D’après le gouvernement du Burkina
Faso, près de 85 pour cent des ménages burkinabés
tirent une partie de leurs revenus de l’élevage.
Ce secteur représente également environ 25 pour
cent des exportations nationales. Sur le plan social, l’élevage
permet aux jeunes de se familiariser avec les responsabilités
qu’ils devront assumer lorsqu’ils seront adultes,
aux membres de familles de s’acquitter de leurs obligations
sociales et aux femmes de subvenir aux besoins de leur famille.
En raison de son importance sociale et économique,
l’élevage doit être au cœur des efforts
visant à consolider les moyens d’existence des
Burkinabés.
Le présent article décrit trois types de contraintes
susceptibles de diminuer la contribution potentielle de ce
secteur à l’amélioration des moyens d’existence
des plus pauvres: la faiblesse des organisations d’éleveurs,
l’insuffisance des services de santé animale
et les lacunes commerciales. Afin d’y remédier,
des actions stratégiques sont préconisées.
Faiblesse des organisations d’éleveurs
Pour instituer des réformes politiques, il faut en
général disposer de solides groupes d’intérêt
bien organisés capables d’insuffler un changement,
ce qui n’est pas le cas pour les éleveurs pauvres
du Burkina Faso. Il existe des associations d’éleveurs
en milieu rural, mais elles ont peu d’influence sur
les politiques locales, régionales et plus particulièrement,
nationales. Les associations rurales tendent à se concentrer
sur les activités entreprises par des ONG ou des donateurs,
et de nombreuses associations disparaissent après la
réalisation du projet du donateur ou de l’ONG
locale. Les associations rurales évitent en outre généralement
de s’engager dans toute activité à connotation
‘politique’. A l’échelle nationale,
les organisations globales ont du mal à établir
une plate-forme politique commune reflétant la diversité
des besoins et des priorités des éleveurs au
Burkina Faso. La Fédération des éleveurs
du Burkina Faso (FEB) existante est sévèrement
critiquée pour son incapacité à répondre
aux besoins des éleveurs en dehors du sous-secteur
de l’élevage.
Les éleveurs des associations professionnelles périurbaines,
comme la Maison de l’aviculture, sont mieux organisés
pour fournir des services à leurs membres et avoir
une incidence sur les politiques publiques. Les personnes
intéressées par la promotion de politiques en
faveur des pauvres peuvent travailler en collaboration avec
ces associations et les aider sur les questions intéressant
l’ensemble des producteurs dans les industries avicole,
porcine et laitière. Les tarifs douaniers et les politiques
macroéconomiques sont des domaines où il arrive
que les intérêts des producteurs ruraux et périurbains
convergent. Ces deux types de producteurs peuvent en outre
bénéficier des mesures prises dans le domaine
de la santé animale de base (hors soins vétérinaires
requis pour l’élevage des races exotiques), comme
la vaccination contre la maladie de Newcastle ou les efforts
de lutte contre la propagation de la peste porcine africaine.
Les associations professionnelles périurbaines disposent
toutefois déjà d’avantages exceptionnels
en termes d’organisation par rapport à leurs
homologues rurales. Bien qu’elles puissent poursuivre
des objectifs communs et répondre aux mêmes besoins,
elles ont néanmoins des préoccupations très
spécifiques, sans rapport avec celles de leurs homologues
plus modestes.
Les parties souhaitant aider les éleveurs devraient
également travailler avec les syndicats établis
dans les provinces. Ces syndicats fournissent d’importants
services aux éleveurs qui en sont membres et sont actifs
dans la politique locale et provinciale, notamment en ce qui
concerne l’utilisation des terres. Ils ont été
critiqués en raison de leur base ethnique, ce qui peut
être débattu, cette base étant nécessaire
à leur survie organisationnelle. En dépit de
problèmes d’inégalité au sein de
certains d’entre eux, les syndicats mettent des informations,
des formations et une assistance juridique à la disposition
des éleveurs agro-pastoraux. Étant donné
que le Burkina Faso s’engage sur la voie de la décentralisation
politique, les syndicats d’éleveurs peuvent donner
aux agro-pastoralistes les moyens de ne pas être pénalisés
par le changement des rôles intervenant dans les prises
de décisions dorénavant confiées aux
autorités locales.
