CONFERENCE INTERNATIONALE
EAU ET DEVELOPPEMENT DURABLE
- PARIS - 19-20-21 mars 1998 -
 
ORGANISATION DES NATIONS UNIES POUR L’ALIMENTATION ET L’AGRICULTURE
VIALE DELLE TERME DI CARACALLA, 00100 ROME, ITALIE
 
GESTION INTEGREE DE L’EAU EN MILIEU RURAL: LE ROLE DETERMINANT DE L’INFORMATION
 
Jean-Marc Faurès
 
Abstract

The current state of knowledge on water resources is relatively well documented. It is not so in the case of water use and management, which is largely unknown even in developed countries. This paper presents the current state of knowledge on rural water use and argues that, in the context of increasing water scarcity, information is becoming increasingly important to achieve efficient water management. The need to adopt a river basin approach, integrate land and water management issues, and create an enabling institutional environment is discussed within an agricultural perspective. Finally, the paper discusses the role of international organizations in the field of information for improved rural water management.
 

Résumé

La situation relative à la connaissance des ressources en eaux est relativement bien connue et documentée. Il n’en va pas de même pour l’évaluation des usages de l’eau, largement méconnue, même dans les pays les plus avancés. Cette communication a pour objectif de faire le point sur l’état des connaissances de l’usage de l’eau en milieu rural et de démontrer combien, dans un contexte de rareté croissante de la ressource, l’information devient un élément clé dans la recherche d’une gestion efficiente des ressources en eau. La nécessité de raisonner sur la base des bassins versants, de proposer une approche intégrée de la gestion des ressources en eau et en terres et de disposer d’un environnement institutionnel adéquat est également discutée. Enfin, le rôle que peuvent jouer les organisations internationales dans le domaine de l’information pour favoriser une amélioration de la gestion de l’eau est également présenté.
 

Resumen

La situación relativa al conocimiento de los recursos hídricos es relativamente bien conocida y documentada. La situación es diferente en lo que respecta el uso y manejo del agua, casi desconocida inclusive en los países desarrollados. Este informe tiene como objetivo presentar el actual nivel de conocimiento del uso de los recursos hídricos en el medio rural y demostrar como, en un contexto de creciente escasez de agua, la información se vuelve un elemento clave para alcanzar una gestión eficiente de los recursos hídricos. La necesidad de tomar como base de referencia la cuenca hidrográfica, proponer un enfoque integrado de la gestión de los recursos de tierras y aguas, y disponer de un marco institucional adecuado, son aspectos que se discuten dentro de una perspectiva agrícola. Para concluir, el informe presenta el papel que las organizaciones internacionales pueden jugar en el campo de la información para mejorar el manejo de los recursos hídricos en el ámbito rural.
 

Introduction

Le Sommet mondial de l’alimentation qui s’est tenu à Rome en novembre 1996 a souligné le rôle déterminant que jouera l’eau pour la production alimentaire mondiale dans les années à venir. La FAO estime qu’actuellement l’agriculture irriguée, beaucoup plus productive que l’agriculture pluviale, contribue pour 40% à la production vivrière mondiale alors qu’elle ne couvre que 17% des terres cultivées.

Les techniques d’agriculture intensive, qui ont permis d’accroître régulièrement la production vivrière mondiale grâce à des variétés à haut rendement, à l’utilisation des engrais et des moyens de lutte contre les ravageurs font la plupart du temps appel à l’irrigation pour assurer et réguler les réserves d’eau du sol vis-à-vis d’une pluviométrie insuffisante ou trop imprévisible. Mais l’agriculture irriguée est grande consommatrice d’eau. Elle représente près de 70% des prélèvements mondiaux en eau, un pourcentage qui atteint 90% dans les pays à économie agricole des régions arides et semi-arides.

