Cette filière dite traditionnelle est un enjeu économique important pour l’Etat en raison de la rentrée de devises qu’elle engendre. A titre illustratif, les exportations ont rapporté en 1998 environ 1.200 millions de F CFA pour la seule destination de la Côte d’Ivoire. Mais elle est aussi un enjeu social, culturel et économique pour les populations car, la volaille rentre dans diverses formes de compensation des valeurs de plusieurs de nos sociétés et elles sont à la base de la formation des revenus microéconomiques de plusieurs couches de la population paysanne du Burkina Faso. En rappel, les modalités d’exploitation du cheptel avicole villageois, appréciées sur la base d’enquêtes par le PDAV sont les suivantes :
- ventes : 40 % ;
- auto - consommation : 25 %
- dons : 20 25 %
- sacrifices : 10 % .
Dons et sacrifices sont des fonctions sociales très importantes pour lesquelles on a recours aux volailles.
La pauvreté dans nos sociétés est caractérisée par des revenus limités, un manque de nourriture, un accès limité aux services sociaux de base. De ce qui précède, pauvreté rime avec insécurité alimentaire et déséquilibre alimentaire. En terme monétaire, on peut rappeler que le seuil de pauvreté est établi dans notre pays à 72 069 FCFA de revenus annuels pour un adulte et que 45,3% de la population totale vit en dessous de ce seuil. Globalement, près de 94% des personnes vivant en dessous de ce seuil résident en zone rurale.
Pour faire face à ces phénomènes structurels, la commercialisation des volailles par les paysans ou encore l’incorporation des œufs et de la viande dans les rations alimentaires constituent des moyens efficaces. A cet égard, l’aviculture traditionnelle contribue à la réduction de la pauvreté et partant à la réalisation de deux enjeux alimentaires importants pour le Burkina Faso : La sécurité et l’équilibre alimentaire. Ainsi, l’expérience du Programme Spécial Sécurité Alimentaire (PSSA), montre qu’avec un investissement initial de 75 000 FCFA permettant d’acquérir un coq améliorateur et 10 poules de race locale, un poulailler, on peut obtenir un revenu annuel de 21 000 FCFA dès la première année et près de 40 000 FCFA après 5 ans, compte tenu des amortissements.
De plus, le petit élevage d’une manière générale est une activité maîtrisée par les femmes, dont le rle central dans l’économie familiale et l’accès des enfants à la santé et à l’éducation n’est plus à démonter. L’exemple du Groupement Villageois Féminin de Safané dont les membres ont bénéficié d’un appui en matériaux de construction et d’un coq de race est éloquent. En effet l’aviculture a permis de générer des revenus qui ont été utilisés pour soutenir et développer les activités traditionnelles des femmes qui sont l’artisanat, et le petit commerce. Par ailleurs, la volaille pouvant être vendue toute l’année a permis ainsi de faire face à des dépenses imprévues comme celles liées à la santé.
Malheureusement, chaque année, au sortir de l’hivernage et au démarrage de l’harmattan, les maladies aviaires déciment les volailles et créent ainsi des incidences économiques importantes pour les paysans et réduisent le potentiel exportable de volailles.
Les contraintes majeures qui entravent le développement de l’aviculture villageoise concernent :
- les difficultés d’ordre sanitaire : la situation sanitaire de la volaille est préoccupante ; la pseudo peste aviaire qui décime parfois plus de 50 % des effectifs ;
- la faiblesse du niveau alimentaire en général et protéinique en particulier due à une utilisation de plus en plus généralisée de pesticides et à la méconnaissance des techniques d’amélioration de l’alimentation expliquent cette situation ;
- l’inexistence ou l’inadaptation de matériels d’élevage (mangeoires, éleveuses...) ;
- la précarité des conditions d’habitat et d’hygiène entraîne des pertes souterraines (retards de croissance des jeunes, désertions des nids par les couveuses...) d’une part et exacerbe les mortalités d’origine pathologique d’autre part ;
- la faiblesse de la formation, de l’information et de la sensibilisation des producteurs contribue à les maintenir dans un état d’arriération par rapport aux techniques améliorées de production.
Le tableau ainsi peint est à l’origine de la faiblesse de l’offre en volailles (poules et pintades) comparée à la demande. En effet, en plus des besoins ordinaires pour la consommation des populations, la demande est également tirée par les besoins en volailles pour les sacrifices (les populations pratiquent fortement la religion des ancêtres) et pour l’exportation.
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