Enfin, les éleveurs doivent être en mesure d’utiliser
les recettes d’exportation qu’ils génèrent
pour influer sur les politiques. Les acteurs intéressés
peuvent leur faire prendre connaissance des conclusions de
recherches réalisées sur l’importance
fiscale des exportations des produits d’élevage
pour l’État du Burkina Faso. En aidant les syndicats
à développer les compétences de ‘sensibilisation’
requises pour informer les représentants gouvernementaux
et les politiciens à ce sujet, les donateurs et autres
organisations intéressés pourraient les aider
à mettre en valeur l’importance politique des
exportations des produits d’élevage.
Insuffisance des services de santé
animale
La capacité des éleveurs pauvres à bénéficier
de la demande commerciale des produits d’élevage,
en particulier de l’aviculture villageoise que l’on
peut considérer comme une source importante de revenus
quotidiens pour la quasi totalité des ménages
pauvres du Burkina Faso, dépend de la disponibilité
de vaccins et de médicaments vétérinaires
à prix abordables. À l’heure actuelle,
l’accès à ces produits est limité
par: 1) le manque de vétérinaires du secteur
privé en zones rurales, 2) l’incapacité
des sociétés d’importation à approvisionner
le marché national, et 3) les prix de ces produits
que les producteurs considèrent comme étant
très onéreux. Les capacités des services
publics en santé animale de base semblent également
reculer à tel point que les pouvoirs publics ne sont
pas en mesure de faire face aux épizooties. Le présent
article recommande une approche en trois volets pour s’attaquer
au problème de santé animale.
Premièrement, il recommande de lancer une étude
approfondie des difficultés des sociétés
d’importation afin de définir des moyens viables
pour accroître le capital et les capacités investis
dans les activités d’importation. Deuxièmement,
afin de faciliter la privatisation des services vétérinaires
tout en conservant les capacités nationales de prévention
dans le domaine de la santé animale de base, il recommande
que le gouvernement conclut des accords avec des paraprofessionnels
privés pour que des services préventifs soient
fournis dans des zones géographiques particulières,
sous la supervision de vétérinaires en pratique
privée. En échange de leurs prestations de prévention,
les paraprofessionnels pourraient être autorisés
à vendre des médicaments vétérinaires
de base aux éleveurs locaux. En échange de leur
rôle de supervision, les vétérinaires
privés pourraient bénéficier de primes
de transport, ce qui leur permettrait de dispenser des soins
à tarif réduit lors de leurs déplacements
pour des besoins de supervision. Ce type de contrat applicable
aux prestations fournies dans une zone donnée serait
une aide financière précieuse pour renforcer
la pratique privée des vétérinaires.
Troisièmement, des vaccins et des médicaments
de base doivent être fournis aux éleveurs à
des prix raisonnables pour augmenter la production de l’aviculture
villageoise. Le présent article recommande d’instaurer
des partenariats privés avec le Programme de développement
des animaux villageois afin d’obtenir des produits à
prix compétitifs.
Lacunes commerciales
Le sous-secteur des petits ruminants et des bovins est le
plus prometteur de la croissance du marché. S’il
se développait, il pourrait contribuer à améliorer
les moyens d’existence des ménages de manière
substantielle; il ne pourra cependant s’élargir
tant que la question des coûts élevés
de transaction et de transport requis pour exporter les produits
du Burkina Faso vers la sous-région de l’Afrique
de l’Ouest n’aura pas été réglée.
Le sous-secteur manque également de moyens financiers
et d’accès aux mécanismes de crédit
institutionnalisé.
En dépit de la forte demande régionale pour
les exportations du Burkina Faso, les acteurs commerciaux
du sous-secteur des petits ruminants et des bovins n’ont
pas le capital nécessaire pour accroître les
exportations. Pour que la capacité et la fiabilité
des échanges commerciaux progressent dans ce sous-secteur,
il est nécessaire que les diverses parties prenantes
aient accès aux niveaux les plus élevés
du système commercial officiel. Les acteurs intéressés
doivent également soutenir les efforts déployés
par l’Agence monétaire de l’Afrique de
l’Ouest, par exemple, qui lutte pour éliminer
les pratiques occultes, comme les pots-de-vin, responsables
de la hausse des coûts du commerce transfrontalier des
bovins et des petits ruminants.
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