Dans le futur, on estime que 80% de l’accroissement de la production vivrière qui sera nécessaire pour subvenir aux besoins de la population seront obtenus à partir de terres irriguées. Cependant, au fur et à mesure que les besoins alimentaires augmentent, il devient de plus en plus difficile de fournir aux agriculteurs les quantités d’eau nécessaires à l’irrigation. En effet, les besoins croissants de l’agriculture, mais également du secteur industriel et des villes, se trouvent confrontés à une ressource limitée et le nombre de régions dans lesquelles la demande ne peut plus être satisfaite est en augmentation régulière. A l’échelle globale, on estime que les besoins en eau de la population du monde dépasseront de 5% l’ensemble des eaux disponibles en l’an 2025.

De ce fait, on assiste actuellement à un passage progressif d’une politique de mobilisation des ressources à une politique de gestion de la demande. En effet, le secteur agricole n’est pas seulement le plus grand consommateur d’eau, il est également celui qui en fait l’usage le moins bénéfique du point de vue économique: les pertes d’eau en agriculture irriguées sont considérables, et l’efficience de l’irrigation, qui se situe aux alentours de 50%, peut parfois atteindre 30% à l’échelle du périmètre irrigué.

Des économies importantes peuvent donc être faites pour autant qu’il soit possible d’évaluer correctement les prélèvements et les pertes. Les performances actuellement basses de l’irrigation représentent, dans de nombreuses régions, un potentiel inexploité qui peut dans certains cas représenter bien plus que les ressources additionnelles encore disponibles. Or, l’information nécessaire à l’évaluation de ces pertes fait cruellement défaut à tous les niveaux, depuis l’exploitant jusqu’aux instances nationales et régionales. Cette situation a comme conséquences qu’il devient particulièrement difficile pour les organismes chargés de la planification et de la gestion des ressources en eau, d’évaluer les potentialités réelles d’amélioration de l’utilisation de l’eau. Dans un contexte de rareté croissante, l’information devient un élément déterminant dans la recherche d’une gestion efficace de l’eau, particulièrement dans le domaine de l’irrigation. La situation actuelle, les enjeux et problèmes conceptuels, techniques et institutionnels, ainsi que les perspectives futures sont présentés ci-dessous.
 

Etat des connaissances

De nombreux rapports traitent de l’inquiétante tendance enregistrée depuis la fin des années 1980 à un appauvrissement des capacités institutionnelles à évaluer les ressources en eaux. Depuis plusieurs années, la capacité des services hydrologiques de nombreux pays en développement, particulièrement en Afrique, ont vu leurs ressources diminuer affectant ainsi directement leur capacité opérationnelle, l’entretien et les possibilités d’extension de leurs réseaux. L’information relative à la qualité de l’eau quant à elle est encore à l’état embryonnaire dans la plupart des pays en développement.

D’autre part, la planification et surtout la gestion de l’eau ne peuvent se faire que si l’on peut estimer avec une précision raisonnable l’ensemble des éléments du bilan d’eau. A l’estimation de la ressource il faut donc adjoindre une estimation des usages de l’eau. Or, on constate que dans la plupart des pays, même parmi les plus développés, l’état des connaissances sur l’utilisation de l’eau est encore beaucoup moins avancés que celui concernant les ressources.

Les raisons de cette situation sont multiples. A l’échelle nationale, il est particulièrement difficile de recenser l’ensemble des intervenants et d’estimer les prélèvements qu’ils opèrent. Ceux-ci, principalement en milieu rural, sont généralement éparpillés sur le territoire et leur recensement est une opération relativement coûteuse, qui doit être mise à jour régulièrement. Les modes de prélèvements sont également très variables, qu’il s’agisse de dérivation à partir des cours d’eau ou de pompage des eaux souterraines à partir de puits ou forages. Les prélèvements eux-mêmes varient dans le temps, au cours d’une année et d’une année à l’autre, en fonction des besoins - très variables - pour l’agriculture.

