numérotés est intéressant mais sa persistance dépend des qualités du fixateur qui doit englober entièrement la marque. Le marquage au moyen de pastilles pour abeilles fixées sur l'antépénultième spire coquillière a été mené avec succès sur des escargots archachatines d'1g à 200 ou 300 g de poids vif. L'application de deux marques sur chaque escargot permet d'augmenter la fiabilité de l'identification.

Une marque indélébile peut être obtenue par la gravure coquillière qui consiste en l'élimination mécanique ponctuelle de matériau coquillier. La gravure mécanique est traumatique. La gravure chimique par dissolution de la partie colorée de l'ostracum au moyen d'HCl fumant (à 37%) n'est pas dénuée de risques mais peut être appliquée moyennant quelques précautions d'usage sur des escargots géants africains ayant terminé leur croissance.

Mots-clé: Escargot géant africain; héliciculture; techniques d'identification

 

Summary

Shell marking by coloured substances in not persistent enough. The use of "bee-mark" consisting of small numbered coloured plastic discs is interesting but its persistence is dependent on the qualities of the fixative which must fully protect the entire "bee-mark". Marking using "bee-mark" fixed on the antepenult shell whorl was successfully undertaken without damage on giant African snail weighing from about 1g to 200 or 300 g live weight. The application of two "bee-marks" on each snail increases the reliabity of the marking technique. An indelebile mark could be obtained by engraving techniques which consist of pinpoint shell elimination. Mechanical engraving is traumatic. Chemical engraving through dissolution of the coloured part of the shell ostracum using HCl 37% is not without risk but could be applied with care on giant African snail which have completed their growth.

KEY WORDS: Giant African snails; snailfarming; identification techniques

Introduction

Les escargots géants africains constituent une denrée alimentaire fort appréciée en Afrique de l'Ouest. La rationalisation de leur élevage repose notamment sur la connaissance approfondie de leur zootechnie. L'identification des animaux peut se révéler intéressante pour l'expérimentateur ou pour l'éleveur. Elle permet de marquer des individus sur base de la période de naissance, de l'origine parentale ou de performances individuelles, et s'avère indispensable lorsqu'on envisage la sélection génétique d'animaux.

Dans le but de garantir un suivi certain des observations individuelles, on a expérimenté différentes méthodes de marquage coquillier depuis la naissance jusqu'à l'âge de reproduction sur des escargots géants africains Archachatina marginata suturalis et Achatina fulica élevés en ambiance humide (plus de 95% d'humidité relative) et chaude (24 à 25 ?C), confinés en groupe sur du terreau entretenu par des vers de terreau (Stiévenart 1990). La facilité de marquage, la persistance des marques en fonction du gabarit de l'escargot et le caractère éventuellement traumatique de la technique ont été observés.

 

Resultats & discussion

Les techniques de marquage utilisées par les animaux domestiques se répartissent en trois catégories: par fixation, par ablation et par impression (Hardouin 1968). Le dernier groupe correspond au marquage à la peinture, au tatouage ou au brûlage par le feu ou le froid. Le comportement des escargots qui se chevauchent fréquemment, s'enfouissent dans leur substrat d'élevage, et rongent de leur radula tout matériau à portée de bouche, entraîne rapidement la disparition de signes tracés sur la coquille à l'aide de peinture acrylique pour extérieur, de liquides correcteur du type Typex R, ou de produits similaires. Le tatouage et le brûlage ne semblent pas applicables aux escargots.

Marquage par fixation

Le seul matériau identifié à ce jour qui soit lisible assez longtemps consiste en pastilles destinées à marquer des abeilles. Les marques sont numérotées (de 1 à 99) à l'achat, dans des séries de couleurs différentes; elles mesurent environ 2 mm de diamètre. Elles revenaient en 1990, à 1BEF la pièce et étaient proposées par boîte de cinq séries de cent pastilles qui contenait également un flacon de glu à utiliser comme fixateur (fournisseur:BIJENHOF, Moravie, B-8620 Bissegem, Belgique).

Les pastilles fixées totalement englobées dans le fixateur persistent plus longtemps que celles fixées simplement par leur face inférieure et sont moins exposées aux escargots qui en rongeraient la face supérieure (observations réalisées avec de la glu pour fixateur).

La persistance des pastilles dépend de la situation de la marque. Des escargots Achatina spp. ou Archachatina spp. d'à peine un gramme de poids vif présentent une coquille déjà suffisamment grande pour y fixer sur l'antépénultième spire une pastille de 2 mm de diamètre. Ce site coquillier permet un marquage plus persistant que celui des spires de la pointe de la coquille (observations comparatives réalisées sur des escargots pesant environ 140 g lors de la fixation des pastilles à la colle universelle), mais pour des achatines de moins d'un gramme qui offre donc une coquille encore très peu développée, l'apex coquillier pourrait probablement constituer le support de marquage, comme cela a été fait sur des escargots aquatiques Helisoma duryi (Sullivan et al 1990) .

La persistance de pastilles sur la coquille dépend également de la nature du fixateur. Trois substances ont été éprouvés pour des marquages sur l'antépénultième spire coquillière.