Une autre source importante d’imprécision est celle relative aux volumes d’eau effectivement consommés par rapport à ceux qui retournent dans le système, soit par infiltration vers les aquifères soit par écoulement dans les réseaux fluviaux. Il est généralement admis que les villes et les industries ont un taux de consommation nette très bas et que la majeur part des prélèvements sont rendus à la rivière et disponibles, bien qu’en qualité inférieure, pour des usages ultérieurs en aval. Il n’en va pas de même pour l’irrigation qui non seulement opère les prélèvements les plus importants mais qui est en fait la seule véritable consommatrice nette d’eau à travers l’évapotranspiration par les plantes.

Au niveau du périmètre irrigué, l’évaluation des performances des systèmes irrigués vis-à-vis de l’eau, c’est à dire de la part de l’eau prélevée qui est effectivement consommée pour la production végétale, est également difficile à opérer par manque d’un système adéquat de suivi et d’avertissement à l’irrigation. Sans une estimation des différents éléments du bilan hydrique, il est impossible d’évaluer les performances des systèmes irrigués et donc les possibilités d’amélioration de la productivité de l’eau.

D’autre part, l’impact de l’agriculture irriguée sur la qualité de l’eau est également très souvent négligé, même si l’on sait que d’une manière générale l’eau de drainage des systèmes irrigués est de qualité inférieure à l’eau captée par ces systèmes puisqu’elle récolte au passage une partie des engrais et pesticides appliqués aux cultures et que de par l’évapotranspiration sa teneur en sels s’accroît.
 

Besoins en information pour une gestion intégrée des ressources en eau

Au fur et à mesure qu’elles se raréfient, les ressources en eau requièrent une gestion toujours plus précise qui réduise au minimum les pertes et les usages non productifs de l’eau. Une telle gestion nécessite une connaissance toujours plus détaillée des différents éléments du bilan d’eau et des processus hydrologiques: la ressource et la demande, leur distribution spatiale et temporelle et leur qualité, les pertes, leur impact sur la qualité de l’eau, ainsi que toutes les actions anthropiques qui peuvent avoir une influence sur le bilan d’eau.

Il est relativement aisé de prédire la demande et l’impact des villes et des industries sur les ressources en eau. Il n’en va pas de même pour l’agriculture pour les raisons présentées plus haut. Cette section présente les principaux éléments à prendre en compte pour assurer une gestion efficace de l’eau et leur implication en termes d’information.
 

Le bassin versant comme unité géographique de gestion

La notion désormais bien comprise de bassin versant comme unité géographique de planification et de gestion de la ressource est encore peu ou mal mise en pratique dans de nombreuses régions du monde. La raison peut en être une sous-estimation de la nécessité d’opérer sur la base de ces unités hydrologiques, une inadaptation du contexte institutionnel, ou une faible compréhension - par manque d’information - des mécanismes relatifs au bilan d’eau.

Au concept classique d’efficience de l’utilisation de l’eau au niveau local (périmètre irrigué, parcelle), il convient d’ajouter celui d’efficience globale au niveau du bassins versant. En effet, la part de l’eau prélevée non utilisée qui retourne à la rivière ou recharge les aquifères ne peut être considérée comme une perte si elle peut être réutilisée plus en aval pour un usage productif. Il s’agit donc de faire la distinction entre les pertes véritables (en général vers des zones d’évaporation non productives ou par dégradation excessive de la qualité de l’eau) et les volumes non consommés encore exploitables.

Cette notion d’efficience de bassin a d’importantes répercussions sur la manière dont peut être planifiée et gérée la ressource. Elle exige tout d’abord une connaissance plus fine des mécanismes et processus physiques et de la distinction entre pertes réelles et ressource réutilisable. Elle peut également avoir des conséquences sur le dimensionnement et la gestion des ouvrages hydrauliques. Enfin, elle est complémentaire mais ne remplace pas la notion d’efficience de l’eau au niveau du périmètre qui est l’une des mesures fondamentales des performances de l’irrigation.