La glu fournie avec les pastilles ne convient pas avec son temps de durcissement en ambiance humide nettement trop long, son opacification à l'humidité, sa persistance trop brève et son écaillement rapide.

La colle universelle présente un temps de durcissement plus court que celui de la glu et ne s'opacifie pas en ambiance humide. La persistance des pastilles appliquées à des individus légers est élevée (jusqu'à 26 semaines en moyenne pour des archachatines pesant environ 3 g lors du marquage), mais elle diminue rapidement lorsque le marquage est pratiqué sur un escargot en croissance déjà lourd (seulement 11 semaines en moyenne sur ces escargots pesant 57 g en moyenne au moment du marquage). La répétition du marquage à dix semaines d'intervalle a néanmoins permis une bonne fiabilité de l'identification (99% des archachatines restent identifiables) jusqu'au moment du troisième marquage. La colle à base de cyanocrylate convient tant pour le marquage de petits escargots que d'escargots de plus d'une centaine de grammes de poids vif. En ambiance humide, ce fixateur présente un temps de séchage court et ne s'opacifie pas mais est à utiliser moyennant quelques précautions car il est très liquide et sa prise est extrêmement rapide et durable. Tout contact avec la peau, les yeux ou avec des matériaux qui ne devraient pas être collés est donc à proscrire. La fiabilité d'un tel marquage est excellente: des escargots de plus d'une centaine de grammes portant une seule pastille numérotée ont pu être suivis individuellement pendant des périodes de plusieurs mois de vie active.

Marquage par ablation

La gravure consiste à éliminer à l'endroit du trait à graver le matériel coquillier superficiel et coloré pour dénuder la nacre plus profonde et de coloration différente. La marque apparaît donc par simple contraste de couleur .

Les méthodes chimique ou mécanique permettent la réalisation de marques coquillières indélébiles. Pratiquées sur plusieurs cm2 sur l'extrémité distale de la dernière spire coquillière, les marques peuvent être lues à quelques mètres de distance de l'escargot.

La gravure mécanique au moyen d'un stylet en vibration est brutale et traumatique. Elle aboutit fréquemment à des ruptures de paroi coquillière. Les animaux présentent généralement une période d'anorexie après la gravure.

La gravure chimique est plus progressive et non traumatique pour l'escargot si elle est effectuée en respectant les règles élémentaires de sécurité liées à la nature de l'agent chimique utilisé. Le carbonate de calcium coloré de la paroi coquillière est éliminé progressivement par dissolution à l'acide chlorhydrique fumant après incision précise de la couche de périostracum, matériau apparemment inerte à l'acide chlorhydrique. Si le périostracum est endommagé sur le site à graver, il doit être recouvert d'un matériau inerte à l'acide chlorhydrique, pour que la couche ainsi formée puisse être incisée sans bavures pour la gravure. De la cire de bougie peut être employée à cet effet. La réaction chimique de dissolution du carbonate de calcium est exothermique et est accompagnée par un dégagement de CO2 sous forme d'un bouillonnement sur le trait de gravure. Des appositions successives de gouttes d'acide chlorhydrique entrecoupées de rinçages à l'eau claire du trait de gravure permettent d'obtenir progressivement la profondeur de gravure suffisante pour la mise en évidence de la nacre sous- jacente. L'échauffement provoqué sur la coquille et la nature du produit employé nécessitent la mise en oeuvre de mesures de protection de l'escargot qui doit être contraint à se rétracter totalement dans sa coquille jusqu'à découvrir la face interne du site de gravure pendant toute la durée de l'opération. Son ouverture coquillière doit être orientée de façon à ne permettre aucun contact en cas de pénétration de liquide de rinçage ou d'acide chlorhydrique. Pour éviter tout contact entre les tissus charnus de l'escargot et ces liquides irritants en cas de perforation accidentelle de la nacre, le trait de gravure sera situé en position déclive par rapport à la nacre à dénuder.

 

Remerciements

L'auteur remercie pour ses commentaires sur le manuscrit le Professeur Dr.Ir.J.Hardouin, Chef du Service de Production Animale Tropicale de l'Institut de Médecine Tropicale d'Anvers (Belgique) où ont été réalisées ces observations qui ont été rendues possibles par le soutien indirect de Rijkskas voor Arbeidsvoorziening, le financement de la Commission des Communautés Européennes (DGXII) dans le cadre du projet "Microlivestock as feed and food in semi-urban farming systems" et l'octroi d'une aide financière par l'Administration Générale (belge) pour la Coopération au Développement (A.G.C.D.) (Subvention de recherche "Elevages Atypiques", 1990).

 

Bibliographie

Hardouin J 1968 L'identification des animaux. Annales de Médecine Vétérinaire II:125-131

Stiévénart C 1990 Rearing of Giant African snails on soil containing a population of earthworms (Eisenia foetida). Snail Farming Research (Cherasco, Italie) vol 3:12-14

Sullivan J J Bishop H S Schneider K R Rodrick G E 1990 Marking snails with numbered discs: a technique for identifying individual specimens. Tropical Medical Parasitology 41:289-290

(Received 1 May 1993)