Un autre aspect qui prend une importance croissante avec l’augmentation de la pression sur la ressource est la relation entre eaux souterraines et eaux de surface. Bien qu’il soit reconnu qu’il s’agisse de deux éléments d’un même ensemble, il est généralement difficile d’évaluer l’impact de l’exploitation d’un forme de ressource sur l’autre et les disciplines hydrologique et hydro-géologique ont développé des modèles qui ne permettent qu’une évaluation approximative de cette interconnexion. Cette dichotomie se retrouve au niveau institutionnel et représente souvent un frein à la gestion intégrée des ressources en eaux.

L’approche par bassin de la gestion des ressources en eau a des implications pratiques et opérationnelles importantes. Elle exige une décentralisation des processus de décision et la mise en place d’instruments et de mécanismes régulateurs adaptés. Dans la plupart des cas, l’approche de gestion par bassin versant implique un découpage du territoire qui ne correspond pas au découpage administratif du pays, ce qui entraîne des conflits de compétences entre autorités administratives et autorités de bassins. Ce problème se retrouve généralement au niveau de la gestion de l’information: l’information concernant l’irrigation et les autres formes d’utilisation de l’eau est généralement disponible selon un découpage administratif du territoire et non selon un découpage par bassin. Sans un inventaire exhaustif et géo-référencé des usagers, il est illusoire d’espérer procéder à une gestion efficace de la ressource.
 

Gestion intégrée des terres et des eaux

La relation entre la gestion de l’espace et la gestion des ressources en eau et la nécessité de proposer des mécanismes de gestion intégrée des ressources en terres et en eaux commencent à recevoir une certaine attention. Il est désormais reconnu que l’utilisation des terres affecte les ressources en eau, dans leurs aspects quantitatifs et qualitatifs, et que d’autre part la gestion de l’eau affecte également de manière significative les ressources en terres et l’environnement en général, y compris la pêche continentale.

S’il est admis qu’il est désormais nécessaire de proposer une gestion intégrée des ressources naturelles, les implications réciproques de la mise en valeur des ressources en eaux et de l’utilisation des terres restent difficiles à quantifier. Une fois de plus, la pression sur les ressources naturelles exige une connaissance plus fine des processus en jeu qui dans la plupart des cas n’est pas disponible et requiert la mise en place de systèmes de suivi actuellement inexistants.
 

Environnement institutionnel

La nécessité de proposer une gestion intégrée des ressources en eau se heurte presque toujours à un environnement institutionnel peu favorable. Dans la plupart des pays, la gestion de l’eau relève des compétences de nombreuses institutions et les mécanismes de coordination nécessaires sont inexistants. Dans le domaine agricole par exemple, on constate très souvent que la construction des périmètres irrigués est du ressort du Ministère des travaux publics alors que la gestion de l’eau revient au Ministère de l’agriculture. La santé, la qualité de l’eau, la production hydroélectrique, sont autant de secteurs généralement éparpillés dans des institutions différentes. Ne fût-ce qu’au niveau de l’évaluation des ressources et des usages, il n’est pas rare que celle-ci soit faite par des institutions différentes.

Cette situation n’est pas seulement un frein à une gestion intégrée des ressources en eau. Elle entraîne souvent des duplications d’efforts dans la collecte d’information et donc un gaspillage des ressources humaines et financières qui leur sont allouées.

D’autre part, la tendance générale au désengagement de l’Etat des tâches d’exécution pour se concentrer sur les aspects de politique, de régulation et de planification se traduit par une perte de contrôle des activités de terrain et le besoin croissant de mettre en place des mécanismes de suivi décentralisés afin de lui permettre d’assurer convenablement ses nouvelles fonctions.

La nécessaire conversion d’une approche sectorielle et centralisée vers une gestion intégrée et décentralisée nécessite des modifications considérables au niveau institutionnel, la mise en place de mécanismes de concertation et de coordination intersectoriels ainsi que de mécanismes appropriés de suivi décentralisés.
 

Gestion de l’eau dans les bassins trans-frontières, coopération régionale et internationale

Le passage à une gestion intégrée des ressources en eau exige également le renforcement de la coopération régionale autour des bassins de rivières internationales. En effet, seule une coopération entre les pays partageant un même bassin versant peut permettre une planification utile et une gestion efficace des ressources. Dans la plupart des cas, cette coopération régionale, lorsqu’elle prend place, bénéficie à tous les participants.

L’information joue un rôle fondamental dans les processus liés à la coopération régionale. En effet, il ne peut être question d’opérer la mise en place d’une politique de développement régional des ressources sans une connaissance détaillée des ressources et de la demande en eau. La coopération régionale peut trouver dans le développement de banques de données régionales le point de départ des processus de négociation nécessaires à sa mise en place. Il est également indispensable à ce sujet que les parties s’accordent sur les méthodologies d’évaluation des ressources et des usages de l’eau.

Enfin, bien que la gestion des ressources en eau soit un problème à caractère essentiellement régional, la rareté croissante de l’eau devrait avoir des conséquences sur la production alimentaire mondiale. On doit donc s’attendre à une augmentation des échanges entre pays, à une implication sur les prix des denrées alimentaires sur les marchés internationaux et probablement à une modification de certaines habitudes alimentaires. Afin de pouvoir anticiper ces changements qui peuvent avoir des conséquences importantes pour l’avenir de l’agriculture mondiale, une coopération est également nécessaire au niveau international.

Une fois de plus, cette coopération ne pourra se faire que sur la base d’une connaissance adéquate de la situation des ressources et des usages de l’eau. Les organisations internationales ont un rôle important à jouer dans ce domaine mais il faut qu’elles puissent être en mesure de se doter d’outils permettant une telle évaluation de la situation de l’eau au niveau international. Le récent effort mené par les agences spécialisées des Nations Unies pour un inventaire exhaustif des ressources mondiales en eau douce a montré combien cette capacité est actuellement encore trop réduite.

De nombreux programmes visant à obtenir une meilleure connaissance de la situation des ressources en eau et de leur utilisation à l’échelle mondiale sont déjà en cours, à l’initiative de différentes organisations internationales et régionales. On peut citer par exemple le programme WHYCOS, coordonné par l’Organisation météorologique mondiale et qui vise à améliorer la connaissance des ressources en eaux de surface, le programme GEMS, du PNUE, dont l’objectif principal est d’améliorer la connaissance de la qualité des ressources en eau, le programme Aquastat de la FAO visant à fournir une information systématique sur l’irrigation et l’utilisation agricole des ressources en eau, ou les programmes de l’UNESCO visant à mettre à jour les connaissances relatives aux ressources en eau au niveau mondial. Des programmes à caractère régional tel FRIEND, destiné à l’échange d’information sur les débits des rivières permettent également d’améliorer l’état des connaissances et favorisent la coopération régionale. Cependant, il n’existe pas à l’heure actuelle une capacité internationale d’évaluation et de suivi de la situation des ressources en eau et de leur utilisation qui soit en mesure de présenter un tableau régulièrement actualisé de la situation et de prédire avec un certain degré de précision l’évolution future de l’utilisation de l’eau dans le monde.

Cette situation est due en grande partie au manque de financement des activités relatives à la collecte d’information au niveau international. En outre, la multiplicité des intervenants dans le domaine de l’eau, et même au sein du système des Nations Unies, requiert un effort de coordination particulièrement soutenu qui peut parfois représenter un frein au développement d’une telle capacité d’information.
 

Perspectives de développement de l’information pour la gestion de l’eau

Apport des nouvelles technologies

Les dernières décennies ont vu la capacité de stocker, gérer et analyser l’information relative aux ressources en eau à un coût acceptable se multiplier à une vitesse impressionnante. On en arrive paradoxalement à une situation dans laquelle les données de base nécessaires à l’utilisation des logiciels et modèles disponibles font de plus en plus défaut à l’heure où la rareté croissante de l’eau exige une connaissance toujours plus précise de la ressource et de son utilisation.

Les banques de données relationnelles sont maintenant à la portée de la plupart des services techniques responsables de la gestion de l’eau. Les récents développements dans le domaine des communications (courrier électronique, Internet) permettent de mettre en place des systèmes décentralisés de collecte, analyse et diffusion de l’information, beaucoup plus aisés à gérer que les systèmes centralisés existant jusqu’à présent.

Les progrès récents dans le domaine de la télédétection permettent d’obtenir à peu de frais une information détaillée sur l’utilisation des terres et notamment sur les terres irriguées. Combinés avec des systèmes d’information géographique et des modèles appropriés, ils permettent le développement de systèmes d’appui à la décision particulièrement utiles pour la planification et même la gestion en temps réel des ressources en eau. Au niveau local, ils permettent également de fournir aux irrigants une information en temps réel concernant les besoins en eau des cultures et d’ajuster ainsi les doses d’irrigation aux nécessités.

Ces technologies représentent un atout considérable dans la recherche d’une gestion appropriée des ressources en eau. Encore faut-il que les utilisateurs soient en mesure d’y avoir accès et d’en assurer la gestion et l’entretien, notamment pour ce qui concerne la collecte de l’information de base.
 

Actions au niveau international

La coopération internationale dans le domaine de l’information pour la gestion des ressources en eaux doit s’articuler autour de trois axes principaux.

Tout d’abord, il est nécessaire de faire en sorte que les décideurs à tous les niveaux prennent conscience de la notion de rareté de l’eau et du besoin d’opérer une gestion qui fasse le meilleur usage possible de cette ressource. Le rôle de l’information pour la planification et la gestion de l’eau doit être reconnu et les financements adéquats doivent être mis à la disposition des gestionnaires de manière à ce qu’ils puissent se doter des moyens nécessaires à une gestion saine de l’eau.

En parallèle avec une amélioration de la connaissance au sein des pays, il est également nécessaire que la communauté internationale soit elle-même en mesure de suivre et de prévoir l’évolution de la situation des ressources en eau et de l’évolution de leur utilisation au niveau mondial. Les organisations internationales ont un rôle déterminant à jouer dans ce domaine et on a vu qu’elles s’y attachent. Il serait cependant probablement opportun qu’un véritable observatoire international de l’eau puisse voir le jour afin de suppléer au vide actuel en la matière. Un tel observatoire pourrait être conçu sous la forme d’un système d’information et d’un centre de connaissance décentralisé auquel pourraient contribuer l’ensemble des institutions internationales et régionales compétentes en la matière.

La FAO a un intérêt tout particulier à voir se développer une telle capacité d’information étant donné les implications importantes que représente la disponibilité présente et future des ressources en eau pour l’agriculture.

Enfin, la coopération internationale doit également permettre de favoriser les échanges entre pays relatives aux technologies d’information et à l’information elle-même. Pour ce faire, il est nécessaire de développer des procédures et des méthodologies pour la collecte, le traitement et l’échange de l’information.
 

Conclusion

Dans une situation de rareté croissante, la gestion des ressources en eau exige une connaissance toujours plus précise des potentialités et des utilisations, et ce à tous les niveaux, de l’exploitant à la communauté internationale. Bien que la mise en place des capacités nécessaires à l’acquisition de cette connaissance ne représente qu’une fraction négligeable des investissements dans le domaine de l’eau, le financement des systèmes de collecte et de traitement de l’information est la plupart du temps largement sous-dimensionné. A une époque où la technologie offre des possibilités sans cesses croissantes dans ce domaine, il est essentiel que les décideurs, à tous les niveaux, prennent conscience de l’intérêt qu’ils ont à financer convenablement l’information pour la gestion des ressources en eau.
 

Bibliographie

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